QUERELLE + querelles = Querelle(S)

Au singulier comme au pluriel, Querelle, c'est le journal intime, mais non confidentiel, de Nicolas Raviere, où il est question de toute autre chose, parfois, que de simples querelles.

31 octobre 2008

Lit Bidon

Je crains fort qu’il s’agisse d’une regrettable erreur. Vous n’êtes assurément pas dans le bon journal.

Je reprends :

Je me suis dit, pénétrant mon immeuble : comme j’aimerais, une fois de retour à la maison, qu’un homme, pas n’importe lequel, se soit introduit par effraction dans mon appartement, brisant la fenêtre de ma chambre, et qu’il me dise, sur un ton impérial « c’est toi que je venais voir, je n’en pouvais plus d’attendre. » Suite de quoi nous baiserions sauvagement, après ce discours éminemment elliptique.

Aujourd’hui, la baise est à la carte. Et demain, ce sera le menu du jour. Avec des ingrédients un peu moins frais. Logique effrénée des choses. On peut broder tous les scénarios, tu crois ? Surtout que ce soir, j’ai mal au dos. Un petit mal tendre qui m’étreint, doucement ; le corps qui se rebelle et qui murmure « couche-toi ». Or :

Mon lit est un bloc opératoire sur lequel Garcimore s’est penché, oubliant son fatras de colombes.
Mon lit n’est qu’une ruine partagée par mon seul corps, un cercueil pour ma chair.
Mon lit est un bateau, qui vogue loin sur la mer, un radeau, émietté, qui longe la rivière.

Je m’y glisse comme une lettre à la poste, destiné au sommeil, option Morphée ou père Fouettard et, quand l’ennui me prend, quand ce rideau noirci qui ouvre le monde des rêves refuse obstinément de tomber, je choisis mon fantasme et ma main oblique, n’a de cesse d’obliquer, par amour des petits papiers.

 


Découvrez Stereolab!

29 octobre 2008

Asphalte

Je regarde l’asphalte, qui crépite sous mes pas, évitant soigneusement le son ravissant des déjections de ces chers canins, qu’elles heurtent avec mollesse et velouté mes chères semelles, éclaboussent ce pantalon crevant mes étrennes. Un passant me regarde, l’oeil étincelant et visqueux : ma cravate brille et l’hypnotise, je souris dans le vide comme un enfant qui récolte une image de ciel et de montagne.

Le jour suivant, un homme envoyé par la cour des anges, le restaurant de la chapelle, vient à nous, pour offrir aux manitous deux flyers. Il me regarde plusieurs fois alors que je suis franchement décalé dans son champ de vision et m’en offre une, à moi, qui ne suis pas du tout un manitou et moins encore un beau matou. Les filles parlent, lorsqu’il s’en va. C’est comme ça, les filles, ça ne peut pas s’empêcher de parler.

T’es déjà allé à la chapelle ?
Oui, c’est super là-bas, c’est super beau. Le jardin en été…
Moi j’y suis pas allé !
Tu verrais…

Après quelques descriptions, le plat de résistance, la phrase tant attendue, que je n’attendais point :

Il paraît que c’est un endroit fréquenté par les homosexuels…
Et moi qui, moi qui d’un naturel jovial, sans même me rendre compte de ce que je disais au
moment où ce magma de mots se forma dans ma bouche, pour s’envoler de mes lèvres :

C’est pour cela qu’il m’a donné une invitation.

Puis me corrigeant à la sauvage, m’accrochant aux branches de ma cravate brillante :

C’est à cause de ma chemise violette !

J’entends plusieurs fois bourdonner ce jour : chemise violette. Je ne suis pas très concentré, du coup, aujourd’hui, je fais quelques boulettes, point des boulettes de viandes, des boulettes sur du papier, et quelques boulettes de papier. Finalement, sans trop me résigner, j’offre mon invitation homosexuelle à une collègue hésitante, qui hésite à la prendre, puis me ravise, à cause d’un détail, d’un détail étrange, qui me renvoie au funambule et je me dis que pourquoi pas, pourquoi pas… et puis non.

