02 mai 2008
De Natura Rectum
Les hommes sont courtois,
dans les sous-bois ; où j’ai atterri : point une question de volition,
mais la source, plutôt, d’un agacement :
Promenade à la tête d’Or,
sous un soleil nouveau, parmi les foules oppressantes, ne trouvant pas banc qui
me séduise, l’isolement. Négligemment couché dans l’herbe, lunettes de soleil
humblement vissées sur le nez, je commence à me laisser aller à l’abandon quand
des jeunes viennent à moi, me demandent si j’ai de quoi couper du shit, un
couteau - peut-être un scalpel ? - ce
genre de présences opportunes qui font que, dans ce simulacre usurpé de nature,
la solitude n’est possible qu’entre quatre murs.
J’ai décidé, j’ai décidé de
passer du côté obscur de la force, comme ils disent, de monter les escaliers,
franchir le grillage qui me sépare de la Cité Internationale, et là, et là, et
là… d’un pas lent et régulier, rejoindre l’autre côté de ces immeubles oranges
crado, pour un simulacre de nature plus évident, un silence plus naturel,
hormis le vrombissement lointain de la circulation, l’écoulement rapide du
Rhône. Non loin de là, je suis le fleuve, pour rejoindre la Feyssine, les
sous-bois, des hommes qui patrouillent, des hommes qui regardent, furètent, des
hommes qui fouillent le désir, s’apprêtent, dans cette végétation qui protège
les désirs, à bander leurs arcs.
Je suis accueilli par un
joggeur libidineux, aux airs sympathiques, qui me dit bonjour, d’une voix
féminine, cela qui me fait sourire et même rire, à tel point que j’en oublie la
politesse. Mais je procède, un très beau garçon, à vélo, me dévisage avec
insistance, qui malheureusement ne paraîtra plus : le vert lui va à merveille,
couleur que je hais, et que j’aime à présent ; le vert, la nature, je sens la
sève monter et je procède, je marche, je ne m’arrête pas : je découvre vraiment
ce parc, dans lequel je vais si rarement.
Des têtes dépassent, des
hommes se suivent, et sans doute s’assemblent, sous le soleil nouveau ; un
vieillard gavé à la saucisse fait ses mots croisés sur un tronc d’arbres,
jetant des regards lubriques de-ci de-là, mais je ne fais que passer, passer,
quand un homme aux allures de lutin, oreilles décollées, fesses molles et
démarche qui en dit long sur sa propension à se faire pénétrer, tourne autour
de moi jusqu’au malaise, me suit, marche au pas, à ma droite, me précède, tente
de m’emmener dans un recoin, et voyant que je ne le suis pas, tente de nouveau.
Il se dit peut-être que je le choisirai : alentours, c’est le règne des
cacochymes, c’est lui le plus jeune, donc forcément le plus beau, le plus
désirable, peut-être même qu’il a verge énorme, pour fouetter un vilain garçon
tout de noir vêtu. La belle histoire pour grands enfants, car, de toute
évidence, cela ne s’est pas passé comme ça.
Tu l’as peut-être vu, ce
garçon, tout de noir vêtu, personne autour de lui : il était juché sur un grand
rocher sculpté, cylindrique, assis en tailleur, il regardait droit devant, au
milieu des arbres, perdu dans cet océan de verdure. Il était bien, dans cette
solitude, fixant l’horizon. Ne viens pas le voir, ne viens jamais le voir, à
moins que tu ais un prétexte, un prétexte valable, que tu désires vraiment le
connaître et que tes yeux, tes yeux soient purs, ton bonjour, lumineux.
Commentaires
Du style, en veux-tu en voilà! Mais quand ça sert la banalité du fond, c'est toujours delectable!
Et si...
Et si l'on s'arretais pour lui parler à ce garçon tout de noir vétu, pour fouiller son esprit, pour le sonder, lier la communication et s'il acceptais de se laisser faire, de s'abandonner totalement, de renoncer à sa bienséance solitaire.
Que découvrirait on sous le tout de noir vétu??
Tu t'y refuses et pourtant tu t'en approches toujours, et semble-t-il davantage :)
Tout d'un coup deux images s'accouplent l'une presque une icone de la peinture romantique l'autre la dernière image d'un film de K.une forêt béante et luxuriante c'est ça la magie de De natura rectum
oups!
