QUERELLE + querelles = Querelle(S)

Au singulier comme au pluriel, Querelle, c'est le journal intime, mais non confidentiel, de Nicolas Raviere, où il est question de toute autre chose, parfois, que de simples querelles.

25 février 2009

Roman de Gare

En mai dernier, j’apprenais - révélation d’un étrange secret de famille - que j’avais un frère et voila que, dans quelques jours, je vais - enfin - le rencontrer, passer avec lui un week-end entier, pour le meilleur et pour le pire. Je vais devoir le chercher à la gare, de même qu’un amoureux d’internet que je n’aurais pas encore vu, goûté, consommé ; avec l’appréhension des premières fois, appréhension qu’il partage lui aussi : « c’est, m’écrivait-il dans un SMS, un peu l’inconnu, on espère que ça passe bien, comme un premier rendez-vous. »

- Je vais à l’encontre d’un visage qui n’est qu’une mosaïque de pixels.

Et si nous n’avions rien à nous dire, lui et moi ? Après tout, ce ne sont les gènes qui motivent les accointances et les conversations, sans quoi je ne vivrais pas si loin des miens. Au pire, notre attirance pour les spécimens de notre sexe nous rapprochera le temps de quelques confessions ; nous nous compterons fleurette, établirons la liste sanguinaire de nos amours déçus, épinglerons ici ou là, dans une conversation fleuve, nos relations sexuelles les plus glauques, les plus extravagantes, comme des trophées grand-guignolesques, en espérant qu’il ait - lui aussi - des anecdotes savoureuses. Nous délierons nos langues avec un peu d’alcool, les verres tinteront et les bulles pétilleront.

- Je vais passer un week-end entier avec un étranger.

Nous sommes de prime abord si différents que seule notre homosexualité peut nous rapprocher. Je ressens une pointe d’angoisse, là, comme avant une épreuve, un examen, un match de boxe à l’issu duquel - je le sais, car ainsi je suis fait - je me comparerai à lui, mon grand frère, fatalement et sur tous les niveaux ; il en va sans doute ainsi des petits frères qui, immanquablement, prennent pour référence leur aîné. Ou pas ! N’ai-je pas, après tout, grandi tout seul ?

24 février 2009

Psychose / La Chute

Si le temps est une excuse, pour ne plus écrire, le besoin d’écrire, lui, n’est plus évident, puisqu’il me semble que, s’il était nécessaire, je pourrais le prendre, le temps d’aligner quelques mots, le dérober à mon sommeil, par exemple, puisque je dors 6 heures par nuit et que cela me suffit amplement, pour être en forme, fonctionner d’une façon à peu près intelligente, intelligible et tenir la distance dans chacune de mes actions. Et puis, je n’ai rien à dire, rien à dire du tout, à te dire à toi qui pose tes yeux par ici, ou même, pire encore, à moi, puisque je sais mes failles, une à une, les mailles du filet, les papillons que j’attrape, que je dissèque.

Et les tarentules :

Serait-il utile de matérialiser par les mots ce désir brutal et délicieusement pervers que j’éprouve ces jours derniers à m’imaginer coudre la bouche de cette connasse aigrie qui évolue toujours à mes côtés, d’arranger, d’un coup de scalpel bien senti, sa vieille gueule vipérine et rabougrie, alors qu’elle a mon âge, et en parait dix de plus ? Son style vestimentaire mixant à loisir bobo-mode et Emmaüs, que je désire embraser, en allumant un briquet que je ne possède point, me dégoûte tout autant que son visage, sa prestance, sa voix de crécelle au timbre haut perché, cette façon supérieure qu’elle a de toiser les uns et les autres. Elle pue tant la frustration - l’émasculation - qu’il me semble, à ses côtés, irradier la sérénité. Nous passons notre temps à nous ignorer. Parfois, elle m’attaque de front. Elle me déteste.