J’ai trébuché sur l’asphalte, ce soir, un rouleau à dessins sous le bras et je me suis raccroché, station débout, à la force de mes semelles. Je n’ai de cesse de trébucher. Je n’ai point d’équilibre, sans doute une jambe plus longue que l’autre, un problème d’oreille interne, une malédiction vaudou, jetée sur moi par une grand-mère excentrique, une tenancière de maison close, la sémillante Madame R. Je me suis dit, pénétrant mon immeuble : comme j’aimerais, une fois de retour à la maison, qu’un homme m’accueille dans ses bras doux et moelleux, avec un timide baiser sur les lèvres, un tendre baiser, à peine humide. Et qu’il me dise, tout tendrement : c’est toi, que j’attendais.

 

 


Découvrez CocoRosie!

28 octobre 2008

(Message important)

Suite à une augmentation subite et exponentielle du prix de fabrication des livres sur lulu depuis aujourd'hui, j'ai décidé de suspendre (provisoirement ?) la vente de mes œuvres.  Un roman tel que Les Protubérances, au tarif de 9,99 € se trouve désormais au tarif de 13,63 €, EX Nihilo passe de 12,90 à 16,74 etc... Il semblerait que ces nouveaux tarifs contiennent le prix de la livraison. Quoiqu'il en soit, en attendant de prendre une décision définitive, je vais réfléchir aux différentes solutions qui se présentent : continuer de vendre mes oeuvres en modifiant un à un les tarifs, changer de plateforme d'auto édition (si quelqu'un a une idée, qu'il me contacte), arrêter l'auto-édition et garder mes créations dans le tiroir ou tout simplement proposer en parallèle mes oeuvres en format numérique (PDF), mais j'avoue être réticent à ce procédé surtout concernant mes romans. Là, ce soir j'avoue être quelque peu démotivé !
 

En attendant, mon troisième recueil de poésie, qui devait sortir sur cette plateforme demain, jour de mon anniversaire, est annulé jusqu'à nouvel ordre.  Toutes mes oeuvres publiées sont, depuis ce soir,  indisponibles. Les deux concours prévus, pour gagner deux de mes oeuvres futures, sont également annulés.

Quant à Querelle, le blog reprend du service dès demain.

Musica Eternal

, précédée par Polipoterne, m'ont taggué, les vilains. Voici donc, à mon tour, mes six morceaux de musiques préférés du moment (et depuis un certain temps déjà...), dont certains figurent déjà en  "générique de fin" de billet.





Qui donc taggerais-je pour ma part, qui, je crois, n'a pas été encore souillé par cette présente manigance douteuse ? 5 victimes non consentantes, de préférence... Je choisis : L'Elephant, Polyphème, Calystee, Kab-Aod, Lovedreamer. Désolé (ou tant mieux ?) pour ceux que j'ai passé à la trappe, c'était difficile de choisir.  :)

Querelle confesse à 17:47 - Confessionnal [5]

27 octobre 2008

Dream 442

Je devrais prendre le vol à destination de l’amour, prévu pour novembre, et sans bouger, sans même aller sur Paris, prendre le vol et l’envol, peut-être m’y résigner, laisser à moi venir les nuages, me laisser envahir doucement, espérant être surpris par cette rencontre, espérant fusionner. Ne pas penser au crash éventuel : nos regards qui se croisent et c’est l’hécatombe, nos corps qui toisent et chutent dans la tombe, nos rires qui dégoisent une différence notable, l’effet explosif d’une bombe.

