30 octobre 2007
Chibre et Cochonnaille

J’ai rêvé que
je cédai avec bonheur aux avances d’un gros porcelet de ma connaissance - non
pas que les rondeurs me déplaisent; tout dépend, à vrai dire, de qui les porte,
de comment elles sont portées ; je préfère même souvent aux muscles des formes
naturelles, mais lui est une figure telle de cauchemar qu’à l’acceptation d’un
rapport sexuel avec lui, j’aurai dû me réveiller, tout en sueur. Pollution
nocturne impossible.
C’est moi qui
l’ai cherché. Contraire du monde réel. Dans le rêve, il conduit des camions, il
est routier - fantasme de foire. Et moi, je monte dans son camion exprès, et
lorsqu’il conduit sur les autoroutes aspergées d’un soleil meurtrier, je pose
mes mains sur l’étoffe de son jean, non loin de son paquet, machinalement et
lui décoche un petit sourire prude. Lui, avec son rictus de pervers, me répond.
Il émet un son de pure perversion, un hoquet de père Noël : hé hé. La
Tyrolienne des fous. Et moi je continue de sourire.
On arrive tous
les deux dans un hôtel du genre formule un, aseptisé, géométrique, aux odeurs
de nicotine qui me perforent les narines, irritent mes yeux. Je suis excité. Je
le veux. Il ressemble à une femme enceinte, travestie dans une chemise de
bûcheron. Ses saillies mammaires sont celles d’une truie, transformée en femme,
pendouillant inexorablement derrière les poches de sa chemise.
Sur le lit, il
commence à me farfouiller avec son groin et je mesure déjà l’horreur de ma
folie. Lorsqu’il enlève sa chemise, des collines de graisse se mettent à
gigoter à la manière des vagues, sur un plan vertical. J’ai le mal de mer, la
nausée : je me soumets. Il sort son sexe. Un sexe veineux et épais, pas forcément
très long, aqueux, violacé et dégoûtant, qu’il masturbe longuement. L’œil
hagard, je me dis : pourquoi pas. Je n’aime pas les sexes veineux.
« Nicolas me
dit-il, espèce de salope, regarde, regarde, je vais te montrer mon petit
secret. »
Je me demande
bien de quoi il veut me parler : quel genre de secret un tel suidé peut-il
avoir ? Je le regardai, feignant un air pénétré, curieux, mais ne lui décochai
pas la moindre parole. J’attendais qu’il me montre son secret. Il dévoila, sous
son chibre, une seconde verge, une seconde queue, un tout petit pénis de
quelques centimètres, comme un sexe de bébé en érection, qu’il faisait gigoter
en le pressant avec deux de ses doigts, et il riait, riait de son rire porcin.
Hé hé hé. La Tyrolienne des fous.
*
Je me suis
réveillé sur cette image horrible, grotesque. La réalité souvent semble bien
fade, face aux féeries que peut façonner notre inconscient, à partir de
matériaux concrets cependant, mais j’y trouvai là un refuge qui me convenait,
malgré l’aspect déceptif que peut engendrer le réel, sa platitude.
Syndrome d’Icare : J’étais transporté,
je volai et je suis tombé, ailes de cire brûlées. Je me suis fendu le cœur en
deux. Je me suis fourvoyé. Lui est un chirurgien, qui m’a confié ces ailes
maudites ; j’ai trop voulu voler, donc je me suis élancé. Mort, tu m’as soufflé
mon plus atroce cauchemar, signe que je suis désigné à l’Enfer.
29 octobre 2007
Fucking Narcisse
Aujourd’hui
anniversaire de chair, 31 ans, Saint Narcisse ; j’avance d’un an sur le cadran.
Je regarde mon corps, il me semble qu’il a encore changé. Je suis loin, si loin
de l’agitation de l’année précédente. Je stagne dans le calme, dans
l’expectative, toujours plus aigri, dégoûté des choses de la vie, toujours plus
enclin à écrire et ne faire que ça, me réduire en quintessence et me projeter,
m’étendre au-delà de mon moi et surtout de ce corps que je ne reconnais pas.
J’ai rêvé cette
nuit de sa venue ; j’ai vu son visage derrière le judas et je lui ai ouvert car
à vrai dire je n’attendais que ça, comme un mourant invitant la mort dans son
lit, pour ne plus souffrir. Alors, je serai euthanasié. Il n’y a pas de judas à
ma porte.
Je n’ai pas
écrit une ligne depuis 15 jours dans ce maudit journal ce qui ne signifie pas
qu’il ne s’est rien passé, c’est tout le contraire car vivre ce n’est pas
raconter. Mais il est là qui m’attend, format Word, avec ces promesses
d’hermétisme, de transparence, comme une femme amoureuse qui tait son amour. Il
me dit : épanche-toi, et tu iras mieux. Pourtant, l’heure de passer aux aveux
complets n’a pas encore sonné.
