25 septembre 2007
Lunch
Offrir des chocolats légitime le rapport sexuel sans préliminaire.
Manger les chocolats sans penser.
Maman m’a dit que je devrais montrer un peu plus de tendresse :
Show a little tenderness, my little boy, she said.
Je suis un monstre affectif.
Je devrais signifier mon attachement.
Attachement = ligament.
Il m’a dit, blaguant ou non : je te pensais pas si sentimental. A cause de ce bracelet miteux que je porte toujours, au bras.
15 ans déjà. ½ de mon existence à 30 degrés.
Donner plus de tendresse que de raison, c’est inventer un nouveau rapport. Un nouveau corps amoureux.
I can’t do that, mother. You know I’m just like you. Made to be alone.
Toast 1, 2, 3, 4. Et moi Toast 5, cependant.
Tofu sauce aigre douce en mode cuisson.
J’ai vu un homme en femme enceinte, le ventre plein de viscères, à Fourvière, ce dimanche. Depuis, je pense souvent à lui. A sa tête d’italien. Son sourire crétin.
Dans un de mes rêves, y’a pas longtemps, j’ai appris que les femmes utilisent le rouleau à pâtisserie de plusieurs façons.
Mais moi, j’ai très envie de gâteau, aussi.
Il y’a aussi des gens qui disparaissent dans mes rêves, une sorte de conjuration absolument étrange ; j’aimerai, dans ce genre de rêve, qu’on m’enlève aussi, comme ça, je saurai ce qu’ils sont devenus, ces gens… Bien sûr, le mystère est si grand dans le parallélisme déformé du rêve que je me dis que moi-même, j’ai peut-être déjà disparu. Ou une de mes incarnations du temps jadis.
J’avais bien d’autres plans pour ma destinée – encore incomplète.
J’ai fait d’autres choses que celles désirées.
Droit devant, le grand rideau blanc.
Des pâtisseries et des mouches qui volent.
21 septembre 2007
Nouvelle chronique du monde parrallèle
18 septembre 2007
Bloody valentine

Vient toujours le moment où pointe le désenchantement : il est un
fait établi que toute Drag Queen est temporaire, comme toute fête, tout
déguisement et bien entendu, tout enchantement. Mais voilà que je suis coupé au
moment d’écrire cette entrée de mon journal par un abondant saignement de nez.
La narine gauche. Gauche, la direction du passé, et pas la droite :
« allez de l’avant ; moussaillon » (de pacotille). Je souris, en
épongeant mon lavabo, ma lèvre, ma moustache aux reflets blonds. Je n’ai pas
mangé de chocolat, ni par tonnes, ni par grammes; pour en arriver là. Je sais
qu’il s’agit du stress des derniers jours, de cette incapacité de produire une
ligne qui me convienne, dans mon journal, dans mes écrits en cours, depuis que
j’ai terminé mon troisième roman EX Nihilo, loin de me convenir. Si je
n’écris pas, je meurs un peu, d’une certaine façon alors, je me sens fatigué,
je me sens stérile. Rien ne me convainc en ce moment, de ce que je produis et
finalement ce que je vis me semble de moins en moins avoir d’intérêt. Et vice
et versa. Les poisons de l’alcool ne m’attirent plus non plus, parce que je
suis déjà noyé dans le sucre. Je l’ai déjà dit, je me répète : recherche d’absolu,
où tout n’est qu’équation relative. Le téléphone sonne, je laisse sonner.
Quelqu’un frappe à la porte, que Maple Bee ne couvre pas, avec sa voix éthérée
au reverb et je ne bouge d’un iota de mon siège. Je ne suis là pour personne, à
peine pour moi. / Il était une fois un valentin qui s’est exilé de la
face du monde parce que ses conquêtes n’étaient que des morceaux de conquêtes,
qu’elles avaient, les unes comme les autres, l’attrait d’un seul organe, afin
que de former un tout purement incessible, parce que du domaine de l’imaginaire
ou alors par trop conceptualisé.. Dans ce pays merveilleux, où tout n’est
qu’espoir et illusion, le valentin s’est destitué d’un organe, puis de deux,
les égrenant où il peut à la surface du monde, sur des morceaux de papiers virtuels
tachés de rêves, d’idées, de sang et de sperme. / C’est l’accalmie. Il a plu. La ville est lavée des fientes de rats
volants, des mégots de potentiels cancéreux aux poumons de ténèbres persistants
dans le monde pur, où de nouveaux crachats viennent imposer leur dictat, à
grand renfort de bactéries. Mon nez est sec à présent comme les rues, à l’heure
du soir. Des gens vont et viennent et d’autres demeurent. Je me demande si, à
l’autre bout de la ville, quelqu’un ressent ce que je ressens, ou alors, à
l’autre bout du monde… cette sensation en fait que toutes les époques
convergent en une seule au sein même du présent, que la vie n’est qu’une succession
de faits similaires qui se produisent, se répètent, éclatent en des temps
différents, pour une même répercussion, strictement identique, aux odeurs vagues
et écœurantes de destin. Et pourtant, dans la glace de ma salle de bain, c’est
toujours un homme différent que j’aperçois.