*

J’ai rêvé que tu venais à moi dans une tunique blanche et un halo de lumière, à l’image d’un saint photosynthétique et éblouissant. Tu me tendais tes mains, tes bras, avec amour ; tout cela de toi venait jusqu’à moi. Tu n’avais pas besoin de dire « viens » pour que je vienne à toi, moi seul cependant comptais les pas qui me séparaient de toi. Alors que je marchais pour te rejoindre, pour m’affranchir de ces quelques mètres pénibles, pour te saisir enfin, j’ai vu, par delà ton épaule, un petit singe dans un arbre mort, un petit singe farceur, qui jouait de la cymbale, dans le silence de ce jour morne et décharné. Le petit singe jouait, jouait, jouait, n’ayant de cesse de me larguer, rythmait de silence ma marche et mes yeux, mes yeux ne pouvaient plus le quitter : il hypnotisait mon corps, mes sens, tandis que mon âme fonçait droit sur toi, l’Ange, hors de contrôle. Tu m’as arrêté, d’un geste bref. Sans doute, je m’apprêtais à te piétiner les pieds, que tu avais nus, couverts de tâches brunes - de l’encre du journal, une insidieuse poussière, des cendres d’encens, nul ne le sait.

Je plongeais dans tes yeux sombres, tu plongeais dans les miens. Lentement, tu apposas sur le souffle de mon cœur ta main douce et légère puis, tu me confias ces paroles :
« Il bat beaucoup trop vite, Nicolas, ton cœur. »

Mais ce n’était pas ta voix, c’était la voix de quelqu’un d’autre, d’un autre homme, plus caverneuse, plus masculine, moins malicieuse, en outre-tombe : il semblait qu’un écho s’y projetait, résonnant contre les parois de ton palais, contre chacune de tes dents, l’infernal instrument de ma destruction. J’y discernais, me concentrant sur ce timbre de voix si particulier, ne te regardant plus car perdu dans ce seul sens que je monopolisais, les yeux irrémédiablement clos, le système nerveux disloqué, le rire sibyllin et ludique d’un petit singe farouche et malicieux. Mes yeux s’ouvrirent alors, pour découvrir un décor vide : ni arbre, ni singe. Et toi, toi qui pourtant te ressemblais trait pour trait, et qui n’étais pas toi, mais quelque chose d’autre, t’étais transformé en cette momie que je me suis surpris à serrer fort contre moi, si fort, que tu t'es effrité dans mes mains jusqu'à tomber en cendres - et moi avec.

* 

Je ne pense pas si souvent à lui, je le jure, mais parfois, c’est idiot, il m’arrive de m’emparer de mon cellulaire pour regarder si j’ai un message de lui, un SMS, ce qui est impossible. Purement impossible. Il pourrait cependant m’envoyer un courriel, d’un cybercafé, à l’autre bout de la planète, un petit mail qui dirait « Bonjour, Nicolas, tout va bien ici dans la cité des Anges ». Mais ça, franchement, je ne regarde même pas.


Découvrez Cocteau Twins!

25 octobre 2008

Pure Torture

J’ai toujours été transporté par les amours impossibles, ou mieux : les amours platoniques. C’est une pure torture. Depuis l’avènement d’internet, je me régale de ce plat, comme d’autres de pâtisseries, ceux qui, par peur de grossir, se contentent de la frustration de jeter sur celles-ci un regard chargé de désir, jusqu’à provoquer la colère des muqueuses, buccales, les muqueuses, le désir irrépressible de posséder.

Une pure torture, donc. Et je suis me servi, désormais, une part de ce délice, à me perdre dans ces dédales de pensées, entre réel et virtuel, concret et imaginaire, à l’envisager, lui, le garçon des nuages, traversant à perdre haleine ce couloir qui nous séparais depuis des mois : les mots, d’abord rares, qui se multiplient, et avec, des intentions et avec ceci, une prise de possession lente et progressive qui, toutefois, n’exclut pas le réel.

