QUERELLE + querelles = Querelle(S)

Au singulier comme au pluriel, Querelle, c'est le journal intime, mais non confidentiel, de Nicolas Raviere, où il est question de toute autre chose, parfois, que de simples querelles.

27 janvier 2009

Double Fond

Exergue Caddie :
K dit :
« hier tu l'as eu ton chocolat, a en faire cramer ma casserole »

***

Toute lumière suppose sa négation : l’obscurité. Le sentiment amoureux suppose l’érection. Une nuit, dans mes draps, j’ai orienté de nouveau mes pensées sur un autre fanfaron, bouffon point anecdotique, qui, lui, tu le sais fort bien, ne pousserait pas un cri de vierge effarouché, si jamais la mousse de lait dentelée débordait de l’infirme casserole aux contours tranchants ; lui, magicien essoufflé, il ferait chauffer la bière par fût entier pour l’Enchantement, il saurait la faire mousser. Je me retournais donc dans mon lit, en pensant à lui, l’antithèse de K, élément masculin, avec, au-delà, une musique jazz derrière, langoureuse et fanfaronne. Et Meeerd.

Puis vint un jour d’ennui et de rage, de ceux qui oppriment les dépressifs, ébranlent les autres, et même les désinvoltes, tu vois, le genre de jour où rien ne va, où tout foire, où, fragilisé, l’on ressent comme le besoin irrépressible d’être consolé. Et plus encore, admettons-le : il est des soirs où l’on veut l’univers entier. Ne surtout pas entendre qu’une soupe cuit, au fin fond d’une marmite familiale et douteuse. On s’empare alors de son cellulaire, pour envoyer un SOS lamentable, aussi délicieux et bref qu’un bonbon, sans gélatine de porc. La déroute, toute simple, sur la route de l’échec. Un échange se crée, de peu de mots, jusqu’à la prise de rendez-vous. Ultime mise en branle. Et l’on se sent vibrer un peu, d’avoir plus d’importance, finalement, qu’une simple casserole.

C’était une soirée et noire et pluvieuse, un peu triste ; le genre de soirée tout à fait indiquée pour l’errance et la tristesse ; j’ai plaqué, lâche, mon corps fatigué contre la vitre froide, embuée, du tramway, laquelle pleurait contre mon dos quelques larmes transparentes. Fatigué, lessivé, vidé, j’ai alangui ma silhouette contre la lame de ce faux miroir, tache oblongue et noire en quête d’un nulle part. Je n’ai point regardé, lancé à toute allure sur le pont Galliéni, les toits lumineux des Universités, ce que je fais toujours, par habitude, cela qui m’apaise et me conforte dans l’idée que j’ai fait le bon choix, en m’installant ici. J’étais pressé, ému de le revoir.

Bien des minutes plus tard, j’étais perdu sur la grande colline, la pluie s’écrasant lentement sur mon visage, la lame du froid me pénétrant jusqu’au derme, en quête d’une rue qui m’était inconnue, tout comme la rue des Macchabées, autrefois, et tout aussi sombre, silencieuse, déserte, défunte. N’était-ce pas finalement cela, la magie : une nuit vaguement glacée, le bitume mollement trempé, que battait mon pas vif, empressé, avec un but ? L’envie de m’épancher. De quoi parlerions-nous cette fois ?

Mais me voilà au terme de cette marche dans l’inconnu, arrêté net devant une porte austère, à chercher son nom sur une étiquette blanche, sans en connaître précisément l’orthographe. Certains, comme moi, n’ont pas de nom à l’interphone, parce que la pluie n’a de cesse de les effacer : existent-ils vraiment, ces gens-là ? Je reconnais d’entre milles son identité secrète et je reprends mon souffle. C’est alors que, d’une pression lente et calculée, j’ai sonné à la porte d’un immeuble, qui s’est ouverte sans même que je décline mon identité, gardant les lèvres closes, ému par la stridence. S’est dessiné derrière l’amovible panneau de bois, dans un couloir sombre et exigu, un rectangle de lumière, où je me suis engouffré, sans plus attendre, en ombre furtive et malhabile. Nul besoin de frapper : la porte m’était ouverte.


