QUERELLE - journal intime, mais non confidentiel, de Nicolas Raviere

C’était très intime et cela pourrait l’être encore plus, je veux dire : sexuellement. Tout de suite, le mot est lâché, claque comme le fouet sur une peau satinée, une lichette d’alcool, suspendue aux lèvres d’un nouveau né. Je ne plaisante pas.

27 avril 2008

Aubergine et Chaussures de Cirque

Ses pompes sont véritablement funèbres, vous savez, ces chaussures à la mode, repoussante, en forme de gondole, qui vous flingue illico une silhouette pittoresque, en allongeant le pied d’une façon ma foi fort disgracieuse. Or, je prends place de l’autre côté la table, malgré ce détail qui choque ma rétine, pour savourer cette cuisine indienne que j’apprécie tant, survolant d’un œil exercé la carte, ne me surprenant pas par mes choix, limités, que dis-je, imposés par mes pratiques alimentaires : quelques beignets de légumes, un naan au fromage, une fondue d’aubergine accompagnée de son riz et peut-être, à la clé, une soirée séduisante, une nuit pour se perdre à loisir.

Envie de tendresses, envie de pétrir de la chair. De rencontrer l’autre, de découvrir l’autre, d’aimer l’autre.

Il est étrange de constater que ce sont toujours les mêmes mets que je choisis, mais l’interlocuteur, souvent, change, ce n’est jamais le même ; parfois c’est un ami, parfois : un petit ami. Cette fois-ci, c’est un étranger, l’une de ces rencontres que d’aucuns qualifieraient de virtuelle : deux étrangers qui ne se connaissent pas, motivés par des desseins qu’ils ne laissent pas toujours transparaître, pensent que les photographies du mystérieux inconnu sont très attractives et décident, après un dialogue de courtoisie, plat et convenu, aussi sec qu’une gorgée d’eau, de se rencontrer - enfin - et comme Monsieur est d’humeur généreuse, comme monsieur est d’humeur badine, Monsieur décide donc de régaler, proposant à sieur Querelle un Bouchon Lyonnais, où Querelle ne mangerait que Quenelle. Querelle, enchanté, accepte l’invitation, mais propose indien, sous couvert de principes. Lui voit clair dans le jeu de cet homme, mais l’envie de jouer s’empare de lui, l’excitation et surtout l’appel du ventre : il s’imagine déjà la saveur de la fondue d’aubergine, cette texture si particulière, se saisir de son palais. Manger est nécessaire, mais déguster flatte les sens.

Libido : la peau crie, confinée dans cette abstinence, cherche un partenaire, un partenaire de chair, auquel elle puisse succomber, pour plier sous sa caresse. Les hommes sont comme des chiots, ils s’apprivoisent, pour remuer finalement la queue. Querelle pense aubergine, ne se doute pas un seul instant que le plat est empoisonné ; de l’homme la langue est abjecte, qui, sans jamais défaillir, énonce, énumère, somnifère, des inepties relatives à des émissions de variétés putrescentes et vulgaires, où des jeunes désoeuvrés, à l’ego démesuré, entonnent, que dis-je, braillent à tour de rôle des refrains lexicalement riches. 

Une pléthore de noms, illustres inconnus du tube cathodique, s’invitent à notre table, pour se mélanger aux saveurs, empoisonnant mes sens et lui déblatère, lui vilipende, amanite phalloïde, des slogans sans queue ni tête, des vérités hermétiques sur des séries que je ne connais pas, qui seraient de purs chefs-d'œuvre et qui ont le mérite, elle, de rendre plus belle la vie, parce que les livres, comme le dit ce cher monsieur, c’est super chiant, les livres, c’est pour les gens sans vie, c’est contraignant, les romans, ça prend du temps, ça donne mal aux yeux, et mal à la tête.

Tu vas au concert de Mylène ?
Tu vas au concert de Kylie ?
Tu crois que Madonna va faire un concert ?
Tu aimes bien Rihana ?
T’as vu Britney Spears…
Tu penses quoi de ?
Tu connais machin, truc, bidule ?
C’est super, j’ai acheté ça hier…

Et toi, puits de science occulte, que penses-tu des téléphones qui font grille pain ? Des capotes parfumées au kimchi ? Des découvertes génétiques sur les pangolins homosexuels de Mongolie ? Est-ce que tu crois que Chantal Goya a des relations sexuelles avec Bécassine ? Que Bécassine s’est incrustée dans la maison des trois ours à la place de Boucle d’Or, après avoir l’avoir séquestrée et l’avoir gentiment scalpée ?

