27 janvier 2009
Double Fond
Exergue
Caddie :
K dit : « hier tu l'as eu ton chocolat, a en faire cramer
ma casserole »
***
Toute lumière
suppose sa négation : l’obscurité. Le sentiment amoureux suppose l’érection.
Une nuit, dans mes draps, j’ai orienté de nouveau mes pensées sur un autre
fanfaron, bouffon point anecdotique, qui, lui, tu le sais fort bien, ne
pousserait pas un cri de vierge effarouché, si jamais la mousse de lait
dentelée débordait de l’infirme casserole aux contours tranchants ; lui,
magicien essoufflé, il ferait chauffer la bière par fût entier pour
l’Enchantement, il saurait la faire mousser. Je me retournais donc dans mon
lit, en pensant à lui, l’antithèse de K, élément masculin, avec, au-delà, une
musique jazz derrière, langoureuse et fanfaronne. Et Meeerd.
Puis vint un
jour d’ennui et de rage, de ceux qui oppriment les dépressifs, ébranlent les
autres, et même les désinvoltes, tu vois, le genre de jour où rien ne va, où
tout foire, où, fragilisé, l’on ressent comme le besoin irrépressible d’être
consolé. Et plus encore, admettons-le : il est des soirs où l’on veut l’univers
entier. Ne surtout pas entendre qu’une soupe cuit, au fin fond d’une marmite
familiale et douteuse. On s’empare alors de son cellulaire, pour envoyer un SOS
lamentable, aussi délicieux et bref qu’un bonbon, sans gélatine de porc. La
déroute, toute simple, sur la route de l’échec. Un échange se crée, de peu de
mots, jusqu’à la prise de rendez-vous. Ultime mise en branle. Et l’on se sent
vibrer un peu, d’avoir plus d’importance, finalement, qu’une simple casserole.
C’était une
soirée et noire et pluvieuse, un peu triste ; le genre de soirée tout à fait
indiquée pour l’errance et la tristesse ; j’ai plaqué, lâche, mon corps fatigué
contre la vitre froide, embuée, du tramway, laquelle pleurait contre mon dos
quelques larmes transparentes. Fatigué, lessivé, vidé, j’ai alangui ma
silhouette contre la lame de ce faux miroir, tache oblongue et noire en quête
d’un nulle part. Je n’ai point regardé, lancé à toute allure sur le pont Galliéni,
les toits lumineux des Universités, ce que je fais toujours, par habitude, cela
qui m’apaise et me conforte dans l’idée que j’ai fait le bon choix, en
m’installant ici. J’étais pressé, ému de le revoir.
Bien des
minutes plus tard, j’étais perdu sur la grande colline, la pluie s’écrasant
lentement sur mon visage, la lame du froid me pénétrant jusqu’au derme, en
quête d’une rue qui m’était inconnue, tout comme la rue des Macchabées,
autrefois, et tout aussi sombre, silencieuse, déserte, défunte. N’était-ce pas
finalement cela, la magie : une nuit vaguement glacée, le bitume mollement
trempé, que battait mon pas vif, empressé, avec un but ? L’envie de m’épancher.
De quoi parlerions-nous cette fois ?
Mais me voilà au terme de cette marche dans l’inconnu, arrêté net devant une porte austère, à chercher son nom sur une étiquette blanche, sans en connaître précisément l’orthographe. Certains, comme moi, n’ont pas de nom à l’interphone, parce que la pluie n’a de cesse de les effacer : existent-ils vraiment, ces gens-là ? Je reconnais d’entre milles son identité secrète et je reprends mon souffle. C’est alors que, d’une pression lente et calculée, j’ai sonné à la porte d’un immeuble, qui s’est ouverte sans même que je décline mon identité, gardant les lèvres closes, ému par la stridence. S’est dessiné derrière l’amovible panneau de bois, dans un couloir sombre et exigu, un rectangle de lumière, où je me suis engouffré, sans plus attendre, en ombre furtive et malhabile. Nul besoin de frapper : la porte m’était ouverte.
FIN
Découvrez Radiohead!
25 janvier 2009
Drame Chocolat
Il me dit
souvent des choses comme « suis lavé et la soupe cuit ».