FIN

 


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Querelle confesse à 10:11 - III. Stratisme / Chronos - Confessionnal [11]
Autopsie : , ,

25 janvier 2009

Drame Chocolat

Il me dit souvent des choses comme « suis lavé et la soupe cuit ».
Moi, mon âme est délavée. Second rendez-vous, procédurier, je me pointe dans cette rue dans laquelle j’ai failli habiter - je me répète je sais mais ça me permet de remplir à ras bord de querelles Querelle et comme ça se suit, les trois lecteurs qui se battent en duel ici n’auront pas besoin de pointer leur cher mulot sur les cent lignes du bas et de perdre ainsi leurs yeux glauques et nébuleux dans la syntaxe farfelue que j’impose parfois, diarrhée verbale, logorrhée.

Suis lavé et la soupe cuit, qu’il me dit. Enième rendez-vous. Maniaque, maniaque. Je veux un chocolat chaud, un bon chocolat chaud. N’achetant jamais de lait, j’en profite. C’est cela que je veux, et non l’infusion que tu m’as promise la dernière fois. Ne me chicane pas. Comme j’ai le micro-ondes en horreur, je lui demande gentiment à lui, mon petit K, petit Koala, de le faire chauffer à l’ancienne dans une casserole. Cela me rassure de le voir verser l’épaisseur blanche dans cette mini cuve de métal au manche phallique. C’est rassurant, han han.

Mais voilà le truc le problème dans cette histoire du cinquième rendez-vous (déjà !) tout aussi raté que le 4 au final, c’est que nos baisers s’améliorent et que du coup l’épais jus de vache déborde de la cuve en champignon de mousse et c’est tonitruant. Telle une rombière, K se met à gueuler, vrillant mes oreilles de ses plus beaux aigus, un peu sorcière, en phase d’incantation. Mari non repu, je claironne que ce n’est point ma faute, quand il m’incrimine, parce que je n’ai pas choisi le micro-ondes comme ultime mode de cuisson. Un comble ! Est-ce ma faute s’il aime tant mes baisers ?

De toute façon, murmurai-je, ton chocolat est dégueulasse ; le discount n’est pas la solution à tout. Question existentielle : qu’attendre de quelqu’un qui pense que les livres sont trop chers ? La la lère. On se déchire comme deux folles pour des conneries et toi, tout à l’heure, tu vas récurer ta maudite casserole. La La lère. On a plus de trente ans et on se chiffonne comme des écolières. Ca ne m’amuse même pas. La la lère. À vrai dire, je m’en fiche. Rond de sorcières : tu as ouvert le bal et je n’ai qu’une envie c’est de prendre mes cliques et mes claques, d’évacuer sans plus attendre ton clic clac. Aussi me raccompagnes-tu dans ce dédale bétonné, jusqu’au métropolitain. Toute cette soirée de merde parce que tu devais me chercher au métropolitain, que j’ai attendu 20 minutes, dehors, et toi, tu étais descendu, pour m’y attendre, 20 minutes, dedans. Le temps qu’il faut pour apprendre à se connaître. Magie du cellulaire : nous nous sommes retrouvés, pour nous déchirer comme des victimes d’une télé-réalité sordide qui aurait honte de nous. Sommes-nous finalement faits pour nous comprendre? Je lui offre cependant, prenant congé de lui, la petite papillote bleue que je m’étais décidé à lui offrir, avant, pensant que c’était là sa préférée. Il s’en empare, en me disant sèchement : « c’est les vertes que je préfère. »

Mon expérience sinueuse et dramatique en matière de relation de couple, simulacre ou réelle, me le fait dire :
Le bonheur ne peut être que domestique ou bien ne sera pas.



Découvrez Blondie!

21 janvier 2009

Lundi en 8

Le lendemain, lundi en 8, nous nous sommes donné rendez-vous avec l’idée délicieuse et néanmoins calculée de récidiver la magie, de profiter de ce que les éclairages magnifiaient la ville pour vivre à nouveau cette passion, cette attirance incertaine qui cependant nous gouvernait, nonobstant le gouffre de nos différences.

Mauvaise idée.

Le lendemain, lundi en 8, je l’ai retrouvé à Foch, son cellulaire gravé dans la conque de son oreille, discutant avec un homonyme homosexuel de sa vie sexuelle contrainte par des considérations pratiques indiscutables et non point réversibles, conversation dont je n’ai pas perdu une miette : ne sais-tu pas comme moi que d’un rien peut naître un Roman ? Puis, nous avons rejoint la Tête d’Or, afin de visionner ce rêve aux confins des cultures : l’invasion d’un rêve onirique, dans un parc violé par les cris d’enfants, les crépitements de flash, la course lancinante, militaire, des coureurs.