Moi tu comprends, très cher, avec toute cette histoire, ce repas indigeste, dans tout ça, tu comprends, pauvre naze, que ma tête explose, que je mange de plus en plus vite, que je n’apprécie même plus la nourriture dévotement, parce que mes pauvres sens sont étouffés, que ma patience s’amenuise comme une peau de chagrin, alors que ton assiette ne se vide pas, elle, par un étrange maléfice. Comprends-tu que je vais te laisser là, sur le bord de la route, cloué au bitume avec tes chaussures de cirque, pour retrouver mon humble demeure, mon propre silence ? Dis-toi, très cher, que tu ne seras pas seul ce soir, bien que tu ne le saches pas : tu as une télévision. La télévision est ton amie, ta meilleure amie.

 

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25 avril 2008

Chronique des Valentins Tordus

Ni une ni deux les rendez-vous pleuvent, il pleut des mecs, sur la ville. Lyon rayonnerait presque sous la pluie, le ciel gris… se recevoir un valentin au coin du pif, voilà qui fait envie ! Ne pas reculer : il faut toujours écouter ces petites voix malignes et nouvelles qui martèlent de délicieuses chansons, piaillent incessamment de ravissantes comptines du genre : « c’est le printemps, ouvre-toi petite fleur. »
Ce qui signifie non pas « ouvre tes chakras », mais oublie les désagréments de l’automne, ton avant-dernier petit ami, par exemple, qui te prenait pour une sorte de maîtresse, venait te voir chaque week-end les bras chargés de cadeaux et de bonnes attentions, genre boîtes de chocolat en provenance directe de chez un chocolatier, et bonnes bouteilles de vin, t’emmenait au restaurant, te promenait ici ou là au gré de tes envies du dimanche, qui, malheureusement pour lui, n’allaient guère plus loin que « on va aux bouquinistes » alors que cette relation ne tournait véritablement qu’autour d’une seule chose : du cul, du cul, du cul. Drôle de monde… Il est parfois nécessaire d’appeler un chat un chat, pour sauver les apparences.
Mais il a disparu, le garnement, au pays des cigognes, ni vu, ni connu. Et le dernier, humm le dernier, nourriture parfaite pour mes névroses, n’en parlons même pas, c’était bien pire : si jamais tu commets un roman, je veux dire, un roman ovni, particulièrement bizarroïde, qui ne ressemble à aucun autre, ne sors jamais avec un de tes lecteurs, c’est bien là la plus grosse bêtise que tu puisses commettre, outre l’objet du délit, l’œuvre en question. Ce fut donc le drame autour de Disconite, qui est déjà un drame en soi. Mais il y’a pas eu meurtre, comme quoi les frontières entre la fiction et la réalité ne sont pas étanches. Amen !

Tout cela pour vous dire, très cher journal, que j’ai rencontré quelqu’un, oui, tu as bien compris : j’ai rencontré quelqu’un. Un homme, absolument. C’est magnifique, c’est génial, je meurs littéralement de joie. Je n’ai même pas eu le temps de le décrire au jour le jour que je l’ai envoyé sur les roses. Curieuse expression, s’il en est : envoyer quelqu’un sur les roses. J’aurai préféré : dans les orties et encore, les orties ont bien des vertus, en plus de celle faire circuler le sang. Et certains en ont besoin, d’avoir le sang qui circule, qui soit bien fluide, du cœur au cerveau, du cerveau à la verge et caetera
Je suis d’humeur badine, mais je ne badine pas, car on ne badine pas avec l’amour, surtout s’il n’est pas au rendez-vous. L’amour ne se contrôle pas ; en ce sens qu’il ne s’impose pas toujours là où il le faut, là où il est souhaité et c’est bien dommage. Je l’ai vu donc, je ne l’ai aimé pas une seule seconde mais j’ai suivi les conseils démoniaques de mes chers amis et j’ai foncé, tête baisée. N’avait-il pas trente-six ans, une culture suffisante, une intelligence un peu particulière, une aisance remarquable, au niveau du futal ? Mais je m’égare. Chaque baiser, chaque caresse, étaient pure supplice ; vraiment il ne fallait pas aller plus loin et quand il parlait… Ah ! Quand il parlait ! Ce n’était pas de la poésie, ce n’était pas de l’art, ce n’était pas un éloge à la vie, c’était plutôt comme qui dirait de l’or en barre, pour ne pas dire de la merde en bâton : pure matérialisme, pure satisfaction de soi, pure vacuité, pure nullité millésimée. Heureusement, je sais créer des portes de sortie. C’est là tout l’art du littérateur…

Petite fiction séduisante pour apprenti sorcier :

Je disais il y’a quelque jour au seul et unique petit ami avec qui j’ai gardé contact : si je pouvais attraper cette saleté blanchâtre de cupidon, je lui enverrais sa propre flèche en plein cœur ! Manifestement, il n’a pas vraiment compris ce que je voulais dire. Il a répondu quelque chose comme : « c’est merveilleux Nicolas, tu veux aimer l’amour ! » Et bien non, pas ça, du moins, pas maintenant, ce que je veux, c’est que cette connerie d’ange blafard arrête un peu son cirque et prenne un peu de vacances car, le pauvre, il en a bien besoin !

