17 octobre 2008
Dissection des Caresses, Evictions d’un Baiser et autres Turpitudes Acidulées
Presque d’un
coup, il fait sauter les trois boutons de ma chemise, invoquant la désinvolture
avec laquelle je la porte, l’échancrure que je me suis choisi, une aise qui,
somme toute, appartient à ma présence dans mes quartiers, non pas à cette envie
de séduire à tout prix. Cette envie, ce besoin, je ne le ressens qu’au travers
de l’écriture, en de rares occasions, quand le désir d’être aimé me travaille
au corps, parce que personne n’est là, pour me serrer dans ses bras, parce que
personne n’est là, afin que je m’oublie un peu.
Mais ses lèvres
de nicotine jouxtent les miennes, se posent sur les miennes comme des papillons
mous, au bord de l’évanouissement, et les miennes sont closes, comme des
tombes, des pièges à lépidoptères, qui ne s’ouvrent pas, des pièges désarmés.
La puissante seconde aux allures de siècle fige mon visage pendant que j’arme
la prière, comme un souhait que je pourrais commettre, sur mon prochain
hypothétique gâteau d’anniversaire, que je fêterais seul : faites que ce garçon
des nuages m’envoie un autre message, que je le reçoive et qu’il brise
l’étrange sortilège qui me lie à cette torpeur, ce malaise langoureux, cette
impossibilité de dire oui ou non, quand la puissance du non cependant retentit
dans chaque parcelle de ce corps abandonné par la raison, ce corps étriqué et
révolté, qu’un autre essaye de dérober, cependant que des asiatiques s’engluent, sur une toile cathodique,
dans leur drame silencieux et majestueux.
Je me
reboutonne, avec empressement, j’ose enfin dire que le film se joue de l’autre
côté et voilà que regardant l’écran, la somptueuse photographie qu’il vante et
qui, curieusement, ne suffit pas à capter son attention, je sens sa main se poser sur la
mienne, pour s’en emparer, comme un doryphore d’une pomme de terre. Et lui de commenter
désormais l’objet de moi qu’il tient entre ses griffes : que tu as les mains douces,
comme des mains de femme ! On sent à les
toucher que tu es sensible, que tu n’es pas porté sur les choses du sexe.
Il déblatère la science confuse d’une pythie inexorablement noyée dans un verre
de martini.
Et de nouveau,
tangue, tangue, bateau ivre, sa tête aux cheveux longs, noir de jais, qui se
penche sur moi, un nouveau baiser qui se prépare, auquel je réponds timidement,
je ne sais pourquoi, reculant pour mieux avancer, sur ce jeu de l’oie, avec
pour allié le temps, au mépris des caprices fuligineux des horloges. Les bus,
par chance, ne sont pas noctambules, aussi doit-il finalement se lever, quitter les lieux,
abdiquer peut-être. Une partie de moi ressent de la peine pour lui, que
j’apprécie beaucoup, d’autant plus depuis le dîner ; or, cette autre partie de
moi, ricanante et vulgaire, se félicite que je sois enfin seul, avec cette envie pure et joviale d’appeler, pour la
première fois, ce parisien funambule, ce désir éclatant de lever ce voile de condensation, pour que les nuages
s’effacent un à un et qu’il pleuve, sur moi, jusqu’à l’infini.
J’ai refermé
soigneusement la porte après avoir donné à D une bise franche et tranchante,
n’attendant pas de répondre à son possible au revoir, impossible effusion, vérifiant, à tout hasard, une fois parfaitement seul, qu’il n’a rien oublié chez moi : nombreux sont les hommes - et les femmes
- qui laissent, à l’instar du petit poucet, des petits cailloux, sur leur
passage, pour pouvoir revenir sur les lieux du crime, alors que les portes se
ferment, une à une, mécaniques. Mais de cailloux, je ne trouvais point, à mon
grand soulagement. Plus rien ici ne trahissait son absence : nous n’appartenons
pas à la même forêt.
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Autres aveux
Et lui ne perçoit pas la retenue jusqu'à l'interdiction dans laquelle tu demeures ?
En l'invitant tu devais avoir conscience de la probabilité d'un rapport de séduction, me suis-je dit. Aussi me suis-je demandé : "Qu'est-ce qui aurait pu te faire accepter, finalement, son baiser ?"
déclic
Olivier
Quelques petits verres de martini et les choses prennent une sacrée ampleur. Soi-disant !
Kab-Aod
En l'invitant non, mais en en parlant avec d'autres, ils m'ont dit : il va se faire des idées. Et il a dû s'en faire je crois, le pauvre. Depuis... plus de nouvelles. Si on ne peut plus inviter quelqu'un a diner sans qu'il ait des arrières pensées, où va le monde ^^
Ce qui aurait pu me faire accepter son baiser : un fort taux d'alcoolémie, une drogue, une illumination. Je ne sais pas. J'ai l'impression d'être une ordure en disant ce genre de phrase.
