09 janvier 2008
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Les mots ne
viennent plus, de volonté ; seules des images, qui ne se traduisent plus par
des mots, celles d’une femme dans un sauna, nue et épouvantée, qui me montre du
doigt. Ma chair se fane, je l’ai sacrifiée, comme j’ai tout sacrifié dans ma
vie, pour être moi, je veux dire : pour être absent. Je rêve de disparaître,
j’ai toujours rêvé de cela, secrètement, mais je ne sais pas m’y prendre, s’il
faut choisir entre une destination mystérieuse, à l’autre bout du monde, ou une
destination sans retour, qu’on suppose irrévocable, inaliénable tout au plus.
Mais j’entends les anges. Je ne les comprends pas, tout comme je ne comprends
pas le monde autour de moi ; cet hiver terne et délavé qui me poursuit,
derrière les fenêtres, que j’évite de rencontrer, par un cycle de vie qui ne
suppose plus l’existence, que j’ai moi-même banni. Dans mon rêve aussi, il est
un ange aux lèvres noires qui m’a ordonné d’écrire à nouveau, d’écrire une
histoire, mais je refuse désormais les rêves et toute fantaisie. Ecrire, c’est
une thérapie, ou bien un sacrifice ; quoi qu'il en soit, c’est toujours une
projection de soi ; tout n’est qu’une question d’angle. Si je n’écris plus, je
n’existe plus ; voilà pourquoi j’avais décidé de ne plus écrire une ligne
toutes ces semaines et si je reprends, c’est bien malgré moi, car il est
quelque chose qui ne s’élucide pas, que je pense ou non, quelque chose qui
m’oppresse, qui n’est pas définissable par la raison, quelque chose qui est
contre moi, à l’état de substance et qui, malheureusement, me domine. C’est
contre cela que je dois encore et toujours me battre, cette force obscure à
laquelle je ne puis m’extraire. Etrange cette impuissance à contenir en soi le
silence, à jamais, le sceller profondément ; il faut toujours qu’une voix
sorte, qu’une voie se dessine alors que la raison crie sans fondement : annule
ton abonnement téléphonique, vide ton compte en banque et va-t-en, une bonne
fois pour toute.
