QUERELLE - journal intime, mais non confidentiel, de Nicolas Raviere

C’était très intime et cela pourrait l’être encore plus, je veux dire : sexuellement. Tout de suite, le mot est lâché, claque comme le fouet sur une peau satinée, une lichette d’alcool, suspendue aux lèvres d’un nouveau né. Je ne plaisante pas.

27 novembre 2007

D

papillons

Nos vies sont comme des châteaux de cartes ; nous le savons bien et pourtant parfois, nous aimons du revers de la main, négligé le revers, porter atteinte au monument et puis, nous réparons, plus ou moins bien, nous colmatons, toujours à notre façon, les fissures, une à une, comme des cicatrices. La destruction est un libre arbitre, tout autant qu’une fatalité, ai-je entendu de la bouche d’une femme, dans mes rêves, voici quelques nuits. Et d’autres choses, qu’il vaut mieux taire, puisque ce sont des vérités travesties, que je désire ignorer encore un peu. Mais dans cela nous sommes parfois sur le même chemin ; une même portée de loup, humectée à l’Iode, au coin des lèvres, dans ces forêts froides et brumeuses, d’Ecosse, où nous voyons des soleils éteints.
Cela n’est pas un délire ; une autre façon de présenter la réalité, de la codifier, tout en la transcendant quelque peu. L’homme utilise parfois, souvent, peut-être - enfin, tout dépend - les mots en dehors de leur contexte ou du concept même des choses qu’ils sont censés refléter : c’est en cela seul que se façonne la richesse du langage. Et nous, nous employons les mots pour nous former une réalité qui nous est propre, mais qui n’a pas toujours emprise sur la matière, parce que la matière parfois nous fait peur ; et nos peurs, qui lui sont acquises, se faufilent comme des drames, ainsi que dans un film, dont on serait à la fois le héros et le spectateur.
Parfois, tu sais, j’ai l’impression que je ne verrai pas le prochain printemps, mais, quand je ferme les yeux, je le sens près de moi, qui respire, qui palpite comme un nouveau né et j’ai l’impression alors de ne plus avoir d’âge, de faire partie de quelque chose d’insaisissable, comme un Tout, qui ne s’explique pas. Mais ce Tout s’évapore si vite, qu’il n’est peut-être finalement qu’une idée.

Envoi :
Après demain, nous en saurons plus sur la teneur des Choses.
Dans quelques mois, plus encore sur nous-mêmes, ce qui nous habite.
N’oublie jamais que les anges n’ont pas de sexe.

 

 

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22 novembre 2007

Sur la Banquise

Banquiz

L’heure de sortir du placard s’aiguise ; le temps réchauffe mais la banquise s’offre néanmoins, sans fonte des glaciers, et de nombreux ours y paradent, qui se faufilent entre les gouttes de pluie. Je suis là, j’émerge d’une nuit commencée au jour, avec cet instinct de chasseur qui me vient de mes rêves ; et mes fantasmes qui m’ordonnent d’écrire un livre érotique, pour tout mettre en ordre. 
On rencontre des gens formidables sur la toile ; qui ne nous montrent qu’un reflet ; le plus séduisant, ou le plus détestable : soyons misérable. Ici bas, Lyon, il pleut ; mes fenêtres parsemées de grosses gouttes de rosées me cachent le monde terne des grues : elles sont quatre, élancées métalliques dans le ciel morne et gris et la nuit, elles émettent des lueurs qui se reflètent sur mon assiette bleue. Signaux de détresse.
Un jour qu’elles étaient parfaitement alignées, j’ai voulu les prendre en photo, mais la batterie de mon numérique, vide, ne m’a pas permis cette extravagance surréaliste et pourtant symptomatique du monde moderne.
Je désire cependant aller sur la banquise : des semaines à l’ignorer, elle revient en moi avec plus de force encore, lors même que je sais qu’il est vain de m’y rendre. Imaginez un voyage dont vous savez que vous ne serez que spectateur, et dont vous ne pourrez ramener aucun souvenir, parce qu’il n’est pas de boutique pour vous en ce lieu où les désirs sont figés comme de la glace ; ce paysage, vous le connaissez. Il y’avait cet homme qui désirait pisser en même temps que vous, dans la toilette exiguë ; étrange proposition ; un homme avec quelques doigts en moins ; dont les caresses doivent sublimer les touchers rectaux ; il est des Maïté qui, membrées d’un pénis, défient la gravité et dont le rire sonore éclate. L’instabilité se loge à l’instant en toi, quand le désir se fait d’annuler tes désirs, pour aller de l’avant, dans un monde de non-sens.

