QUERELLE - journal intime, mais non confidentiel, de Nicolas Raviere

C’était très intime et cela pourrait l’être encore plus, je veux dire : sexuellement. Tout de suite, le mot est lâché, claque comme le fouet sur une peau satinée, une lichette d’alcool, suspendue aux lèvres d’un nouveau né. Je ne plaisante pas.

30 mai 2008

Signes

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28 mai 2008

Cybersexonthewall

La jouissance assistée par ordinateur c’est merveilleux, cela permet de briser les tabous via la distanciation, d’être infidèle sans avoir à toucher le moindre morceau de chair, en se connectant par des fils invisibles ; le désir passe au travers des murs, sous les immeubles, traverse les rues avec la vitesse d’une furie, la vitesse de la lumière - tout désir est lumière, lors même qu’obscur. Ce désir est câblé, il me lie à toi, au-delà du monde physique, au-delà des pierres, un soir, deux soirs, jusqu’à ce que tu apparaisses dans mon lit, si tu dois y apparaître. Viendras-tu ? J’aimerai. Je ne sais pas, je ne sais plus. La vie n’est parfois qu’un jeu, la jouissance assistée, un jeu de rôle, le baromètre qui fait exploser les vérités, stimule l’hypophyse, stases de l’imagination. Hypertrophie. Cela ne m’étonnerait pas de trouver des taches de sperme, un jour, vers les prises électriques, à cause de lui ; plus rien ne peut m’arrêter, mon cœur explose, je me sens vertigineux.

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Posté par Querelle à 17:09 - V. La Cantine des Idées - Le coin des lecteurs [8] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

26 mai 2008

Querelle du Vagin Maudit

Ce n’était pas la nuit dernière, mais les images me sont gravées, imprimées dans la mémoire, avec une clarté telle qu’il n’en existe que peu dans les souvenirs, le tangible, le concret. Elle était à mes côtés, elle, la sensuelle, une femme, brune et élégante, allongée tout contre moi ; je sentais la caresse de sa peau douce, ses hanches tout contre les miennes, ses jambes enlaçant les miennes - le lierre et le marbre - et cela m’envoûtait. Alors, je tournai la tête pour l’admirer : sa chevelure soyeuse, ses grands yeux bleus gris, Husky, son teint blanc et laiteux, l’absence de veines. Femme porcelaine, elle me souriait.

Mais très vite, elle se mit à onduler, un peu comme une anguille, tout doucement, son corps tanguait, ses hanches me creusaient doucement. D’une voix langoureuse, sirène énamourée, aux vérités clinquantes, promenant sur mon torse sa main douce et cruelle, elle me dit : « Nicolas, j’aimerais que tu masturbes mon sexe. Mets un doigt dans ma fente. ». La réalité n’était finalement pas si belle. Je réalisais alors que la lumière était violente, électrique, les murs miraient, sur leur surface plane et laiteuse, un écheveau de cicatrices. Mes yeux fatigués se cognaient sans cesse à la courbe dentelée de ses côtes saillantes, avant que de se poser sur son string noir, où se dessinait, sous l’opaque transparence, l’ouverture purpurine ; ce que d’aucuns appellent le sanctuaire. Elle me conjurait de lui obéir. Ne suis-je pas mélolagne ?

Etrange : lorsque je m’apprêtais à caresser son sexe, afin de satisfaire son désir, elle ne portait plus ce string de dentelles noir mais une sorte de boxer blanc transparent, au tissu plutôt épais, évoquant les sous-vêtements masculins, lequel était strié de bandelettes de couleurs, tout comme un sucre d’orge. Sous le tissu, des centaines de micros billes de toutes les couleurs cachaient sa vulve. On eut dit une myriade de bonbons indiens, éclatant festival de bleus, de  roses, de verts et de jaunes.

Bloqué devant cette vision, j’hésitais et la femme, impatiente, dont je ne voyais plus le visage, le vrai visage, me souffla ces quelques mots, lascive incantation de ces autres lèvres : « Met un doigt dans ma fente. »

Je m’exécutais.
Exécution.

Les bourreaux bandent et les victimes gémissent.
Les bourreaux bandent, le délicieux supplice.