Moi, mon âme
est délavée. Second rendez-vous, procédurier, je me pointe dans cette rue dans
laquelle j’ai failli habiter - je me répète je sais mais ça me permet de
remplir à ras bord de querelles Querelle et comme ça se suit, les trois
lecteurs qui se battent en duel ici n’auront pas besoin de pointer leur cher
mulot sur les cent lignes du bas et de perdre ainsi leurs yeux glauques et
nébuleux dans la syntaxe farfelue que j’impose parfois, diarrhée verbale,
logorrhée.
Suis lavé et la
soupe cuit, qu’il me dit. Enième rendez-vous. Maniaque, maniaque. Je veux un
chocolat chaud, un bon chocolat chaud. N’achetant jamais de lait, j’en profite.
C’est cela que je veux, et non l’infusion que tu m’as promise la dernière fois.
Ne me chicane pas. Comme j’ai le micro-ondes en horreur, je lui demande
gentiment à lui, mon petit K, petit Koala, de le faire chauffer à l’ancienne
dans une casserole. Cela me rassure de le voir verser l’épaisseur blanche dans
cette mini cuve de métal au manche phallique. C’est rassurant, han han.
Mais voilà le
truc le problème dans cette histoire du cinquième rendez-vous (déjà !) tout
aussi raté que le 4 au final, c’est que nos baisers s’améliorent et que du coup
l’épais jus de vache déborde de la cuve en champignon de mousse et c’est
tonitruant. Telle une rombière, K se met à gueuler, vrillant mes oreilles de
ses plus beaux aigus, un peu sorcière, en phase d’incantation. Mari non repu,
je claironne que ce n’est point ma faute, quand il m’incrimine, parce que je
n’ai pas choisi le micro-ondes comme ultime mode de cuisson. Un comble ! Est-ce
ma faute s’il aime tant mes baisers ?
De toute
façon, murmurai-je, ton chocolat est dégueulasse ; le discount n’est pas la
solution à tout. Question
existentielle : qu’attendre de quelqu’un qui pense que les livres sont trop
chers ? La la lère. On se déchire comme deux folles pour des conneries et
toi, tout à l’heure, tu vas récurer ta maudite casserole. La La lère. On a plus
de trente ans et on se chiffonne comme des écolières. Ca ne m’amuse même pas. La
la lère. À vrai dire, je m’en fiche. Rond de sorcières : tu as ouvert le bal et
je n’ai qu’une envie c’est de prendre mes cliques et mes claques, d’évacuer
sans plus attendre ton clic clac. Aussi me raccompagnes-tu dans ce dédale
bétonné, jusqu’au métropolitain. Toute cette soirée de merde parce que tu
devais me chercher au métropolitain, que j’ai attendu 20 minutes, dehors, et
toi, tu étais descendu, pour m’y attendre, 20 minutes, dedans. Le temps qu’il
faut pour apprendre à se connaître. Magie du cellulaire : nous nous sommes
retrouvés, pour nous déchirer comme des victimes d’une télé-réalité sordide qui
aurait honte de nous. Sommes-nous finalement faits pour nous comprendre? Je lui
offre cependant, prenant congé de lui, la petite papillote bleue que je m’étais
décidé à lui offrir, avant, pensant que c’était là sa préférée. Il s’en empare,
en me disant sèchement : « c’est les vertes que je préfère. »
Mon expérience
sinueuse et dramatique en matière de relation de couple, simulacre ou réelle,
me le fait dire :
Le bonheur
ne peut être que domestique ou bien ne sera pas.
Découvrez Blondie!
21 janvier 2009
Lundi en 8
Le lendemain,
lundi en 8, nous nous sommes donné rendez-vous avec l’idée délicieuse et
néanmoins calculée de récidiver la magie, de profiter de ce que les éclairages
magnifiaient la ville pour vivre à nouveau cette passion, cette attirance
incertaine qui cependant nous gouvernait, nonobstant le gouffre de nos
différences.
Mauvaise idée.
Le lendemain,
lundi en 8, je l’ai retrouvé à Foch, son cellulaire gravé dans la conque de son
oreille, discutant avec un homonyme homosexuel de sa vie sexuelle contrainte
par des considérations pratiques indiscutables et non point réversibles,
conversation dont je n’ai pas perdu une miette : ne sais-tu pas comme moi que
d’un rien peut naître un Roman ? Puis, nous avons rejoint la Tête d’Or,
afin de visionner ce rêve aux confins des cultures : l’invasion d’un rêve
onirique, dans un parc violé par les cris d’enfants, les crépitements de flash,
la course lancinante, militaire, des coureurs.
