QUERELLE - journal intime, mais non confidentiel, de Nicolas Raviere

C’était très intime et cela pourrait l’être encore plus, je veux dire : sexuellement. Tout de suite, le mot est lâché, claque comme le fouet sur une peau satinée, une lichette d’alcool, suspendue aux lèvres d’un nouveau né. Je ne plaisante pas.

30 mars 2008

Les Rodeurs


Lâcher la bride vingt-quatre heures, voici sans doute ce qu’il me fallait ; me tenir loin de moi-même ; renouer des liens également. Etre guidé par l’instinct et non par la réflexion et voir, tout simplement, où cela mène. Délices de vacuité. S’efforcer de ne rien analyser. Mais ressentir chaque mot, chaque geste, chaque regard. Un zeste d’adolescence : avec F. nous avons ouvert la journée par l’exposition de Keith Haring, pour finir à parler de l’au-delà devant un cimetière, à minuit, dans un petit village de l’Ain, en somme au bout du monde, à la lueur d’une bougie, accompagnés d’une bouteille de manzana. La porte du cimetière, entre ouverte, nous invitait sans doute à côtoyer certaines de nos peurs les plus profondes, peurs primaires, primales, du royaume de l’enfance ; l’occasion de ressasser des histoires troublantes, poussiéreuses, inquiétantes cependant. Ces histoires que je ne répète jamais dans mes écrits, car comme les contes, elles se doivent de garder cette dimension orale, sans quoi elles seraient probablement démystifiées.

La nuit les colore. De ténèbres, de mystères.
La nuit précipite les sensations. La nuit, clairvoyance de Tirésias.
Un pas en avant, pour deux en arrière.
Un chien dantesque, surgit comme de nulle part, heurte le grillage, et les bruits de l’eau, qui s’écoule, non loin de là.
L’ambiance étrange, derrière l’église ; la sensation d’être épié. Des picotements derrière la tête, comme au temps jadis.
Que savons-nous de l’au-delà ?
Que le monde est déceptif.

Les travaux touchent à leur fin ; la nouvelle couleur adoptée par un vote rigoureux des propriétaires, pour les portes et les plinthes, c’est un vert nauséeux, répulsif, une couleur si peu naturelle qu’elle évoque un habile mélange de pastels à l’huile et d’excréments verdâtres, par les reliefs qu’elle suggère, peinture qu’un enfant hystérique aurait pu façonner, pour un de ses pairs ; quand je la vois, je sens le dégoût monter en moi. Je ne suis qu’un passant, dans les escaliers ; mais un passant existe lors même qu’il ne fait que passer. Lui ne laisse pas de traces, lui n’est pas permanent à l’image des choses qui nous entoure.
Nous ne sommes, matériellement, nulle part chez nous.

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28 mars 2008

La Modification

L’homme qui se détache du fond a la tremblote aux lèvres, il ressemble à cette personne que je connais, aux multiples sillons, aux coins des yeux, sous sa peau halée, chantre des UV, artificielle terriblement. Plus âgé néanmoins, et naturel.
La rumeur du jour, les gens, l’odeur du vomi, persistante, qui imprègne l’atmosphère lourde et confinée du métro, tout cela qui monte à la tête.
Vous êtes ?

L’homme se promène dans une existence terrible, imprimée sur son visage, et ses vieilles nippes, comme autant de reliquats amers. Son regard est vague, lancinant, sur un point que je ne puis définir, non loin de moi, cependant, très près. On n’en voit des gens, on en voit des choses, si proches, mais terriblement lointaines, qu’on peut très bien les toucher, les connaître, les meurtrir, les saisir un instant, elles nous échappent toujours.

C’est alors que tu es entré, station suivante, avec ta dégaine clinquante de jeune d’aujourd’hui, jetant un regard méprisant sur l’assemblée paisible ; tu es entré et tu t’es mis à côté de lui ; et, malgré ta jeunesse rayonnante, ton front lisse, comme façonné à la pierre ponce, tes vêtements, suintant le luxe facile, je t’ai vu tout comme lui, à son image ; et j’ai commencé à sourire et ce sourire a été intercepté par chacun d’entre vous. Déjà, il ne m’appartenait plus :

Il m’a semblé, entre vous deux, être le maillon manquant ; entre vos âges, vos vêtements ; mon destin était alors comme projeté, la fiction s’est dessinée, très vite ; comme lorsqu’on regarde les passagers dans un train, et qu’on se prend à imaginer ce qu’ils sont, ce qu’ils font, alors que la seule certitude que l’on aie en ces instants de conte, c’est de savoir très exactement où ils ne vont pas. Et cette question-là, ma foi, on ne se la pose jamais.

