QUERELLE - journal intime, mais non confidentiel, de Nicolas Raviere

C’était très intime et cela pourrait l’être encore plus, je veux dire : sexuellement. Tout de suite, le mot est lâché, claque comme le fouet sur une peau satinée, une lichette d’alcool, suspendue aux lèvres d’un nouveau né. Je ne plaisante pas.

11 mai 2008

Toile de Fer

Querelle de Nuit (Conte gay) : V

Autres lieux, autres mœurs ; nous voici inspectant ce nouvel antre, déserté par sa population habituelle ; nous étions peu nombreux, au final, à danser sur la piste et, sur les banquettes, deux hommes aux chemises débraillées mimaient avec une sensualité de cacochyme, sans même caresser leurs protubérances, l’acte sexuel, cela, sans se soucier des bavardages incessants de fée dodue et son acolyte, moi-même, excédé par la soirée, et surtout affamé. 

Mais je rejoignais la piste, toujours, histoire de danser, histoire de faire circuler un peu mon sang, de ne pas m’endormir, quand un homme m’attrapa, parmi ceux qui me regardaient, m’attrapa et très vite, se mit à danser contre mon corps ; il frottait incessamment son corps maigre sur mon vêtement. Compressé par un pantalon étrange aux pointes de métal allant à merveille avec ses chaussures de cirque, sorte de cow-boy anorexique des temps modernes, il brandit comme un lasso un cellophane autour de nous, pour que la soirée nous appartienne enfin.

/ La langue dans la bouche, toujours avant de prononcer la moindre parole ; c’est bien plus excitant de connaître une personne par ce nouveau langage. Peu d’hommes, déjà, savent embrasser, mais moins encore savent discuter, conduire une conversation ; la nature se révèle ainsi en ce qu’elle a de plus pure, d'inéluctable ! /

Et l’heure de procéder à mesure que les caresses se lient, et les langues se délient, jusqu’à ce que tonnent des ballades nauséeuses et sucrées, qui autorisent le rapprochement, l’inévitable rapprochement, prélude à la jointure de deux nudités :

J’ai passé mes mains dans ses cheveux barbelés, et nous avons dansé sur Rêver, de Mylène, instant glauque et non instant X : la fée dodue, avachie dans un sofa, riait aux éclats, suivait le mouvement de nos lèvres et j’accrochais son regard rieur, et le lui rendait bien, si bien que le pauvre hère ne pouvait rien manquer de ces moqueries, qui n’étaient point si viles, oh non, mais aucunement civiles.

Puis nous sortîmes tous trois, dans la rue silencieuse, pour palabrer sur le trottoir, faire connaissance les uns avec les autres, parler de nos projets immédiats, afin de sceller le destin, dire au fermier qui ne s’était toujours pas transformé en prince que nous étions prêts à nous envoler vers d’autres horizons, la fée dodue et moi, après avoir échangé - tradition quand tu nous tiens - les numéros de téléphone, car c’est toujours ainsi que cela se termine, ces rencontres fugitives, à la lueur des stroboscopes : le fermier rachitique ne s’étant pas transformé en prince, bien qu’il fut fort sympathique, fort agréable, il était de notre devoir de le quitter enfin, de battre le bitume pour aller vivre de nouvelles aventures, jusqu’au petit matin. Mais cela ne se passa pas comme cela, car les contes recèlent moult créatures merveilleuses et enchantements : apparut, sous nos yeux ternes et fatigués, la fée Carabosse.

free music

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Commentaires

de fée en fée...

d'épreuve en épreuve, de réussite en réussite, d'ici à ailleurs et de nulle part en nulle part, tu sautes d'un rocher à l'autre, dédaignant le crapaud pour chercher le prince, sans pour autant utiliser ton pouvoir de création pour le transformer... Gare à la rivière, l'eau est froide au réveil des enchantements

Posté par l'Elephant, 11 mai 2008 à 18:56

"Et cela ne se passa comme cela". Mince, même pas un peu ?

Posté par OlivierAutissier, 11 mai 2008 à 20:13

Bien sûr, tu connais

"Qu'on veuille plutôt considérer que nous poursuivons une aventure qui se déroule en nous-même, dans la région la plus profonde, la plus asociale de notre âme"
Jean Genet, Querelle de Brest

Merci de tes visites

Mathys

Posté par zwelthus, 11 mai 2008 à 22:20

Grand ongle.

Celle-là, je la connais. Dis-moi si elle a changé depuis mon enfance. Elle était méchante et laide et me faisait peur. C'était la meilleure alliée de ma mère. Je me souviens surtout d'un grand ongle à l'un de ses doigts que, la nuit, elle m'enfonçait en ricanant dans le dos.

Posté par calystee, 12 mai 2008 à 00:14

La Fèe Rosse !

L'Eléphant
Les crapaud donnent des boutons ; et surtout les crapaud australiens, des monstres de cauchemars qui se trimballent par légion. Pourquoi utiliser un pouvoir en fait, quand il n'est pas "de nous" ? C'est garantir quelque chose de faux, d'une certaine façon.
Et l'eau froide, l'eau froide, cela réveille.

Olivier
Mais si bien sûr un peu, mais pas tout de suite :)

Zwelthius
Oui, je connais, j'aime beaucoup ce roman (moins que Notre Dame des Fleurs, qui reste mon préféré) par contre la citation en elle-même ne me dit rien. Je ne parviens pas à la situer. Mais je n'ai pas une très bonne mémoire, quand bien même elle me parle.
A bientôt :)

Calyste
Méchante : un peu, je concède. Laide : elle a un genre, pas franchement le mien. Et non, elle ne m'a pas enfoncé son ongle dans le dos, ni plus bas, quoi qu'elle aurait très bien pu me le montrer. Car les temps changent.

Posté par Q de Bresse, 12 mai 2008 à 10:55

De nouveaux personnages qui vont apporter encore du piment, je le sens. Quel tour peut donc te réserver cette fée Carabosse ? Le sort du fermier, par contre, je le connais déjà : intuition, quand tu nous tiens!

Très bon ceci, j'ai trouvé : "ces moqueries, qui n’étaient point si viles, oh non, mais aucunement civiles." Tu as l'art du jeu de mot parfait.

Posté par Noctambulis, 12 mai 2008 à 20:57

Plus que 4 épisodes, dont 3 non encore publié, et le destin de cette nuit du 1er mai sera scellé !!!

Posté par Q de Brest, 13 mai 2008 à 13:36

Parle-moi, raconte-moi une histoire à dormir debout







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