27 novembre 2007
D

Nos vies sont
comme des châteaux de cartes ; nous le savons bien et pourtant parfois, nous
aimons du revers de la main, négligé le revers, porter atteinte au monument et
puis, nous réparons, plus ou moins bien, nous colmatons, toujours à notre
façon, les fissures, une à une, comme des cicatrices. La destruction est un
libre arbitre, tout autant qu’une fatalité, ai-je entendu de la bouche
d’une femme, dans mes rêves, voici quelques nuits. Et d’autres choses, qu’il
vaut mieux taire, puisque ce sont des vérités travesties, que je désire ignorer
encore un peu. Mais dans cela nous sommes parfois sur le même chemin ; une même
portée de loup, humectée à l’Iode, au coin des lèvres, dans ces forêts froides
et brumeuses, d’Ecosse, où nous voyons des soleils éteints.
Cela n’est pas
un délire ; une autre façon de présenter la réalité, de la codifier, tout en la
transcendant quelque peu. L’homme utilise parfois, souvent, peut-être - enfin,
tout dépend - les mots en dehors de leur
contexte ou du concept même des choses qu’ils sont censés refléter : c’est en
cela seul que se façonne la richesse du langage. Et nous, nous employons les
mots pour nous former une réalité qui nous est propre, mais qui n’a pas
toujours emprise sur la matière, parce que la matière parfois nous fait peur ;
et nos peurs, qui lui sont acquises, se faufilent comme des drames, ainsi que
dans un film, dont on serait à la fois le héros et le spectateur.
Parfois, tu
sais, j’ai l’impression que je ne verrai pas le prochain printemps, mais, quand
je ferme les yeux, je le sens près de moi, qui respire, qui palpite comme un
nouveau né et j’ai l’impression alors de ne plus avoir d’âge, de faire partie
de quelque chose d’insaisissable, comme un Tout, qui ne s’explique pas. Mais ce Tout s’évapore si vite, qu’il n’est peut-être finalement qu’une idée.
Envoi :
Après demain,
nous en saurons plus sur la teneur des Choses.
Dans quelques
mois, plus encore sur nous-mêmes, ce qui nous habite.
N’oublie jamais
que les anges n’ont pas de sexe.
22 novembre 2007
Sur la Banquise

L’heure
de sortir du placard s’aiguise ; le temps réchauffe mais la banquise
s’offre néanmoins, sans fonte des glaciers, et de nombreux ours y
paradent, qui se faufilent entre les gouttes de pluie. Je suis là,
j’émerge d’une nuit commencée au jour, avec cet instinct de chasseur
qui me vient de mes rêves ; et mes fantasmes qui m’ordonnent d’écrire
un livre érotique, pour tout mettre en ordre.
On
rencontre des gens formidables sur la toile ; qui ne nous montrent
qu’un reflet ; le plus séduisant, ou le plus détestable : soyons
misérable. Ici bas, Lyon, il pleut ; mes fenêtres parsemées de grosses
gouttes de rosées me cachent le monde terne des grues : elles sont
quatre, élancées métalliques dans le ciel morne et gris et la nuit,
elles émettent des lueurs qui se reflètent sur mon assiette bleue.
Signaux de détresse.
Un jour
qu’elles étaient parfaitement alignées, j’ai voulu les prendre en
photo, mais la batterie de mon numérique, vide, ne m’a pas permis cette
extravagance surréaliste et pourtant symptomatique du monde moderne.
Je
désire cependant aller sur la banquise : des semaines à l’ignorer, elle
revient en moi avec plus de force encore, lors même que je sais qu’il
est vain de m’y rendre. Imaginez un voyage dont vous savez que vous ne
serez que spectateur, et dont vous ne pourrez ramener aucun souvenir,
parce qu’il n’est pas de boutique pour vous en ce lieu où les désirs
sont figés comme de la glace ; ce paysage, vous le connaissez. Il
y’avait cet homme qui désirait pisser en même temps que vous, dans la
toilette exiguë ; étrange proposition ; un homme avec quelques doigts
en moins ; dont les caresses doivent sublimer les touchers rectaux ; il
est des Maïté qui, membrées d’un pénis, défient la gravité et dont le
rire sonore éclate. L’instabilité se loge à l’instant en toi, quand le
désir se fait d’annuler tes désirs, pour aller de l’avant, dans un
monde de non-sens.
Les Corps Cendrés (extraits : 12 poèmes gays)

