QUERELLE - journal intime, mais non confidentiel, de Nicolas Raviere

C’était très intime et cela pourrait l’être encore plus, je veux dire : sexuellement. Tout de suite, le mot est lâché, claque comme le fouet sur une peau satinée, une lichette d’alcool, suspendue aux lèvres d’un nouveau né. Je ne plaisante pas.

17 mai 2008

Inéluctable Pandémonium

Querelle de Nuit (Conte gay) : IX - Fin.

Le prince frétillait sur moi, frottait sa croupe lourde et fatiguée sur mes genoux, à tel point que c’en était désagréable : il pensait avoir pris possession de moi mais son comportement m’irritait, tout autant que la déchirure du cellophane, quant au cow boy, il regardait la scène avec une certaine tristesse, si bien qu’il se posa plus loin, épouvantail noir et ferrailleur, de sorte à ne plus nous avoir dans son champ de vision. La fée Carabosse, penchée sur nous, nous souhaita au prince et à moi, de sa vipérine langue, tout le bonheur de la terre. Agacé par ce sortilège, je me suis surpris à pousser, d’un coup bref et tranchant, incisif, et décisif, le prince sur cette dernière, comme une offrande : tiens, prends-le, tu peux t’en occuper, du prince gris. Et je fis volte-face, pour rejoindre mister fil de fer, au creux de l’enfer, lequel me sourit, rassuré, peut-être, de ma venue mais point rasséréné.
Nous ne sommes qu’offrandes.

Des embrassades, une pluie d’embrassades, avant qu’il ne pose ma main sur son sexe : cela est mon offrande, aurait-il pu dire. Mais moi, je ne trouvais pas l’offrande, tellement le tissu compressait tout. Ou bien est-ce parce que, dans les contes, rien n’est véritablement réel ? Les hommes peuvent très bien n’avoir pas de sexe ou bien, il faut le découvrir, pour le faire exister, de même que l’écrivain, narrant une histoire. La belle affaire, au creux de l’enfer. Que suis-je censé faire ? Le contraire, sans doute, de ce que je désirais. Mantra : faites qu’il disparaisse, qu’il soit fatigué, qu’il désire instamment rentrer chez lui, se coucher dans son lit, bordé par Morphée ou le père Fouettard, peu importe. Et je fus exaucé : pouvoirs illimités.

« Tu es sûr que tu ne veux pas venir ?
- Je ne peux pas laisser la fée dodue !
- Je comprends, voici mon numéro.
- Et voilà le mien, mais c’est un 3, à la place du 4. (…) Oui, je le donne si peu que je me trompe parfois.
- Passe une bonne nuit, Nicolas.
- Toi aussi.
- A bientôt.
- …
»

 / Ce n’est point une chanson et pourtant l’air en est connu, qui se chantonne dès l’aube des temps, les veilles de jours fériés et tous les week-ends. Je te souhaite bonne nuit et te souhaite un bon appétit. Bonne nuit, et bon appétit. (Martèle ce refrain avec moi, idiote !) Voici mon numéro, tu peux m’appeler quand tu le désires. // La vérité, dans tout cela, c’est le règne illustre de la fée Carabosse : elle inspecte les portefeuilles et déchire tous ces numéros, parce qu’elle n’y croit pas, et que, sans doute, elle a raison, cette sorcière, et c’est là, probablement, sa seule sagesse. Mais je m’égare : /

De retour sur les sofas, alanguis, corps multipliés, je repris place entre la fée dodue et la fée Carabosse, constatant avec délice la disparition du prince gris. « Où donc est passé le prince ? », m’empressais-je toutefois de demander à la fée Carabosse, curieux de voir qu’il avait fui la douce caresse de ses ongles griffus. Elle me répondit par une énigme, me confia son adage, son secret, tout en caressant mon torse, sous l’étoffe : « Le tout, Nicolass, c’est de faire ce dont tu as envie et quand tu en as envie, et cela, sans trop te poser de questions. Mais tu es poilu, Nicolass, et pourtant, tu n’es encore qu’un enfant. Tu n’es qu’un enfant ! »

Bercé par cette incantation, je me laissais faire par sa caresse longue et cruelle, quand elle approcha ses lèvres des miennes, mes yeux, mes yeux dans ses yeux injectés de sang ! Impression de fin du monde. Qui n’a pas encore sonné. Qui sonne le glas ? Un serveur, l’un de ses hommes en noir, venant prendre commande : « Que désirez-vous ? »

La fée dodue dodelina de la tête, comateuse : « pour moi, ce sera rien, je n’ai pas faim. »
Moi, je réfléchis quelques instants à ce que je désirais, à m’en perdre dans mes pensées, malgré mon appétit. Lorsque j’ouvris enfin la bouche pour matérialiser mon vœu, la fée Carabosse me coupa l’herbe sous le pied.
Elle tonna, sulfureuse : « des Aubergines, des aubergines, c’est tout ce que je désire. J’adore les aubergines. »