Torture moins douce, cependant, lorsque je l’ai vu, de l’image inanimée, passer en image animée, le sachant véritablement vivant, ce garçon des nuages, plus beau encore que sur les photos, avec ce sourire d’enfant éclatant sur l’ovale de son visage, à ne plus savoir qu’en penser : il est trop beau pour moi, il a quelque chose d’arrogant, il sourit bien trop, et trop souvent, il m’a tout l’air d’un poseur et moi, je déteste les poseurs, pire encore : il gigote devant l’œil mécanique de la même façon que moi, ne sachant pas rester immobile, il fait tellement le beau qu’il ne m’écrit plus, pas une ligne alors que précisément ce sont les mots qui me tiennent à lui et non sa petite gueule d’ange. C’est un plongeon, crash imminent.

Mais pure torture :

Quelques jours plus tard, il m’a fait ses adieux : il part pendant neuf jours sur un autre continent : je sais que je ne puis l’atteindre et cela me donne envie de le serrer fort, fort dans mes bras, de le plaquer contre mon corps jusqu’à me fondre en lui, l’envie angoissante et éclatante d’en être amoureux.


Découvrez Jay-Jay Johanson!

24 octobre 2008

Escort

On est moins soi-même, il me semble, au milieu des autres, de même qu’un loup, au sein de la meute, est beaucoup moins loup, perd un peu de lui-même. Je crois. En fait, grossièrement, je me trouve des excuses à ces petites dérives. C’est vrai que je me laisse emporter dans un mouvement général, j’en ai conscience au moment même où je dis oui. J’ai beau me convaincre que je me rachèterais en lisant un livre vaguement pornographique, dans un cimetière, ce dimanche, si le temps le permet, que je donnerais à ce fantôme qu’est Nicolas Raviere un peu de temps pour écrire une nouvelle pour un éventuel futur recueil, cercueil d’histoires, je ne peux m’empêcher de penser qu’il est bon pour moi, finalement, de me mélanger à cette confluence d’autrui, moi qui aime pourtant tenir la distance, pour me protéger. C’est parce que, paradoxalement, ce nouvel environnement me rend plus fort, me fait quérir peu à peu cette confiance en moi qui me manque tant, me donne l’impression d’exister non pas en tant que pensée mais en tant que présence : un corps, qui abrite cette pensée et non un corps lambda, dans le monde heureux, aux désirs hypertrophiés, de la jaquette dansante. Car, finalement, au milieu de mes pairs, de mes véritables pairs, je veux reconnaître ce qui me véhicule et le dompter, peut-être. Je réalise que la vision que j’ai de moi-même en tant que corps n’est pas juste, n’est pas fondée : ce que je vois dans un miroir n’est visiblement pas ce que voit autrui, cela qui pourrait être infiniment effrayant et qui, finalement, me grise quelque peu. Auparavant, je n’avais pas besoin, lorsque je travaillais, d’être une entité physique rompue à une précision, un décorum, je n’avais pas le souci de bien présenter, d’être nécessairement aimable, de porter des cravates, de me raser chaque jour au mépris de mon propre sang, d’avoir les cheveux terriblement courts, c'est-à-dire d’être formaté selon une fonction, à la façon d’un escort boy qui se fond complètement dans le personnage que désire son plus cher habitué, jouant de tout son corps et de toute son âme un parfait rôle de composition. Obéir à ce genre de règle comme porter un costume, être souriant, être disponible, sympathique, me donne l’impression d’être une pute parmi tant d’autres, dans le système.


Découvrez Garbage!

23 octobre 2008

Dead Man Walking

Par ces jours, on me demande : tu travailles sur quoi ? A quand le sixième roman ? Je réponds invariablement que je n’écris plus grand-chose, que j’ai laissé en chantier toutes mes œuvres commencées depuis 2005 alors qu’il serait plus juste de dire, tout simplement : j’ai tué Nicolas Raviere. A dire vrai, s’il fallait être exact, je dirais plutôt qu’il prenait tellement de place que je me suis décidé, un jour, à l’enfermer dans un placard, comme un malpropre.