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24 avril 2008

Prologue III : La Modification

alyon

 

2004. Ce garçon, sur la photographie, quittait Lyon et, malgré son envie de s’y établir vraiment, pensait, au plus profond de lui, qu’il ne resterait de cette ville que des vestiges mémoriels, des expériences, des visages et que, plus jamais, il ne reviendrait y vivre. Se tournant vers l’ombre de la ville, qui n’était plus que souvenir, sur la longue et pénible ligne grise de l’autoroute, filant à toute allure, direction Dijon, dans la toute nouvelle voiture phallique de l’homme qu’il aimait, des regrets lui sont venus, des pleurs se sont dessinés, qu’il n’a jamais pu exprimés. Je reviendrai, pensait-il, je reviendrai, et ce sera une toute nouvelle vie. Ironie : ce devint, ce retour miraculé, très vite, un retour à une vie antérieure, faite de tâtonnements, d’expériences nouvelles, sans stabilité aucune. La vie serait-elle faite de cycles ? Comble de l’ironie : le jeune homme se retrouva très vite plus entouré que jamais, mais sans personne à ses côtés. Livré à lui-même, terriblement seul et cela, sans même le savoir. Il n’avait pas effacé les bons visages, et surtout, le bon cœur. C’est un organe si compliqué, le cœur, une métaphore si juste : le cœur ne vit qu’irrigué de sang, tout comme la verge, qui n’est plus rien sans son afflux. Tout désir mort éteint le cœur, finalement, mais le cœur, cet organe, peut être ranimé. Ce n’est pas une légende urbaine : quelques pressions, et voilà qu’il bat de nouveau. Boom boom. Tu l’entends ?

« Bonjour.
- Bonjour.
- Tu t’appelles comment ?
- Je m’appelle Nicolas. Ou "Raviere", tu peux m’appeler Raviere, aussi, c’est mon autre prénom.
- Très bien, Raviere. Je voulais te demander quelque chose.
- Oui, vas-y, je t'écoute.
- C’est bien toi le garçon qui tient prisonnière une guêpe domestique, dans une cage ? »

Non, ce n’est plus moi. Regarde, la cage est vide :

cagevide


 

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21 avril 2008

Decades

(Une Nuit à Lyon IX)