***

Les aubergines nature, ce n’est jamais très bon, il faut les préparer, afin qu’elles confinent au sublime : fondue d’aubergine, caviar d’aubergine, loin de moi l’idée de citer tout ce qu’il est possible de faire avec ces légumes copieux et épais, mais cru, les dévorer cru, voilà chose bien curieuse, comme inconcevable et pourtant, elles avaient l’air bien succulentes, si naturelles, servies sur un plateau doré, gorgées d’amour. Je les goûtais donc les unes après les autres, sous l’égide de la fée dodue, qui, elle, me regardait d’un œil complice engloutir tous ces légumes que de jolis serveurs me présentaient, cela, pendant deux heures parce que je suis de ceux qui mangent très lentement, qui savourent, nonobstant la fée cuscute, dont l’arrêt de mort a été signé à l’arrivée du plateau par une malheureuse cigarette, portée au bord de ses lèvres goulues. Sa pause glamour, sa détresse, son accent d’outre-Manche n’ont pas suffi à émouvoir le colosse noir et c’est avec tristesse qu’elle dut quitter les lieux pour ne plus jamais revenir ; quant à moi, qui m’étais mis en tête de la remplacer, je lui succédais dans les règles de l’Art.

Moralité : Les Aubergines sont peut-être formidables.

 

FIN

free music

Posté par Querelle à 17:17 - I. Au Fil des Jours - Le coin des lecteurs [20] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Mais il fallait me demander, Nicolass, pour t'éviter ces créatures sournoises, parce qu'elles le sont n'est-ce pas ! Je le savais moi que les aubergines sont formidables.

Posté par OlivierAutissier, 17 mai 2008 à 19:51

Samedi dernier, un jeune homme tout à fait bien, à qui j'avais sourit :
"Donne-moi ton téléphone
- hein ?
- Donne-moi ton téléphone"
Ouam, estomaqué :
"Non mais... ça va pas ?"

Posté par ouam-chotte, 17 mai 2008 à 20:17

Samedi d'avant les églantines

Olivier
Han :)
Brigitte Fontaine aussi le savait, sauf qu'elle s'est trompée en appelant un de ces albums : les églantines sont peut-être formidables. Sacré brigitte.

Ouam-Chotte
C'est quoi un jeune homme "tout à fait bien" ?

Posté par Querelle, 17 mai 2008 à 21:34

Du côté de la cuillère

Suis-je le seul à trouver pour tout dire... relativement... intéressant - oui, je pense que c'est le terme le plus proche de ce que je ressens - que tu dégustes des aubergines avec une telle délectation après avoir passé la nuit à les éviter, à ne pas les trouver, à les rejeter? Tu auras finalement trouvé l'instrument de ton prince... sans prince de l'autre côté. Mais bon, je délire encore.

Posté par L'Elephant, 18 mai 2008 à 09:09

Tu pars à la recherche d'un diner princier, tu finis par t'empiffrer d'aubergines gorgées.
La moralité me semble assez désabusée... Réaliste, au final, ce conte !

Posté par Lovedreamer, 18 mai 2008 à 11:42

La morale ! (merci heineken!)

Posté par Lovedreamer, 18 mai 2008 à 11:42

L'Amorale

L'Eléphant
Oui revirement des situations un peu étrange - surtout me concernant - mais bon ce n'était pas cela que je recherchais à la base, mais autre chose, et encore le mot rechercher est bien fort, je dirai plutôt : attendre, car je ne cherche pas. Je crois être patient. Cette succession de princes (cette soirée et les précédentes) m'aura finalement agacé au point de changer d'optique et d'approcher d'une autre façon des choses que je n'avais pas expérimentées.


Lovedreamer
Elle n'est forcément désabusée ; en tout cas me concernant, elle ne l'est pas du tout. Je t'expliquerai sur MSN le pourquoi du comment un de ces 4 si tu veux, je suis sûr que tu comprendras. J'ai adoré cette nuit, ce pourquoi je l'ai raconté en en faisant une histoire en 9 parties, à l'image de une Nuit à Lyon et ce qu'elle m'a permis de découvrir sur moi.
Réaliste ? Indubitablement :)

Posté par Querelle, 18 mai 2008 à 15:56

Un garçon tout bien...? C'est un garçon sur lequel il n'y a rien d'autre à dire, hé hé ;)

Posté par ouam-chotte, 18 mai 2008 à 20:26

La faim est contagieuse

Alors là Nicolas, que te dire d'autre si ce n'est que je suis vraiment surpris par cette chute. Je ne m'attendais pas du tout à ça, moi qui te lis depuis fort longtemps. Tu me surprendras toujours. J'aimerai connaître tes motifs mais je crois que si tu ne les as pas indiqué, c'est que cela fait partie de ton jardin secret, non ? J'espère quand même que tu en as retiré du plaisir, tout autant que tu en as pu en avoir à écrire ce conte. J'ai beaucoup aimé le lire et essayer d'en décrypter chaque détail. Aucun des ingrédients des contes semble manquer à l'appel : bravo.
J'oubliais : je peux te demander quelque chose par mail ?