Je dirai
simplement, succédané :
Mon plus bel
anniversaire est celui que je n’ai pas eu.
Au delà du
judas, probablement. Il n’est pas de judas.
22 octobre 2007
Miroir des Fleurs
Ci-Dessous ma participation à la consigne 56 de l'atelier d'écriture Paroles Plurielles.
Miroir des Fleurs
Mauvaise surprise, le quai du métro est noir de
monde !
Mais je me suis engouffré dans la brèche. Mortel
parmi les mortels. Minute mortelle. J’étouffe parmi les vivants. J’attends.
L’absence d’éternité me pèse.
Des
créatures adipeuses et de sveltes naïades s’enfoncent dans les profondeurs et
me submergent. Je sens du Jasmin, de lourds parfums de Vanille, de Rose,
d’Iris. Je défaille. Je jouis du monde terne mais parfumé qui s’offre à moi,
quand s’ouvrent les portes du métro, où nous nous entassons, dans une proximité
essentielle, superficielle.
Un
inconnu me regarde.
Je
le sens.
Ses
Iris bleutés rencontrent mes yeux vairons. Je sais, je sens, qu’il m’aime.
Et
je l’aime aussi. Nous ne nous reverrons plus car comme les vagues, je disparais,
mon corps d’un mètre quatre vingt, happé par des géants, comme réduit en
poussière : une équipe de rugby, des arbres, des colosses, des molosses aux
mâchoires carrées, me plaquent contre la porte arrière, où mon corps se
compresse. Détresse. Je ne suis plus qu’un tas d’os : l’inconnu est perdu,
perdu pour toujours - les Orchidées sont éphémères.
Submergé,
je ne parviens pas à me dégager de ces corps monumentaux, je me sens risible,
la Pâquerette qu’on écrase. Je rate la station. Je serai en retard. L’amour
perdu, quelle importance d’être en retard, d’être à l’heure, d’être au
monde ?
J’affronte
cette station mystérieuse que je n’ai jamais vu, pour y voir un entrelacs de
miroirs biscornus, plaqués contre les murs ternes, en quatre filaments
longilignes comme des tiges, montant au ciel, paradis de béton. Et, dans chaque miroir, mon visage sème mille
reflets, où je crois voir l’Orchidée. Je me retourne, ivre d’espoir, geste
emporté, pour me rendre compte qu’en ce monde bétonné, ne pousse aucune fleur,
n’en reste que les parfums futiles et éventés ; seul au monde, figé dans
un monde en mouvement, j’aurai dû me douter que ces miroirs sont déformants.
Citation : Le Pianiste (Nuits Closes)
« Le pouvoir de la musique est immense et chacun de nous en qui sommeillent des sentiments assimile des mélodies à des sensations, des événements, ou bien des personnes chères qui, parfois, ont disparu… »
Nicolas Raviere – Le Pianiste in Nuits Closes
Télégramme.
J’ai retrouvé
ceci, ça date d’il y’a un an et demi. Substitution de quelques lignes, aucune
valeur ajoutée. Pour ceux qui aiment la récurrence. Je livre presque tel quel.
Etrange de relire ça.
