01 mai 2008
Rose, Poubelle et Chocolat
J’étais à l’hôpital ;
quittais le couloir blanc javellisé, le regard inquisiteur des infirmières, ces
anges nouveaux dont l’arc est seringue, pour rejoindre l’ascenseur, en panne
l’ascenseur, puisque dans les rêves, rien ne fonctionne jamais, parce que dans
les rêves, tout est embûches, tout conspire à l’aboutissement d’une maïeutique
subliminale. Je me mis donc en quête de l’ascenseur, afin de pouvoir partir de
ce lieu : les rêves étant un reflet déformé de la réalité, la réalité physique,
mentale, psychologique, l’horreur des lieux me saisissait d’autant plus.
Je n’aime pas les hôpitaux
: ce n’est pas de la haine, tout juste de l’aversion, je dirai plutôt une
phobie insidieuse, irraisonnée, qui me fait les éviter. Et j’ai peur des
docteurs, des infirmières, des infirmiers sexy, des germes qu’ils transportent,
des maladies dont ils prennent soin, des bactéries qui enveloppent ce monde
parallèle, et j’ai peur, oui, j’ai peur, de la souffrance des corps, de leur
pourrissement mais là n’est pas le propos, tant tout semble lisse, dans ce rêve
claustrophobique : des couloirs à perte de vue, des infirmières aux airs
maléfiques, aux embouts de latex blancs, et moi qui n’osais guère leur demander
mon chemin, tournant sans cesse dans les couloirs de ce labyrinthe insane, quêtant,
noctuelle effarée, le chemin de l’escalier, pour enfin quitter ce lieu. Peu
importe la destination.
Au fond d’un couloir, je
vis une porte, sur laquelle était apposé ce logo : une silhouette d’homme
géométrique qui descend des marches. Je me suis engouffré dans ce décor nouveau,
après avoir allumé la lumière. La décrépitude des murs me frappa alors, leur
odeur, les craquelures de peinture, comme séculaires, profondes, dans la
matière. Mais je descendais, descendais les trois étages de l’hôpital, pour
rejoindre un local à poubelle : un alignement de grands container, avec
indications de recyclage sur chacune d’entre elles. Je traversai vite ce lieu,
pour aboutir non loin du hall d’entrée. En face de moi, s’imposa une magnifique
baie vitrée, irradiée d’un rayon de soleil, zébrant un palmier de sa caresse,
et tout un parterre de fleurs, que dominait un escalier puissant, aux marches
de crème, blanches, au tournant duquel un homme descendit, un homme que j’avais
connu, cet homme qui refuse de me parler aujourd’hui, cet homme avec qui j’ai
passé cinq années de ma vie.
Il ouvrit une porte
transparente, dans la baie vitrée, tenais dans ses bras une rose (bras
gauche), une boîte de chocolats (bras
droit). Je fournis ces détails pour le symbolisme, le symbolisme uniquement, et
non pour la beauté du texte, sa richesse puisque le détail tue. Je hais le
réalisme surmonté ; je le surmonte par l’épure. Or ce n’est point un traité de
littérature, un rêve.
Lui ne me voit pas et je
vais à sa rencontre, je l’appelle, par son prénom, il se retourne, mine
contrite, contrarié de me voir, je lui parle, je lui dis bonjour, lui demande
s’il va bien, mais lui ne me répond, ne me répond que par ses silences. Son
regard désapprouve ma présence et, lorsque son corps indique, par un léger
mouvement de balancement, qu’il va reprendre sa course, pour disparaître enfin,
je lui dis, avant qu’il ne parte, une dernière fois, une toute dernière fois,
comme un appel au secours :
« Dis-moi ce que j’ai fait,
je m’excuserai. »
Et, alors que ses lèvres
s’entrouvrirent légèrement, ma conscience me réveilla, pour une nouvelle journée,
une journée de plus, dans mon silence. Sans doute ne suis-je pas encore prêt
pour connaître la vérité, ma vérité, laquelle transparaît en filigrane dans le
monde des rêves, dans cet écheveau de symboles oniriques : rose, poubelle, et
chocolats.
Commentaires
Hôpitaux et culpabilisation. Tiens, ça me rappelle quelque chose! Et ces bacs de récupération des déchets, pansements et seringues contaminées: je les exècre. Mais on s'habitue à tout, même à ça, quand il le faut.