Parfois, lorsque la nuit tombe, quand quelque chose m’agace, je le laisse sortir, je lui ordonne de poser ses fesses devant cet ordinateur poussif et, rictus au coin des lèvres, je le fouette un peu, pour qu’il ponde quelques lignes à mon sujet, juste quelques lignes comme ça et si rien ne vient, et bien, que diable, je le fouette jusqu’au sang. Je vois alors ses doigts courir sur les touches noires, vitesse marathonienne, et ce spectacle, si rare et libérateur, me plait au point de m’enchanter. Il m’aide à m’oublier un peu, à m’éloigner hors du monde, des transports en commun, de toutes ces vicissitudes qui, parfois, me font vaguement regretter, l’espace de quelques instants, chacun des choix que j’ai pu prendre, depuis que j’ai quitté le nid familial, cela sans même savoir voler.

Sais-tu que, ces jours derniers, je fais des choses que j’estime curieuses, qui ne me ressemblent plus, et qui me plaisent, qui me plaisent vraiment, comme aller à la fête foraine, absorber cette bouffe immonde et grasse, un hamburger de poisson au nom ridicule dans une chaîne de fast food que je maudis à l’infini et dont je n’ai pas franchi l’enseigne depuis mathusalem. Au restaurant, j’ai commandé une truite meunière et je l’ai découpé, écoeuré tout d’abord, tortillant ensuite avec plaisir le grand mille patte abject extrait de son corps, en un seul tenant, que j’ai déposé, nonchalant, dans cette assiette vide, laquelle suppliait que je lui offre son cadavre. Cela faisait peut-être un an que je n’avais pas mangé de poisson.

Comme si ce n’était pas assez, j’ai accompagné avec grand plaisir - malgré ma haine farouche des foules, des magasins - une collègue que j’estime dans une bijouterie fantaisie. Elle souhaitait que je l’aide à choisir un bijou, pour l’anniversaire d’une amie, quand mon œil obliqua sur ce collier, qu’elle choisit, sans doute grâce à mon argumentaire. Elle désirait ensuite s’offrir une bague et, d’un œil exercé, je lui trouvai en moins de temps qu’il n’en faut LA bague, et je me suis félicité qu’elle me trouve du goût, ce qui est rare chez les hommes, ajouta-t-elle.

Alors, quand ce fut mon tour, j’ai acheté une toute nouvelle cravate, qui ne me ressemble franchement pas, à tel point que je me demande si j’oserais la porter un jour, parce qu’elle est beaucoup trop belle, beaucoup trop classe, pas assez sobre pour moi. Lundi prochain, je pourrais m’y pendre à loisir. En attendant, comme ce n’était pas suffisant, que ce n’est jamais suffisant, je me suis offert un pantalon qui crève mon budget. Et puis, de retour à la maison après cette folle journée, j’ai appelé ma mère, je lui ai demandé de m’envoyer le chèque coutumier qu’elle me fait parvenir chaque année, pour mon anniversaire, bien que je ne le fête quasiment jamais. Comme ce n’était toujours pas suffisant, je lui ai bassement glissé, au sein même de la conversation, au moment le plus choisi, inopportun tout de même, que le quotient intellectuel des membres de notre famille était exagérément bas.

 


Découvrez David Bowie!

22 octobre 2008

C...

Je suis aux prises avec cette caricature de bobo, cette femme qui, par le plus impur des hasards, vit dans la même rue que moi, expatriée probablement du quartier général des bobos, la Croix Rousse, laquelle femme prend chaque matin le bus en ma pénible compagnie, avec qui, sans doute trop soucieux de plaire à tous, j’ai pourtant essayé d’instaurer un semblant de dialogue mais qui n’éprouve visiblement du plaisir à vous parler que pour vous prendre en défaut, le genre de créature qui guette le moindre de vos pas, attendant celui de trop, le fameux faux pas, pour vous tomber dessus à bras raccourcis, à la manière d’un charognard traquant sa proie, vous apprenant, véritable encyclopédie sur pattes, de sa voix haut perchée, que non, c’est pas vrai, telle est la vérité : ce n’est pas X, mais Y. Oui, très chère, tu vaux bien mieux que nous.