A l’image des rois, elle dit nous, parlant au nom de tous, et personne ne la contredit, à part moi, peut-être, qui m’oppose à ses attaques basses et puériles, lorsqu’elle aboie contre moi, petit chiwawa, les jours de menstrues. De l’indifférence, je suis passé, peu à peu, lentement, à cette sorte de haine ridicule et vaine, qui cependant consume. Si je ne la conçois plus dans l’espace, ne voyant pas où elle est, lorsqu’elle se tait, elle me poursuit, lorsqu’elle n’est plus là, physiquement, elle me poursuit jusque dans mes murs, et me traque, à la porte de mes rêves. Et là, je ne la tue point ; je l’ignore, toujours et encore, ce laideron filiforme, de sorte qu’elle ne pénètre pas le royaume que mon inconscient reconstruit. Là où tout est possible.

 

21 février 2009

Seven

Pause d’hiver condamnée par le temps qui nous soumet et non point par le temps qu’il fait, qui m’éloigne un temps de l’écriture pour faire aboutir un projet qui ne me ressemble pas mais qui, curieusement, me projette en arrière, preuve que le passé nous rattrape toujours. Je n’ai plus le temps de m’occuper de moi, de vous regarder, pourtant, à Saxe, tu es descendu du métro tandis que j’y montais, nous nous sommes vus et tu m’as transpercé de part en part.
Depuis, je pense à toi. Je m’interdis - de penser à toi.
Lunettes noires : je me cache. Le soleil est puissant.
New rock, plomb : je disparais dans le fracas qu’occasionne ma démarche décidée.
Chaque matin, avant de filer dans la salle de bain, je découpe deux kiwis, et le soir, avant de me coucher, je regarde Nip / Tuck, étrange mélange bâtard et décadent de Six Feet Under et de Côte Ouest. Il faut réconcilier les opposés, mais ne point se figer, manger 5 fruits et légumes quotidiennement, boire suffisamment d’eau pour s’hydrater, faire travailler ses reins mais point trop, finalement, pour ne pas les surmener. A quoi rime l’équilibre ? Qu’elle en est la finalité ? Il me manque d’être sur le fil du rasoir. J’aime les détraqués.

15 février 2009

Fin de Partie / Le Magasin des Suicidés

Il est indécent de s’exposer ainsi, tout comme il serait indécent d’envoyer par la poste un étron, sans omettre d’indiquer l’adresse du destinateur - et déliquescent d’imaginer les inférences qu’un potentiel lecteur pourrait concevoir, à la lecture de tels billets puisque, fragmentaire, le journal n’expose pas chaque recoin d’une pièce ni même chaque breloque exposée sur chaque meuble, les sillons, les fissures. Les ratures. Chacune des querelles décortiquées, en un long plaidoyer, une lamentation.

Il m’importe peu de passer pour cette sorte de monstre qui se livre à un rituel qui ne lui appartient pas en propre et qu’il n’a point vécu, cela, malgré des accointances qui vont dans le sens d’une communication éclair - blitzkrieg. Je ressens cependant le poids de cette lâcheté, que je ne cautionne pas, comme l’ombre d’une culpabilité qui cherche à prendre vie lors même que léger, hors ce fardeau qui enrayait des semaines durant mon imagination. Je me sens de nouveau libre de mes pensées, désormais plus fantasmatiques, de ma garde-robe, puisque mes choix étaient préjudiciables, puisqu’il fallait avant tout être conventionnel, et non trop classique, non costumé. Cravate et cravache prohibée. New Rock interdite pour le fun. Et la noirceur se répand peu à peu, infuse. Et la rancœur disparaît. Je peux me condamner à être moi. Et attendre celui qui acceptera ce que je suis vraiment, et totalement, qui me comprendra, et préférera entendre ma voix, que passer l’aspirateur parce qu’il est, dans certains univers, un ordre pour chaque chose…

… s’il vient.

[Nous avons validé la rupture numéro 89. Veuillez passer à la caisse centrale pour échanger votre article. Nous n’acceptons plus les chèques et les cartes bleus ne sont acceptées qu’à partir de 33 euros. Nous vous rappelons enfin que le magasin n’est pas ouvert le dimanche.]