Pour le rêve, moi, ça me l'a bloqué, longtemps. Les premiers arrivent depuis quelques jours. Trois ans sans ( en tout cas aucun souvenir).
Au bloc... le sas lavez vous les mains... on ne touche plus à rien... le grand tablier blanc les bottes le calot le masque... toujours les mains en l'air. Un coup de scapel bien bas dans le ventre blanc on pose les écarteurs et puis des bruits syphonnés de liquide aspiré. On plonge le bras jusqu'aux coudes les gants font un bruit mat sur la tête engagé qui résiste. Un juron et trés vite on suspend par les pieds le quelque chose de violacé qui commence à crier C'est toi Querelle?
Ô toi, tu m'a fait pleuré!
Voulez-vous du muguet ?
Calyste
Je ne connais pas ces bacs mais rien que leur évocation me fait frémir. S'habituer, je sais pas, se forcer, oui c'est possible, tout est possible.
C'est sans aucun souvenir, en réalité car il paraît qu'on rêve chaque nuit. Une vie parallèle en somme.
laurence
Mëme me muguet me ferait crier, laurence. Surtout le muguet.
(presque)moi
J'en suis désolé bien que je ne sache pas vraiment pourquoi. Là n'était pas mon intention. Mais cela dit, exprimer des sentiments, c'est cathartique, quels que soient ces sentiments.
PS à tous : je viendrais lire vos blogs comme d'habitude dans quelques jours et vous donner de petits signes de vie. A bientôt :)
Bon week-end à tous !
L'apparition de cet homme me fait un peu pensée à un e version onirique, quelque peu torturée, de "Bachelor" ou quelque chose comme ça.
Ce silence après cinq ans de vie commune, c'est vraiment odieux...
Bon week-end à toi. Bises
Tu culpabilises?
Génial ton texte.
Le pire dans les hôpitaux ce sont ces couloirs obscures et interminables, ces numéros de chambres lugubres, ces visages malades qui dévisagent ceux qui ne le sont pas. J'en frissonne!
Il parait que les hôpitaux sont les lieux les plus dangereux de France: c'est là qu'on y meurt le plus.
Je partage ta phobie.
une rhétorique à tout épreuve mais tout se joue dans l'imaginaire alors?
Lovedreamer
J'ai vu une fois par mégarde ce bachelor (une fille m'appelait comme ça y'a deux ans), tu as raison, il y'a du vrai dans cette comparaison.
Je suppose qu'il a ses raisons, que j'aimerai connaître, plus que les deviner. C'est sans doute la conclusion onirique de ma "Nuit à Lyon". Je n'ai pas rêve de lui avant, ni même après. Les boucles sont bouclées.
Tom
Oui, je culpabilise parfois, mais je ne fais pas du surplace la dessus.
Ah les hôpitaux rien que le nom me glace le sang, en dix ans je n'y suis allé que deux fois, pour visiter quelqu'un : pour un accouchement - c'est aussi là qu'on naît, paradoxalement - et pour un avortement.
Etrange de dire ça, mais je crois que je serai plus à l'aise dans un hôpital psychiatrique.
Et toi ?
laurence
L'imaginaire (du rêve) est un monde parallèle qui se nourrit du quotidien. Je suis pour la coexistence.
Je ne pense pas. Je suis en train de me reconstruire: je n'ai plus besoin d'aller chez le psy. Tout ce que je veux maintenant c'est devenir indépendant et mordre la vie à pleine dents! Je positive maintenant!
Aller répète après moi:
"On ne dit pas mon compte est à découvert, mais mon banquier prend de mes nouvelles tous les jours!"
Salut!
J'aimerai bien répéter après toi, cet optimisme est alléchant, mais je suis tellement psychorigide que je n'ai jamais été à découvert :(
Moi non plus je n'ai jamais été à découvert! C'est pas de moi, ça vient d'un sketch d'Anne Roumanoff, mais j'adore cette citation, aller souris!
Je souris :) et quand tu ris, je ris aussi, tu aimes tellement la vie !
mdr
oui, bon, c'est aussi une citation mais c'est pas Anne Roumanoff.
Parle-moi, raconte-moi une histoire à dormir debout
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