Voici le fichier (supposé présent mais arlésienne jusqu'alors sur www.nicolasraviere.com), contenant douzes poèmes extraits de mon recueil Les Corps Cendrés.
Nicolas Raviere - Les Corps Cendrés (extraits)
Bonne lecture !
21 novembre 2007
Dialectique du Temps

19 novembre 2007
Selon Mathieu
On ne parle pas
librement de Mathieu, qui est un irrésolu, une énigme, l’état larvaire d’un
amour purement platonique, qu’une prison consentie et souvent délicieuse - une
cellule de couple dans laquelle j’étais enfermé pendant cinq ans - condamnait
au néant, empêchant tout accès, à l’époque où la fidélité était en moi le
maître mot, un concept clé. Concept qui condamnait moins encore ce possible
enchantement que la peur de l’hypothétique fin car :
Théorème :
Toute relation
amoureuse suppose une fin probable, imprévisible, du genre à générer de la
souffrance : plus l’amour est fort, et plus tu souffres.
Il n’est pas
parallélisme plus juste que celui-ci. La raison, cependant, a le pouvoir
d’arbitrer.
Mathieu était libre, non pas du genre à se cloisonner dans une
configuration précise, du moins qui ne satisfit pas sa quête d’un absolu, qui
ne lui était de toute façon pas nécessaire. Quand il attendait sur le banc,
cour du parc, où défilaient quelques prostitués, et autres mecs en libre accès,
ce qu’il cherchait n’était pas tant de satisfaire ses désirs sexuels que d’être
au monde, avec la sensation que tout pouvait arriver. C’est ainsi qu’un soir
pas fait comme un autre, nous avons joint nos solitudes, dans des discussions
suspendues au Temps, malgré le froid, l’heure, les vicissitudes du temps, nous
réfugiant dans un monde de beauté à deux. De cela est né un amour impossible,
condamné par le théorème, étouffé dans l’œuf par le couple que je formais et
que j’ai détruit, l’année suivante.
Selon Mathieu,
tout était possible, selon moi, rien ne l’était. Je l’aimai et je suis parti ;
je l’ai laissé là et rarement ensuite, j’ai pensé à lui, le condamnant dans un
coin de ma mémoire, lui donnant l’apparence d’un fantôme ou d’un être tout
droit sorti de mon monde onirique, entre deux cauchemars torturés. Il n’était
en somme plus qu’un enfant perdu dans mes limbes, un sourire, non plus une
présence, à peine une entité ; je n’ai donc gardé de lui que l’essentiel : son
sourire, parce qu’il est possible de condenser une présence, une prestance,
dans une seule de ses manifestations, qui synthètise l'être, son essence.
Selon Mathieu,
c’était cette chose indéfinissable, qui brillait dans mes deux yeux ; peut-être
une lueur, l’expression d’une tristesse, d’un désir, ou ma malformation
oculaire.
Selon Mathieu,
j’étais suffisamment hors du monde pour lui montrer un chemin, quelque chose
qu’il n’avait pas connu, tout cela que je ne comprenais pas.
Selon Mathieu,
la bière n’était pas une bière, pour quelqu’un comme moi.
Selon Mathieu, il ne
fallait pas toujours marcher sur le même trottoir, lors d’un trajet type, du
genre quotidien, pour ouvrir au regard une nouvelle perspective.
Selon Mathieu,
il n’était toutefois pas nécessaire d’ouvrir les yeux en grand, pour déceler la
faille du quotidien : cette chose qui s’insinue parfois, et fait que les jours,
finalement, ne se ressemblent pas.
Selon Mathieu,
il fallait être heureux.
Selon Mathieu,
l’apparence n’était pas ce cellophane, au travers duquel je me plaisais à
ficher, classer, condamner, autrui.
Selon Mathieu,
les papillons étaient plus rois que les lions, plus libres que les chats, plus
surréalistes qu’une toile de Dali.
Selon Mathieu,
les papillons gouvernaient le monde.
Selon Nicolas, Mathieu est le plus beau de tous ses actes manqués.