 

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Les Corps Cendrés (extraits : 12 poèmes gays)

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Voici le fichier (supposé présent mais arlésienne jusqu'alors sur www.nicolasraviere.com), contenant douzes poèmes extraits de mon recueil Les Corps Cendrés.

Nicolas Raviere - Les Corps Cendrés (extraits)

Bonne lecture !

21 novembre 2007

Dialectique du Temps

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19 novembre 2007

Selon Mathieu

 

On ne parle pas librement de Mathieu, qui est un irrésolu, une énigme, l’état larvaire d’un amour purement platonique, qu’une prison consentie et souvent délicieuse - une cellule de couple dans laquelle j’étais enfermé pendant cinq ans - condamnait au néant, empêchant tout accès, à l’époque où la fidélité était en moi le maître mot, un concept clé. Concept qui condamnait moins encore ce possible enchantement que la peur de l’hypothétique fin car :

Théorème :

Toute relation amoureuse suppose une fin probable, imprévisible, du genre à générer de la souffrance : plus l’amour est fort, et plus tu souffres.
Il n’est pas parallélisme plus juste que celui-ci. La raison, cependant, a le pouvoir d’arbitrer.

Mathieu était libre, non pas du genre à se cloisonner dans une configuration précise, du moins qui ne satisfit pas sa quête d’un absolu, qui ne lui était de toute façon pas nécessaire. Quand il attendait sur le banc, cour du parc, où défilaient quelques prostitués, et autres mecs en libre accès, ce qu’il cherchait n’était pas tant de satisfaire ses désirs sexuels que d’être au monde, avec la sensation que tout pouvait arriver. C’est ainsi qu’un soir pas fait comme un autre, nous avons joint nos solitudes, dans des discussions suspendues au Temps, malgré le froid, l’heure, les vicissitudes du temps, nous réfugiant dans un monde de beauté à deux. De cela est né un amour impossible, condamné par le théorème, étouffé dans l’œuf par le couple que je formais et que j’ai détruit, l’année suivante.

Selon Mathieu, tout était possible, selon moi, rien ne l’était. Je l’aimai et je suis parti ; je l’ai laissé là et rarement ensuite, j’ai pensé à lui, le condamnant dans un coin de ma mémoire, lui donnant l’apparence d’un fantôme ou d’un être tout droit sorti de mon monde onirique, entre deux cauchemars torturés. Il n’était en somme plus qu’un enfant perdu dans mes limbes, un sourire, non plus une présence, à peine une entité ; je n’ai donc gardé de lui que l’essentiel : son sourire, parce qu’il est possible de condenser une présence, une prestance, dans une seule de ses manifestations, qui synthètise l'être, son essence.

Selon Mathieu, c’était cette chose indéfinissable, qui brillait dans mes deux yeux ; peut-être une lueur, l’expression d’une tristesse, d’un désir, ou ma malformation oculaire.
Selon Mathieu, j’étais suffisamment hors du monde pour lui montrer un chemin, quelque chose qu’il n’avait pas connu, tout cela que je ne comprenais pas.
Selon Mathieu, la bière n’était pas une bière, pour quelqu’un comme moi.
Selon Mathieu, il ne fallait pas toujours marcher sur le même trottoir, lors d’un trajet type, du genre quotidien, pour ouvrir au regard une nouvelle perspective.
Selon Mathieu, il n’était toutefois pas nécessaire d’ouvrir les yeux en grand, pour déceler la faille du quotidien : cette chose qui s’insinue parfois, et fait que les jours, finalement, ne se ressemblent pas.
Selon Mathieu, il fallait être heureux.
Selon Mathieu, l’apparence n’était pas ce cellophane, au travers duquel je me plaisais à ficher, classer, condamner, autrui.
Selon Mathieu, les papillons étaient plus rois que les lions, plus libres que les chats, plus surréalistes qu’une toile de Dali.
Selon Mathieu, les papillons gouvernaient le monde.