Tu veux ou tu veux pas ? En l’occurrence pas. Mais je ne dis rien. Je n’ose jamais dire non dans ce genre de situation éminemment corporelle. Et puis, L. arrive enfin, qui, étrange bénédiction, prend soin malgré lui de monsieur Cicatrice, lequel s’empare de lui, le colle, le caresse, improbable cousin du blob ; L n’est pas farouche, qui se laisse faire, jusqu’à un certain point car l’affamé, gluant de désirs, essaye tant bien que mal de l’entraîner dans les cabines. En vain. Pure soirée, nous voici de nouveau en train de rire. L s’en défait puis me confie, sur les sofas déglingués, qu’il désire allier sexe et pureté : pas ici, pas maintenant, plus tard. I’m not like that. Ce qu’il prétend. Le beau mensonge. Mais ses yeux ne mentent pas. Il confesse : je suis vierge. Really ?
Nos regards se croisent longuement.
Il y’a de la malice, une certaine complicité qui se crée, que je n’aurais jamais cru possible. Tout simplement parce que je ne crois rien possible, et cela m’arrange si bien que je m’y complais, dans ce pessimisme bubble-gum. Ce n’est jamais qu’un verni mais tous les vernis ne sont-ils pas faits pour craqueler ? Là, dans cette descente aux enfers si peu décadente, je l’envisage, depuis qu’il a laissé tomber son balafré, qui erre non loin des cabines, je l’envisage, le dévisage ; une petite pointe de désir, qui n’est pas sexuel, la vague esquisse d’une fraternité vaguement incestueuse, me berce tendrement.
Ainsi se pose-t-il à mes côtés. Je peux lui raconter mes malheurs, lui dire que je me suis cogné lamentablement, que j’ai créé une pure onde sismique, voire atomique, avec mon cerveau bouillonnant d’idées, que tout cela est fracassant, une détonation magistrale, je peux lui rafraîchir la mémoire et lui répéter que tout à l’heure, j’ai failli mourir, mais que j’ai ressuscité, tel le phœnix ou Jésus Christ, les plumes, le pagne en sus, que c’est un tout nouveau pouvoir dont je compte bien profiter encore un peu, même s’il n’est rien comparé à celui qui transforme les Crapauds d’Australie en Princes de Californie, pouvoir inverse de la vie qui a tendance à les transformer tous en crapauds, ces pauvres princes frivoles, enfin, ce genre de conneries sur tout et surtout, sur rien.
L me sourit. 
Il me regarde droit dans les yeux, porte sa main sur ma bosse, à moi, qui me sens déformé. Il me dit alors que j’ai besoin d’un bon massage ; puis me masse quelques instants, traçant des cercles fins, délicieux, sur mon front, de ses doigts, toujours me regardant droit dans les yeux. Il s’arrête aussitôt : il comprend que cela me déplaît, à voir l’expression qui se dessine mon visage. C’est étrange, de se faire masser une bosse, par un semi-inconnu qui vous a introduit sa langue, l’été dernier. Souviens l’été dernier. Je me souviens. Esto Memor. Un baiser mortifère. Les soins qu’il me prodigue, il voit bien que cela me dérange, alors, il s’abstient et c’est le silence, silence des mots, silence des corps ; peu de temps après, il s’en va et nous restons, nous restons encore longtemps, avec F., à observer, à palabrer, à disséquer les allés et venues, collant parfois nos oreilles contre les cabines, pour entendre les râles saugrenus que la musique enveloppe dans des décibels outranciers.
Serait-ce le paradis, serait-ce l’enfer ? F. va aux toilettes. Un homme qui gravitait non loin de nous m’adresse enfin la parole, un grand dégingandé au verbe lourd, aux airs gentils de chien perdu sans son maître, qui partage avec moi un peu de son élixir, m’invite, courtois, à venir avec lui dans une cabine, histoire d’improviser à deux un rapport sexuel, dans l’entente et la bonne humeur. Sa pudeur me touche, mais je n’y réponds pas, à ses avances ; je n’y suis pas sensible, à dire vrai, je ne sais plus trop où je suis. Je sais seulement que tout cela va très bientôt s’arrêter. Or, l’éclairage frappe son œil bleu, qu’il enveloppe d’un glaucome fantomatique. Faites qu’il n’insiste pas !

 

***

A la peau, nous sommes tous des infirmes, je me dis, de vrais infirmes à qui il manque quelque chose, que nous n’identifions pas forcément ; mais je ne peux pas développer outre mesure, le temps qui m’est imparti est dépassé. Je n’aime pas les chiffres impairs, je ne peux pas écrire Une Nuit à Lyon en dix parties différentes : cela, c’est contre mes conceptions. 9, c’est un chiffre parfait, qui contient trois fois la trinité, qui, elle, inclut une fois la solitude, additionnée à l’idée de couple, de dualité, du yin et du yang. 9 et 9 font 18, 1 et 8 font 9, aussi est-ce le chiffre parfait pour ma confession. Je sens que je quitte la narration peu à peu, pour retourner à la réalité : celle d’un homme qui raconte une soirée, devant son ordinateur, celle d'un homme qui prend conscience de tout ce qu’il a ressenti, pose ses mots sur des faits, des sensations, les ordonne, non pas forcément d’une façon chronologique, mais logique et cette logique plus réelle encore le pousse au crime de soi.
C’est merveilleux, ce que peut révéler l’écriture, c’est merveilleux, cette façon qu’elle a non seulement de pouvoir décrire la vie, mais également de la transcender. En ce sens, elle est purement métaphysique.
Je dirais seulement pourquoi nous sommes partis, aux alentours de 9 heures du matin (ce qui n’est peut-être pas une coïncidence) : une armoire à glace alcoolisée de deux mètres, essayant tant bien que mal de s’infiltrer dans nos conversations, nous a incités à fuir sans plus attendre les lieux, avec ses rires maniaques. Il nous a suivi jusqu’au métro, marchant moins droit que nous. Je me souviens de cette tête que nous avions, à nous regarder, avec F., diaphanes comme jamais, délavés, ternes, des poches béantes sous les yeux, une fois la porte ouverte, révélés à la puissance du jour laiteux. Des gueules de survivants.
Le métro m’a emporté au loin, je crois, au loin de tout ça, et pour toujours ; non pas que je n’y reviendrai plus, car ce serait là pur mensonge, pure fabulation, mais ce ne sera plus jamais pareil. Je ne serai plus pareil. C’est quelque chose que je sais, et dont je suis certain.
Il n’est pas rare, quand nous parlons de ma conduite ces derniers mois, à refuser de rencontrer des hommes, à les fuir, voire les éconduire, avec un certain brio et un aplomb parfois fort détonnant, que d’aucuns considèrent à tord comme un ego démesuré, de m’affirmer, peut-être pour me rassurer, en ces termes ma foi fort sympathiques, mais qui me semblent cependant usurpés : tu peux avoir ce que tu veux, alors lance-toi.
Et moi de ne jamais répondre à cette sentence calamiteuse par cette étrange vérité, qui vient de m’apparaître, comme par enchantement, pour le meilleur, et surtout pour le pire :
« Mais je l’ai déjà eu, ce que je veux ! »