17 septembre 2007
Chronique du monde parallèle
13 septembre 2007
Le hasard des trois B (confession de genre commun)
Samedi dernier je fus troublé, par un ensemble de coïncidences troublantes : mon carnet d’adresse sur ma table basse, ouvert sans que j’y sois pour rien, exhibant fièrement l’identité de B ; sa photo, que je n’ai pas encore jeté, dans mon ancien portefeuille, apparue avec cet air de fashion victime au rabais, alors que j’y cherchai un numéro de téléphone et enfin, je voulais absolument - caprice enfantin ou obsession ridicule - mettre ce pull, ce vieux pull dans lequel je me sentais si bien à l’époque, impossible à retrouver… Ce pull, je ne saurai comment l’expliquer… mais il me fallait absolument le sentir sur moi, bien que sachant pertinemment que je ne rentrai plus dedans car je suis loin d’être façonné dans ces proportions anorexiques du temps jadis. Petite obsession apparemment sans conséquence ? Trouble… Ce pull, on me l’avait offert il y’a de cela 6 ans ; quelqu’un de peu recommandable, une slut. J’ai dû fouiller dans mon armoire apocalyptique, puis dans des cartons, avant que de pouvoir enfin mettre la main dessus, soit une heure de recherche obstinée. La première chose que j’aperçus, avant que de m’en revêtir, ce fut la marque même de ce pull : tout simplement le prénom de B. Alors, je me suis senti mal à l’aise, très mal à l’aise, que ces trois hasards m’aient rappelé à lui. Les mauvais souvenirs ont refait surface, un à un. Difficile pour quelqu’un d’aussi méfiant, indépendant, précautionneux et égocentrique que moi d’admettre avoir été manipulé par autrui, d’avoir été aveugle à cause d’une passion qui n’avait rien de légitime, placée un peu comme cela sous l’égide de la folie, d’une sorte de quête d’absolue irréfléchie, gouvernée par la passion, plus que par l’amour, dirons-nous, en dehors du siège de la raison, et par là même absolument incessible. Pire encore : une sorte d’histoire construite autour d’un miroir déformant, dont la glace était déjà fissurée alors que neuve. Le soir même, bien des heures après la grande braderie, il me fallait danser, mais je n’aime plus danser, ces temps-ci, car cela n’a pas trop de saveur ou peut-être que je vieillis, ou que mes romans m’obsèdent au point de ne pouvoir m’amuser physiquement. Mais j’ai dansé quand même, jusqu’à ce qu’arrive une copie rétrécie de B. qui me reluquait avec son allure de star anonyme et dansait vers moi, de plus en plus près à me toucher et moi je reculai à me rapprocher du miroir ; ça a duré ce que ça a duré, je me suis assis, je n’avais qu’une envie : partir. En fait, deux : j’avais tout autant envie de saisir ce mec, et de lui coller une mandale. Pire : de le détruire, en le séduisant. Envie malsaine, pulsion animale, que je sus retenir. On en a parlé, avec D, du hasard des trois B… il est persuadé qu’il lui est arrivé quelque chose, ce samedi ; j’aimerai croire en ce flux universel qui ordonnerait ainsi les choses non pas qu’une force mystérieuse, ésotérique, m’aurait prévenu d’un quelconque malheur, voire d’un décès, mais que le fait d’avoir cherché ce pull avec tant d’obstination ait fondé comme une sorte d’incantation, contre lui. Je ne peux obstinément pas croire que ce ne sont que « des » hasards. Sinon ma vie est un long fleuve tranquille, dont les rivages de sucre m’écoeurent quelque peu…
09 septembre 2007
Le Thanatorama
une aventure dont VOUS êtes le héros.
04 septembre 2007
Exemple de lettre à l'attention d'un jouisseur
Cher « Cher » (ou chair, c’est selon).