Télégramme
Réveil sensible - STOP - le
corps comme du plomb - STOP - L'esprit idem - STOP
Se perdre dans un café, un décaféiné,
un thé au gingembre - STOP
Quelque chose me dit qu'une
lettre m'attend dans ma boite aux lettres - STOP
Je n'irai pas la chercher -
STOP
J'ai toujours cette envie
sinueuse de casser le miroir dans la salle de bain - STOP
Se perdre dans un café, un
décaféiné, un thé au gingembre - STOP
Quelqu'un quelque part pense
peut-être à moi : mon oreille ne siffle pas - STOP
Mais moi je pense à quelqu'un
- très fort - STOP
Pas de nouvelles de lui -
STOP -Pas de mail - STOP - Est-il mort au Soudan? - STOP
Ou bien est-il comme tout le
monde? - STOP
Je refuse d'y croire - STOP
Il est la différence même -
STOP
Mais je ne suis pas triste -
STOP - je sais l'attente - STOP
Mais attendre quoi? - STOP
J'ai l'impression d'être à
Silent Hill - STOP
Un ami m'a dit un jour : tu
devrais les regarder avec de vrais yeux - STOP
Mais je n'ai jamais compris
ce que sont de vrais yeux - STOP
Les miens ne sont peut-être
plus les miens, alors (oublie volontaire du mot : STOP)
Je ne vais rien faire
aujourd'hui - me perdre dans les vapeurs -STOP
Raconter ma vie ici - STOP
Ce n'est pas apocryphe, c'est
métaphorique - STOP
Ouvrir mon roman et
renoncer encore une fois?- STOP
Y'a t'il le mot masturbation
écrit en rouge sur mon agenda? - STOP
On me demande si je suis
gros, parce que j'ai le visage rond - STOP
Passionnant - STOP
J'ai l'impression encore ce
matin d'être un labyrinthe sans porte de sortie - STOP
J'écoute L'Incendie - STOP
Tes confessions puent, salope
- STOP
Je déteste les blogs
inconsistants, bourrés d'images - STOP
Je déteste que la futilité
emporte l'adhésion, monde pourri, cerveau détruit - STOP
Je sais que mon corps est
fait pour me transporter... la belle affaire (pas de stop)
A qui personne ne parlait, ne
parle... si ce n'est à des fins sans
issues - STOP
"les enfants se cachent
pour se caresser" : les salauds - STOP
Je suis un salaud - STOP
Je n'ai pas de TORSE, je ne
suis pas un homme - STOP
Mais je ne suis pas une femme
- STOP
Je ne peux pas être ce que je
comprends pas - STOP
Je ne me comprends pas
toujours : suis-je donc moi? - STOP
Mais je n'ai pas la sensation
d'être quelqu'un d'autre - STOP
Je ne comprends pas une
partie de l'unité - STOP
L'unité est une entité - STOP
Je pense déjà à demain,
aujourd'hui est un jour parenthèse - STOP
19 octobre 2007
Eraserhead - reduction de la tête
Eraserhead condensé, Eraserhead pour les nuls.
(Blasphème - Blasphème - Blasphème - Blasphème - Blasphème - Blasphème -Blasphème - Blasphème - Blasphème -Blasphème - Blasphème - Blasphème -Blasphème - Blasphème - Blasphème -Blasphème - Blasphème - Blasphème -Blasphème - Blasphème - Blasphème -Blasphème - Blasphème - Blasphème -Blasphème - Blasphème - Blasphème -Blasphème - Blasphème - Blasphème -Blasphème - Blasphème - Blasphème -Blasphème - Blasphème - Blasphème -Blasphème - Blasphème - Blasphème -Blasphème - Blasphème - Blasphème -Blasphème - Blasphème - Blasphème -Blasphème - Blasphème - Blasphème -Blasphème - Blasphème - Blasphème -Blasphème - Blasphème - Blasphème -Blasphème - Blasphème - Blasphème)
Mais tu pourras briller dans les salons
(fleuris de l'aristocratie?)
15 octobre 2007
Hors Saison
Sur le rebord de la fenêtre, une abeille qui s’est trompée de saison. Elle essayait de marcher, sans trop y parvenir. Elle n’avait plus qu’une antenne, qu’elle grattait avec ses petites pattes. Qu’allait-elle faire, perdue ainsi pour elle-même ? Le suicide n’est pas une solution : j’ai cru qu’elle allait s’empaler avec son dard, déchirer son abdomen en deux, se perforer. Gésir, puis mourir. Car il y’avait cette chose drue qui palpitait non loin de son abdomen, et qu’elle semblait vouloir extraire d’elle suffisamment de force. Mais quelle force ? A quelle fin ? Un tel animal a-t-il conscience de sa propre finitude. De même qu’un instinct de survie, un instinct de mort ? Et puis, elle s’est approchée du vide. 2 étages. Dangereusement. Et elle a fait quelque chose que je n’attendais pas d’elle, que je n’attendais plus : elle a quitté son promontoire, en planant, pour sortir du cadre de mes yeux, et de mon existence. Ce qui pourrait être une métaphore sans doute, n’en est pas une. Et puis trois abeilles ensuite sur le toit du monde. La fascination retombée, rentrer chez moi dormir, en pleine après-midi. Le dimanche, c’est silence. Est-ce vivre qu’être hors saison ?
11 octobre 2007
Tribulation d’une perruque – la femme aux deux visages (épisode – 1)
Cette histoire
de perruque, ma foi, n’est pas nouvelle. Du domaine de la fascination.