Elle ne désirait pas que j’enlève son étrange boxer. Il me fallait, selon ses ordres, procéder de la sorte : trouver du doigt son vagin, au-delà des bonbons, et le pénétrer, avec un seul doigt. Tintements de cristal, valse des billes, symphonie du glissement et sonnettes de serpents, sifflements sulfuriques : je trouvai enfin son vagin et sentais qu’à l’intérieur, plus elle gémissait et plus mon doigt se désintégrait, comme dévoré par l’acide.

Or, ce n’était qu’une illusion : effrayé, je récupérai mon doigt, que je découvris intact, devant mes yeux, bien qu’un peu moite, ce qui ne plut guère à cette langoureuse :
« Pourquoi tu as fait ça, pourquoi es-tu parti ? »

J’ai tenté, en vain, de la rassurer, par de douces paroles, un tendre baiser sur les lèvres, pour l’apaiser, faire disparaître ce regard noir, animer de nouveau son corps statique comme pétrifié mais, lorsque je lui caressais le ventre, doucement, je sentis une brûlure plus réelle encore que la chaleur de son bas ventre et, regardant mes mains, je vis se dessiner en elles des pustules gluants, reliefs saisissants. D’immondes striures violettes craquelaient l’épiderme fumant. Ma peau pourrissait sous la brûlure d’un étrange désir, là, devant mes yeux, sans que je ne puisse rien faire, le temps de crier, de me réveiller. Personne dans mon lit mais je sentais, contre mes narines, l’odeur de mon petit ami, qui m’est devenue étrangère.

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Posté par Querelle à 17:01 - VII. La Vie des Songes - Le coin des lecteurs [15] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

24 mai 2008

Carnet Killer

Il suffit d’avoir enfin quelqu’un pour devenir un véritable centre d’attraction, et faire tourner les têtes : que le monde est étrange, fort mal établi. Fusion des atomes ? Ou bien tout simplement le sourire permanent vous rend bien plus attirant, indéniablement. Cela, c’est de sa faute lors même qu’il écrit en rose et en violet, des petits pans microscopiques de mots, égrenés lentement dans l’espace et multiplie, avatar de cette nouvelle civilisation qui me donne la migraine, copieusement, les fautes d’orthographe. Le cœur saigne un peu, alors. La perfection n’existe pas. Je me sens las ! Il a dit : je veux te transformer ; tu devrais te teindre, je te veux blond platine, tu devrais faire du sport, car tu as un peu de ventre, tu serais mieux sans (c’est inéluctable), je ne souhaite pas que tu te coupes les cheveux, tu as vu comme j’aime passer ma main dedans. Je te montrerais mes films. Américanise-toi, rajeunis et exporte-toi. Il est persuadé que je lui donnerai un de mes tableaux, qu’il a choisi, mais je ne brade plus mes œuvres à présent, depuis une discussion qui m’a ouvert les yeux sur la mission des artistes - ou de ceux qui, évidemment, pensent en être : qu’il jette un œil sur mes miettes, sur ce journal, s’il le veut : il ne l’a pas encore fait : j’en serai le premier informé.

Mes journaux intimes ont toujours tués mes relations, à bout portant : fatalité du journal exposé à la face du monde, sans pudeur, conjuration de la logorrhée, tragédie ultime de la libre expression. L’ironie, le cynisme, ne sont pas toujours perçus comme des figures de style, les mots, eux, ne reflètent la réalité qu’au travers de prismes qui ne coïncident pas, d’une manière suffisamment universelle pour être admise par tous : ce que dit l’auteur, ce qu’il éjacule, ce qu’il sait dire, ce qui lui échappe, et ce que perçoit le lecteur, ce qu’il avale, ce qu’il déglutit avec sa propre culture des mots, cela qui souvent n’est pas qualifiable ni même quantifiable, outre le nombre de mots, de caractères, la somme des paragraphes, défient la symétrie et l’adéquation. Voilà lecteur, tu viens de poser tes yeux jusqu’ici : c’est très bien que tu ais tenu, tu es peut-être familier de ces pages et te demandes : quand est-ce que Nicolas va de nouveau nous raconter quelque chose ? Et bien, c’est tout simple, tu peux attendre le prochain article, ou relire le début de celui-ci ; la narration ne s’établit pas seulement dans le développement d’une histoire.