Selon Nicolas, Mathieu est le plus beau de tous ses actes manqués.

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Temps et Mémoire

On trouve, dans l’Enfant des Limbes de J-B Pontalis, œuvre que j’ai acquise au cimetière des livres, parce que la notion de Limbes m’a toujours fascinée, cette conception de la mémoire qui pour moi correspond exactement* à celle que je me fais du Temps en Soi à un moment X, dans l’esprit, et que je mets en relief systématiquement dans mes romans (Disconite, où elle prédomine, ainsi que dans L’Enfance d’une Garce, et la plupart de ceux qui suivront) et bien sûr, ici même, dans certaines entrées de mon cher journal intime et non confidentiel. Je cite :

 

« … ma mémoire n’est pas un dossier bien classé et (…) ses défaillances laissent le champ libre à une autre mémoire et celle-là opère des rapprochements inattendus. Des événements survécus à des événements survenus à des époques de ma vie très distantes l’une de l’autre se rejoignent pour n’en faire qu’un : autant de métamorphoses qui préserveraient pourtant quelque chose d’une identité traversant le temps ; des visages multiples se recomposent en un seul qui emprunte des traits à chacun d’eux ; des histoires s’entremêlent, des émotions apparemment opposées - angoisse et jubilation - gagnent en s’unissant une particulière intensité (…). Une mémoire qui s’apparente à la fiction (…), qui est proche du rêve, une mémoire qui, ne fixant rien, aurait la mobilité des nuages et qui, ennemie du flou, aurait la précision d’une planche d’architecture. Une mémoire où se conjuguent le figuratif et l’abstrait ! »

 

L'Enfant des Limbes de J-B Pontalis,

 

Aussi parlerai-je probablement de Mathieu, à la fois présent et absent, mort et vivant, dans toutes ces dimensions.


* Outre la réalité Métaphorique / Symbolique

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17 novembre 2007

Prajñāpāramitā vajracchedikā sūtra

Brad_Davis___Querelle

Il disait : pour rien au monde, il ne reviendrait ici, parce que certains hommes sont faits pour rester dans les buissons, dans une proximité glauque et essentielle. Les notions de la proxémique sont bouleversées : il ne s’agit finalement pas tant d’une question d’espace que d’une question d’intimité et finalement, l’intime n’est pas du domaine corporel, du moins, en ce qui nous concerne.

Il pensait qu’il n’avait rien à faire ici ; et puis, son ami veillait au grain, museau de fouine, à l’affût du moindre détail : un film pornographique, retransmis en direct live : « branlette collective, dans les buissons du lac ».

Certains soirs furent magnifiques cependant, lorsque X, un bras dans le plâtre, se fit sodomiser contre un arbre, sur fond d’orage rugissant, à la vue de tous, exhibé comme un trophée plaqué contre l’immense végétal, possible tableau surréaliste ou affichette pornographique kitsch. Ou ces longues conversations distendues et futiles sur le parking vide, à l’heure où tout le monde dort, heure où même le temps semble s’être arrêté.

La violence qui s’est abattue un soir sur cet Eden, aux fruits généreux, mouchoir en papier, ébauche de vie, est retombée, cependant, un soir, dans le néant ; une peur qui vous bouscule, vous saisit et vous fait concevoir que l’absurde même comporte des zones de dangers. Il est toujours des chasseurs, non pas en quête d’un civet, mais d’une jouissance qui ne peut s’accomplir que dans la violence ; et certaines victimes sont bien moins virulentes et solides que d’autres. Et puis maman vous le disait si souvent : le danger est partout. Violence coïncidant avec rencontre d’un homme, qui vous a fait oublier quelques années cette mascarade nocturne, qui ne vous convenait pas, car rien ne vous convenait mais, toujours, il y’avait ce pessimisme qui vous condamnait à aller chercher un prince charmant dans les buissons. Pour n’y trouver que de vieux crapauds desséchés, ou de jeunes limaces longues et gluantes, aux odeurs de sucres.