Mauvaise idée.
Des trois
nuits, c’était bien la plus rude. Je m’entêtais, moi, à en voir toujours
plus, de ce lac, de ces brumes, de ces gondoles pailletées, faisant abstraction
des autres autour de moi, de leurs paroles de plus en plus confuses, de sorte à
être seul face à cette toile vivante, au cœur de la musique vaguement tribale,
oubliant K, à mes côtés, qui grelottait, parce que fragile. Moi, j'oubliais l’air
glacé.
K se mit à
rouspéter : il voulait, l’obstiné, quitter le parc, rejoindre d’ores et déjà le
centre ville. Ses douleurs se ravivaient. Il me rappela qu’il sortait de cette
pénible convalescence dont il ne m’a rien caché, qu’il pouvait rechuter très
facilement : les douleurs étaient là, qui se bousculaient, frappaient,
sournoises, à la porte de son petit corps transi. Bien que déçu, préférant
resté planté dans ce décor féerique et cependant artificiel, j’ai concédé à ce
qu’on visionne sa projection préférée, la pétaradante, place des Terreaux,
avant que de se séparer, pour clore cette trilogie à la fin incertaine, dont
l’issue me convenait toutefois.
Or :
K m’a invité, afin que nous ne nous quittions
pas sur cette fausse note, à boire en ces quartiers lointains une tisane.
J’imaginais déjà, à l’invitation, sa fatigue, l’apparence, la consistance, le
goût de cette tisane.
Indice :
Nous n’avons
pas quitté ce décor main dans la main.
A peine
quelques mots, dans le métro, dans ce dédale de rues bétonnées et vierges
conduisant à son immeuble. Etrange coïncidence : il habite au bout d’une
rue au commencement de laquelle j’ai failli habiter, lorsque je me suis
installé à Lyon, en 2005. Ce détail ne me frappa qu’un mois plus tard. A l’instant
x, lundi en 8, il me semblait qu’à mesure de ses pas, il devenait de plus en
plus amer, acerbe, homosexuel, adulte, finalement ou comment, en quelques
minutes, effacer trois soirées : l'éternel Syndrome Typex.
Il s’est
empressé cependant de me dévoiler son appartement vide et blanc, sans vie, sans
bibliothèque. Dans le salon, trois meubles, au centre, une immense télévision.
Il m’a invité à m’asseoir sur le clic clac qui faisait face à cet écran géant,
dont j’espérais qu’il ne l’allume jamais. Evidemment, il n’a pas tardé à prendre
place à mes côtés, sans préparer la moindre tisane, mesurant des silences, très
vite brisés par des mots : le ton monta, je ne sais plus trop comment, je ne
sais plus trop pourquoi. Il fallait, sans doute, conjurer cela : en ce jour, lundi
en 8, j’ai glissé ma langue dans sa bouche et j’ai senti sa main glaciale se
faufiler comme un serpent sous mon tee-shirt, et ramper !
Epitaphe
:
Merci
Marie pour toutes ces lumières kitchs se promenant sur mes vêtements, pour
avoir surgelé mon cœur, figé dans son envol, givré, la nuit du 8 décembre.
TAG :
T’es
qu’une salope.
Découvrez Brigitte Fontaine!
19 janvier 2009
La Rencontre

18 janvier 2009
Canevas
C’était
l’occasion de voir un périple au pays des choux fleurs, une monstrueuse
histoire de kidnapping farfelu menant guignol aux confins des enfers dans une
fabrique gargolesque de papillotes. Au sein de cet antre putride et enfantin
était tenu prisonnier un père noël maigre et lifté, adepte de la Q10, chargé de
cette grande distribution annuelle, quasi infaillible et bardée de codes barres de même que les colissimos, une divinité saucissonnée de rouge à laquelle les
enfants croient éperdument puisque, des Dieux, celui-ci est inévitablement le
plus généreux, avec sa besace remplie de miracles, de vœux exaucés, matérialisés, véritable
caverne d’Ali Baba portative, ou corne d’abondance, garantie sans pour sang démon.
