30 mai 2008
Signes
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28 mai 2008
Cybersexonthewall
La jouissance
assistée par ordinateur c’est merveilleux, cela permet de briser les tabous via
la distanciation, d’être infidèle sans avoir à toucher le moindre morceau de
chair, en se connectant par des fils invisibles ; le désir passe au travers des
murs, sous les immeubles, traverse les rues avec la vitesse d’une furie, la
vitesse de la lumière - tout désir est lumière, lors même qu’obscur. Ce désir
est câblé, il me lie à toi, au-delà du monde physique, au-delà des pierres, un
soir, deux soirs, jusqu’à ce que tu apparaisses dans mon lit, si tu dois y
apparaître. Viendras-tu ? J’aimerai. Je
ne sais pas, je ne sais plus. La vie n’est parfois qu’un jeu, la jouissance
assistée, un jeu de rôle, le baromètre qui fait exploser les vérités, stimule
l’hypophyse, stases de l’imagination. Hypertrophie. Cela ne m’étonnerait pas de
trouver des taches de sperme, un jour, vers les prises électriques, à cause de
lui ; plus rien ne peut m’arrêter, mon cœur explose, je me sens vertigineux.
26 mai 2008
Querelle du Vagin Maudit
Ce n’était pas
la nuit dernière, mais les images me sont gravées, imprimées dans la mémoire,
avec une clarté telle qu’il n’en existe que peu dans les souvenirs, le
tangible, le concret. Elle était à mes côtés, elle, la sensuelle, une femme,
brune et élégante, allongée tout contre moi ; je sentais la caresse de sa
peau douce, ses hanches tout contre les miennes, ses jambes enlaçant les
miennes - le lierre et le marbre - et cela m’envoûtait. Alors, je tournai la
tête pour l’admirer : sa chevelure soyeuse, ses grands yeux bleus gris, Husky,
son teint blanc et laiteux, l’absence de veines. Femme porcelaine, elle me
souriait.
Mais très vite,
elle se mit à onduler, un peu comme une anguille, tout doucement, son corps
tanguait, ses hanches me creusaient doucement. D’une voix langoureuse, sirène
énamourée, aux vérités clinquantes, promenant sur mon torse sa main douce et
cruelle, elle me dit : « Nicolas, j’aimerais que tu masturbes mon sexe. Mets un
doigt dans ma fente. ». La réalité n’était finalement pas si belle. Je
réalisais alors que la lumière était violente, électrique, les murs miraient,
sur leur surface plane et laiteuse, un écheveau de cicatrices. Mes yeux fatigués se
cognaient sans cesse à la courbe dentelée de ses côtes saillantes, avant que de
se poser sur son string noir, où se dessinait, sous l’opaque transparence,
l’ouverture purpurine ; ce que d’aucuns appellent le sanctuaire. Elle me
conjurait de lui obéir. Ne suis-je pas mélolagne ?
Etrange :
lorsque je m’apprêtais à caresser son sexe, afin de satisfaire son désir, elle
ne portait plus ce string de dentelles noir mais une sorte de boxer blanc
transparent, au tissu plutôt épais, évoquant les sous-vêtements masculins,
lequel était strié de bandelettes de couleurs, tout comme un sucre d’orge.
Sous le tissu, des centaines de micros billes de toutes les couleurs cachaient
sa vulve. On eut dit une myriade de bonbons indiens, éclatant festival de bleus,
de roses, de verts et de jaunes.
Bloqué devant
cette vision, j’hésitais et la femme, impatiente, dont je ne voyais plus le
visage, le vrai visage, me souffla ces quelques mots, lascive incantation de
ces autres lèvres : « Met un doigt dans ma fente. »
Je m’exécutais.
Exécution.
Les
bourreaux bandent et les victimes gémissent.
Les
bourreaux bandent, le délicieux supplice.
Elle ne
désirait pas que j’enlève son étrange boxer. Il me fallait, selon ses ordres,
procéder de la sorte : trouver du doigt son vagin, au-delà des bonbons, et le
pénétrer, avec un seul doigt. Tintements de cristal, valse des billes,
symphonie du glissement et sonnettes de serpents, sifflements
sulfuriques : je trouvai enfin son vagin et sentais qu’à l’intérieur, plus
elle gémissait et plus mon doigt se désintégrait, comme dévoré par l’acide.