Post-it mémoriel : Une fois, un mec plutôt âgé, déguisé en marin, Querelle sur le retour, au faciès de folle, prenait un mec contre un grillage, s’insinuait lentement, va-et-vient sporadique, dans ses intestins, et cette vision vous est restée, pendant quelques jours, comme un Graal sordide, une révélation.

Hier, ce ne fut qu’un acte manqué ; aller-retour vers nulle part, silence absolu, un endormissement de la conscience, réveillé par l’absence même de vie sexuelle. Mais la conscience est tout acquise aux fous qui décident de la transformer en acte immatériel et tournent les talons, ou plutôt les baskets, pour rejoindre Le sanctuaire, où attendent des tas de livres possibles, comme autant d’impossibles.
Je me demande, cependant, ce qu’est devenu Mathieu.

Brad_Davis_Midnight_Express

Posté par Querelle à 17:38 - III. Stratisme - Le coin des lecteurs [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

16 novembre 2007

L'Enfant Terrible

lesechecs

Trois semaines que je me terre, évite le monde, trois semaines depuis lesquelles je passe le plus clair de mon temps à stagner dans mon lit, accompagné de livres, de chocolats, refaisant mon petit monde, écrivant peu, cela dit ; je ressuscite un peu l’enfant qui est en moi, risquant de devenir une sorte de Paul, dans sa chambre sanctuaire, centre des actions du roman de Cocteau, les Enfants Terribles, émergé ainsi dans un nouvel équilibre précaire, mais diablement fermé à toutes les réalités de ce monde.
Je ne conçois plus qu’un homme dorme à côté de moi, dans ce délicieux périmètre ; ce serait un intrus. Il pourrait tuer ma vision du monde, en s’approchant de moi, au-delà de ce que j’exige de la proxémique.
On me propose de sortir, de renouer avec le monde de la nuit, mais rien qu’à l’idée d’affronter le froid, je trouve que cela ne vaut pas le coup. Je fais une tente dans ma couette, pliant les jambes, tenture tenue par mes rotules, perdu dans des pensées, qui font converger toutes les époques en une, au centre de moi. Le Nicolas vaguement mondain a cédé la place à un Nicolas terriblement absent, abstrait, aux yeux des autres, apparaissant sans doute comme un message de répondeur, qui se répète à l’infini, une voix qui n’a plus guère de tonalité. Il y’a pourtant la soirée I Love Boys, demain. Alléchant. Thème militaire. Je préfère me faire ma soirée I Love Toys, tout seul, dans le silence de mon lit. Thème unitaire.
Mais je ne suis pas seul, il y’a internet, frontière ouverte pour celui qui s’oppose aux frontières réelles : la porte, qui n’attend que mon départ, pour des aventures nouvelles, indéterminées, que je ne trouve pas excitantes, car rien ne m’excite en ce moment : cœur en hiver.
Je développe avec un jeune homme rencontré sur la toile une fiction sur la destruction des villes, un peu redondante. Je n’aime détruire que ce qui est de moi ; comme tout scorpion, je suis une machine vouée à sa propre destruction. Détruire les autres, ou l’œuvre des autres, ne m’importe que peu. Sans doute parce que j’ai grandi. Un peu. […]De ma chambre, je ne peux pas même détruire mes murs. Je construis des empires avec de la cendre et menace de revoir INLAND EMPIRE. Sous peu. Offrande de rupture bienséante, à rallonge. Qui m’aidera à écrire un essai entier sur Lynch. Que je vénère. Il faut bien des idoles, pour se fixer ailleurs que sur soi. Je sors ce soir.

Posté par Querelle à 23:59 - I. Au Fil des Jours - Le coin des lecteurs [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

15 novembre 2007

Babel ressurection

Une sculpture de 6000 livres, érigée devant  le parlement de Rennes, immonde tas de livre informe, vulgaire, intrigue :

Ouest_France_Descatalogados_d_Alicia_Martin

Descatalogados d'Alicia Martin
(Article : ICI)

PRIX de la sculpture : environ 25 000 euros

Ou quand l'Art se fait autodafé sans feu.
Art ou Sacrilège ? A toi de choisir.
Plastique désastreuse ou idée de génie ? A toi, là encore, de choisir.
A moins que ce ne soit une version remixée de la Saint Jean ?

Posté par Querelle à 17:24 - Le coin des lecteurs [7] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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