Mais bon, j'avoue que, curieusement, la plupart des mecs avec qui j'ai des aventures, ne me plaisent pas forcément, physiquement ou / te intellectuellement, mais il y a toujours chez eux un quelque chose qui me séduit, dans ce qui me déplait, une sensation, un détail, un inexplicable. Chez lui, rien n'appelle ce curieux désir. La sympathie ne motive pas tout. Et je ne me sens plus capable de faire des heures sups :)
Je viens de te lire. Je croyais ressentir des fourmis dans les membres, sur la main, comme si celui-là me la tenait prisonnière. Envie de hurler et peur de blesser, alors adopter le non-faire, le laisser-faire qui est pire encore.
Je sais ce que je veux te dire, je n'arriverai pas à le dire clairement. C'est trop épidermique ou/et trop profond.
C'est bien dommage. Tu as sans doute vécu toi aussi ce genre de situation ; en fait, je m'en suis bien tiré, ce me semble. Il y a quelques années, j'aurais probablement cédé, comme pris au piège : une petite souris, une tapette et pas le moindre morceau de fromage !
Oui, c'est trop épidermique et trop profond. Le corps aussi veut vomir.
Avec un funambule en équilibre sur tes neurones, le jeu de l'oie ne verra pas beaucoup de 6 pour laisser sortir les cavaliers.
Désactive l'option T9 et applique toi à SMSisé quelques mots qui te premettront de récupérer un petit caillou blanc laissé le long d'un filin tendu croisé d'une perche pas moins tendue.
Passe un bon week end Nicolas.
Forêt commune
Le corps pour le corps ou le corps pour l'invisible
je pense que le choix est très privé mais comme tu le disais la forêt doit être commune...et ta conclusion n'est pas négociable...
Pas facile de dire "non" sans blesser l'autre.
Mais, c'est vrai, pourquoi devrait-il, fatalement, inéluctablement, y avoir fornication ?
Bon dimanche, petit Poucet.
Des petits cailloux et des corps interchangeables
Polipoterne
J'espère que les petits cailloux ne seront pas de pluie que, de même la condensation, ils ne s'évanouiront pas au pays des rêves !
Laurence
Les conclusions ne sont jamais négociables je crois, parfois elles sont ouvertes, un peu comme les corps. Ce n'était pas la bonne extension. Je crois qu'il faut dans ces cas-là préféré l'invisible :)
Mû
Effectivement ; enfin, certains sont peut-être revenus de tout ou considèrent tellement les corps comme quelque chose d'interchangeable que finalement un non c'est comme un dessert qui n'est pas présent, sur le présentoir d'une cantine :)
Bon samedi soir et bon dimanche à tous ; si nous avons des lambeaux de soleils :)
Voyeur
Je n'étais pas venu te lire depuis quelques épisodes : c'est toujours un plaisir délicat que d'être le voyeur de tes aventures... :)
En effet tu te sors bien de ce traquenard que tu t'étais tendu sans t'en rendre compte, malgré les avertissements de tes connaissances et amis.
Tu as de la chance qu'il ne se soit pas accroché ou qu'il n'ait pas été trop insistant.
J'aime bien ta description de cette dualité, une sorte de compassion pour la contrariété et le rejet implicite, et le coté un peu carnassier de lui avoir joué un bon tour.
Il me parait intéressant de voir que tu as appelé au secours le funambule parisien, et aussi que tu n'as pas envie de faire des heures sup'.
Bon we
Des cochons et des fleurs
Nicolas Bleusher
Les hommes sont tous des cochons. Ceux qui ne font rien, par exemple, ils ont des yeux pour voir. J'adore être voyeur.
Farfalino
C'est vrai que j'aurais pu annuler mais je préfère garder ce subterfuge en cas d'urgence. N'empêche que j'aurais dû les écouter et prévenir peut-être plus genre ne parler que d'un mec à table etc etc J'ai encore fois en la pureté d'autrui à certain moment que c'en est pathétique.
J'aime aussi ce côté (hop, je me jette une fleur) ambivalent, que la gentillesse, la sincérité qui sont en moi côtoient une forme de roublardise voire de manipulation.
Quant au reste hummm....
Qui sait !!!
"la gentillesse, la sincérité qui sont en moi côtoient une forme de roublardise voire de manipulation." hum ca me définit assez bien aussi ...
Côte Ouest
Ca t'arrive (ou ça t'est arrivé...) parfois de manipuler quelqu'un sans t'en rendre compte, comprenant que tu as manipulé une fois que tu as réfléchi à la situation avec du recul ?
oui ça m'est arrivé. Cela m'ennuie car elle est désordonnée donc parfois peu efficace ou pire donne des situations délicates.