 

14 février 2009

Mortelle Saint-Valentin / Autopsie d’une Rupture Contemporaine

Il est toujours question d’établir la communication, que ce soit en amour, en amitié - simulacre ou réalité. E m’envoyait un texto voici quelques semaines, posant cette question existentielle qui agite désormais les mœurs de ces entités sociales brièvement communicantes que nous sommes - ou pas : à ton avis, cela se fait de plaquer quelqu’un par SMS ? Je lui répondis non sans humour qu’il était plus classe d’envoyer un MMS.

Syndrome collégienne puissance 12. Il est désormais facile de se débarrasser de ses fantômes, de ses poubelles, et d’éviter toute sorte de recyclage malencontreux qui nous lierait à du papier point trop blanc, ô combien rêche. Nous allons dans le sens d’une consommation aiguë au sein de laquelle l’homme perd ses spécificités humaines pour devenir jeu, jouet et objeu et donc, l’égal d’un produit que l’on achète, et donc que l’on consomme et que l’on jette, une fois consommé, utilisé, épuisé, dont on se débarrasse, donc, parfois sans prendre de détour, ou en disparaissant, lâchement, puisqu’il n’est point, en matière de sentiment, d’option satisfait ou remboursé - une fois, deux fois. A peine un service après vente.

Comme je savais qu’il allait bientôt partir en vacances dans sa famille pour ne point rompre ses coutumes, qu’il allait bientôt ne plus être disponible et qu’ainsi je ne pourrais plus le voir, afin de lui expliquer, de vive voix, ce que je ressens, cela, avec une précision quasi chirurgicale, une diplomatie qui, souvent, me fait défaut, je ne pouvais attendre plus longtemps. Mentalement aliéné au discours que je pourrais lui servir lorsque je le verrai, un discours tout aussi calculé qu’honnête, concernant mes motifs, j’ai finalement choisi cette option lamentable et courue et de faire, à contrecœur, de la technologie mon allié dans cette épreuve ma foi cruelle mais nécessaire tant pour l’un que pour l’autre.

J’envoyai donc cette missive laconique et diplomate :
Pas de nouvelle. Nos deux derniers rendez-vous (restaurant et théâtre) étaient plutôt ratés. Je crois qu’il faut discuter.

Je reçus quelques temps plus tard cette réponse fort énigmatique de la NASA :
Rentre a lyon le 22. Resto raté? 25 janv nickel sauf urgence! Par contre Lundi 2/02 rezog et theatre : à chié. Jtai trouvé pa kom dhab..tu devais resté dormir..

J’envoyai ensuite, sur un autre support, sans doute plus noble mais tout aussi ridicule et inhumain - collégien - le message suivant, d’une concision extrême et n’évoquant pas le quart de ce que j’aurais aimé dire, sur sa vision binaire du monde en bien et mal et noir et blanc, sa radinerie, sa maniaquerie et son absence flagrant de gravité :

C'est sans doute mieux ainsi. Comme je te l'ai dit dans mon SMS je voulais te parler en face à face mais jusqu'au 22 février, ça fait long à attendre pour te voir et te parler enfin, alors que ça me travaille beaucoup. Je pense qu'il est mieux pour chacun d’entre nous qu'on arrête là, je ne sais pas de ton côté, mais je ne me sens plus à l'aise avec toi, une accumulation de choses négatives depuis le début. C'est pas pour être méchant mais je te trouve trop prosaïque, j'ai l'impression que du coup on a rien à se dire comme à notre dernière soirée, par exemple, j'ai aimé la pièce et j'aurais adoré en parler plus, tu vois, mais on est clairement pas sur la même longueur d'onde. On dit que les différences permettent de nous enrichir, encore faut-il qu'il n'y ait pas un gouffre entre deux personnes. Je suis désolé si je te peine. Prends soin de toi et fais attention. J'espère que les crêpes de ta cousine seront bonnes.

Je me sens sale.
Sale mais libre.