 

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23 mai 2008

Aléas du Pornographe

L’alibi des métaphores est séduisant, tout autant que celui des fables, dirait un pornographe repenti, à ses muses fripées, à la face d’un monde décrépi qui s’est copieusement nourri de ses vices. Mais je ne suis pornographe dans mes écrits puisque la pornographie est toujours gratuite, si l’on exclut le fait de vouloir donner du plaisir à son lecteur, évidemment, de vouloir le faire jouir, en stimulant son imagination, plus ou moins. J’ai envisagé d’écrire un livre pornographique, avec un peu d’orthographe toutefois, pour décevoir Rimbaud. Pour ce faire, je pensais utiliser un pseudonyme puisque la magie de l’anagramme me prédispose au cul. Je ne parle pas de mon nom d’auteur, mais de mon nom de famille réel, qui, secoué, toutes lettres mélangées, pue le sexe, comme certains regards en biais ou frontal, droit devant, sur toi, sur ton humble personne, avant que ces êtres dévolus à l’action ne fondent sur toi, proie d’alcool au corps épandu sur les noirs sofas de la déchéance : souvent, ils ont du mal à détacher ma ceinture et cela me fait jouir, un peu comme si je portais une ceinture de chasteté, tu vois ce que je veux dire lecteur, une ceinture de chasteté, ce coffre fort moyenâgeux pour vagin. Quand ils y parviennent, le jeu perd singulièrement de son intérêt. Peut-être ne le sais-tu pas, mais certaines de ces ceintures avaient des dents, un peu comme le vagin de cette blonde dans le film Teeth. Ah ! Le mythe du vagin denté, source d’inspiration, même pour les homosexuels. Nous devions voir ce film avec F. mais pas de nouvelles. Mes amis sont magiques : ils m’appellent et prennent de mes nouvelles que lorsque leurs petits amis sont loin, indisponibles, sinon, je n’existe pas dans leur paysage. Il y’a plusieurs façons de boucher les trous. Moi, j’ai longtemps été celui qui tient la chandelle : ce n’est guère mieux, assurément. Pour V et son fasciste d’ex petit copain, qui m’a cordialement détesté, par exemple.

Je serais un pervertisseur pour l’âme, je subtiliserais le libre arbitre de mes amis, pour leur découvrir une liberté qu’ils ne supposent plus, ou pire : qu’ils ne supposent pas. Tout cela, c’est de la belle connerie. L’écriture est bien moins déceptive.

Quant à mon petit ami : lui n’a pas non plus désiré voir Teeth en ma compagnie. C’est chelou, qu’il m’a dit. Ces mecs de vingt ans, ils ont un langage curieux, des goûts qui le sont encore plus. Ils ne sont pas encore tout à fait formés et combattent pour ça comme des murènes effarouchées, ils vous disent, fade conjuration : je suis mûr, j’ai vécu beaucoup de choses, j’ai sucé beaucoup de queues moi aussi, du genre, je collectionne les trophées. Est-ce bien nécessaire ? N’est pas pornographe qui veux. L’intérêt d’une personne ne se mesure pas à ce qu’elle a fait : nombre de personnes se dispersent dans beaucoup de choses, d’actions, de sports, d’achats, de voyages pour dissimuler leur évidente vacuité. Mais les goûts, ah ! Les goûts, en art - musique, livre, films… - c’est cela le véritable baromètre, c’est cela qui détermine la maturité d’une personne et pas seulement ce qu’il a vécu : la vie se situe dans les rides, l’existence, elle, est le miroir de ce que nous aimons, la somme indéfectible des confluences de nos inclinations. Dis-moi ce que tu lis, je te dirais qui tu es. Dis-moi ce que tu écoutes, je te dirais qui tu es. Dis-moi ce que tu regardes, je te dirais qui tu es. Dis-moi qui tu baises… Hum, en voilà un mystère.