Or, ce n’était
qu’une illusion : effrayé, je récupérai mon doigt, que je découvris intact,
devant mes yeux, bien qu’un peu moite, ce qui ne plut guère à cette langoureuse
:
« Pourquoi tu
as fait ça, pourquoi es-tu parti ? »
J’ai tenté, en
vain, de la rassurer, par de douces paroles, un tendre baiser sur les lèvres,
pour l’apaiser, faire disparaître ce regard noir, animer de nouveau son corps
statique comme pétrifié mais, lorsque je lui caressais le ventre, doucement, je
sentis une brûlure plus réelle encore que la chaleur de son bas ventre et,
regardant mes mains, je vis se dessiner en elles des pustules gluants, reliefs
saisissants. D’immondes striures violettes craquelaient l’épiderme fumant. Ma
peau pourrissait sous la brûlure d’un étrange désir, là, devant mes yeux, sans
que je ne puisse rien faire, le temps de crier, de me réveiller. Personne dans
mon lit mais je sentais, contre mes narines, l’odeur de mon petit ami, qui
m’est devenue étrangère.
24 mai 2008
Carnet Killer
Il suffit
d’avoir enfin quelqu’un pour devenir un véritable centre d’attraction, et faire
tourner les têtes : que le monde est étrange, fort mal établi. Fusion des
atomes ? Ou bien tout simplement le sourire permanent vous rend bien plus
attirant, indéniablement. Cela, c’est de sa faute lors même qu’il écrit en rose
et en violet, des petits pans microscopiques de mots, égrenés lentement dans
l’espace et multiplie, avatar de cette nouvelle civilisation qui me donne la
migraine, copieusement, les fautes d’orthographe. Le cœur saigne un peu, alors.
La perfection n’existe pas. Je me sens las ! Il a dit : je veux te transformer
; tu devrais te teindre, je te veux blond platine, tu devrais faire du sport,
car tu as un peu de ventre, tu serais mieux sans (c’est inéluctable), je ne
souhaite pas que tu te coupes les cheveux, tu as vu comme j’aime passer ma main
dedans. Je te montrerais mes films. Américanise-toi, rajeunis et exporte-toi.
Il est persuadé que je lui donnerai un de mes tableaux, qu’il a choisi, mais je
ne brade plus mes œuvres à présent, depuis une discussion qui m’a ouvert les
yeux sur la mission des artistes - ou de ceux qui, évidemment, pensent en être
: qu’il jette un œil sur mes miettes, sur ce journal, s’il le veut : il ne l’a
pas encore fait : j’en serai le premier informé.
Mes journaux intimes ont
toujours tués mes relations, à bout portant : fatalité du journal exposé à la
face du monde, sans pudeur, conjuration de la logorrhée, tragédie ultime de la
libre expression. L’ironie, le cynisme, ne sont pas toujours perçus comme des
figures de style, les mots, eux, ne reflètent la réalité qu’au travers de
prismes qui ne coïncident pas, d’une manière suffisamment universelle pour être
admise par tous : ce que dit l’auteur, ce qu’il éjacule, ce qu’il sait dire, ce
qui lui échappe, et ce que perçoit le lecteur, ce qu’il avale, ce qu’il
déglutit avec sa propre culture des mots, cela qui souvent n’est pas
qualifiable ni même quantifiable, outre le nombre de mots, de caractères, la
somme des paragraphes, défient la symétrie et l’adéquation. Voilà lecteur, tu
viens de poser tes yeux jusqu’ici : c’est très bien que tu ais tenu, tu es
peut-être familier de ces pages et te demandes : quand est-ce que Nicolas va de
nouveau nous raconter quelque chose ? Et bien, c’est tout simple, tu peux
attendre le prochain article, ou relire le début de celui-ci ; la narration ne
s’établit pas seulement dans le développement d’une histoire.