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27 mars 2008

# Secondes

 

Je n’avais pas réalisé que ma nièce avait déjà huit ans : comme le temps passe, comme les choses changent et moi j’ai l’impression d’être si permanent, dans mes choix, mes non-choix ; comme arrêté dans cette époque qui ne me convient pas. Je vois des rides, sur mon front, mes rides d’expressions, depuis longtemps installées, qui creusent des sillons de plus en plus profonds, ajoutent à la somme de mes traits un vent de gravité. Mais, derrière ces rides, il y’a toujours un petit enfant mélancolique qui se cache, celui qui lisait Platon et Lautréamont à l’âge de quatorze ans, avec des petites lueurs étranges dans les yeux, allongé, paisible et tourmenté, sur son lit, déjà perdu pour les autres, dans cette magnifique caverne qu’il s’est construit, règne des ombres.
Huit ans, déjà : où en étais-je alors ? Que pouvais-je bien faire, il y’a huit ans ?

Légèreté d’un amour nouveau, avant que ne pointe un drame déchirant, pour un bourreau idiot ; un mémoire en germe, comme oublié, dont je n’ai pas commencé la rédaction, mémoire très provocant, auquel les autres étudiants ont peine à croire. Quand j’en parle, dans les couloirs ou la cafétéria enfumée, certains ont ce sourire en coin qui signifie très clairement « t’es pas cap ». Fumisterie ou folie passagère ? Choisis ton camp. Des pinceaux traînent dans mon appartement, parce que l’envie d’écrire s’étiolant, peu à peu, il faut bien que je m’étende, que je m’exprime. Un miroir pour mon existence. Non pas une glace, qui ne renvoie qu’une stupide écorce, mais un miroir pour l’âme. Quatre heures de cours seulement, que je n’honore guère de ma présence, systématiquement. Séminaires choisis : Baudelaire et la bile noire, étude de Trois Femmes, d’Isabelle de Charrière, étude des différentes versions du Graal, Histoire de la langue (perspective diachronique). Approche des oraux. Dans peu de temps, je m’éloignerai de G. Je m’improviserai bourreau. J’ai tellement peur qu’on m’aime, qu’on m’aime et puis qu’on me laisse tomber. Qu’on me fasse souffrir. Qu’on m’arrache le cœur de mes entrailles. Je prends les devants. Je ne suis pas sûr de moi. J’ai peur de moi. Je souffre un peu, parfois. A chaque seconde. Je m’évade sur internet, j’y passe mes nuits. Je paye des sommes astronomiques qui m’empêchent d’avoir des loisirs, de sortir, de m’aérer. Je n’ai pas encore exorcisé mes démons, c’est à peine si je sais les compter. Je ne sais pas que je vais me teindre les cheveux en blond pour la dernière fois. Ni même les extrémités que je vais connaître prochainement. Toutes ses identités, qui n’en sont pas. Pour se faire une place, on ne sait où. Stupides stratagèmes.