FIN

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19 avril 2008

Meet the blob, Eat the Meat

(Une nuit à Lyon VIII)

Pendant ce temps, une femme organise une réunion autour de son utérus, qu’elle offre aux hommes pour se vider ; mais ce n’est pas tout à fait une femme, tout juste une surface adipeuse flasque, qui semble guidée par un curieux radar : les hommes, les hétérosexuels, car il y’en a, une petite tripotée, qui ne se tripotent pas, eux, bourdonnent avec insistance et démesure autour d’elle, comme si elle était déesse, providence, corne d’abondance ; au royaume de la bite, les vagins sont rois. Elle porte un pull blanc montagnard qui moule ses bourrelets généreux, sa poitrine coule comme un fromage à peine chaud sur son ventre caverneux ; elle a l’œil aqueux, les cheveux collés par la sueur, des formes décidément poulpesques qu’elle troque sans retour, pour qu’on l’aime simplement, peut-être, à la dérobée, dans la moiteur, la puanteur des cabines, peu importe la souillure, peu importe l’aperture. Alors, les hommes bourdonnent, passent et repassent et nous demandent si nous avons des capotes pour pénétrer les profondeurs humides du blob : mais personne semble n’en avoir, de préservatifs : voilà qui est curieux. Le blob nous invite par sa curieuse condition à méditer sur quelque chose que l’on perd de vue, lors de l’excitation : il faut se protéger des mycoses, des chancres, des infections, des maladies sexuelles transmissibles qui pullulent dans le noir ; la lucidité des viandes saoules m’épate. Mais elle, elle a peut-être besoin d’amour, peut-être qu’elle n’en trouve pas, comme ce jeune homme qu’a vu F., d’humeur éthylique, et qui se laissait faire, un peu paniqué, sucé jusqu'à la moelle par un cacochyme. Le Blob affiche sans honte ses désirs : il lui faut un homme ici et maintenant : elle investit la cabine autour de laquelle elle rode, comme un vautour, à plusieurs reprises, invitant ses proies dans sa moiteur profonde et rance : il y’a une sorte de siège pour qu’elle puisse écarter les jambes ; ce n’est pas aussi perfectionné que l’équipement d’un gynécologue, mais sans doute, psychologiquement, bien plus clinique, sans faux semblants. Et puis, cela ne dure jamais très longtemps. Je l’imagine dire aux hommes convulsifs qui la pénètrent : bouffe ma viande. Qu’on est courageux, quand on a plus rien à perdre ! Ses charmes faisandés ruissellent sans doute de liquide séminal. Elle les voudrait tous, la garce. Vide couille alternatif. F. est choqué par la pitié qu’elle est censée susciter, moi, je m’en fiche, ce sont plutôt eux, qui me font pitié. Et puis, il y’a le blob noir. Celui-ci m’inquiète, de Blob : c’est une sorte de jumelle plus consciencieuse, moins abattue, moins poulpesque également. Elle porte un pull noir, n’en est pas moins aussi adipeuse. Elle n’est allée dans la cabine qu’une seule fois, mais, venue dans la pièce sombre où nous reposons, elle s’est mise à compter tous les hommes, les uns après les autres, en les montrant du doigt. Et puis, dois-je le dire, oui, je le peux, puisque c’est mon journal, ma confession : un homme pas très viril, aux odeurs de chou et sourire niais, bardé d’une cicatrice énorme, m’a fait bander, en passant seulement son bras autour de moi, en me regardant avec son sourire vicieux, aqueux, son corps en jointure avec le mien.
La viande, la viande, la viande.


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18 avril 2008

La Valse des Sodomites

(Une Nuit à Lyon VII)

 