23 mai 2008
Aléas du Pornographe
L’alibi des
métaphores est séduisant, tout autant que celui des fables, dirait un
pornographe repenti, à ses muses fripées, à la face d’un monde décrépi qui
s’est copieusement nourri de ses vices. Mais je ne suis pornographe dans mes
écrits puisque la pornographie est toujours gratuite, si l’on exclut le fait de
vouloir donner du plaisir à son lecteur, évidemment, de vouloir le faire jouir,
en stimulant son imagination, plus ou moins. J’ai envisagé d’écrire un livre
pornographique, avec un peu d’orthographe toutefois, pour décevoir Rimbaud.
Pour ce faire, je pensais utiliser un pseudonyme puisque la magie de
l’anagramme me prédispose au cul. Je ne parle pas de mon nom d’auteur, mais de
mon nom de famille réel, qui, secoué, toutes lettres mélangées, pue le sexe,
comme certains regards en biais ou frontal, droit devant, sur toi, sur ton
humble personne, avant que ces êtres dévolus à l’action ne fondent sur toi,
proie d’alcool au corps épandu sur les noirs sofas de la déchéance : souvent,
ils ont du mal à détacher ma ceinture et cela me fait jouir, un peu comme si je
portais une ceinture de chasteté, tu vois ce que je veux dire lecteur, une
ceinture de chasteté, ce coffre fort moyenâgeux pour vagin. Quand ils y
parviennent, le jeu perd singulièrement de son intérêt. Peut-être ne le sais-tu
pas, mais certaines de ces ceintures avaient des dents, un peu comme le vagin
de cette blonde dans le film Teeth. Ah ! Le mythe du vagin denté, source
d’inspiration, même pour les homosexuels. Nous devions voir ce film avec
F. mais pas de nouvelles. Mes amis sont magiques : ils m’appellent et prennent
de mes nouvelles que lorsque leurs petits amis sont loin, indisponibles, sinon,
je n’existe pas dans leur paysage. Il y’a plusieurs façons de boucher les
trous. Moi, j’ai longtemps été celui qui tient la chandelle : ce n’est guère
mieux, assurément. Pour V et son fasciste d’ex petit copain, qui m’a
cordialement détesté, par exemple.
Je serais un
pervertisseur pour l’âme, je subtiliserais le libre arbitre de mes amis, pour
leur découvrir une liberté qu’ils ne supposent plus, ou pire : qu’ils ne
supposent pas. Tout cela, c’est de la belle connerie. L’écriture est bien moins déceptive.
Quant à mon
petit ami : lui n’a pas non plus désiré voir Teeth en ma compagnie. C’est
chelou, qu’il m’a dit. Ces mecs de vingt ans, ils ont un langage curieux,
des goûts qui le sont encore plus. Ils ne sont pas encore tout à fait formés et
combattent pour ça comme des murènes effarouchées, ils vous disent, fade
conjuration : je suis mûr, j’ai vécu beaucoup de choses, j’ai sucé beaucoup de
queues moi aussi, du genre, je collectionne les trophées. Est-ce bien
nécessaire ? N’est pas pornographe qui veux. L’intérêt d’une personne ne se
mesure pas à ce qu’elle a fait : nombre de personnes se dispersent dans beaucoup
de choses, d’actions, de sports, d’achats, de voyages pour dissimuler leur évidente
vacuité. Mais les goûts, ah ! Les goûts, en art - musique, livre, films… -
c’est cela le véritable baromètre, c’est cela qui détermine la maturité d’une
personne et pas seulement ce qu’il a vécu : la vie se situe dans les rides,
l’existence, elle, est le miroir de ce que nous aimons, la somme indéfectible
des confluences de nos inclinations. Dis-moi ce que tu lis, je te dirais qui tu
es. Dis-moi ce que tu écoutes, je te dirais qui tu es. Dis-moi ce que tu
regardes, je te dirais qui tu es. Dis-moi qui tu baises… Hum, en voilà un
mystère.