La majeure partie du temps, elle se contente de vous ignorer, avec son port de tête de sorcière, son air méprisant et supérieur, gravé sur la surface de son visage dur et grossier, qu’une tignasse aussi sensuelle que du crin surplombe. Voici assurément le portrait d’une reine séjournant incognito dans le monde des mortels, avec des vêtements effilochés, colorés, à l’image du monde. Elle est du genre saltimbanque en peau de bêtes, aux sacs bariolés, bourrée jusqu’au cortex de certitudes. Consciencieuse et suffisante, elle s’attelle à sa tâche avec une application démoniaque qui laisse supposer qu’elle canalise son énergie pour vous sortir une horreur, dès qu’elle aura saisi l’instant X - et non l’instant Y, la défaillance du jour de ceux qu’elles n’apprécient pas et dont je suis, d’après certains, la tête d’affiche. Tu dis n’importe quoi, Nicolas, qu’elle n’ose jamais dire, puisqu’elle le dit, bien au-delà des mots. Sous-entendu : mais comme tu es con que c’est pas permis. Aux autres aussi, aux hommes, par ailleurs, elle se permet d’exercer sa langue de vipère. A F, par exemple, le plus jeune d’entre nous : « tu parles du mouvement gothique (et tu te trompes) alors que tu n’étais même pas encore dans le regard de ton père ! » Délicieuse métaphore pour dire : l’éprouvette ? Oui, assurément, tu es meilleure que nous !

Comme elle est pathétique, découvrant une messagerie, ne parvenant pas à l’utiliser, de dire que cette messagerie est nulle, mal pensée, qu’elle est merdique, parce qu’elle sait que plusieurs d’entre nous l’utilisent, comme un reproche pour l’avoir incité, pauvre de nous, à l’utiliser. Elle a beau pester contre son ordinateur, elle est supérieure à ceux qui ont créé les logiciels qui lui résistent. Est-ce de la méchanceté, son comportement, ou bien l’exutoire d’une certaine forme jalousie : elle met tellement plus d’application que nous, dégingandés qu’elle doit penser laxistes, pour un résultat identique ou bien en dessous. Bien en dessous du mien, aujourd’hui. Et pourtant, tu es meilleure que nous, non ?

Et donc aujourd’hui, 16 octobre 2008, voilà qu’elle se mêle à une conversation, entre F et moi, sans crier gare, employant un ton vindicatif à l'encontre de ma détestable personne, commentant une chose qui ne la regarde pas et qui, de plus, n’a pas lieu d’être commenté. Voici qu’elle m’insulte de cette façon qu’elle a de molester les gens, sans employer le moindre mot vulgaire, car elle est d’une hauteur absolue, il faut bien le dire : elle a ce pouvoir terriblement puissant - et cependant ridicule - de vous traiter comme de la merde, sans déverser de sa bouche la fange qu’elle vilipende, par ses phrases tranchantes comme le scalpel, ses intonations de petite souris broyée qui tente d’aboyer, qui vous frappent derechef les nerfs, incisifs coups de couteau. Je rétorque d’un ton sec et blasé qu’elle se mêle de ce qui ne la regarde pas, qu’elle n’a pas à écouter ce que je dis, ce qui, visiblement, ne lui plait pas. Comme elle voit que je lui résiste, que j’ose répondre à sa majesté, elle commet un petit bruit de bouche bien clinquant qui veut dire : cause toujours sinistre idiot, tu es une véritable merde, tu parles dans le vide. Sais-tu au moins que je le reconnais, mon propre vide, connasse ?