Mauvaise idée.

Des trois nuits, c’était bien la plus rude. Je m’entêtais, moi, à en voir toujours plus, de ce lac, de ces brumes, de ces gondoles pailletées, faisant abstraction des autres autour de moi, de leurs paroles de plus en plus confuses, de sorte à être seul face à cette toile vivante, au cœur de la musique vaguement tribale, oubliant K, à mes côtés, qui grelottait, parce que fragile. Moi, j'oubliais l’air glacé.

K se mit à rouspéter : il voulait, l’obstiné, quitter le parc, rejoindre d’ores et déjà le centre ville. Ses douleurs se ravivaient. Il me rappela qu’il sortait de cette pénible convalescence dont il ne m’a rien caché, qu’il pouvait rechuter très facilement : les douleurs étaient là, qui se bousculaient, frappaient, sournoises, à la porte de son petit corps transi. Bien que déçu, préférant resté planté dans ce décor féerique et cependant artificiel, j’ai concédé à ce qu’on visionne sa projection préférée, la pétaradante, place des Terreaux, avant que de se séparer, pour clore cette trilogie à la fin incertaine, dont l’issue me convenait toutefois.

Or :
K
m’a invité, afin que nous ne nous quittions pas sur cette fausse note, à boire en ces quartiers lointains une tisane. J’imaginais déjà, à l’invitation, sa fatigue, l’apparence, la consistance, le goût de cette tisane.
Indice :
Nous n’avons pas quitté ce décor main dans la main.

A peine quelques mots, dans le métro, dans ce dédale de rues bétonnées et vierges conduisant à son immeuble. Etrange coïncidence : il habite au bout d’une rue au commencement de laquelle j’ai failli habiter, lorsque je me suis installé à Lyon, en 2005. Ce détail ne me frappa qu’un mois plus tard. A l’instant x, lundi en 8, il me semblait qu’à mesure de ses pas, il devenait de plus en plus amer, acerbe, homosexuel, adulte, finalement ou comment, en quelques minutes, effacer trois soirées : l'éternel Syndrome Typex.

Il s’est empressé cependant de me dévoiler son appartement vide et blanc, sans vie, sans bibliothèque. Dans le salon, trois meubles, au centre, une immense télévision. Il m’a invité à m’asseoir sur le clic clac qui faisait face à cet écran géant, dont j’espérais qu’il ne l’allume jamais. Evidemment, il n’a pas tardé à prendre place à mes côtés, sans préparer la moindre tisane, mesurant des silences, très vite brisés par des mots : le ton monta, je ne sais plus trop comment, je ne sais plus trop pourquoi. Il fallait, sans doute, conjurer cela : en ce jour, lundi en 8, j’ai glissé ma langue dans sa bouche et j’ai senti sa main glaciale se faufiler comme un serpent sous mon tee-shirt, et ramper !

Epitaphe :
Merci Marie pour toutes ces lumières kitchs se promenant sur mes vêtements, pour avoir surgelé mon cœur, figé dans son envol, givré, la nuit du 8 décembre.
 

TAG :
T’es qu’une salope.


Découvrez Brigitte Fontaine!

19 janvier 2009

La Rencontre

Nicolas_Raviere___Querelle

Querelle confesse à 19:19 - Confessionnal [7]
Autopsie :

18 janvier 2009

Canevas

C’était l’occasion de voir un périple au pays des choux fleurs, une monstrueuse histoire de kidnapping farfelu menant guignol aux confins des enfers dans une fabrique gargolesque de papillotes. Au sein de cet antre putride et enfantin était tenu prisonnier un père noël maigre et lifté, adepte de la Q10, chargé de cette grande distribution annuelle, quasi infaillible et bardée de codes barres de même que les colissimos, une divinité saucissonnée de rouge à laquelle les enfants croient éperdument puisque, des Dieux, celui-ci est inévitablement le plus généreux, avec sa besace remplie de miracles, de vœux exaucés, matérialisés, véritable caverne d’Ali Baba portative, ou corne d’abondance, garantie sans pour sang démon.