Change de vit, donne ton corps aux abrutis. Le Glory Hole pour lutin attend que tu lutines, non loin de lui, dans le noir complice ; les petites effractions humides, cela te branche, un instant. Débranche. F. veut visiter, alors nous visitons. Les grottes de Lascaux, ceintes de ténèbres qu’il allume péniblement, avec son briquet. C’est glauque, dit-il. Glauque, je certifie.
Personne, dans Lascaux.
Les hommes préhistoriques sont tous décédés, il est impossible de leur écrire, il n’est pas incertain cependant que certains gravitent, graviteront, corps à la dérive : la soirée messagerie est terminée, ce n’est pas ici, cela ne se pratique plus, il ne sert à rien, en ces lieux de pèlerinage, d’écrire pour forniquer lors même que l’écriture a été inventée après le sexe. Du reste, tout a été inventé après le sexe. Même la pensée.
Le cosmos, c’est un perpétuel coït d’atomes. La valse des sodomites n’est autre qu’une pathétique cosmogonie qui se joue en huit clos.
F. rejoint les canapés et moi les petits fours, pour une mise en bouche ; j’ai la sensation qu’il y’a quelqu’un tout près, et je n’y vois rien, je n’entends pas le souffle d’un individu louche, aucune main anonyme ne procède dans le noir dessein, nulle pression sur mon corps rigide ; mes yeux, cependant, s’accommodent à l’obscur, peu à peu, et je vois une créature décharnée s’avancer vers moi, un homme, s’avançant lentement, comme un zombie, dans un film de Romero ou n’importe quel film de Zombie : son hésitation, qui pue la lèpre, me file le frisson. J’imagine Syphilis, Kaposi, Chlamydia et compagnie, avatars de nouvelles danses macabres, cachés au plus profond de la nuit, sous des apparences fugitives de trésors.
Mouvement de recul ; insécurité, petite panique, je m’en retourne d’un pas pressé, fixant F. des yeux, pour le rejoindre, oui, je hâte la cadence de mes pas, je le vois, je suis rassuré, je suis sain, je suis sauf, mais je cogne, je percute, ma tête se cogne à la poutre, un son de détonation, violent, retentit dans toute la salle vide, onde de chaos, provoque un écho assourdissant dans le lourd silence, que le rire de F. condamne, et moi de souffrir péniblement de ce choc puissant : je me suis mordu, j’ai du sang plein la bouche, goût de fer, la lèvre intérieure, ravagée par cette puissante morsure, se détache en filaments, une barre de métal non moins féroce me transperce de part en part le crâne, et, quand je touche mon cuir chevelu, à l’endroit même où s’est produit l’impact de plomb, caressant d’un doigt nerveux la déformation à venir, je me dis qu’éjecté hors la valse, je peux croire, désormais, en l’existence salvatrice des anges gardiens.

 

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17 avril 2008

La Peau

(Une Nuit à Lyon VI)

Passant par les Terreaux, des cris viennent à nous, d’un égorgé, créature de sexe masculin éminemment éthylique, que nous évitons, il le faut, pour arriver sans encombre à destination : l’Apocalyse nous attend ; dehors, ce n’est franchement pas la tempête, pluie légère, vent capricieux, une onde de fraîcheur, diffuse, nous caresse l’épiderme. F. localise le cri, nous passons par la place Louis Pradel, fantômes noirs dissous dans la nuit. F. sait où il va, pourtant, il ne connaît pas l’endroit et moi qui le connais, pour l’avoir fréquenté, je suis incapable d’y retourner, de me repérer dans ce dédale de rues glauques et étroites qui appellent le drame. Nous y sommes en peu de temps, à la peau, et la porte, sans plus attendre, s’ouvre à nous, pour nous absorber. Un vide se dévoile : personne n’est encore là, sans doute parce qu’il est à peine cinq heures. Il faut laisser le temps aux noctambules d’investir la place, d’écluser toutes les possibilités d’accouplement possibles, sans passer par cet antre ; le stupre ne doit pas, nécessairement, être déchéance. Ici, beaucoup le disent, c’est la lie de l’humanité qui vient s’entasser, péniblement, sur les canapés aux tissus gras, aux odeurs âcres ; lie qui s’accouple dans trois cabines parfaitement sombres. Sperme, sueur, muqueuse anale sur les murs. Un Glory Hole pour lutin, insolite, permet à l’air vicié de circuler entre deux cabines. Joie et bonheur que de retrouver ce haut lieu d’inspiration : je monte derechef par l’escalier en colimaçon, qui, frêle, tremble sous mon pas lourd et empressé, tangue, tout comme l’existence de ses dévots. Une voix me retient : le videur. Il faut consommer, pour monter. Deux Heineken, douze euros, deux façons de se faire proprement enculer. Enculer par le vide. Fadeur, âcreté pour enfant. Viens voir le loup, petite Fadette ! Pourtant, des silhouettes se prélassent déjà mollement dans le petit salon noir ; la disposition des canapés a bien changé, elle aussi, l’ambiance, intacte, m’appelle à elle, étrangère, familière. Bienvenue à la Peau, pas forcément Réservée aux Insensés, mais le cœur y est. Ici, tu peux te sentir bien, ici, tu peux faire tout ce que tu souhaites ou presque et, que tu fasses quelque chose ou que tu ne fasses rien, tu pourras toujours vomir quelques lignes là-dessus, par exemple, en regardant ce couple en face de toi, ce couple en face de toi dont l’un est debout, et l’autre à genoux, qui lui pompe le suc de la queue, dans l’obscurité, pour l’avaler tout entier, le déglutir. Et d’autres choses encore à venir, si tu es sage. Mais, ça, Nicolas, tu sais faire, être sage, alors toi aussi, tu t’engouffres avec mollesse dans les canapés crasseux, et tu t'y vautres, infirme volupté.