 

 


Découvrez Shivaree!

21 octobre 2008

Goran

Sortie aujourd'hui de mon quatrième roman, Goran, précédant Les Protubérances.


GORAN

Détails de l'édition :
Imprimé :
209 pages, 6" x 9", parfait reliure, 60# crème papier intérieur, noir et blanc encre intérieure, 100# blanc papier extérieur, pleines-couleurs encre extérieure.

Voici l’histoire de Goran, le bel inconnu, et d’Adrien, un jeune homme sans histoire, deux adolescents très différents qu’une fâcheuse situation rassemble, pour le meilleur et pour le pire : la mère de Goran, mourante, ne peut plus s’occuper de lui. Adrien tombe amoureux de Goran, retour d’affection mais Goran aime surtout la vie et donc… Goran meurt. Adrien se souvient de cet amour terrible, qu’il essaye de revivre par le biais de l’écriture, mais l’écriture fait éclater la vérité à mesure que l’histoire se recrée : était-ce vraiment de l’amour ? Est-il possible, également, de tout raconter ?

EXTRAIT : Le prologue


     Il était nuit, blanche de neige, sur la vallée offerte au ciel noir, les branches d’arbres striant le ciel comme des épées de lumières. Règne d’un silence profond comme la mort, brouissure légère et discrète des flocons tombant mollement sur le corps inerte de Goran, recouvrant peu à peu son derme, ses vêtements, figeant dans sa course folle l’épais filet de sang s’échappant de sa nuque gracile. Dans quelques heures, ce serait un corps dissimulé par un manteau de pureté, un ange congelé au regard vide et bleu comme l’azur, dans quelques jours, un cadavre rugueux, un roc humain offert au soleil glacé - et l’humanité de pleurer cette découverte sordide, lorsque, par hasard, un promeneur, un homme, une femme, un enfant, un chien, découvrira que Goran n’est plus de ce monde, que Goran a été assassiné, lui qui fut si bon, si droit, dont la beauté ne méritait pas d’être effacé d’un monde aussi froid et cruel. 
                  

     Des traces de neige dansent autour de lui, comme une valse à deux temps : l’entrelacs de quatre pas, dévoilé dès l’orée du bois et la fuite rigide, agile, d’une emprunte qui file au loin de la ville, dont les lumières ondulent lourdement sous la tombée de flocons, telles des lucioles paralysées par la neige, aux confins de l’horizon voilé par la nuit même. Nuit, quel est ce secret dentelé par la nacre liquide de ce paysage désormais sombre mais poétique, enseveli pour que la nature même oublie ce crime, comme les cris qui l’ont précédé, étouffés par le vent, le vide, l’absence ? Nuit, connais-tu seulement ce secret, pour le laisser reposer en tes bras ? Nuit, consentiras-tu à me raconter cette histoire avant que le sommeil ne vienne à mon tour m’enlever, que je m’absente du monde encore une fois, à rêver de lui, Goran, et de son sourire qu’un revers de main essaye d’effacer de ma mémoire ?
                  

     Il est des ombres dans mes rêves qui le ravissent, l’emmènent dans un autre monde, de sorte qu’il me soit inaccessible et qu’il n’en reste plus rien qu’une odeur, un songe, tout au plus un souvenir.

*

     Lové dans son écrin repose Goran, magnifique beauté assoupie, teint privé de vie, les lèvres grenat, gonflées de sang, bordé de ce manteau que la nature lui offre si gracieusement en cette nuit de décembre, la plus longue, la plus glaciale des nuits.

LA SUITE : ICI
Et quelques citations dans la page consacrée au roman sur mon site.

Lien rapide vers tous mes livres publiés.

P.S : Contrairement à mes précédents romans, Goran est suivi d'un texte inédit : Démence 153 (Autopsy : une soirée avec Dieu).

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