 

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In Pink

Pink_Querelle

9 Mai 2008.

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22 mai 2008

Nosyno


Un de mes lecteurs m’a dit que je changeais, à me lire depuis la fin de la Une Nuit à Lyon, je lui ai répondu que non, je n’ai pas changé, seulement, je réfléchis moins et ce que je perds en réflexion, je le gagne en acte cela, sans recours à mon intuition - attention, crécelle des bas-fond, au retour de bâton. Je sais cependant qu’il faut chercher le muguet pour le vendre mais voilà, comme tu le sais, je ne souhaite pas vendre du muguet. Je ne serai pas ambitieux, même un seul jour par an. Je peux très bien être rossé - mentalement - par mes congénères, je sais très bien que la vérité est ailleurs : emporteras-tu tes pépites d’or dans ta tombe, riche mécène du vide, ou ta belle gueule d’ange six pieds sous terre, petit arlequin au chibre sanguin ? Je me gausse. Nous pouvons nous gausser tous ensemble, farandole hystérique, en buvant du chrysanthème (note pour moi-même : les stocks s’épuisent et je me déshydrate, fleur racornie. I am bientôt 32.). J’en ai marre de raconter des histoires, qui certes sont vraies, et ne sont donc pas des histoires, mais en sont toutefois, au-delà du vrai et du faux, puisqu’elles ont une trame, un début, un développement, une fin et je ne sais pas quoi encore qui fait qu’on peut les suivre, de A jusqu’à Z et bien sûr au-delà du A, du Z et de toutes autres lettres : une histoire qui ne suscite pas un gramme de réflexion ne vaut strictement pas la peine d’être lu, ni même de se torcher avec. Or, toutes les histoires, on peut les résumer, ou les synthétiser, pour créer un synopsis et, d’icelles, faire disparaître la pensée, la sensibilité, par un étrange tour de passe-passe. Je n’ai donc rien à raconter, du moins, rien à écrire : et si je ne me racontais pas, si je trouvais le moyen de ne plus me dire, de disparaître, de m’évaporer : non, j’ai trop de chair pour m’évaporer, suffisamment pour me commettre à la diriger en bon terrien, dans ses bras chauds par exemple, s’il se tait un instant car il parle beaucoup, ce jeune garçon, il parle bien trop, le faux candide, mais quand il se tait, parce que je le lui demande, je veux qu’il parle encore et encore : il me fait des gestes avec les mains, pour communiquer : cela projette sur le mur des ombres chinoises qui, elles, racontent de longues histoires, de nouveaux mythes, pour une quête de sens.

 

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21 mai 2008

Hard Dandy

Il n’est pas de mise à mort plus sulfureuse que celle de l’ascétisme, pas même un dépucelage et je ne dis pas cela parce que le mien fut un massacre, mais parce qu’il s’agit là de « nouvelles » nourritures pour l’esprit et le corps, que ces deux opposés sont alors réunis dans l’acte et la conséquence, avant que de se dissocier, une fois de plus, pour le meilleur et surtout, pour le pire. Il n’est en ceci question que de perspective et de perspective uniquement. Je m’élance donc en avant ; lors même qu’on ne s’improvise pas Icare. Tôt ou tard, quelque chose me brûlera ; dans cette attente, je ne puis me consumer sans penser à ces délices, cet écheveau inextricable de détournements de situation - comme avec lui par exemple : il m’a fait mille compliments, il a dansé pour moi, qui l’ignorais, le condamnais, je lui ai dit, pendant plus d’une heure : non, je ne sortirai pas avec toi, jamais. Il a pourtant tout essayé encore et encore, jusqu’à ce qu’il m’embrasse, et que je lui rende son baiser : voilà un acte de ma part qui était savoureux, que je n’ai pas très bien compris et qui m’a plu. Me plait-il toujours ? Assurément. C’était à la Peau. Encore ce lieu miteux, encore la lie de l’humanité, séjours en abysse. Un adorable a joui contre la porte, pour le plaisir de mes sens et depuis, ah depuis, il ne me quitte plus, en pensée. Mais n’est pas l’élu de mon cœur, sans doute celui de mon esprit, peut-être une sorte de méta frère, ou de méta soeur - croquer le fruit serait se damner. Ce sont là deux raisons différentes, qui ne peuvent coexister dans une réalité saine et franche.

