09 mai 2008
La Salle des Miroirs
Querelle de Nuit (Conte gay) : IV
Evidemment,
j’avais les pleins pouvoirs, évidemment, je me sentais bien, en cette
possession, un peu hors mon corps et cela, sans l’utilisation de ces poudres et
pilules qui soi-disant vous font grandir, grandir, jusqu’à toucher les
nuages. Au plus profond de moi
cependant, je me disais ceci : ce sont ces élixirs, ces élixirs que tu as
ingurgités, qui t’ont grisé et cette fée dodue, elle n’existe même pas, ce
n’est qu’une projection adipeuse et colorée de ton esprit dérangé.
Mais elle était
bien là, derrière moi, de chair et de sang : je la voyais qui me regardait, du
coin de l’œil, effectuant avec ses mains potelées et tordues des chorégraphies
pour le moins envoûtantes, qui n’envoûtaient personne cela dit, captivaient à
peine et je l’entendais rire aussi, de son rire dément, dément à un point tel que je me demandais si
elle était ou non mon alliée. Tout ceci n’était - peut-être - qu’une vaste
supercherie.
Entre ces
danses, toutefois, je gravitais, à recherche d’un prince, sous l’égide de la
fée dodue, mais ne trouvais personne qui me séduise : plus je contemplais de
visages et plus ces visages, par un étrange maléfice, se ressemblaient : les
mêmes coiffures, les mêmes ports de tête, altiers et suffisants, regards
perçants et aiguisés, les mêmes vêtements, si bien que je ne parvenais même
plus à discerner les différences entre tous ces hommes et cela m’agaçait. Sans
doute était-ce à cause de ces grands miroirs, qui nous entouraient, et nous
multipliaient ?
Agacé, je
m’adressais de nouveau à la fée dodue : « Je cherche quelqu’un qui soit unique
et je ne crois pas que ce soit ici que je le trouverais. »
Puis, je lui
rendis le sceptre : « Je préfère que l’on me choisisse, moi, plutôt que de
choisir moi-même, à vrai dire, je n’ai jamais choisi, alors je n’ai pas
l’habitude, tu comprends fée dodue ? Voilà, je te rends ton sceptre, j’ai
bien assez de ton incantation pour séduire alors j’ai confiance, cela me
suffit. »
« Très bien dit
la fée dodue, mais ce n’est pas ainsi que les choses doivent se passer
forcément Nicolas. Tu devrais un jour te simplifier la vie. Mais je peux encore t’aider tu sais : je vais
t’emmener dans un endroit dont j’ai le secret, où tous les fermiers sont
princes, et les princes sont fermiers. Fais-moi confiance, et suis-moi. »
Commentaires
Ah la la nous sommes infirmes ;)
Attendons la suite...
Décider pour exister
ne pas choisir pour ne pas s'engager, ne pas choisir pour ne pas échouer, ne pas choisir pour ne pas mourir... mais le temps n'attend pas nos choix pour choisir d'avancer, imperturbable, sans prêter attention à qui choisit qui, et pourquoi... finalement, joindre le mouvement, c'est faire son choix, non pas savoir ce que l'on veut, mais apprendre ce que l'on ressent. Ressentir pour enfin exister.
Faut dire qu'en effet, selon le lieu, il n'y a rien d'étonnant à ce qu'ils se ressemblent tous.
Et en même temps, ils sont tous uniques. Mais pas là.
Où les fermiers sont princes... :-)
Moi, je n'arrive pas encore à voir ce que tu veux dire par là ... C'est une allusion à la Farmer, aux princes Albert...? Mmm, trop tot, mes neurones ont des problèmes de connexion :)
Contes pour grands enfants
Ouam-Chotte
Il s'agit plus en fait d'une sorte de passivité et d'un manque de confiance en soi, motivés sans doute par une peur d'être rejeté, plus que d'une infirmité. Les infirmités sont ailleurs : elles en sont l'origine. Alors mets ta main contre sa cuisse, et attend.
L'Elephant
Il est quand même possible d'exister sans être deux ; exister je dirais même que c'est un processus solitaire avant tout, qui n'a pas nécessairement besoin des autres pour s'avérer : Bouddha, par exemple, est une preuve d'existence, (non pas dans le sens : était-ce une vraie personne mais en tant que parcours) alors qu'un couple lambda - et j'ai bien dit lambda - me semble plus dans un processus de "vie". Enfin, je suis toujours à faire la distinction entre l'existence et la vie. Ceci dit, je suis d'accord avec ce que tu dis et l'existence se forge non seulement par des prises de conscience mais par des actions, ou l'absence totale d'action, par l'ascétisme, par exemple, le renoncement ; de la réflexion donc, qui ne mènent pas forcément des actions.
Sinon j'ai une question : joindre quel mouvement ?
Olivier
C'est que les miroirs reflètent la réalité ou une partie de la réalité, tout dépend de la substance de la personne qui se présente devant. Moi, j'aurai une propension au cynisme et dire que, pour beaucoup, ce miroir est un livre ouvert. Dans ce lieu, dans d'autres. Voire même au petit matin. Mais je condamne vite.
Pierre-Yves
Venant d'un endroit où ils étaient princesses, c'est plutôt rassurant. ;)
Et le foin, ça gratte...
Lovedreamer
Dans un conte, plus encore que dans une fiction, on peut dégager les symboles qui nous plaisent, y voir ce que l'on veut, où même n'y rien voir. Car c'est peut-être ça, finalement, le grand rien. Nihilisme total.
Cela dit, la Farmer arrive bientôt, elle s'est incrustée dans la soirée, avec sa voix retouchée par nappes et ses paroles léthargiques.
Intéressant que tu rendes la baguette à la fée. Du peu que je me souviens des contes que j'ai lu, l'aide est toujours acceptée par le personnage qui en a vraiment besoin et toi, tu en rejettes la moitié : qu'est ce que cela cache ? Je suis bien curieux de le savoir. Je pense que le prochain "épisode" du conte sera déterminant. Je me trompe ?
Conte de fesses...
Après La peau, l'âne !
Auxiliaire de vit
Noctambulis
Ton observation est intéressante, effectivement ça ne me dit rien un conte où l'aide est en partie rejetée par le "héros", ici, précisément, l'auxiliaire. Si ça dit quelque chose à quelqu'un, ce serait sympa de m'en indiquer.
Ce que cela cache : peut-être de l'orgueil, de la fierté mal placée, peut-être une envie de sortir du canon du conte, que j'ai "respecté" dans "Au Chateau de Mortefleur" (Nuits Closes) et dans "Le petit chaperon Rouge" (version gay - dans le roman EX Nihilo). Mais cela serait inconscient et je n'ai pas encore le recul nécessaire.
Quant au prochain épisode du conte, tu peux le lire des maintenant :)
Shaggoo
Vous êtes libidineux de bon matin ^^
Tu as bien raison de dire que tu l'as respecté entre guillemet, surtout pour le "Château de Mortefleur" et son dénouement inattendu. Ce serait peut-être bien que tu exploites plus encore ce côté conte au sein de ton oeuvre. Un recueil de contes gays, ce serait bien.
Parle-moi, raconte-moi une histoire à dormir debout
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