Mais moi, j’ai
fait connaissance de ce cher Gnafron, gavé de cochonnaille, imbibé de
Beaujolais, du petit bonhomme de neige composé à 99 % d'eau et de sa carotte magique,
cadeau de l’adjuvent savant fou, ersatz simpsonien de Einstein et j’ai ri, oui j'ai ri, sur
l’audacieux rap des choux-fleurs, improbable fou rire impossible à concevoir et
pourtant, il ne faut pas sous estimer les pouvoirs de la fiction, l’innocence calculée et primitive des premières fois.
Je ne vais pas
raconter cette pièce, lors même qu’elle me semble ponctuelle, puisque créée
pour les Lumières. Je ne vais pas non plus décompter les frôlements,
attouchements fantômes, qui se sont faits et défaits pendant cette
représentation puisque nous sommes retournés en enfance, K et moi, et les
enfants se doivent d’être purs, de ne point se toucher de la sorte. Deux jambes
qui se frôlent : ce ne peut être qu’un hasard, n'est-ce pas ? Cependant, mordus par l’air
froid, de retour dehors, K m’a gavé de churros puis, une fois place Bellecour, il
est venu chercher ma main droite, lové dans la poche de mon manteau, main dont il s’est
emparé, l'emprisonnant dans les siennes, ceintes d'un simili cuir. Alors, nous avons traversé la place entière, jusqu’au métro, main dans la
main, à la recherche du père Noël.
Découvrez Portishead!
17 janvier 2009
Interlude : Des vœux et Résolutions d’un champ de Raves
Je devrais
kidnapper une fée et lui ordonner, après l’avoir torturé, coupé ses ailes d’un
fin stylet comme celles d’une mouche au tranchant étincelant d’un scalpel, de
me donner le talent et le temps d’écrire de nouveaux romans, de poursuivre
Querelle a un rythme plus soutenu encore, une bandaison sans fin dans l’univers
de la création, une purulence extrême à la lèpre de mon univers, plutôt qu’une
jachère stupide à laquelle je suis coutumier parce que ce sont les mots qui
m’ordonnent et non moi qui les commandent. Ou bien, je tuerais cette petite
fée, je l’écraserais entre mes doigts, je la broierais d’un coup de mâchoire,
carnassier comme un végétarien rompu à se sustenter de pommes de terre crues. Et si j’ai l’âme sereine et bien, je la
noierai dans un verre de vin, de vin rouge pour qu’il ne soit pas loisible de
voir son sang se répandre.
Meilleurs voeux 2009 :)
15 janvier 2009
Guignols
Est-ce là
raison suffisante pour mettre une croix sur cette possible relation ? La gène
de ce paradoxe à la fois étonnant et ridicule n’ébranle pas un seul instant mes
certitudes, j’exprime cependant une question que j’estime légitime, suite à ce
baiser volé : es-tu croyant ? Il est tant de cultes auxquels on peut se vouer
dans la vie, qu’ils soient compatibles ou non avec les choix qui nous sont
imposés ou que nous nous imposons. Sa réponse est un non, strict et définitif.
Il ne s’agit là que d’un réflexe - une convulsion - un simple réflexe né d’une
éducation, un résidu d’antan croupi au fond d’une église terne et belliqueuse.
Mais ce n’est
pas de l’arme Dieu dont je désire m’entretenir, présentement, mais d’un autre
guignol, le guignol, qui a pour point commun avec Dieu de parler par la bouche des
hommes. Or le spectacle étant déjà commencé, il nous fallut patienter, dehors,
après avoir pris soin de prendre deux billets pour la prochaine représentation,
ainsi que deux chocolats chauds, patienter dehors non loin de Saint-Paul en
compagnie d’un vin chaud, adossés là encore aux murs d’un restaurant semi-vide,
au menu lumière point fort alléchant.
Le rideau ne
va pas tarder de se lever.
Nous
attendions, fébriles, assis dans les escaliers, avec des regards d’enfants
planqués au fond des yeux ; nous pénétrâmes le petit théâtre une fois les
portes ouvertes, l’un avec l’autre, l’un contre l’autre, assis, débarrassés de
nos lourds manteaux, attendant qu’un homme blanchâtre et perruqué nous lance en
pleine figure une poignée virile de papillotes. Puis, roulement de tonnerre,
Guignol est apparu dans son petit appartement de Canuts vide et insalubre,
bardé d’un sapin, de vitres qui ne mènent nulle part. Il s’est cogné la tête, et
il est tombé. Plusieurs fois, tout comme Dieu.