Me méfierai-je de la magie, des sorts puissants qui ne sont, au final, que des philtres vains, qui nous saoulent jusqu’à la lie, nous promettant à nous, pauvres créatures, des lendemains de soifs inhumaines - et d’eau, et d’absolu ? C’est encore un combat que je perds avec moi-même, un morceau de foi en mes idéaux que je soudoie à ma raison, laquelle m’invective sans cesse et m’enferme, peu à peu, dans cette cellule d’amertume qui me fait cracher sur ce mur. Je tacherai toutefois de garder comme souvenir mille et une lumières, cette main fébrile qui attrape la mienne, place Bellecour, ce sourire des premières fois, avant que la casserole de lait discount ne déborde, provoquant un cri de murène, une stridence qui, depuis, ne m’a plus quitté.

 

 

13 février 2009

Cluedo

L’ennui est terrible, au boulot, qui nous condamne à nous amuser, Madame Pervenche et moi, jouant au pendu, émaillant ces ronds faciès dépourvus de sourire de smileys, déposant eaux tourmentées et falaises figées à leurs pieds en forme d’allumettes et même - suis-je cruel ? - une flèche, histoire d’imaginer un petit scénario non moins amusant : la corde cède, le pendu, qui n’a même pas le temps de jouir, se castre lamentablement sur l’acier affûté. On n’est pas sérieux quand on a 32 ans. Mais Nicolas, le colonel moutarde, l’emporte haut la main 10 à 7 pendant qu’un énième match de foot est diffusé sur écran plasma, parmi les cris de deux trois vieillards volubiles que la bière n’étouffe pas. Et l’heure cesse d’avancer.

Rentrant par la nuit, je me faufile par les portes coulissantes, avec deux pantalons et pourtant, je suis seul dans le tramway jaune et bleu, sur cinq arrêts. Ce n’est point une énigme. La nuit m’appartient. Il est, dans cette normalité que je me suis choisie, quelque chose de rassurant, dans la perte d’un but, un confort certain, alors qu’à y bien regarder, c’est le règne du vide. Il ne se passe plus rien. Ou presque. Les soirées ne sont plus que fantômes, les amours, fantoches, la vie, mise en parenthèse.

[Des mots de pendus, cependant, pour mémoire, les miens : myxomatose, kyste, if, orme, zeugme, zygomatique, planche, ataraxie. Et deux oubliés : caprice de la mémoire, avant-goût de sénilité. ]

Mon frère devrait venir sous peu, pour me voir ; nous apprendrons enfin à nous connaître : Je lui ferais visiter les traboules et l’y perdrais peut-être. Je le pousserais du haut de la cour des Voraces, mettrais du GHB dans son verre et le livrerais, contre pièces trébuchantes, au premier sodomite venu, qui le découperait en morceaux à peu près inégaux, pour l’enfermer dans un congélateur puis, une fois cela fait, quelques mois plus tard, des touristes grassouillets le dévoreraient, dans un immonde bouchon de la rue Saint-Jean. Et je serais en prison. Ma vie ne changerait pas tant.

11 février 2009

Funny Games (Totus mundus agit histrionem ?)

Acte 1
Salon sombre d’écrivaillon, bordélique, ordinateur sur un bureau grouillant de papier, téléphone noir.

Nicolas : Salut, c’est moi.
Koala :
Ça va ?
Nicolas :
Oui, et toi ?
Koala
: Oui je suis fatigué. Le médecin a dit que…
Nicolas
: … je t’appelle pour savoir comment on s’organise pour ce soir.
Koala :
Ben il faudrait que tu viennes chez moi à six heures ensuite au va au théâtre chercher les billets.
Nicolas :
Tu n’as pas les billets ?
Koala :
Non !
Nicolas :
Tu es fou, tu sais que la pièce dure 4 heures ?
Koala :
Non, c’est vrai ?
Nicolas
: Oui, elle dure 4 heures. Et franchement, j’ai pas envie de passer 5 heures là-bas, tu vois.
Koala :
4 heures ? C’est n’importe quoi… Je pensais que la pièce durait 1 heure et demie. Ca dure une heure et demie d’habitude !
Nicolas :
On est pas au cinéma, tu t’es pas renseigné avant ? Je sais pas moi, quand je vais voir une pièce je me renseigne…
Koala :
Non, je ne me suis pas renseigné.
Nicolas :
Tu sais au moins de quoi parle la pièce ?
Koala :
Ben non. (Shakespeare serait-il une caution ?)
Nicolas
: Quand tu vas au cinéma (et tu y vas souvent), tu lis le résumé du film, je suppose ?
Koala :
Bien sûr…
Nicolas :
….
Koala
: Du coup, je vais ramener une bouteille d'eau et une pomme.
Nicolas :
….