In Pink

9 Mai 2008.
22 mai 2008
Nosyno
Un de mes
lecteurs m’a dit que je changeais, à me lire depuis la fin de la Une Nuit à
Lyon, je lui ai répondu que non, je n’ai pas changé, seulement, je
réfléchis moins et ce que je perds en réflexion, je le gagne en acte cela, sans
recours à mon intuition - attention, crécelle des bas-fond, au retour de bâton. Je sais cependant qu’il
faut chercher le muguet pour le vendre mais voilà, comme tu le sais, je ne
souhaite pas vendre du muguet. Je ne serai pas ambitieux, même un seul jour par
an. Je peux très bien être rossé - mentalement - par mes congénères, je sais
très bien que la vérité est ailleurs : emporteras-tu tes pépites d’or dans ta
tombe, riche mécène du vide, ou ta belle gueule d’ange six pieds sous terre,
petit arlequin au chibre sanguin ? Je me gausse. Nous pouvons nous gausser tous
ensemble, farandole hystérique, en buvant du chrysanthème (note pour moi-même :
les stocks s’épuisent et je me déshydrate, fleur racornie. I am bientôt
32.). J’en ai marre de raconter des histoires, qui certes sont vraies, et ne
sont donc pas des histoires, mais en sont toutefois, au-delà du vrai et du
faux, puisqu’elles ont une trame, un début, un développement, une fin et je ne
sais pas quoi encore qui fait qu’on peut les suivre, de A jusqu’à Z et bien sûr
au-delà du A, du Z et de toutes autres lettres : une histoire qui ne suscite
pas un gramme de réflexion ne vaut strictement pas la peine d’être lu, ni même
de se torcher avec. Or, toutes les
histoires, on peut les résumer, ou les synthétiser, pour créer un synopsis et, d’icelles,
faire disparaître la pensée, la sensibilité, par un étrange tour de
passe-passe. Je n’ai donc rien à raconter, du moins, rien à écrire : et si je
ne me racontais pas, si je trouvais le moyen de ne plus me dire, de
disparaître, de m’évaporer : non, j’ai trop de chair pour m’évaporer, suffisamment
pour me commettre à la diriger en bon terrien, dans ses bras chauds par
exemple, s’il se tait un instant car il parle beaucoup, ce jeune garçon, il
parle bien trop, le faux candide, mais quand il se tait, parce que je le lui
demande, je veux qu’il parle encore et encore : il me fait des gestes avec les
mains, pour communiquer : cela projette sur le mur des ombres chinoises
qui, elles, racontent de longues histoires, de nouveaux mythes, pour une quête
de sens.
21 mai 2008
Hard Dandy
Il n’est pas de
mise à mort plus sulfureuse que celle de l’ascétisme, pas même un dépucelage et
je ne dis pas cela parce que le mien fut un massacre, mais parce qu’il s’agit
là de « nouvelles » nourritures pour l’esprit et le corps, que ces deux opposés
sont alors réunis dans l’acte et la conséquence, avant que de se dissocier, une
fois de plus, pour le meilleur et surtout, pour le pire. Il n’est en ceci
question que de perspective et de perspective uniquement. Je m’élance donc en
avant ; lors même qu’on ne s’improvise pas Icare. Tôt ou tard, quelque chose me
brûlera ; dans cette attente, je ne puis me consumer sans penser à ces délices,
cet écheveau inextricable de détournements de situation - comme avec lui par
exemple : il m’a fait mille compliments, il a dansé pour moi, qui l’ignorais,
le condamnais, je lui ai dit, pendant plus d’une heure : non, je ne sortirai
pas avec toi, jamais. Il a pourtant tout essayé encore et encore, jusqu’à ce
qu’il m’embrasse, et que je lui rende son baiser : voilà un acte de ma part qui
était savoureux, que je n’ai pas très bien compris et qui m’a plu. Me plait-il
toujours ? Assurément. C’était à la Peau. Encore ce lieu miteux, encore la lie
de l’humanité, séjours en abysse. Un adorable a joui contre la porte, pour le
plaisir de mes sens et depuis, ah depuis, il ne me quitte plus, en pensée. Mais
n’est pas l’élu de mon cœur, sans doute celui de mon esprit, peut-être une
sorte de méta frère, ou de méta soeur - croquer le fruit serait se damner. Ce
sont là deux raisons différentes, qui ne peuvent coexister dans une réalité
saine et franche.
Hard Dandy avance toutefois, le ventre couvert de cire,
laissant derrière lui les ruines qu’il a trop contemplées, ses bras,
impeccablement levés au ciel, esquissent glorieux le rite du soleil. Hard Dandy
ne danse plus, délaisse sa silhouette convulsive au bord d’un gouffre nouveau.