Découvrez Tori Amos!
13 janvier 2009
L'Arbre et la Croix
Certains, pour étonner, sont prêts à tout comme dépenser des milliers voire des millions - relativisons - pour voir de pétillants dollars s’allumer dans le regard terne de leur cher et tendre doudou et j’en fus fut un temps, de ces gredins matérialistes et souvent peu reconnaissants, aimantés par l’amoncellement dramatique de surprises présentées sous forme de galettes lasers suffisamment rares pour être collectionnées ou bien de choses relativement chères et parfaitement inutiles puisque ce qui est inutile est utile à l’âme qui trouve là une satisfaction pure dans le concept même de ce qui est vain.
Certains pensent que :
Et les
arbres grandissent, s’étoffent, vieillissent. Des sillons se creusent dans
l’écorce lamentable et dure de leurs silhouettes éreintées par les hivers
successifs.
Pour m’étonner,
désormais, il suffit d’un geste, d’un mot, d’une papillote, remise dans le
creux de la main, une délicieuse papillote, bien fondante, lovée dans la paume de la main, donc, accompagnée d’un sublime sourire, avant que de m’engouffrer dans
le métropolitain. Cela, évidemment, me subjuguerait. Alors, quand nous
marchions sur les quais de Saône, en quête d’un pont qui ne soit pas fermé,
barricadé, histoire de franchir la rivière tourmentée pour voir guignol et ses
amis se donner en spectacle, K s’est retourné violemment, sans prévenir,
brisant la discussion et, fondant sur moi, l'animal s’est rué sur mes lèvres,
pour m’embrasser, provoquant la perte de mon équilibre, de mon équilibre
précaire et mon corps, mon corps longiligne, a basculé vers l’arrière et j’ai
failli tomber du trottoir et peut-être, si je n’avais pas quelques maudits
réflexes, ou bien de main pour m’accrocher à l’écorce d’un arbre, serais-je
lamentablement tombé, cloué sur la chaussée, renversé par une voiture sans permis,
une fin véritablement tragique, pathétique, névralgique.
Me voilà donc
heureux.
Un baiser,
comme cela, volé. Qui provoque une chute. Est-ce donc cela, tomber
amoureux ?
Mais j'avais vu vu
cette église ouverte. Cette église qui ne l’est jamais, tellement insignifiante
que je ne connais pas son nom, mais j’avoue m’être interrogé à son sujet, une
église donc, donnant sur la rivière croupie, les quais insalubres dégorgés de
poivrots anecdotiques dont je grossis les rangs quand vient l’été. J’insistais
pour la visiter. Quelle ne fut pas ma surprise de le voir, ce voleur
d’amygdale, pénétrant ce sanctuaire aseptisé, se signer dans la demeure du
seigneur, faire un signe de croix en bon petit soldat !
Découvrez Bloc Party!
12 janvier 2009
Etonne-moi ! (ou pas)
Je suis
manipulateur, manipulateur au-delà du possible puisqu’à mon insu, je brode des
histoires que j’entraperçois et qui se matérialisent, par mon intervention,
comme si, d’un coup de stylo, j’écrivais une nouvelle, un poème, un roman qui,
de même qu’un fait divers, au-delà de sa substance narrative, est chargé de
conséquences comme tant d’univers possibles, planqués derrière des portes à
peine esquissées. Mais je ne veux pas te perdre, lecteur. C’est ainsi, pour
cela, que je lui ai demandé, après quelques réflexions utilement inutiles,
suite à un pari que nous avons fait et que j’ai gagné, dont je ne me souviens
plus la contenance - faute d’une mémoire capricieuse et terriblement sélective -
de m’étonner. N’ai-je pas longtemps maugréé dans ces pages et ces pages de
confessions vaines et stupides que je manquais cruellement d’étonnement ?
Mais ce que
j’attendais, tu ne le devineras jamais, c’était, finalement, de ne point être étonné.
Je lui ai donc dis,
comme cela, avec mon tact légendaire :
Tu as
jusqu’à minuit pour m’étonner, sinon, nous ne nous reverrons plus.
