12 mai 2008
L'Interférence des Langues
Querelle de Nuit (Conte gay) : VI
Cette fée
Carabosse, débarquée de nulle part, à l’heure où les sanctuaires de la danse ont
fermés, vint en notre direction, maudissant les us et coutumes auxquels elle ne
semblait pas rompue. Ses yeux rouges, accointance avec le diable ou improbable
myxomatose, nous fixaient, torves et bovins et, très vite, des lueurs
malicieuses se sont allumées dans son iris. Il faut se méfier des fées, me
disait ma mère, les fées ne sont pas toutes bonnes, il en est qui sont un
peu sorcière, un peu diablesse et celle-ci, assurément, existe dans le seul
but de grossir les rangs du mal. Mère aurait dit : « celle-là, elle a des
instincts à vous tendre une pomme empoisonnée », ce genre de fruit qui
fermente toute la soirée dans son sac en bandoulière, plaqué contre sa veste
ocre, impeccablement cintré sur un corps épilé au fer rouge.
Déjà, elle
jouait avec nous, se faisant passer pour une Anglaise, une fée d’outre-Manche,
des pays froids et pluvieux et moi, je me démenais pour discuter avec elle, lui
indiquant les lieux où elle pouvait se rendre, elle, la perfide, persiflait, tandis que la fée dodue, accroupie non loin de là avec mon dégingandé,
se gaussait en sa compagnie de ma persévérance stérile et, surtout, de cette
innocence affable et lamentable avec laquelle je lui répondais, dans un anglais
piteux et guignolesque, alors qu’elle maîtrisait très bien la langue de Genet -
je déteste Molière et sa gaudriole - ce que, de toute évidence, je n’ai pas remarqué, me
dévouant corps et âme à cette nouvelle cause.
Longtemps
encore, je resterais enfant, un homme prisonnier d’un enfant et la fée
Carabosse, aux mobiles douteux, jouissait de cet état, à n’en plus finir,
toutes lueurs allumées dans ses oves ensanglantés, jusqu’à ce qu’elle renonce
finalement, me donne une tape amicale contre l’épaule et me dise, débonnaire :
« Mais non,
Nicolass, je parle français, mais tu es amusant. Tu es so funny. Nicolass.
Allez, je viens avec vous, je vous suis. »
Et nous fûmes quatre à arpenter la rue de la république, rejoignant une bien curieuse manifestation nocturne.
Commentaires
C'est une fée folle et vaseuse, avec un humour tout particulier, non ? Tes deux compères ne sont pas très sympa de se moquer de ta gentillesse et surtout de te laisser dans ses pattes. Ah Nicolass, ce conte savoureux me plait de plus en plus. Je t'enfoncerai bien mon ongle.
Parfois, ou souvent, les moins bonnes sont les meilleures. Je pense aux fées.
Sinon, à ce rythme, vous alliez finir par être nombreux.
c'est un remake du Magicien d'Oz que tu nous écris ici, Nicolas :-) Les apparences sont souvent trompeuses, qui dit que Carabosse est pernicieuse?
Alors nous sommes nés tous deux sous le signe de l'enfance.
Oui, un homme prisonnier d'un enfant. Nous avons la naïveté trop grave, trop sérieuse. Te rends-tu compte: nous croyons aux contes?! Sacré handicap!
Fées indécentes
Noctambulis
La fée dodue se repait du malheur d'autrui. C'est une succube à détresse. Je suis un de ses programmes de télévision favori.
Pour ton ongle, lol, délicate attention mais je ne suis plus célibataire, je ne peux répondre favorablement à cette demande ma foi fort alléchante. ^^
Olivier
Tu as sans doute raison. C'est la méchanceté des êtres et des choses qui font avancer, en les constatant, et non la bonté, qui sans la méchanceté, est purement stérile.
Oui, ça risque de finir en orgie et les baguettes risquent bien de se multiplier. Fairy (fée), aux US, désigne les homosexuels, ce n'est peut-être pas un hasard.
l'Elephant
Une sorte de chimère littéraire, moitié conte moitié autobiographique. Je me souviens pas du Magicien d'Oz, je sais qu'étant enfant, ce programme sous forme de dessin animé - seule forme que je connaisse - m'horripilait, alors que j'étais franchement bon spectateur. Je crois que c'est à cause de l'épouvantail, il me déplaisait.
Il faut approfondir la Fée Carabosse sans doute, j'aimerai la recroiser.
Calystee
Peut-être est-ce une des caractéristiques du signe du scorpion. Ou que ça vient de l'ascendant. Faudrait que tu me dises le tiens, un jour. Enfin outre ça oui, c'est une ressemblance de plus.
Croire au conte, je trouve ça sain : ces fictions sont aussi réalistes que n'importe quel roman "figuratif", mais la réalité y est vue comme sous le reflet d'une glace déformante. Entre le monde du rêve, l'imaginaire et les vérités du monde sensible. La réalité frontale, c'est bien trop brut. Ce n'est pas nourrissant.
Ah ! Tu as rencontré un mec ? Je suis curieux d'en savoir plus, j'espère que tu vas en parler! C'est peut-être la fin du conte en fait.
Oui j'ai rencontré quelqu'un, une rencontre inattendue, pas au bon endroit et pas au bon moment. Mais il n'y pas de moments pour ça. A vrai dire. Nous le savons tous. J'en parle déjà un peu dans un prochain billet mais j'ai un train de retard, si je m'écoutais je ferai comme Calyste et je posterai 300 choses par jour :)
"plaqué contre sa veste ocre, impeccablement cintré sur un corps épilé au fer rouge"
Ah, cher Quenelle chaude, vousavez parfois des sorties si brillantes ....
Douche Romaine
L'écriture n'est finalement toujours pas vomissure(s). :)
Parle-moi, raconte-moi une histoire à dormir debout
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