Elle a eu vingt sur vingt en mathématique. Depuis quand a-t-on des notes sur vingt à l’école primaire ? Je n’ai jamais obtenu plus que de dix-neuf sur vingt en mathématique, en seconde. Une seule fois. Mais jamais de 20. Largement plus de 20 « 1 sur 20 » en Allemand, et foultitude de zéro en sport - exponentiel - quand je plantais férocement, l’œil ironique, à mes pieds, le javelot, au lieu de le lancer, quand je restais sur le banc, au lieu de faire les exercices nécessaires à la sacro sainte évaluation, ou quand je ne venais pas, tout simplement, le jour J, parce que ce que justement c’était un jour J et sans mot d’excuse, au risque d’avoir une bulle. Planter le javelot à mes pieds, c’était mon apothéose : certains riaient, derrière moi, et ces rires n’avaient strictement aucun effet sur moi, qui riais intérieurement, d’un rire plus sonore encore. Je me sentais vainqueur, quelques secondes, la belle ironie. Mais c’est une chaise, que j’avais jetée une fois, en mathématique, toujours en seconde. Je me rappellerai toujours la tête du professeur. Et là je perdais. Je perdais cruellement, quelques secondes, et plus encore. Sale époque. Mais encore : je me rappellerai toujours mon professeur de français, en seconde, toujours en seconde, qui, lorsqu’elle m’a rendu mon premier roman, mon premier « effort », aujourd’hui perdu, Délivrance, c’était son titre, et bien, elle avait tremblé en m’en parlant de nouveau, quelques mois après me l’avoir rendu. Au bord des larmes, quelques secondes, qu’elle était. L’inconfort que j’ai ressenti, quelques secondes. Horrible étouffement. Gagner, c’est aussi perdre. Et le professeur d’histoire, quand elle m’a rendu ma dissertation sur Napoléon, bardé d’un rouge 8 sur 20, me disant, en une phrase, quelques mots pour quelques secondes, m’exposant à l’ironie des autres : « vous n’êtes pas Simone de Beauvoir ». Je lui ai répondu que, de toute façon, je n’aimais pas Napoléon. Elle sentait la sueur. La sueur tout partout. Elle était répugnante, ad vitam.

Ma nièce n’aime pas les mathématiques. C’est dur, qu’elle me dit.
Je lui donne un conseil stupide que je n’applique jamais, ou si peu :

« Pour réussir en mathématique si tu n’aimes pas ça, il faut que tu fasses semblant d’aimer ça, et que tu en fasses beaucoup. Tu verras, ça marche. »

C’est une leçon que j’ai tirée de la vie : on peut se persuader de tellement de choses, et les réussir, parce qu’on finit par y croire. A se mentir.

« Tonton, tu viens me voir quand ? »

Une fois par an seulement. Une seule seconde. Je ne suis qu’un fantôme pour les autres, mais une pierre, un monument pour moi-même. Ces secondes de vies, elles ont le goût de siècle.

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25 mars 2008

Le Pacte avec le diable

C’est cela que tu veux, tu le sais et cela semble si fort que cela te déchire, me dis-tu, te consume et c’est très bien ainsi ; nous devrions être heureux, « avoir plein de choses » - telle est ta formulation - et même plus encore : nous pouvons dessiner les plans d’une nouvelle maison à deux, séduisante métaphore qui ferait de nous des adeptes du Plan ; tu en es persuadé : tout peut commencer dès aujourd’hui, l’avenir est devant nous, radieux et advienne que pourra. Tu me souris. Tes lèvres, ce pourrait être mes fondations, et pourtant, malgré tout, je détourne le regard, pire : je baisse les yeux. Non pas comme un chien, avant que d’obéir à son maître, mais comme un chat, qui focalise son attention ailleurs, par pur narcissisme. Les raisons en sont complexes, de cette dérobade. Diable, c’est indicible. Ce que je ressens. Je dis alors : « ce n’est pas possible ».

C’est un peu comme signer un pacte avec le diable ; son regard, parce que son regard, c’est celui du diable. Il est une lueur grise et froide, dans le fond de ses yeux, qui scintille, étoile liquide ; quelque chose d’absolu, évoquant de la folie les mystères les plus insondables, une transparence absolue dans laquelle je me noie, qui m’effraye et me fascine. J’entrevois alors les dangers que j’ai traversés, parce que l’un d’entre eux, de ces suppôts psychotiques, se croyant névrosé, m’a dépouillé de mon corps, de mon être, de mes facultés, d’une partie de mon âme, en me faisant croire à cet amour absolu, en vampirisant ce qu’il restait de bon en moi. Pour n’y laisser que vide. Mais le vide se remplit ; à moins que le vide soit un plein. Cela justifierait Tant.

Néanmoins, une chose est sûre : il ne te reste que tes yeux pour pleurer, mais ce sont les pleurs de l’âme, et donc tu as une âme, si tu pleures. Mais sont-ce de bonnes raisons qui te condamnent à l’épanchement lacrymal ? Jamais, lorsque la douleur t’appartient. Ce ne sont que pleurs salés. Ou jérémiades.
Quand j’ai pleuré pour lui, j’ai pleuré pour moi.
A cause de lui, mais pour ma propre cause.
Et il faudrait remettre ça ? Demain, dans deux mois, un an, une éternité ? A quoi bon se damner ? Je les reconnais, ces garçons qu’il faudrait flageller. La vie s’en chargera, tôt ou tard, mais serons-nous là pour constater la véracité, l’efficacité, la pugnacité de cette loi karmique ?