J’ai vu K
paniqué (il ne fallait pas lire : j’avais qu’à pas niquer, you’re such a
pervert), s’absenter de la conversation qu’il menait pourtant de bout en
bout, puisque fort d’une logorrhée puissamment évocatrice, concernant la
découverte de sa sexualité et ses pratiques aquatiques, dans l’halitueuse
sphère des saunas poissonneux et lubriques. Il ne savait pas, alors, qu’il
m’étonnerait deux fois de suite, successivement, et ma voyante non plus ;
n’est-il pas après tout des portes que nous ne voyons pas, parce qu’elles nous
sont ouvertes ?
Découvrez Garbage!
09 janvier 2009
Les Ruelles
Le lendemain,
dimanche, lors de cette récidive criminelle, tu m’as raconté parmi tant
d’autres histoires, avant d’aller voir un spectacle de Guignol tout
spécialement concocté par la troupe des Zonzons, mon tout premier Guignol « pour
de vrai », cette rencontre anodine - elles le sont toutes - avec ce garçon que
tu as fait fuir, en l’embrassant ; délice boétien que cette narration dont je
n’ai rien manqué et dont j’ai pu, à loisir, imaginer, dans mon cerveau
liquoreux, jusque dans les moindres détails :
Tout d'abord,
la ruelle, sombre et cruelle, ceinte de murs décrépis aux affiches douteuses :
concerts alternatifs pour concerto lancinant, tristesse vague d’une ruelle
ignorée même des chats, des chats pelés et de ceux, moins discrets, au pelage
plus doux. De même qu’après chaque édition - ou devrais-je dire représentation - de la fête des lumières dans
la sublime ville des quenelles et de Querelle, des détritus vaguement
alimentaires jonchent immanquablement la chaussée, de sorte que, pour le
rejoindre, tu manquerais de trébucher. Une vieille femme avec un corps de
poisson et qui boit comme un homme vous reluque du coin de sa fenêtre, l’œil
glauque et vicieux.
Voilà pour le
décorum. Lui, ce garçon né d’une fenêtre de conversation soi-disant virtuelle,
j’ai du mal à me l’imaginer. Je sais seulement que tu aimes les hommes point
trop grands, de type eurasien, ni trop jeune, ni trop vieux mais à point, au
pire la trentaine à peine sonnée puisque c’est un glas supposé dans le monde
guignolesque de tataland. Je sais également que tu les aimes les garçons, ni
trop mince ni trop gras… et d’ailleurs point gras du tout. Les cheveux peuvent
être blonds ou bruns, pour toi, cela n’a aucune espèce d’importance, aussi je
lui choisis un cheveu châtain. Pour ce qui est des yeux, je lui offre deux
pupilles marron, car je le veux des plus classique, commun. Tout cela n’est
plus très poétique mais…
Voici que ce
garçon s’enfonce dans cette ruelle, sans crier gare, alors que vous discutiez
des choses de la vie : amours lâches d’une jeunesse infinie, labeurs effrénés,
promotions canapés, histoires d’eaux, dans un sauna profond et bleu comme
l’Enfer. Et tu le suis, sans trop savoir pourquoi, ne te doutant pas de son
cruel dessin : aussitôt tu le rejoins qu’il appose à tes lèvres les siennes, te
volant, par ce geste doux et assassin, un baiser, un seul baiser, qui lie vos
salives et vos langues sous les regards aqueux et torves de cette vieille que
j’imagine toujours, au garde-à-vous, au troisième étang, suspendu au baiser
sodomite qu’elle découvre avec horreur.
Mais voilà que
déjà il se retire ! Ses lèvres quittent les tiennes si soudainement et à
jamais. Car tu ne le reverras plus jamais. Quelle sinistre histoire d’amour
pour un soir d’automne… N’étais-tu pas inquiet, alors, de me voir à l’affût des
ruelles, lorgnant les espaces vides qu’offraient des rues étroites, des
passages douteux, étrécis, ouvrant quelques splendides portes, entrebâillées à
tout hasard, découvrant des cours silencieuses, épargnées comme mon âme par les
lumières vives de la vie, tandis que la fête aux milles lueurs bat son plein,
déchirant la ville de rayons ? Peut-être qu’en mon âme et conscience je me
réjouissais déjà, moi, de t’abandonner…
Découvrez Radiohead!