Mais moi, j’ai fait connaissance de ce cher Gnafron, gavé de cochonnaille, imbibé de Beaujolais, du petit bonhomme de neige composé à 99 % d'eau et de sa carotte magique, cadeau de l’adjuvent savant fou, ersatz simpsonien de Einstein et j’ai ri, oui j'ai ri, sur l’audacieux rap des choux-fleurs, improbable fou rire impossible à concevoir et pourtant, il ne faut pas sous estimer les pouvoirs de la fiction, l’innocence calculée et primitive des premières fois.

Je ne vais pas raconter cette pièce, lors même qu’elle me semble ponctuelle, puisque créée pour les Lumières. Je ne vais pas non plus décompter les frôlements, attouchements fantômes, qui se sont faits et défaits pendant cette représentation puisque nous sommes retournés en enfance, K et moi, et les enfants se doivent d’être purs, de ne point se toucher de la sorte. Deux jambes qui se frôlent : ce ne peut être qu’un hasard, n'est-ce pas ? Cependant, mordus par l’air froid, de retour dehors, K m’a gavé de churros puis, une fois place Bellecour, il est venu chercher ma main droite, lové dans la poche de mon manteau, main dont il s’est emparé, l'emprisonnant dans les siennes, ceintes d'un simili cuir. Alors, nous avons traversé la place entière, jusqu’au métro, main dans la main, à la recherche du père Noël.


Découvrez Portishead!

17 janvier 2009

Interlude : Des vœux et Résolutions d’un champ de Raves

Je devrais kidnapper une fée et lui ordonner, après l’avoir torturé, coupé ses ailes d’un fin stylet comme celles d’une mouche au tranchant étincelant d’un scalpel, de me donner le talent et le temps d’écrire de nouveaux romans, de poursuivre Querelle a un rythme plus soutenu encore, une bandaison sans fin dans l’univers de la création, une purulence extrême à la lèpre de mon univers, plutôt qu’une jachère stupide à laquelle je suis coutumier parce que ce sont les mots qui m’ordonnent et non moi qui les commandent. Ou bien, je tuerais cette petite fée, je l’écraserais entre mes doigts, je la broierais d’un coup de mâchoire, carnassier comme un végétarien rompu à se sustenter de pommes de terre crues. Et si j’ai l’âme sereine et bien, je la noierai dans un verre de vin, de vin rouge pour qu’il ne soit pas loisible de voir son sang se répandre.

 


Meilleurs voeux 2009 :)

 

Querelle confesse à 22:15 - I. Tisseur de Saison / Perséphone - Confessionnal [6]
Autopsie : ,

15 janvier 2009

Guignols

Est-ce là raison suffisante pour mettre une croix sur cette possible relation ? La gène de ce paradoxe à la fois étonnant et ridicule n’ébranle pas un seul instant mes certitudes, j’exprime cependant une question que j’estime légitime, suite à ce baiser volé : es-tu croyant ? Il est tant de cultes auxquels on peut se vouer dans la vie, qu’ils soient compatibles ou non avec les choix qui nous sont imposés ou que nous nous imposons. Sa réponse est un non, strict et définitif. Il ne s’agit là que d’un réflexe - une convulsion - un simple réflexe né d’une éducation, un résidu d’antan croupi au fond d’une église terne et belliqueuse.

Mais ce n’est pas de l’arme Dieu dont je désire m’entretenir, présentement, mais d’un autre guignol, le guignol, qui a pour point commun avec Dieu de parler par la bouche des hommes. Or le spectacle étant déjà commencé, il nous fallut patienter, dehors, après avoir pris soin de prendre deux billets pour la prochaine représentation, ainsi que deux chocolats chauds, patienter dehors non loin de Saint-Paul en compagnie d’un vin chaud, adossés là encore aux murs d’un restaurant semi-vide, au menu lumière point fort alléchant.

Le rideau ne va pas tarder de se lever.

Nous attendions, fébriles, assis dans les escaliers, avec des regards d’enfants planqués au fond des yeux ; nous pénétrâmes le petit théâtre une fois les portes ouvertes, l’un avec l’autre, l’un contre l’autre, assis, débarrassés de nos lourds manteaux, attendant qu’un homme blanchâtre et perruqué nous lance en pleine figure une poignée virile de papillotes. Puis, roulement de tonnerre, Guignol est apparu dans son petit appartement de Canuts vide et insalubre, bardé d’un sapin, de vitres qui ne mènent nulle part. Il s’est cogné la tête, et il est tombé. Plusieurs fois, tout comme Dieu.