J’ai donc dis : « ce n’est pas possible. »
Ainsi, il a porté son verre avec nonchalance à sa bouche, se gorgeant lentement de son élixir et dans ses yeux, un feu s’est allumé. Point un regard de braise. Point un feu de joie. Un bûcher, néanmoins, et des petites étoiles comme autant de sorcières, éclatant dans son iris, cela qui me séduisit plus que tout le reste en lui. Les lois de l’attraction sont à la fois si simples et pourtant si complexes.

« Tu sais, me confia-t-il avec cette sérénité qu’ont parfois les anges, lorsqu’ils bandent leur arcs, tu pourrais le regretter. »
Ce n’était pas si fort, mais le message est clair. Imprimé, retenu, détenu, brisé, en mille éclats de poussière.
Le suppôt me l’avait bien dit : tu te fais vieux, tu ne trouveras pas un beau jeune homme comme moi de sitôt.
Tu finiras vieux, esseulé, aigri.
Vieux, esseulé, aigri.
Achète ma jeunesse.
Comptine pour enfant insatisfait du présent, amertume sacrée envers l’absolu, pouvoir de la chair, édulcorant, glutamate et acide sulfurique.

 Moi, je conçois qu’une fois le cœur arraché, tu peux tout en faire. Absolument tout.

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22 mars 2008

# Sosies

L’horoscope aurait pu dire :

« Lors de vos pérégrinations du jour, il vous arrivera de croiser un sosie, le sosie de quelqu’un qui appartient au passé, quelqu’un qui n’a eu strictement aucun impact sur votre vie, quelqu’un auquel vous ne pensez jamais. En  le regardant, des anecdotes du temps jadis vous reviendront, comme un renvoi acide, en plein visage, dans les profondeurs ternes et abyssales du métropolitain. »

Il y’a neuf ans, un homme aborda un jeune homme aux yeux vairons, surlignés de deux épais traits noirs, blond platine, qui gesticulait sur une piste de danse miniature et sordide. Quelques jours plus tard, il tenait dans ses bras un mec aux yeux vairons, cheveux parfaitement noirs, vêtu d’un costume d’une couleur similaire, qui, d’un calme olympien, ne désirait pas vraiment danser. Ce mec, il l’a ensuite promené chez une amie prostituée, dont l’unique enfant, qui n’était pas encore couché malgré l’heure tardive, avait un regard triste et profond. Cet appartement regorgeait d’élixirs capiteux dont ils se gorgèrent, avec pour seules limites celles que leurs corps leur imposaient. L’homme n’a pas eu grande difficulté à saouler le jeune homme brun, puis, il a dessiné, lorsque ce dernier sombra dans un sommeil lourd comme le plomb, entre autres choses, des fleurs et des pénis en érection, sur la surface laiteuse de son corps.

 

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21 mars 2008

Анекдот #2

La lumière d’en face est bleue et je me prends d’un espoir soudain, sitôt envolé. Serait-il revenu ? Je me surprends à croire, l’espace d’un court instant, à une possible résurrection. Je suis bête, d’envisager de telles choses : je sais très bien qu’il ne reviendra pas. Et quand bien même, cela ne changerait rien. J’ai tant à faire que je ne passe devant cette maudite fenêtre qu’avec ma bouilloire, pour me chauffer de l’eau, pour mes thés et ma stupide boisson au chrysanthème. Thé en vrac ou t’es en vrac ? Là est la question. Quoiqu’il en soit, un mec a voulu m’asphyxier avec un soda : je m’enferme, plus le temps passe, dans cette contemplation acide des étiquettes, à traquer le moindre détail, comme une veuve myope et presbyte ayant pour littérature les épitaphes sirupeuses et réconfortantes des pierres tombales, espérant retrouver à tout hasard, dans cet immense cimetière, celle de son défunt mari. Mais tu n’as pas de mari, connasse, et tu n’es même pas veuve ! Tragédie du genre moderne.

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20 mars 2008

Nos reniements, nos Catharsis

 

Ici, nous ne tuons pas les fourmis.
Ici, nous ne tuons pas les souris.
Ici, je ne trouverais pas de mari.