Lorsqu’il est, en toi, en ta mémoire - la mémoire est comme un puzzle, ou un
tableau peint à l’huile, éminemment craquelé, il est une technique qui te
permet de te souvenir des choses : la concentration : respiration régulière,
au calme, conserver l’air à chaque fois quelques secondes dans les poumons, l’y
maintenir de plus en plus, s’immerger dans une intimité profonde et silencieuse
qui disparaît peu à peu, parce qu’on en fait abstraction, pour procéder au
grand questionnement en fixant du regard une flamme de bougie, jusqu’à ce que
la découverte de la réponse se fasse claire en nous, au sein même du feu qui la
suggère. Fire walk with me, si tu veux. Aucune secte là-dessous, juste un
principe, libre qui plus est, comme tout principe se doit de l’être. Et je me
souviens d’elle, qui avait marqué dans mon enfance une étape particulière :
celle de ressentir pour un être humain une sorte de fascination qui n’est pas
du fanatisme, comme celui qu’on peut ressentir vis-à-vis d’une pop star (ou
d’une rock star, ou d’une actrice, ou toute autre icône plus moins factice et
plastifiée) ou celle, plus naturelle, mais tout aussi aliénante, qu’est la
sacro-sainte relation à la mère. Il s’agissait là d’une fascination pour une
femme duelle qui dévoilait, lorsqu’elle portait sa perruque brune, un
maquillage autre, un lourd secret, où se tramait quelque chose comme un drame,
sur fond de prostitution. L’enfant avait ressenti tout ce mystère, probablement
une création de son esprit, mais la créature paraissait si différente devant
ses yeux - selon qu’elle était blonde, habillée ou nue, ou brune. Car le soir,
naturelle, elle se promenait nue, avant le repos des corps et, quand elle
disait au revoir, la nuit venue, son corps exquis et sa poitrine opulente
transfiguraient l’espace aux douces lumières et lui donnait une dimension
maternelle. En brune, il y’avait quelque chose d’agressif, de différent qui se
dessinait en elle, comme le réveil de l’amante, d’une femme fatale, d’une femme
Drame. Sa fissure apparaissait, son visage nouveau laissait transparaître
quelque chose de profond, de la peur, aussi. Elle m’avait confié qu’elle
mettait cette perruque pour échapper à quelqu’un, lorsqu’elle allait seule en
ville, parce ce que « quelqu’un du passé » lui voulait du mal. Il ne fallait
pas qu’il la reconnaisse. Elle, la blonde sous la femme brune. La vraie sous
l’écorce. Précision exquise du mystère. Et donc, quand elle était seule et
qu’elle partait, elle portait toujours cette étrange perruque, me
confia-t-elle. Mais moi, je ne l’ai vu que deux fois, ainsi transfigurée, et
ces deux fois elle m’avait fait grande impression, tout autant que chaque nuit,
lorsque, naturelle, elle venait, nue, me saluer, dans l’encadrement de la
porte. Devant cette femme aux deux visages, capable de toutes les métamorphoses
psychiques, impénétrable et filante comme un mystère insaisissable, l’enfant
Nicolas s’était toujours dit qu’il en serait de même pour lui un jour - bien
que portant en lui, sans même le savoir, équivalente dualité. Nicolas
comprenait qu’elle cachait un secret et cette énigme l’attirait
irrépressiblement. L’enfant aurait été choqué de la voir, le dernier jour, en
Brune, avant que de repartir de cet étrange pays, mais le cosmos en a décidé
autrement. Pourtant, ce dont il s’est toujours souvenu, jusqu’à quelques jours,
c’est de cet entrelacs féminin, dans l’encadrement de la porte, ce corps si peu
lointain et inaccessible, accompagné d’une voix muette à jamais, muette parce
que nue, dans la lumière orangée du soir.
08 octobre 2007
Errances de L'autobiographe
Ecrire son
autobiographie, c’est fouiller comme au fin fond de ses entrailles mémorielles,
arracher à ses viscères émotifs des sursauts, des faits, des mots, des non
situations, qui marquent - des relents. C’est redevenir soi, en ombre, une
seconde fois. Soi-même en négatif. Une voix dit : ne développe pas ce que tu
étais, laisse ces choses-là en suspend, il n’est pas besoin de remonter si loin
quand on sait que c’est le passé, ces couleurs, les différentes portes qui se sont ouvertes, qui te détermine, tel que
tu es à présent, entrant dans une maturité que ton âge même certifie.
Je n’en suis pourtant qu’à la séquence de la cantine et cette
fois-ci, c’est quelque chose d’anodin. L’anodin est nécessaire, il consolide
tout ce qui se tisse autour, tout ce qui le dévore, comme un monstre à sept
têtes. Ecrire sur soi, c’est non seulement donner une nouvelle existence à l’hydre,
tout autant que la guillotiner. Hier soir, j’ai repris les armes.
07 octobre 2007
Silencio
Il est une règle dans ce blog : le dimanche, c'est silence.
Et pourtant, j'ai beaucoup de choses à raconter.