Découvrez Tori Amos!

Querelle confesse à 18:30 - I. Tisseur de Saison / Perséphone - Confessionnal [6]
Autopsie : , ,

13 janvier 2009

L'Arbre et la Croix

Certains, pour étonner, sont prêts à tout comme dépenser des milliers  voire des millions - relativisons  - pour voir de pétillants dollars s’allumer dans le regard terne de leur cher et tendre doudou et j’en fus fut un temps, de ces gredins matérialistes et souvent peu reconnaissants, aimantés par l’amoncellement dramatique de surprises présentées sous forme de galettes lasers suffisamment rares pour être collectionnées ou bien de choses relativement chères et parfaitement inutiles puisque ce qui est inutile est utile à l’âme qui trouve là une satisfaction pure dans le concept même de ce qui est vain.

Certains pensent que :
Un cadeau c’est une dîme qui se récolte pour pouvoir récolter l’amour et ses fruits et les fruits sont destinés, nous le savons, à pourrir.
Et les arbres grandissent, s’étoffent, vieillissent. Des sillons se creusent dans l’écorce lamentable et dure de leurs silhouettes éreintées par les hivers successifs.

Pour m’étonner, désormais, il suffit d’un geste, d’un mot, d’une papillote, remise dans le creux de  la main, une délicieuse papillote, bien fondante, lovée dans la paume de la main, donc, accompagnée d’un sublime sourire, avant que de m’engouffrer dans le métropolitain. Cela, évidemment, me subjuguerait. Alors, quand nous marchions sur les quais de Saône, en quête d’un pont qui ne soit pas fermé, barricadé, histoire de franchir la rivière tourmentée pour voir guignol et ses amis se donner en spectacle, K s’est retourné violemment, sans prévenir, brisant la discussion et, fondant sur moi, l'animal s’est rué sur mes lèvres, pour m’embrasser, provoquant la perte de mon équilibre, de mon équilibre précaire et mon corps, mon corps longiligne, a basculé vers l’arrière et j’ai failli tomber du trottoir et peut-être, si je n’avais pas quelques maudits réflexes, ou bien de main pour m’accrocher à l’écorce d’un arbre, serais-je lamentablement tombé, cloué sur la chaussée, renversé par une voiture sans permis, une fin véritablement tragique, pathétique, névralgique.
Me voilà donc heureux.
Un baiser, comme cela, volé. Qui provoque une chute. Est-ce donc cela, tomber amoureux ?

Mais j'avais vu vu cette église ouverte. Cette église qui ne l’est jamais, tellement insignifiante que je ne connais pas son nom, mais j’avoue m’être interrogé à son sujet, une église donc, donnant sur la rivière croupie, les quais insalubres dégorgés de poivrots anecdotiques dont je grossis les rangs quand vient l’été. J’insistais pour la visiter. Quelle ne fut pas ma surprise de le voir, ce voleur d’amygdale, pénétrant ce sanctuaire aseptisé, se signer dans la demeure du seigneur, faire un signe de croix en bon petit soldat !

 

 


Découvrez Bloc Party!

12 janvier 2009

Etonne-moi ! (ou pas)

Je suis manipulateur, manipulateur au-delà du possible puisqu’à mon insu, je brode des histoires que j’entraperçois et qui se matérialisent, par mon intervention, comme si, d’un coup de stylo, j’écrivais une nouvelle, un poème, un roman qui, de même qu’un fait divers, au-delà de sa substance narrative, est chargé de conséquences comme tant d’univers possibles, planqués derrière des portes à peine esquissées. Mais je ne veux pas te perdre, lecteur. C’est ainsi, pour cela, que je lui ai demandé, après quelques réflexions utilement inutiles, suite à un pari que nous avons fait et que j’ai gagné, dont je ne me souviens plus la contenance - faute d’une mémoire capricieuse et terriblement sélective - de m’étonner. N’ai-je pas longtemps maugréé dans ces pages et ces pages de confessions vaines et stupides que je manquais cruellement d’étonnement ?
Mais ce que j’attendais, tu ne le devineras jamais, c’était, finalement, de ne point être étonné.
Je lui ai donc dis, comme cela, avec mon tact légendaire :

Tu as jusqu’à minuit pour m’étonner, sinon, nous ne nous reverrons plus.