Posté par Noctambulis, 18 mai 2008 à 21:20

Somewhère in Fontainebleau

Evidemment que tu peux m'envoyer un courriel, tu n'as pas besoin de ma permission pour ça, surtout depuis le temps.
Tant mieux, si je te surprends.
Et oui, j'ai mon jardin secret. Et pas somewhère in Fontainebleau.
Ceci n'est pas un répondeur automatique.

Posté par Querelle, 19 mai 2008 à 14:04

sic transit!

@Nicolas: donc le contraire de rechercher, c'est attendre? hum hum, et quelle est cette nouvelle optique dont tu parles?

Posté par l'Elephant, 19 mai 2008 à 14:05

Hors du Tout et du Rien

Possible que ce soit son contraire, je n'ai pas réfléchi là-dessus. Ce peut être aussi ne pas attendre, finalement, parce que l'attente inclut une sorte de recherche passive. On attend souvent quelque chose que l'on recherche, que l'on désire (ou pas), sinon ce n'est pas une attente.

Mon optique ? Ne pas attendre quoique ce soit, et renoncer avec cette envie d'absolu qui a motivé beaucoup d'articles dans ce blog. Essayer de renoncer au TOUT ou RIEN. Mais surtout ne pas réfléchir et encore moins me poser systématiquement de barrières, ce que je fais tout le temps quand il s'agit de relation humaine, surement parce que je suis un grand solitaire (les mois derniers, par exemple, j'ai invoqué pas mal de raisons pour pas qu'on m'approche : pas de relation à distance, je ne sortirai qu'avec un végétarien, l'âge, le fait que la personne regarde la télévision... etc)

J'ai décidé de ne plus faire ça pour laisser place aux faits. Mais attention au retour de bâton.

Posté par Querelle, 19 mai 2008 à 14:19

Si le bâton fait un retour, c'est souvent parce qu'on l'a lancé en premier... souvent sans s'en apercevoir.... un de mes amis disait souvent que le contraire de l'espoir, ce n'est pas le désespoir, mais l'action...

Posté par L'Elephant, 19 mai 2008 à 22:34

Espoir

Ton ami n'avait pas tord. Quand on agit, en ayant "foi" en nos actions, en pensant au résultat, tu crois que c'est aussi une forme l'espoir ?

Posté par Q de B, 20 mai 2008 à 21:14

Le chemin

@Nicolas: le résultat est un objectif parmi tant d'autre, l'action consiste à avancer sur un chemin vers cet objectif, qu'il soit atteint ou pas a finalement peu d'importance, ce qui compte c'est d'être en mouvement, vers l'avant et vers soi-même. Tu es particulièrement chanceux car tu as trouvé ton médium, l'écriture, pour avancer sur ton chemin... le reste, ce sont des branches qui te barrent la route, des cailloux qui entrent dans tes chaussures, des trous qui ponctuent la voie... finalement que des broutilles qui te mènent à toi.

Posté par L'Elephant, 20 mai 2008 à 21:50

Et si le "vers soi-même" et l'"avant" ne coïncidaient pas ? C'est vrai que l'écriture est un médium, mais également un allié (que tu as toi aussi, je suppose), cependant si elle résout beaucoup de choses, permet d'apprendre sur soi, ce n'est pas elle qui fabrique la réalité : ce serait un grand pouvoir que d'écrire des choses qui, ensuite, se produisent, un peu comme des prédictions ; hélas, le marc de café et l'aruspicine sont sûrement plus fiables. ^^

Posté par Querelle, 21 mai 2008 à 02:03

Je t'envoie donc mon mail, le temps de l'écrire. Merci par avance pour ta réponse.
Nicolas, je crois qu'on s'ennuierait si l'on pouvait écrire soi-même son destin, ce destin serait de l'ordre du matériel.

Posté par Noctambulis, 21 mai 2008 à 19:15

Possession

Pas nécessairement, je pense que c'est parce que la plupart des gens demanderaient de l'argent, la gloire, la notoriété, de la sexualité voire même l'amour (qui peut-être considéré parfois comme une possession, de la façon dont on le vit et principalement sous l'angle du Couple classique, c'est à dire ceux qui vivent ensemble, partagent du matériel et créent du matériel).

Je ne demanderai rien de tout ça (mais je suis pas contre des donations en espèce, chèque etc... mdr)

P.S : Je regarderais mes courriels demain, je suis fatigué ce soir.

Posté par Querelle, 21 mai 2008 à 22:53

Conversion

Tu m'as donné envie d'aubergines crues.
Pourtant je ne les aimais pas.

Posté par Henri-Pierre, 28 mai 2008 à 18:14

Toi au moins tu sais ce qui est bon :)

Posté par Nicolas, 29 mai 2008 à 16:39

Parle-moi, raconte-moi une histoire à dormir debout







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