Nous avons passé tous les deux un week-end formidable dans les hauteurs, chez mon amie, dans sa petite maison décorée aux couleurs de l’Inde ; nous avons parlé de tout et de rien, buvant des litres de champagne, mangeant des mets végétariens qu’elle avait préparés à notre intention, et, comme tu étais fatigué, tu t’es couché vers une heure du matin, dans sa chambre d’amis. Te souviens-tu ? Quand je t’ai rejoint, une heure plus tard, tu avais enfoui ta tête d’hermine dans les deux coussins panthères d’un mauvais goût à faire pâlir l’Inde, à cause du tohu-bohu que nous avons créé. Te voir ainsi, ce fut un spectacle bien étonnant, ravissant. Tu dis que je me moque ; je n’en dirais rien. J’ai pris soin d’enlever ma chemise, mon pantalon pour te rejoindre et j’ai senti ton corps tout chaud m’envahir ; je me suis peut-être trop laissé bercer par cette chaleur hypnotique, au cœur de cet été malade, la fraîcheur étonnante de la chambre d’amis, l’érection. Nous avons fait l’amour, tu t’en souviens ? Puis nous avons dormi dans la chambre noire et c’est là que j’ai fait tous ces cauchemars : tu n’as pas été curieux de savoir lesquels, ce qu’ils racontaient, tu n’as rien voulu en savoir, tu as juste dit : « j’espère que cette fois, tu ne t’es pas fait attaquer par des escalopes volantes ». Sans doute aurait-il été préférable que tu me poses des questions, au moins juste une question au lieu de commencer à me caresser comme tu l’as fait, avec toute l’avidité de la vieille, toute l’avidité de l’hôtel. Juste une petite question. Je constate : ta curiosité vis-à-vis de moi disparaît. Le dialogue s’étouffe. On ne fait plus que se regarder. Voilà, nous nous sommes découverts, nous nous sommes (peut-être trop) exposés l’un à l’autre, avec certains désirs, un peu comme des articles, vantés par les mots, vente à la criée, et maintenant nous ne nous exposons plus que par le corps : le but, c’est de faire l’amour, de jouir, tout le temps. D’être nu ou presque, à disposition. C’est bon, j’aime jouir, mais c’est réducteur. Je préfère une question, à mille de tes compliments. Je me demande de quoi sera faite notre prochaine entrevue, si entrevue il y’a : ce que nous ferons, surtout, ce que nous ne ferons pas et quel sera le lit que nous choisirons pour passer un aussi bon week-end. Bien sûr, je ne prévois rien, tu connais mes dispositions à ce sujet. Ne doute pas d’une chose : ce week-end, il fut excellent pour moi également mais, il y’a toujours un mais : c’est que je recherche l’Absolu, une sorte de perfection et je m’engouffre dans toutes les failles, les moindres petites failles, minimales, infinitésimales, parce qu’une partie de moi, celle qui n’est pas complètement désabusée, essaye de reconquérir ses vieux rêves passés.
Bien à toi cependant,
Nicolas
In : La Correspondance des Vieilles Filles.
(Frigides, Rigides, Psychorigides),
Nicolas Raviere / in Querelle
03 septembre 2007
De l'ordre des Mots
Il y’a ensuite la correspondance : le courrier, pas le courrier du cœur, mais avec du cœur quand même dedans, de tout petits morceaux, un peu comme une fricassée. Sans doute faut-il s’écrire un peu, pour ne pas s’oublier, dire : « je suis là, je pense à toi ». Il m’a écrit donc, j’ai répondu, naturellement ; il m’a répondu et j’ai répondu, une sorte de dialogue théâtral à plusieurs intrigues, véritable écheveau. Cela fait partie des miracles de l’internet : les courriers, sous formes virtuelles, arrivent instantanément, mais c’est un amas de phrases courtes, criblées de fautes d’orthographe, quelques-unes - j’exagère - et d’abréviations. Urgence des sentiments ou machinisme stupide, à toi de choisir. Nous sommes loin des charmes de l’ancienne « lettre », celle livrée par des hommes et des femmes en bleu. Ils travaillent toujours, pour livrer les factures. Amer constat : plus personne ou presque n’écrit de nos jours ces longues lettres, que l’on reçoit par la poste, cachetées avec amour, renfermant quelques secrets, qu’avec perversion ou sens pratique, c’est selon, il est possible d’analyser, via la graphologie, une pseudo science des plus utiles, vous pouvez m’en croire. Nous sommes trop dans l’immédiat, tout doit aller trop vite, même dans les relations humaines, alors le système courriel c’est bien : gratuit, rapide, peu contraignant, beaucoup moins d’affects ; plus facile d’effacer un courriel que de déchirer une lettre. La sphère d’affectivité n’est strictement pas la même, l’implication tout autant. Alors ces mails débordent d’enthousiasme, pour rattraper les choses et diantre, voilà que c’est la fête des adjectifs. Je suis qualifié. Je suis quantifié. Je suis comme une autre personne, comme transcendé dans mes limites. La décence - bien que tenir un journal intime en ligne soit plutôt de l’ordre de l’indécent - m’interdit de reproduire la correspondance, à laquelle je trouve bien des qualités : concision, humour, malgré, peut-être, une trop grande dépendance, que le réel rééquilibrera naturellement. Une façon comme une autre de conserver la magie en la suscitant. Parce que les mots créent, ou recréent lors même que la dimension fantasmée n’à pas trop raison d’être puisque la chair est déjà consommée ; j’ai toujours cette volonté de mettre certaines distances tout en profitant clairement du moment, laissant mon côté désabusé, mais il n’est jamais très loin, c’est un peu comme une main que je cache derrière mon dos et qui s’apprête à étouffer une bouche qui, bien trop bavarde, désire fustiger mon sens des réalités. Nous sommes lundi. Tu travailles, je déraille. J’ai très envie de prendre la plume et d’écrire une lettre, de parler de ce week-end que nous avons passé tous les deux, de mes sensations, de mes sentiments, de comment je me sens dans mon corps, présentement, dans mon esprit, pour parler de tout et de rien. Nous aimons parler de rien, parce que le rien, c’est un peu notre tout. La somme des riens forment pour nous, humain, une réalité, un contexte. Mais je n’ai pas son adresse. Son adresse, la vraie. Nous sommes d’une autre demeure.