La manipulation est aussi parfois consciente, mais jamais pour nuire à qui que ce soit et pas forcément pour mon intérêt. J'ai un exemple très précis en tête où j'ai réussi à récupérer une somme d'argent pour le club photo en manipulant une personne, avec force de violons et de trémolos, et avec une subtile (enfin j'espère) psychologie.
De toute façon on est tous manipulé.
Manipulation
Ca lui a peut-être nui, vas savoir, s'il n'avait pas beaucoup d'argent et qu'il a dû manger, par ta faute, que des pâtes à 0,30 € le kilo en attendant fatalement que sa paye tombe enfin :) Ou alors sa femme, voyant qu'il manquait dans sa bourse quelques rondes piécettes lui a fendu le crâne à coup de rouleau de pâtisserie. Qui sait les conséquences... héhé j'aurais bien aimé assisté à cette scène et voir quels étaient tes violons !
C'est vrai en y réfléchissant bien qu'on est tous manipulé. La vie est un grand jeu d'échec. Même les Ingalls dans leur maison sont manipulés !
Pas de femme il est homo. Pas de copain à l'horizon (il ne donne pas envie du tout), une paie d'administratif cadre avec logement de fonction, la dernière fois que je l'ai vu, il se faisait construire au noir par des élèves de son lycée professionnel un second auditorium chez lui.
Les violons étaient simples : on nous réclamait un loyer exorbitant pour le local du club alors que nous ne payions pas de loyer : il fallait donc faire rentrer l'argent dans les caisses. L'autre manoeuvre a été de le faire vice-président pendant deux ans, histoire qu'il se sente concerné :))
très drôle les ingalls.
L'homme de ma vie ?
J'adore quand tu dis "¨Pas de copain à l'horizon (il ne donne pas envie du tout),", ça plus le reste on imagine très bien, en si peu de mots, quel genre d'individu c'est. Excellent le coup de l'avoir mis vice président. Il l'a bien pris ?
en fait il s'agit de l'ancien président (maintenant c'est moi !) qui avait piqué dans la caisse. Je l'ai vu il y a quelques mois il m'a dit deux trucs d'une formidable de lucidité "ce club a commencé à marcher quand je l'ai quitté" et "c'est mieux maintenant car moi je confondais la caisse du club avec la mienne". Je ne crois pas qu'il m'en veuille non. Je tâche tout de même de préserver sa réputation auprès des autres membres. pourquoi ?
Camembert
Ca a l'air d'être un sacré gus : d'un côté, il pique dans la casse, ce qui n'est pas honnête et de l'autre, il te l'avoue. Peut-être qu'il t'aime bien... if u know what i mean.
Pourquoi ? Tout simplement parce que tu es gentil (...et que tu attends de le manipuler à nouveau ? lol)
"préserver" d'un coté c'est un très joli mot ne pas mettre l'autre dans une situation qui le met à son désavantage mais parfois cela vous entraine dans des situations enkystées dont on ne peut plus se dépêtrer...
C'est un peu comme le mensonge en fait, je suppose, quand on veut préserver l'intégrité de quelqu'un : un mensonge en entraine un autre, puis encore un autre et ensuite... une forêt de mensonge. Certains considèrent par ailleurs que ne pas donner une information, telle que celle-ci par exemple, la cacher, c'est une forme de mensonge.
Je serai curieux de savoir ce qu'en pense Farfalino :)
J'aurais d'autres choses à raconter sur lui mais cela serait trop risible, pas très charitable, et je deviendrais très cancanier.
J'ai effectivement menti par omission aux autres membres du club, à part la trésorière. J'ai arrangé la réalité pour la rendre plus présentable. A la question "pourquoi il était encore vice-président alors qu'il ne vient plus" j'ai répondu "parce qu'il était le fondateur du club et qu'il voulait garder un pied dedans quand il reviendra" ce qui n'était pas faux mais partiel. Aujourd'hui, une fois l'argent récupéré, il n'est plus membre, même pas honoraire :)
Parfois le mensonge est nécessaire, c'est une petit lâcheté qui peut vous simplifier temporairement la vie ou qui permet d'arrondir les angles. C'est une arme dangereuse à employer car, par excès, on peut se construire une autre réalité qui craquera de toute façon avec plus de dégâts que si on avait affronté la situation initiale.
La franchise aussi est délicate à manier.
Pour la franchise je crois que ça dépend de qui en a en face de soi, si c'est un beau connard, on a pas besoin d'employer tact et diplomatie il me semble. A moins qu'il y ait un contexte où tout le monde l'aime et ensuite c'est toi qui passe pour le salaud du coin, mais quand même !!!!
Sinon, c'est plus ardu.
Mon ex me sermonnait souvent avec cette histoire de diplomatie, il trouvait que j'en manquais cruellement. Je lui répliquais toujours une phrase comme quoi la diplomatie c'était de l'hypocrisie, du genre : on enrobe la vérité pour qu'elle soit moins dure, plus plaisante, ça a pour moi un petit arrière goût de fausseté.
Ah les rapports humains....
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