QUERELLE - journal intime, mais non confidentiel, de Nicolas Raviere

C’était très intime et cela pourrait l’être encore plus, je veux dire : sexuellement. Tout de suite, le mot est lâché, claque comme le fouet sur une peau satinée, une lichette d’alcool, suspendue aux lèvres d’un nouveau né. Je ne plaisante pas.

09 janvier 2008

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Les mots ne viennent plus, de volonté ; seules des images, qui ne se traduisent plus par des mots, celles d’une femme dans un sauna, nue et épouvantée, qui me montre du doigt. Ma chair se fane, je l’ai sacrifiée, comme j’ai tout sacrifié dans ma vie, pour être moi, je veux dire : pour être absent. Je rêve de disparaître, j’ai toujours rêvé de cela, secrètement, mais je ne sais pas m’y prendre, s’il faut choisir entre une destination mystérieuse, à l’autre bout du monde, ou une destination sans retour, qu’on suppose irrévocable, inaliénable tout au plus. Mais j’entends les anges. Je ne les comprends pas, tout comme je ne comprends pas le monde autour de moi ; cet hiver terne et délavé qui me poursuit, derrière les fenêtres, que j’évite de rencontrer, par un cycle de vie qui ne suppose plus l’existence, que j’ai moi-même banni. Dans mon rêve aussi, il est un ange aux lèvres noires qui m’a ordonné d’écrire à nouveau, d’écrire une histoire, mais je refuse désormais les rêves et toute fantaisie. Ecrire, c’est une thérapie, ou bien un sacrifice ; quoi qu'il en soit, c’est toujours une projection de soi ; tout n’est qu’une question d’angle. Si je n’écris plus, je n’existe plus ; voilà pourquoi j’avais décidé de ne plus écrire une ligne toutes ces semaines et si je reprends, c’est bien malgré moi, car il est quelque chose qui ne s’élucide pas, que je pense ou non, quelque chose qui m’oppresse, qui n’est pas définissable par la raison, quelque chose qui est contre moi, à l’état de substance et qui, malheureusement, me domine. C’est contre cela que je dois encore et toujours me battre, cette force obscure à laquelle je ne puis m’extraire. Etrange cette impuissance à contenir en soi le silence, à jamais, le sceller profondément ; il faut toujours qu’une voix sorte, qu’une voie se dessine alors que la raison crie sans fondement : annule ton abonnement téléphonique, vide ton compte en banque et va-t-en, une bonne fois pour toute.

Posté par Querelle à 09:59 - I. Au Fil des Jours - Le coin des lecteurs [12] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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