11 mai 2008
Toile de Fer
Querelle de Nuit (Conte gay) : V
Autres lieux,
autres mœurs ; nous voici inspectant ce nouvel antre, déserté par sa population
habituelle ; nous étions peu nombreux, au final, à danser sur la piste et, sur
les banquettes, deux hommes aux chemises débraillées mimaient avec une
sensualité de cacochyme, sans même caresser leurs protubérances, l’acte sexuel,
cela, sans se soucier des bavardages incessants de fée dodue et son acolyte,
moi-même, excédé par la soirée, et surtout affamé.
Mais je
rejoignais la piste, toujours, histoire de danser, histoire de faire circuler
un peu mon sang, de ne pas m’endormir, quand un homme m’attrapa, parmi ceux qui
me regardaient, m’attrapa et très vite, se mit à danser contre mon corps ; il
frottait incessamment son corps maigre sur mon vêtement. Compressé par un
pantalon étrange aux pointes de métal allant à merveille avec ses chaussures de
cirque, sorte de cow-boy anorexique des temps modernes, il brandit comme un
lasso un cellophane autour de nous, pour que la soirée nous appartienne enfin.
/ La langue
dans la bouche, toujours avant de prononcer la moindre parole ; c’est bien plus
excitant de connaître une personne par ce nouveau langage. Peu d’hommes, déjà,
savent embrasser, mais moins encore savent discuter, conduire une conversation
; la nature se révèle ainsi en ce qu’elle a de plus pure, d'inéluctable ! /
Et l’heure de
procéder à mesure que les caresses se lient, et les langues se délient, jusqu’à
ce que tonnent des ballades nauséeuses et sucrées, qui autorisent le
rapprochement, l’inévitable rapprochement, prélude à la jointure de deux
nudités :
J’ai passé mes mains dans ses cheveux barbelés, et nous
avons dansé sur Rêver, de Mylène, instant glauque et non instant X : la
fée dodue, avachie dans un sofa, riait aux éclats, suivait le mouvement de nos
lèvres et j’accrochais son regard rieur, et le lui rendait bien, si bien que le
pauvre hère ne pouvait rien manquer de ces moqueries, qui n’étaient point si
viles, oh non, mais aucunement civiles.
Puis nous
sortîmes tous trois, dans la rue silencieuse, pour palabrer sur le trottoir,
faire connaissance les uns avec les autres, parler de nos projets immédiats,
afin de sceller le destin, dire au fermier qui ne s’était toujours pas
transformé en prince que nous étions prêts à nous envoler vers d’autres
horizons, la fée dodue et moi, après avoir échangé - tradition quand tu nous
tiens - les numéros de téléphone, car c’est toujours ainsi que cela se termine,
ces rencontres fugitives, à la lueur des stroboscopes : le fermier rachitique
ne s’étant pas transformé en prince, bien qu’il fut fort sympathique, fort
agréable, il était de notre devoir de le quitter enfin, de battre le bitume
pour aller vivre de nouvelles aventures, jusqu’au petit matin. Mais cela ne se
passa pas comme cela, car les contes recèlent moult créatures merveilleuses et enchantements : apparut, sous nos yeux ternes et fatigués, la fée Carabosse.
Commentaires
de fée en fée...
d'épreuve en épreuve, de réussite en réussite, d'ici à ailleurs et de nulle part en nulle part, tu sautes d'un rocher à l'autre, dédaignant le crapaud pour chercher le prince, sans pour autant utiliser ton pouvoir de création pour le transformer... Gare à la rivière, l'eau est froide au réveil des enchantements
"Et cela ne se passa comme cela". Mince, même pas un peu ?
Bien sûr, tu connais
"Qu'on veuille plutôt considérer que nous poursuivons une aventure qui se déroule en nous-même, dans la région la plus profonde, la plus asociale de notre âme"
Jean Genet, Querelle de Brest
Merci de tes visites
Mathys
Grand ongle.
Celle-là, je la connais. Dis-moi si elle a changé depuis mon enfance. Elle était méchante et laide et me faisait peur. C'était la meilleure alliée de ma mère. Je me souviens surtout d'un grand ongle à l'un de ses doigts que, la nuit, elle m'enfonçait en ricanant dans le dos.
La Fèe Rosse !
L'Eléphant
Les crapaud donnent des boutons ; et surtout les crapaud australiens, des monstres de cauchemars qui se trimballent par légion. Pourquoi utiliser un pouvoir en fait, quand il n'est pas "de nous" ? C'est garantir quelque chose de faux, d'une certaine façon.
Et l'eau froide, l'eau froide, cela réveille.
Olivier
Mais si bien sûr un peu, mais pas tout de suite :)
Zwelthius
Oui, je connais, j'aime beaucoup ce roman (moins que Notre Dame des Fleurs, qui reste mon préféré) par contre la citation en elle-même ne me dit rien. Je ne parviens pas à la situer. Mais je n'ai pas une très bonne mémoire, quand bien même elle me parle.
A bientôt :)
Calyste
Méchante : un peu, je concède. Laide : elle a un genre, pas franchement le mien. Et non, elle ne m'a pas enfoncé son ongle dans le dos, ni plus bas, quoi qu'elle aurait très bien pu me le montrer. Car les temps changent.
De nouveaux personnages qui vont apporter encore du piment, je le sens. Quel tour peut donc te réserver cette fée Carabosse ? Le sort du fermier, par contre, je le connais déjà : intuition, quand tu nous tiens!
Très bon ceci, j'ai trouvé : "ces moqueries, qui n’étaient point si viles, oh non, mais aucunement civiles." Tu as l'art du jeu de mot parfait.
Plus que 4 épisodes, dont 3 non encore publié, et le destin de cette nuit du 1er mai sera scellé !!!
Parle-moi, raconte-moi une histoire à dormir debout
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