Temps et Mémoire
On trouve, dans
l’Enfant des Limbes de J-B Pontalis, œuvre que j’ai acquise au cimetière
des livres, parce que la notion de Limbes m’a toujours fascinée, cette
conception de la mémoire qui pour moi correspond exactement* à celle que je me fais
du Temps en Soi à un moment X, dans l’esprit, et que je mets en relief
systématiquement dans mes romans (Disconite, où elle prédomine, ainsi que dans L’Enfance
d’une Garce, et la plupart de ceux qui suivront) et bien sûr, ici même,
dans certaines entrées de mon cher journal intime et non confidentiel. Je cite
:
« … ma mémoire
n’est pas un dossier bien classé et (…) ses défaillances laissent le champ
libre à une autre mémoire et celle-là opère des rapprochements inattendus. Des
événements survécus à des événements survenus à des époques de ma vie très distantes l’une de l’autre se rejoignent
pour n’en faire qu’un : autant de métamorphoses qui préserveraient pourtant
quelque chose d’une identité traversant le temps ; des visages multiples se
recomposent en un seul qui emprunte des traits à chacun d’eux ; des histoires
s’entremêlent, des émotions apparemment opposées - angoisse et jubilation -
gagnent en s’unissant une particulière intensité (…). Une mémoire qui
s’apparente à la fiction (…), qui est proche du rêve, une mémoire qui, ne
fixant rien, aurait la mobilité des
nuages et qui, ennemie du flou, aurait la précision d’une planche
d’architecture. Une mémoire où se conjuguent le figuratif et l’abstrait ! »
L'Enfant des Limbes de J-B
Pontalis,
Aussi parlerai-je probablement de Mathieu, à la fois présent et absent, mort et vivant, dans toutes ces dimensions.
* Outre la réalité Métaphorique / Symbolique
17 novembre 2007
Prajñāpāramitā vajracchedikā sūtra

Il disait :
pour rien au monde, il ne reviendrait ici, parce que certains hommes sont faits
pour rester dans les buissons, dans une proximité glauque et essentielle. Les
notions de la proxémique sont bouleversées : il ne s’agit finalement pas tant
d’une question d’espace que d’une question d’intimité et finalement, l’intime
n’est pas du domaine corporel, du moins, en ce qui nous concerne.
Il pensait
qu’il n’avait rien à faire ici ; et puis, son ami veillait au grain, museau de
fouine, à l’affût du moindre détail : un film pornographique, retransmis en
direct live : « branlette collective, dans les buissons du lac ».
Certains soirs
furent magnifiques cependant, lorsque X, un bras dans le plâtre, se fit
sodomiser contre un arbre, sur fond d’orage rugissant, à la vue de tous, exhibé
comme un trophée plaqué contre l’immense végétal, possible tableau surréaliste
ou affichette pornographique kitsch. Ou ces longues conversations distendues et
futiles sur le parking vide, à l’heure où tout le monde dort, heure où même le
temps semble s’être arrêté.
La violence qui
s’est abattue un soir sur cet Eden, aux fruits généreux, mouchoir en papier,
ébauche de vie, est retombée, cependant, un soir, dans le néant ; une peur qui
vous bouscule, vous saisit et vous fait concevoir que l’absurde même comporte
des zones de dangers. Il est toujours des chasseurs, non pas en quête d’un
civet, mais d’une jouissance qui ne peut s’accomplir que dans la violence ; et
certaines victimes sont bien moins virulentes et solides que d’autres. Et puis
maman vous le disait si souvent : le danger est partout. Violence coïncidant
avec rencontre d’un homme, qui vous a fait oublier quelques années cette
mascarade nocturne, qui ne vous convenait pas, car rien ne vous convenait mais,
toujours, il y’avait ce pessimisme qui vous condamnait à aller chercher un
prince charmant dans les buissons. Pour n’y trouver que de vieux crapauds
desséchés, ou de jeunes limaces longues et gluantes, aux odeurs de sucres.
Post-it
mémoriel : Une fois, un
mec plutôt âgé, déguisé en marin, Querelle sur le retour, au faciès de folle,
prenait un mec contre un grillage, s’insinuait lentement, va-et-vient
sporadique, dans ses intestins, et cette vision vous est restée, pendant
quelques jours, comme un Graal sordide, une révélation.
Hier, ce ne fut
qu’un acte manqué ; aller-retour vers nulle part, silence absolu, un
endormissement de la conscience, réveillé par l’absence même de vie sexuelle.
Mais la conscience est tout acquise aux fous qui décident de la transformer en
acte immatériel et tournent les talons, ou plutôt les baskets, pour rejoindre
Le sanctuaire, où attendent des tas de livres possibles, comme autant
d’impossibles.
Je me demande,
cependant, ce qu’est devenu Mathieu.