Maintes sirènes léthargiques se posent contre lui, qui lui chuchotent dans son
oreille, susurrent des mots qui bruissent dans ses tympans, comme cascades et rivières
: Icare n’est pas Ulysse, Icare prend son envol, Icare sait mieux que personne le désir de l’homme de transcender les choses et le monde, cette tension permanente vers l’absolu, toujours, ce besoin inextinguible de dépasser
l’habitude et la médiocrité, mais Icare n’est pas Prométhée, il est son propre
Dieu, il est libre de se brûler, lui, et de tomber, tomber de haut, ultime
figure du libre arbitre - du signe du scorpion ?
/ Que veux-tu
aujourd’hui cher ange, cher démon ?
Ce que tout
le monde désire, et bien plus encore.
Et quel est ce
souhait, quel est ce désir ?
De l’amour, de l’amour,
de l’AMOUR…
Des lignes pures et un filet de sang !
20 mai 2008
Zeugma

Zeugme est
le dernier mot du Gradus, sans aucun doute le plus moche de la langue française,
sans
aucun doute le plus étrange, le plus à même de retranscrire la DISPARITION.
19 mai 2008
Déliquescence de l'Après Conte
Onze heures
trente, descente de la rue des Cloches, aveuglante place Louis Pradel ; le
soleil éclatant nous transperce le visage comme un glaive, nous ne sommes
fatigués, visages rieurs, nul cerne, nul tombeau pour l’œil, alertes et une
effarante sensation de liberté épandue en nos veines ; nous marchons. Malgré
l’excitation peinte à la chaux sur son visage porcin, la fée dodue me confie
qu’elle a perdu ses pouvoirs : sa baguette magique, elle l’avait sans doute égarée
dans le restaurant ou bien lui fut-elle subtilisée par Miss Carabosse en
personne ? Sans elle, elle n’est plus capable d’invoquer des carrosses ni
quelconque enchantement, et donc, de retourner dans son royaume magique.
Pire encore :
les transports en commun n’existent pas, n’existent plus, après cette longue
nuit aux drames cornus. Magie du premier mai : le monde s’arrête de tourner,
pour vingt quatre-heures de vacances : mon séjour sur terre, comme un premier
mai gigantesque, et je me sens Melmoth, maudit par lui-même, puisque c’est plus
délicieux d’être son propre bourreau. Et si tu venais chez moi, et si je
t’abritais un jour, le temps que le monde tourne de nouveau ? Tu pourrais
te ressourcer, reposer l’adipeuse surface de ton corps. Cela te dit, fée dodue,
de descendre les quais en ma compagnie, bercée par le soleil assassin de midi,
de nous griller au zénith, grisés de paroles enchantées ?
« Oh oui ! Oh
oui ! trépigne-t-elle ! Reste-t-il des élixirs ?
- Des sucs, des
liqueurs et tout ce que tu voudras, fée dodue. »
Mais surtout le
poids lourd de Morphée, sur la conscience apaisée. La fée dodue chavire dans le
monde des rêves à peine arrivée, tandis que je prends place face à mon
ordinateur, me connectant à des mondes oubliés.
J’ai donc
installé la fée dodue dans mon clic clac, afin qu’elle y dorme paisiblement du
sommeil guttural du juste. Ce que l’on raconte sur les fées, vous savez, n’est
pas toujours très exact : elles en font des choses pour vous, mais ce n’est
jamais pour votre bien seul, mais également pour le leur. Ainsi, la fée dodue
gonfle son ventre pour des sons tonitruants, caverneux, puis, de bon réveil,
dans la chaleur épouvantable de mai, elle défèque une fois, deux fois, trois
fois, nimbant l’air de sa putrescence fibreuse et elle en veut encore, des
sorties, la fée dodue, encore et toujours, pour acquérir des souvenirs, les
collectionner comme des trésors, car il est important, pour exister, d’acquérir
toujours de nouveaux souvenirs, telle une succube mentale et moi, dans le même
temps, je chancelle, victime de mes délices, dans les limbes de l’Espace Temps.