Mais chez elle c’est un repaire et un moyen de se ressourcer, et puis elle est Elle, ce qui suffit. Elle a peint une nouvelle toile ; comme je suis fier de la connaître ! Je la pousse à en faire plus, des tableaux, mais elle me confie, devant une fondue à l’aubergine, que ça fait déjà trente ans qu’elle se confine dans ce style et qu’elle en a décidemment marre. Je lui suggère d’en changer, de s’essayer à autre chose, une autre forme picturale, ou bien de s’adonner à la sculpture, et autres activités plastiques, mais elle ne peut pas, ce qui me paraît étrange alors j’insiste ; il est dommage que quelqu’un qui sache peindre, du moins d’une façon qui transcende le réel, se dispense d’exercer son talent, de le multiplier, qu’il soit ou non reconnu. Le talent est une chose qui jamais ne doit connaître de limites, s’affine par l’exercice, mûrit, comme un corps travaillé par l’effort. Bien que certains fruits soient faits pour pourrir. Je me dis qu’elle doit aller de l’avant, trouver du nouveau, aller au-delà de son propre style, de cette paisible catharsis, ce monde coloré et équilibré qu’elle aplanit en deux dimensions, dans cette sensualité lumineuse qui ravit sans cesse ma rétine. L’aventure, néanmoins, ne la tente pas.
Vase communicant : elle me suggère également de me remettre à la peinture sérieusement, car tout comme elle, je ne fais plus rien et nous martelons, en guise de conclusion, qu’on pourrait éventuellement essayer d’organiser quelque chose en commun, alors que nos univers plastiques, théoriques, ne peuvent coexister. On disait cela il y’a deux ans déjà, que ce serait une bonne idée si… Mais ce ne sont jamais les si qui façonnent les projets. Ce sont les mais, qui s’en chargent, indubitablement.

*** 

Il est des idées en moi qui viennent, de nouvelles toiles, que je pourrais commettre, à des heures reculées, nu, les genoux contre le sol, agitant frénétiquement mes pinceaux pour faire n’importe quoi, à la fois concentré et perdu dans le vide ; mais cette lutte me semble si stérile que, me munissant des toiles vierges que je possède encore, les plaquant contre le sol, que j’ai recouvert de journaux, je suis toujours coupé dans mon élan : l’envie se meure d’elle même et la toile reste vierge. Puis, quelques heures plus tard, ces germes d’idées s’en vont, confinées dans un tiroir de ma mémoire, dont je n’ai guère la clé. 
Dans trois jours, je vais détruire trois de mes tableaux et ce sera ma catharsis.

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19 mars 2008

Asphodèle

La première chose à laquelle j’ai pensé en me réveillant ; c’était que j’avais lamentablement échoué dans une maison close ou pire : chez l’un de ces vieux homosexuels douteux et précieusement ridicule qui loue le mauvais goût comme un art à part entière, jusqu’à, crime au décorum, posséder en son humble demeure tout un achalandage nauséeux de coussins imitation panthère ou zèbre, voire un sofa de ce genre, pire encore la panoplie complète pour le lit ; de quoi motiver des ébats sexuels à faire frémir n’importe qui de normalement constitué - normalement, c’est ici comme qui dirait un euphémisme de plus en ma quotidienne logorrhée. Beth écartait bien les jambes, le dos incurvé sur une peau de chèvre. Délices estudiantines. Moi, je me suis réveillé sur un coussin panthère et, vaguement interloqué par l’insolite coussin sur laquelle ma lourde tête avait reposé, hagarde, toute une nuit, je n’ai pas osé regarder alentour. Où ai-je donc encore atterri ? Il me souvient mettre réveillé sur des bancs, à deux reprises l’an passé, condamné par éthylisme forcené de mes péripéties, faisant corps avec la ville comme jamais, sous un ciel sans étoile. Le champagne ne m’avait pourtant pas fait tant d’effets, mais l’espace d’un instant, ce trouble instant qui précède l’avènement de la raison au réveil, quand le corps et l’âme ne sont pas encore tout à fait en phase, cet instant précis pendant lequel on ne sait pas où l’on est, si et seulement si l’on est pas en familière demeure, j’ai cru à une nouvelle dérive de ma part ; mais j’ai reconnu les murs jaunes, repensé l’invitation à dîner, rejoué en moi la soirée, ses découvertes, discussions, ses impressions, et je me suis senti en sécurité ; comme une seconde maison. C’est juste que j’étais seul ; mais j’ai entendu la porte s’ouvrir, pensant : un thé m’attend, qui sera chaud. Nous sommes partout chez nous, lorsque nous nous comprenons.