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16 avril 2008

1976 – 2008 [Interlude]

(Une Nuit à Lyon V)

Peut-être mon cerveau a-t-il grillé ? Nicolas Raviere 1976 - 2008. Repose en paix, tu le mérites bien, crétin. Ou bien : Nicolas Raviere 1976 - 2008. Sociopathe notoire et écrivain raté. Ou tout ce que vous voudrez, je m’en fiche éperdument. Car je me suis réveillé. Comme si de rien était. Œil de chat me propose de me donner son numéro de portable afin que je le contacte, plus tard, dans la nuit, mais je n’en possède pas, moi, de portable, je voyage léger; je ne suis pas esclave, je ne porte pas de laisse technologique, je ne me laisse pas siffler. Je suis à la merci de personne. Le dog training télépathique, je laisse ça aux autres. Alors, il s’en va, après m’avoir fait une bise lente et cruelle, accompagnée d’une langoureuse caresse, de sa main très douce, sur mon cou, mon cou, qu’il caresse, avec l’indolence d’un assassin, très lentement. Arrêt sur image : ce geste me surprend, me laisse interdit, alors qu’il s’en va, se faufile dans l’ouverture de la porte métallisée, avec ce manteau bombé qui épaissit considérablement sa silhouette délicieuse, le métamorphose en homme. Le chat se transforme en couguar. Sans doute un autre corps le précède-t-il, ce que j’espère. Je souris, sur tout ça. Une fois, deux fois, trois fois. Maintenant, c’est le silence. L me demande alors si je vais à l’Apocalypse, après la fermeture. Tu vas à la peau ? qu’il me sort, avec son air toujours aussi neutre, impassible. C’est ce qui est prévu dans le plan, je le lui apprends, avec F. nous y avons sérieusement pensé, à cette petite virée à la peau, ce sera une première pour lui et nous raffolons d’expériences exotiques, d’études sociologiques : une fougue, une envie de découverte nous animent mais la porte nous découvre un ciel noir et pluvieux, venteux ; l’asphalte est mouillé, la pluie à frêles gouttes s’écrase lentement sur nos visages diaphanes. Nous hâtons le pas, vers de nouvelles aventures, envoûtés par la nuit, pantins anecdotiques.

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15 avril 2008

L'étrange déconnexion du numéro 9

(Une Nuit à Lyon IV)

Je vais et je viens en ce temple, me sens bien, me rapproche peu à peu de mon corps, que je projette comme un moi, à l’image de mes pensées qui s’agitent : dois-je mettre fin à mon ascétisme, dont je ne comprends ni le sens, ni le but, mais qui s’impose à moi, à la façon d’un destin ou pire : d’un succédané de foi ? Dois-je goûter ce fruit pas vraiment défendu, vaguement inédit, qui me rappelle tant cette vie d’antan, que j’ai condamnée ? Et mon corps, lui, danse puis se repose, ainsi que ma voix. Je marche dans le grand couloir, pour rejoindre le fumoir où je suppose F. une cigarette au bord des lèvres, à écouter les derniers ragots de ces précieuses idiotes qu’il maudit terriblement.

Quel plaisir de revoir L au détour d’un couloir, L qui m’avait harponné un soir pendant les slows, pour une danse maladroite, étreinte fugitive, m’avait donné un baiser qui le fut tout autant, maladroit, nos langues n’étant sans doute pas faites pour se rencontrer, L qui s’habille en tout point à l’opposé de moi, formes et couleurs : cela faisait longtemps que tu n’étais pas venu, me dit-il, tu vas bien ? Les dialogues usuels ne sont pas logorrhées, tout juste diatribes, disons, un vague assemblage de lexèmes. Fonction phatique, fonction essentielle. Economie du langage et gloire du fait. Le regard en est doux toutefois qui montre la surprise, l’attachement. Son visage paisible, que j’ai toujours trouvé inexpressif, m’étonne alors, par la vague émotion qu’il dégage, sa sérénité. Je suis content de le voir.