Hard Dandy avance toutefois, le ventre couvert de cire, laissant derrière lui les ruines qu’il a trop contemplées, ses bras, impeccablement levés au ciel, esquissent glorieux le rite du soleil. Hard Dandy ne danse plus, délaisse sa silhouette convulsive au bord d’un gouffre nouveau. Maintes sirènes léthargiques se posent contre lui, qui lui chuchotent dans son oreille, susurrent des mots qui bruissent dans ses tympans, comme cascades et rivières : Icare n’est pas Ulysse, Icare prend son envol, Icare sait mieux que personne le désir de l’homme de transcender les choses et le monde, cette tension permanente vers l’absolu, toujours, ce besoin inextinguible de dépasser l’habitude et la médiocrité, mais Icare n’est pas Prométhée, il est son propre Dieu, il est libre de se brûler, lui, et de tomber, tomber de haut, ultime figure du libre arbitre - du signe du scorpion ?

/ Que veux-tu aujourd’hui cher ange, cher démon ?
Ce que tout le monde désire, et bien plus encore.
Et quel est ce souhait, quel est ce désir ?

De l’amour, de l’amour, de l’AMOUR…
Des lignes pures et un filet de sang !

 

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20 mai 2008

Zeugma

zeugma

 

Zeugme est le dernier mot du Gradus, sans aucun doute le plus moche de la langue française,  sans aucun doute le plus étrange, le plus à même de retranscrire la DISPARITION.


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Posté par Querelle à 22:04 - V. La Cantine des Idées - Le coin des lecteurs [15] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

19 mai 2008

Déliquescence de l'Après Conte

Onze heures trente, descente de la rue des Cloches, aveuglante place Louis Pradel ; le soleil éclatant nous transperce le visage comme un glaive, nous ne sommes fatigués, visages rieurs, nul cerne, nul tombeau pour l’œil, alertes et une effarante sensation de liberté épandue en nos veines ; nous marchons. Malgré l’excitation peinte à la chaux sur son visage porcin, la fée dodue me confie qu’elle a perdu ses pouvoirs : sa baguette magique, elle l’avait sans doute égarée dans le restaurant ou bien lui fut-elle subtilisée par Miss Carabosse en personne ? Sans elle, elle n’est plus capable d’invoquer des carrosses ni quelconque enchantement, et donc, de retourner dans son royaume magique.

Pire encore : les transports en commun n’existent pas, n’existent plus, après cette longue nuit aux drames cornus. Magie du premier mai : le monde s’arrête de tourner, pour vingt quatre-heures de vacances : mon séjour sur terre, comme un premier mai gigantesque, et je me sens Melmoth, maudit par lui-même, puisque c’est plus délicieux d’être son propre bourreau. Et si tu venais chez moi, et si je t’abritais un jour, le temps que le monde tourne de nouveau ? Tu pourrais te ressourcer, reposer l’adipeuse surface de ton corps. Cela te dit, fée dodue, de descendre les quais en ma compagnie, bercée par le soleil assassin de midi, de nous griller au zénith, grisés de paroles enchantées ?

« Oh oui ! Oh oui ! trépigne-t-elle ! Reste-t-il des élixirs ?
- Des sucs, des liqueurs et tout ce que tu voudras, fée dodue. »
Mais surtout le poids lourd de Morphée, sur la conscience apaisée. La fée dodue chavire dans le monde des rêves à peine arrivée, tandis que je prends place face à mon ordinateur, me connectant à des mondes oubliés.

J’ai donc installé la fée dodue dans mon clic clac, afin qu’elle y dorme paisiblement du sommeil guttural du juste. Ce que l’on raconte sur les fées, vous savez, n’est pas toujours très exact : elles en font des choses pour vous, mais ce n’est jamais pour votre bien seul, mais également pour le leur. Ainsi, la fée dodue gonfle son ventre pour des sons tonitruants, caverneux, puis, de bon réveil, dans la chaleur épouvantable de mai, elle défèque une fois, deux fois, trois fois, nimbant l’air de sa putrescence fibreuse et elle en veut encore, des sorties, la fée dodue, encore et toujours, pour acquérir des souvenirs, les collectionner comme des trésors, car il est important, pour exister, d’acquérir toujours de nouveaux souvenirs, telle une succube mentale et moi, dans le même temps, je chancelle, victime de mes délices, dans les limbes de l’Espace Temps.

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