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Et le gagnant est...

Difficile d’offrir un roman à un de ses lecteurs, aussi ai-je décidé de remercier le plus fidèle d’entre vous. J’ai dû choisir pour cela des critères « objectifs » sachant que je ne peux pas forcément déterminer qui me lit autrement que par les commentaires reçus. J’ai donc décidé d’offrir mon cinquième roman, Les Protubérances, à la personne qui aura commenté le plus de messages sur une durée de un an (la première année du blog, donc du 3 mars 2007 au 3 mars 2008), soit une voix comptabilisée par billet que j’ai posté.

Ce qui nous donne en TOP 5, si je ne me suis pas trompé, car c’était plutôt chiant à faire et j’ai mal au crâne ce "matin" :

Noctambulis : 69 messages commentés.
Lovedreamer : 34 messages commentés.
Choule : 21 messages commentés.
Licheurdhom : 19 messages commentés.
Henri-Pierre : 15 messages commentés.

PS 1:

Ceux de mes lecteurs qui désirent gagner ce roman peuvent toujours faire un tour sur mon site, où il est possible de gagner un autre exemplaire de ce même roman. Sans compter l'exemplaire qui sera déposé à Lyon, dans un parc ou un square.

PS 2 :

(Si la première personne ne se manifeste pas d’ici une semaine par mail, ce sera la seconde qui remportera le roman et ainsi de suite. Le roman sera envoyé par la poste courant avril.)

18 mars 2008

Perlimpinpin et fils

 

C’est devenu l’apocalypse, dans les escaliers : de grosses flaques solides de peinture maculant les marches, tectonique immobile des plaques, peinture à la dérive et de la poudre blanche partout, mais d’un blanc cassé, comme un voile léger dans l’air, irrespirable. Ce n’est pas la blanche pureté de la cocaïne, la légendaire pureté de ce qui, pour moi, n’est qu’un mythe parmi tant d’autres. Je suis immaculé ; je n’ai pas rencontré monsieur perlimpinpin. Je ne touche pas à ce genre de chose ; l’alcool suffit à me créer des motifs, à sortir parfois de moi de telle façon qu’il m’est arrivé d’éprouver bien des hontes et tout autant de pertes de mémoires. Et sortir de moi, je n’aime pas vraiment ça. Il me faut le contrôle absolu de mes pensées, de mon corps, du moins en présence d’autrui. Cela dit j’aime respirer, certaines odeurs, le nitrite d’amyle ; et la seule chose qui me plaisait, dans le fait d’utiliser, pour quelques œuvres, de la peinture à l’huile, c’était l’odeur du solvant, que je dissolvais dans mes narines, la bouteille d’un litre en extension avec mon corps, dans une douteuse proximité. Enfant, c’était la petite bouteille de solvant du très en vogue « blanc correcteur , supprimée à la vente par d’étranges décrets : des légions de collégiens en sniffaient, airs hébétés, pendant que des professeurs monocordes récitaient des leçons ennuyeuses qu’ils prétendaient inventer. Tout le monde rigolait en sixième, quand on voyait la queue des statues grecques. Les années suivantes, on se vissait copieusement le flacon sous le nez. C’était bien l’une des rares occasions où je sentais n’être pas trop différent de certains camarades. Puis, quand je rentrais le soir, quand il n’y avait personne à la maison, ni mère ni sœur, je m’arrangeais pour me faufiler dans la salle de bain. Je m’enfermais dedans et rependais sur un mouchoir en tissu un peu d’eau écarlate, dont je me gorgeais comme d’un nectar divin, jusqu’à ce que je sente ma tête imploser de l’intérieur. Une exquise sensation d’étouffement. Une barre de métal, me transperçant littéralement le crâne : c’était à la fois bon et douloureux. C’est alors que, pendant quelques minutes, je parlais tout seul, je commentais ce que j’étais, ce que je faisais, admirant furtivement le démembrement de ma démarche, jusqu’à ma chambre ; l’espace de quelques secondes, j’avais l’impression d’être un robot. Et diantre, comme ça me plaisait !

Posté par Querelle à 13:33 - III. Stratisme - Le coin des lecteurs [7] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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