"démarche qui en dit long sur sa propension à se faire pénétrer" J'ai pas bien compris, ce serait pas un peu le contraire?
moi j'avais bien compris mais j'aime le paradoxe...et les images il suffit de fermer un oeil et de les lire dans l'autre sens comme un palindrome
A propos c'est quoi le thomisme?
T'es doué avec les mots Querelle.
C'est toujours un plaisir de te lire.
Sera-t-il lumineux ?
Bonjour Nicolas.
Ouais il semblerait que "ça" cherche un peu dans le coin.
La chaire se libère
(presque)moi
Et c'est la bonne saison pour se délecter. Cela tombe très bien :)
l'atout charme
Il pourrait se passer n'importe quoi. Tout, ou absolument rien. Qui sait.
Mais sous le noir ? De la chair, de la viande qui bout, assurément.
Olivier
Très juste. Un peu comme ces papillons qui viennent cogner les lumières la nuit et se brûlent les ailes. Ce ne sont des papillons de lumière.
laurence
La méditation, et la fornication : deux façons de s'harmoniser avec la nature. Faire corps avec les origines. :)
Pour le thomisme :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Thomisme
Tom
Non, non : elle souligne son penchant à se faire pénétrer. Maintenant, ce n'est peut-être qu'une vague constatation hygiéniste. :)
Yojik
Le plaisir est partagé !
Océania
La clé, c'est l'avenir. Le temps. J'aimerai, en tout cas.
Ouam-chotte
Ouvre-toi petite fleur, c'est le printemps, la saison des bourgeons. La chair se libère.
A se faire pénétrer ou à pénétrer... la voix passive ou la voix active comme dirait ma grand mère... justement à la naissance la question peut se poser... elle restera toujours sans réponse et bien le premier mai jour de la fête du travail( toujours cette foutue naissance) il a été question de vie pas de ces beaux bébé qui crient tout de suite style Querelle non plustot hypotrophique avec juste une larme comme faire (bande à) part...je crois que le double langage m'a pris dans ses filets histoire d'eau...
La rencontre
La rencontre avec les autres renvoie toujours, à mon sens, à la rencontre avec soi-même, à la rencontre en soi-même.... nos fantômes ont toujours un humour morbide et nous apparaissent souvent sous les formes les plus surprenantes. En étant assis sur ce rocher, étais tu encore au milieu du monde? étais-tu entré au coeur du tien? qui sont les tentateurs repoussants?
"I play the double je"
laurence
Le 1 mai est une nuit où tout se banalise. Une sorte d'halloween sans citrouille. Le double langage seul peut la décrire.
l'Elephant
Salut :) Je suis plutôt d'accord avec toi, nous nous réalisons tout autant dans la rencontre de l'autre, qui nous renvoie certaines facettes que nous ne connaissons pas forcément, plutôt peu. Ou que nous voulons ignorer. C'est d'ailleurs souvent ça.
Sur le rocher, j'ai surmonté toute cette matérialité, pour retrouver un peu de quiétude, quelques instants. Un moment. Rentrer en soi, pour être chez soi, en dehors du monde matériel. J'avais envie de tranquillité, passant d'un parc à un autre et c'était ma seule alternative pour l'avoir.
Quant aux tentateurs, ils ne sont pas toujours repoussants. C'est souvent l'idée de les repousser, qui, elle, est séduisante.
le diable se niche souvent dans le détail...et toi au moins ton portrait ne prendra pas une ride mais je ne te savais pas aussi neuronale...
bien raconté
là, pour le coup, on dirait un conte fantastique que j'aurais bien vu tourné par Lynch. Propose-lui tes textes, on ne sait jamais... (ah, si je me prend à rêver moi aussi.)
"fesses molles et démarche qui en dit long sur sa propension à se faire pénétrer":
^^
Oh un blob des champs !!!
Un lynch, un diable et un Blob
laurence
Le diable est peut-être tout simplement le détail.
Choule
Voilà un compliment qui me va droit au coeur. Mais ce n'est guère un conte, tout juste la réalité, avec ses fantômes blêmes et oppressants. La valse des sodomites, version anesthésié.
Lovedreamer
Ptdr !
Et ils sont légions. Tu peux m'en croire. Wanna taste la spécialité fromagère du jour ?
Parle-moi, raconte-moi une histoire à dormir debout
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