Acte 2
Studio 24. Large scène, murs de métal obscènes et glacés, les acteurs, au jeu tranchant, disparaissent dans des gouffres rectangulaires, des éclats sonores puissants fendent l’espace, avant silence. Et lumière. Entracte.

Nicolas : Ca te plaît ?
Koala :
Je crois que c’est pas fait pour moi. C’est trop compliqué. Il y a plein de mots que je ne comprends pas.
Nicolas :
Ah oui ?
Koala :
J’ai l’impression qu’ils disent plein de choses pour dire pas grand-chose.
Nicolas :
….
Koala :
Je préfère le vaudeville. J’ai été voir Clementine Célarié, c’était excellent.
Nicolas :

Koala :
J’aime bien les histoires avec des amants, des maîtresses, des retournements de situations.
Nicolas :
(…)

Une fille, deux fauteuils sur ma droite, que j’ai surprise atteinte d’une crise spongiforme, manquant de renverser son gobelet en plastique vide, m’a demandé si je voulais bien la laisser passer, désirant voir l’inscription peinte par le peuple Romain, sur le mur.
Rupture de communication.
Je me lève également. Il me parle d’une pièce au nom ridicule qu’il a adorée : Frou Frou les Bains. Je me moque. La pièce reprend aussitôt et ma voisine très respectueuse s’amuse un long moment avec son cellulaire.
Parasitage.

Acte 3
Retour au froid, rue quasi déserte, le studio 24 s’éloigne de nous ; des corps anonymes, éclatants de commentaires sur la pièce, obliquent vers l’arrêt de bus. Nous marchons tous deux en silence.

Koala : Ca t’a plu ?
Nicolas :
Oui, même si ce n’est pas mon style de théâtre… (Envie prononcée de dire ce qui m’a plu et déplu dans le détail, concernant la mise en scène épurée des décors par l’éclairage, les sons, le jeu des acteurs, l’ambiance générale de la pièce - censure immédiate.)
Nicolas :
Et toi, t’as aimé ?
Koala :
Pas vraiment. Je me suis endormi. C’était long !

Retour du silence. Implacable. Marche vers l’arrêt de bus, qu’il nous fallait trouver : un petit totem, égaré dans la nuit. Là, deux bus sont arrivés, le sien, que nous devions prendre, afin que de dormir ensemble, et un bus surprise, salvateur, qui menait non loin de chez moi, véritable cadeau des Dieux.

Nicolas : Ca ne te dérange pas, si je prends plutôt l’autre bus ?
Koala :

Nicolas :
On dormira ensemble samedi prochain.
Koala : 
Je serai parti en vacances.
Nicolas :
On verra sur internet alors. Signe de la main. A bientôt.

***

EPILOGUE 

Puis-je espérer, à l’image de Tullius Aufidius qu’un public terriblement proche, à droite de la scène c'est-à-dire, dans le sens de l’histoire, et de l’écriture, réponde à cet appel au secours, lancé comme un cri éploré - « Aidez-moi » - provoqué par la perte de cet amour, supposant une suite par trop intime. Qui, dans mon cas, a parlé d’amour, après tout ? La magie n’est qu’un mensonge éhonté, une quête absurde, comme l’absence supposé d'un Graal, dans les musées.

 


Découvrez Radiohead!