Et nous sommes réunis tous les trois contre la grande muraille, non loin de l’entrée, une dernière fois, tous les trois, peu de temps ; après la prise d’une dernière goulée de nitrite, sans doute fatale, car je me sens un peu ailleurs, comme évaporé au sein d’une onde de chaleur oppressante, sensation sur laquelle je ne peux poser de mots, quelques secondes, 20 secondes, 30 secondes, 40 puis une, deux et trois minutes, quand soudain, un peu plus tard, revenu de cet effet un peu désagréable, je pars, je déconnecte, je ne suis plus là. Je suis parti, complètement. Je sombre, sombre, dans l’Inconscience, ou dans la mort, ou autre chose, jamais je ne saurais.

Je ne sais pas ce qu’il s’est passé.
Je ne le saurais sans doute jamais.
Je ne me rappelle pas cette chute.

F. pense que ce n’est pas vraiment grave, moi cela m’effraie terriblement ; j’aurai été à l’image de ces pantins qui, d’un coup, se désarticulent, mon visage aurait affiché une sorte de convulsion, et, en l’espace de quelques secondes, j’étais au sol, parfaitement déboîté. L aurait dit d’une voix douce et surprise : Ben Nico ! et moi de me réveiller aussitôt, parfaitement étourdi, étonné d’être par terre, d’être démantibulé. J’ai ri, je ne sais trop pourquoi. Sans doute l’étonnement, un vague relent de folie, ou bien le rire de F. était-il contagieux, le visage décomposé de L, parfaitement étonnant.

Je me rappelle de chaque seconde de cette soirée, je me souviens de chaque détail, je me souviens de l’inflexion de voix de Chat aux yeux luisants, de celle de L, des rires tonitruants de F., du mignon jeune homme qui m’a abordé, de son sourire d’angelot à peine corrompu, de l’odeur vomitive du fumoir, du danseur asynchrone, du numéro 9 que j’ai apposé sur mon noir vêtement, mais deux minutes m’échappent, m’échappent terriblement, alors que la fin approche, l’heure du dénouement : Œil de chat, sur le départ, se rapproche de moi.

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14 avril 2008

Tropisme Doloriste

(Une Nuit à Lyon III)

Ainsi le jeune homme laissa-t-il le trentenaire interdit par cette franchise, cet aplomb qu'il n'a jamais eu, acquiescer mollement, charmé par son clin d'œil, peau de métis et œil de chat. Peau de métis et œil de chat... J'ai déjà oublié ton nom. Pourrais-tu me le rappeler ? C'est assurément enivrant, cette situation, plutôt inédit, une franchise aussi fraîche, sans détour, sans violence : tant l'œil est rassurant, la peau invite aux caresses ; aussi faut-il que le temps passe, sans doute est-il ailleurs pour façonner sa nuit, pour ne pas être seul, dérober à quelqu'un d'autre l'un de ces précieux instants. Alors je danse, je n'y pense, j'en parle à F. qui me convainc presque d'y aller. Le dos contre la pierre, des images se dessinent en moi. Je réalise que F. a raison, lorsqu'il me dit que j'en ai besoin. Je ne peux tout contrôler. J'ai besoin, finalement, de ne plus tout contrôler ; physiquement, physiologiquement ; n'ai-je pas depuis fin octobre emprisonné mes sens dans un ascétisme qui n'a rien de naturel, refusant tout contact charnel avec mon prochain, tout échange de fluide, toute caresse ? Suis-je normal ? Suis-je fait pour l'amour terrestre, le plaisir charnel ? Pour décharger un bon coup ? Ne l'ai-je pas fait bien des fois, dans une ancienne vie ? Alors je danse, je retourne danser. F. n'aime pas la musique et rejoint les escaliers, où il se pose, du nitrite plein les narines : un autre fond sur moi - serait-ce la saison des amours ? - qui me dit, avant que de s'enfuir, qu'il me trouve très mignon et moi de tonner un merci aussi sec que possible, n'étant pas d'un naturel spontané devant l'inédit. Il est beau celui-ci, il est naturel, il est sobre, il ne montre pas son corps, il n'a pas la peau d'un métis, ni l'œil d’un chat, mais le teint diaphane, un sourire à la fois innocent et farceur. Je me dis : « c'est lui ». Je suis folle. Il en est qui tombe amoureux comme fleurissent les fleurs. Ce sont là des folies criminelles qu'il faut étouffer dans le sein, alors je ne le regarde pas, je l'oublie si bien que très vite, il n'existe plus, j'en suis persuadé et la soirée de continuer, et les rites procèdent, nous dansons, nous reniflons, à l'unissons, reposons nos corps trépanés contre les murs des pierre, non loin de la porte, puis l'innocent s'en va, œil de chat reparaît pour l'ultime conversation, je me décale vers F. qui s'en va pour nous laisser discuter ; tout se mélange, tout se confond, il s'en va, presque la der des der : Je suis au pied du mur ; je m'attends presque à fondre dans la muraille.

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