J’ai vu K paniqué (il ne fallait pas lire : j’avais qu’à pas niquer, you’re such a pervert), s’absenter de la conversation qu’il menait pourtant de bout en bout, puisque fort d’une logorrhée puissamment évocatrice, concernant la découverte de sa sexualité et ses pratiques aquatiques, dans l’halitueuse sphère des saunas poissonneux et lubriques. Il ne savait pas, alors, qu’il m’étonnerait deux fois de suite, successivement, et ma voyante non plus ; n’est-il pas après tout des portes que nous ne voyons pas, parce qu’elles nous sont ouvertes ?

 


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09 janvier 2009

Les Ruelles

Le lendemain, dimanche, lors de cette récidive criminelle, tu m’as raconté parmi tant d’autres histoires, avant d’aller voir un spectacle de Guignol tout spécialement concocté par la troupe des Zonzons, mon tout premier Guignol « pour de vrai », cette rencontre anodine - elles le sont toutes - avec ce garçon que tu as fait fuir, en l’embrassant ; délice boétien que cette narration dont je n’ai rien manqué et dont j’ai pu, à loisir, imaginer, dans mon cerveau liquoreux, jusque dans les moindres détails :

Tout d'abord, la ruelle, sombre et cruelle, ceinte de murs décrépis aux affiches douteuses : concerts alternatifs pour concerto lancinant, tristesse vague d’une ruelle ignorée même des chats, des chats pelés et de ceux, moins discrets, au pelage plus doux. De même qu’après chaque édition - ou devrais-je dire représentation - de la fête des lumières dans la sublime ville des quenelles et de Querelle, des détritus vaguement alimentaires jonchent immanquablement la chaussée, de sorte que, pour le rejoindre, tu manquerais de trébucher. Une vieille femme avec un corps de poisson et qui boit comme un homme vous reluque du coin de sa fenêtre, l’œil glauque et vicieux.

Voilà pour le décorum. Lui, ce garçon né d’une fenêtre de conversation soi-disant virtuelle, j’ai du mal à me l’imaginer. Je sais seulement que tu aimes les hommes point trop grands, de type eurasien, ni trop jeune, ni trop vieux mais à point, au pire la trentaine à peine sonnée puisque c’est un glas supposé dans le monde guignolesque de tataland. Je sais également que tu les aimes les garçons, ni trop mince ni trop gras… et d’ailleurs point gras du tout. Les cheveux peuvent être blonds ou bruns, pour toi, cela n’a aucune espèce d’importance, aussi je lui choisis un cheveu châtain. Pour ce qui est des yeux, je lui offre deux pupilles marron, car je le veux des plus classique, commun. Tout cela n’est plus très poétique mais…

Voici que ce garçon s’enfonce dans cette ruelle, sans crier gare, alors que vous discutiez des choses de la vie : amours lâches d’une jeunesse infinie, labeurs effrénés, promotions canapés, histoires d’eaux, dans un sauna profond et bleu comme l’Enfer. Et tu le suis, sans trop savoir pourquoi, ne te doutant pas de son cruel dessin : aussitôt tu le rejoins qu’il appose à tes lèvres les siennes, te volant, par ce geste doux et assassin, un baiser, un seul baiser, qui lie vos salives et vos langues sous les regards aqueux et torves de cette vieille que j’imagine toujours, au garde-à-vous, au troisième étang, suspendu au baiser sodomite qu’elle découvre avec horreur.

Mais voilà que déjà il se retire ! Ses lèvres quittent les tiennes si soudainement et à jamais. Car tu ne le reverras plus jamais. Quelle sinistre histoire d’amour pour un soir d’automne… N’étais-tu pas inquiet, alors, de me voir à l’affût des ruelles, lorgnant les espaces vides qu’offraient des rues étroites, des passages douteux, étrécis, ouvrant quelques splendides portes, entrebâillées à tout hasard, découvrant des cours silencieuses, épargnées comme mon âme par les lumières vives de la vie, tandis que la fête aux milles lueurs bat son plein, déchirant la ville de rayons ? Peut-être qu’en mon âme et conscience je me réjouissais déjà, moi, de t’abandonner…


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