09 février 2009

Hair

Etrange, la rébellion de mon corps, dans ce salon de coiffure. C'était la première fois qu'elle me coiffait, celle qui n'était jusqu'alors que la troisième, l'anonyme, celle qui porte des grosses bottes. Elle parlait bas, trop bas. Elle m'a demandé : vous habitez dans la rue ? J'ai répondu oui, à contrecoeur, bien que je ne sois pas sans domicile fixe. Un peu ronde, son corps me touchait parfois, proxémique dérangeante. Déjà, au bac, alors qu’elle me shampooinait tendrement, je me suis surpris à relever la tête : une flexion avant de mon corps, légère, si légère. Elle me posait deux trois questions, de temps en temps, auxquelles je répondais, en quelques mots, incisifs, décisifs ; malgré toute cette bonne volonté, d'un côté comme de l'autre, le dialogue ne s'établissait pas, pas plus que ce monologue cher aux coiffeuses sur le temps qu'il fait  : blocage. Plus elle me ratissait le crâne avec ses accessoires de torture et plus j'espérais qu'elle en finisse. Je le lui ai demandé, plusieurs fois, sur un ton débonnaire, sympathique et point trop forcé : c'est terminé ? Et mon corps... ah mon corps : toujours ce même mouvement, lancinant, de cette mécanique de chair contrainte par ce contrat tacite coiffeur-coiffé qui cherchait à tout prix, au mépris de ma propre raison, à s'échapper de cette maudite configuration. J'étais bien prisonnier, bâillonné comme un Jésus par la large blouse aux reflets cuivrés. J'ai osé, cependant, la teinture, pour cacher mes racines. Cette femme n'a pas compris que je souhaitais de nouveau du brun et m'a appliqué, avec soin démoniaque, ma couleur naturelle, comble de l’ironie lorsque l’on sait jusqu’à quel point je déteste la couleur de mes cheveux ! L'essorage de ce pétrole bâtard m'a paru bien plus long que le temps de pause ; et moi de me maudire d'avoir choisi pour second café un café court. J'eus l'impression - subtile paranoïa - qu'elle prenait son temps exprès, sachant mon supplice. Et c'est reparti comme en quarante : quand elle me demandait d'incliner la tête, je l'inclinais en avant, augurant le départ. Systématiquement. Sans le vouloir. Le corps, le corps. Je n'avais qu'une envie : me sauver, me sauver le plus vite possible. Je crois que ses collègues, alors inactives, ont remarqué combien j'avais envie d'en finir : ce devait être là un spectacle étrange. un huit clos plus terrifiant encore que ceux qui se jouent, parfois, chez les dentistes, plus terrifiant encore que cette coiffeuse presque borgne qui, du temps jadis, tremblotait, pendant une heure, à me débarrasser lentement de mes fils capillaires, avec ses ciseaux qui frémissaient, stressant va et vient, non loin de ma cornée. Pourtant, je n'ai rien contre cette femme à bottes, je suis à peu de chose près satisfait de ce qu'elle a fait de mon implantation désastreuse, du naturel abject de cette couleur artificielle qu’elle m’a imposé bien malgré moi, couleur je n'ai remarqué que bien plus tard puisque, mouillés, mes cheveux avaient l'air noirs, et même, enfin, satisfait tout à fait, je l’étais, du goût discret, aérien, des deux cafés. Mais voilà : j'appréhende d'y retourner. Qui m'y oblige, après tout ? Ma carte de fidélité et sa promesse désormais utopique d’une coupe gratuite ?


Découvrez Hooverphonic!

07 février 2009

Elephant

Tous les matins sont mornes, qui se ressemblent toujours un peu plus, ciel blanc et crevé, voitures le long du corps, suspendues à des feux de non-sens rouge tendance, que je dépasse, courant parfois derrière l’aléatoire bus censé me déposer au bord du monde ; et les jours se ressemblent, toujours un peu plus, sous l’égide du sacro-saint « métro, boulot, dodo. » Parfois, des conversations, des regards, viennent briser ce tour de manège lent comme l’ennui ; ou bien je parviens à me glisser dans la musique, déversée à flots orageux dans mes oreilles, jusqu’à oublier le monde, la station à laquelle je dois m’arrêter. Ces temps-ci, Perrache.