16 novembre 2007
L'Enfant Terrible

Trois semaines
que je me terre, évite le monde, trois semaines depuis lesquelles je passe le
plus clair de mon temps à stagner dans mon lit, accompagné de livres, de
chocolats, refaisant mon petit monde, écrivant peu, cela dit ; je ressuscite un
peu l’enfant qui est en moi, risquant de devenir une sorte de Paul, dans sa
chambre sanctuaire, centre des actions du roman de Cocteau, les Enfants
Terribles, émergé ainsi dans un nouvel équilibre précaire, mais diablement
fermé à toutes les réalités de ce monde.
Je ne conçois
plus qu’un homme dorme à côté de moi, dans ce délicieux périmètre ; ce serait
un intrus. Il pourrait tuer ma vision du monde, en s’approchant de moi, au-delà
de ce que j’exige de la proxémique.
On me propose
de sortir, de renouer avec le monde de la nuit, mais rien qu’à l’idée
d’affronter le froid, je trouve que cela ne vaut pas le coup. Je fais une tente
dans ma couette, pliant les jambes, tenture tenue par mes rotules, perdu dans
des pensées, qui font converger toutes les époques en une, au centre de moi. Le
Nicolas vaguement mondain a cédé la place à un Nicolas terriblement absent,
abstrait, aux yeux des autres, apparaissant sans doute comme un message de
répondeur, qui se répète à l’infini, une voix qui n’a plus guère de tonalité.
Il y’a pourtant la soirée I Love Boys, demain. Alléchant. Thème militaire. Je
préfère me faire ma soirée I Love Toys, tout seul, dans le silence de mon lit.
Thème unitaire.
Mais je ne suis
pas seul, il y’a internet, frontière ouverte pour celui qui s’oppose aux
frontières réelles : la porte, qui n’attend que mon départ, pour des aventures
nouvelles, indéterminées, que je ne trouve pas excitantes, car rien ne m’excite
en ce moment : cœur en hiver.
Je développe
avec un jeune homme rencontré sur la toile une fiction sur la destruction des
villes, un peu redondante. Je n’aime détruire que ce qui est de moi ; comme tout
scorpion, je suis une machine vouée à sa propre destruction. Détruire les autres, ou
l’œuvre des autres, ne m’importe que peu. Sans doute parce que j’ai grandi. Un
peu. […]De ma chambre, je ne peux pas même détruire mes murs. Je construis des
empires avec de la cendre et menace de revoir INLAND EMPIRE. Sous peu.
Offrande de rupture bienséante, à rallonge. Qui m’aidera à écrire un essai
entier sur Lynch. Que je vénère. Il faut bien des idoles, pour se fixer
ailleurs que sur soi. Je sors ce soir.
15 novembre 2007
Babel ressurection
Une sculpture de 6000 livres, érigée devant le parlement de Rennes, immonde tas de livre informe, vulgaire, intrigue :

Descatalogados d'Alicia Martin
(Article : ICI)
PRIX de la sculpture : environ 25 000 euros
Ou quand l'Art se fait autodafé sans feu.
Art ou Sacrilège ? A toi de choisir.
Plastique désastreuse ou idée de génie ? A toi, là encore, de choisir.
A moins que ce ne soit une version remixée de la Saint Jean ?