Perrache aux aurores, Perrache la nuit, c’est l’aboutissement, à tour de rails, de bras, de Vinatier, sa main qui nous livre de beaux fous, perdus dans des drames sans nom, lesquels s’agitent, maugréent, insultent, crachent, tournent autour de vous, comme des policiers vaguement suspicieux, un sodomite édenté, dans un square familial, dans la chaleur de l’été, ce sodomite qui, dans l’ombre de sa femme, souhaite vous glisser un billet, dans la main, comme cela, comme une faveur, un bonbon en extension, pour des jours meilleurs. Un vieux fripé comme un chiffon m’avait dit un jour que je portais un jean déchiré : « tu viens avec moi, et je donne trois cents francs. Tu pourras te payer un nouveau jean. » Comme la perception du monde diffère d’un être à un autre !

Elephant avait les yeux qui tombent, aqueux et vides, des oreilles naines, minuscules conques d’où pourraient sortir en trombe des cafards, un corps longiligne, dont les cinq doigts étaient à peu près égaux, et cette voix pâteuse et alanguie qu’ont les aliénés, dont le cerveau ramolli ne fonctionne qu’à peine, bien au-delà du dégriffé. Il insulta une fille de salope, parce qu’elle le regardait sans doute un peu trop, lui, Elephant, alors qu’il se grattait copieusement les couilles - des couilles d’adolescents sans doute pleines de miels, de sucs foutrement fermentés.

Etrange spectacle : j’étais en face d’Elephant, dans le métro. Le con, il s’est coincé, diablotin mou et énervé, dans la porte coulissante, à Perrache, terminus, quand la porte s’est ouverte… il s’est coincé son bras longiligne dans un petit renfoncement, je ne sais pas où. Ses petits murmures d’insectes n’étaient même pas drôles, ni même émouvants. D’un grand mouvement désespéré, il s’est détaché du monstre de métal qui avait tenté de l’engloutir puis s’est jeté, gamin, sur d’autres portes coulissantes, menant au tramway, où je l’ai suivi, d’un pas ombragé, jusqu’à le perdre de vue. C’est alors qu’un gnome apparut, en face de moi, alors que la grille de métal se refermait tendrement sur ce monde d’acier. De ses deux mains, il essayait tant bien que mal de remettre son chibre en place dans une couche-culotte dantesque, devant l’assistante médusée : personne ne semblait prêter attention à ce spectacle coutumier de Perrache, la nuit, microville des fous. Moi, je l’ai suivi du regard, par amour des contes, alors qu’il clopinait par l’ouverture glacée par la nuit, direction Suchet.

 


Découvrez Massive Attack!

06 février 2009

Les Lois de l'Attraction

2 mois plus tard…

On pourrait avoir tous les matins du monde, si je ne dormais pas, ou ne travaillais pas, du coup, toi et moi, on a rien, on a rien du tout, et c’est bien mieux ainsi : est-ce cela qui me lie à toi, dans le manque que l’absence crée ?

On peut dire que toi, tu sais m’étonner. Dix jours sans se voir, ton opération, nous nous revoyons dimanche dernier et très vite, j’ai envie de te prendre dans mes bras, de te caresser, de t’embrasser à en combler mon absence tragique d’amygdale : le désir ne s’éteint pas, qui s’allume aussitôt que tu es près de moi. Mais je ne reste qu’une heure, une heure sereine dérobée au temps, dans ma course aux rêves. Une heure aussi parce que j’ai prévu de marcher, morne évasion. Et toi, lorsque je m’en vais, tu te vides de sang, tu fais une hémorragie. Pendant que je traverse la tête d’or en écoutant Radiohead, tu es transféré à Grange Blanche. Comme je travaille, je ne peux te voir, malgré cette évidente et déchirante proximité géographique. Plus belle la vie ? Plus belle l’envie : te savoir dans ton sang me donne envie de t’aimer un peu plus, toujours plus. Alors, je te laisse m’appeler la nuit venue, je te laisse me raconter toute ton histoire : la propagation du sang, l’imbibition progressive des couches de vêtements et serviettes, l’intention somme toute délicate d’un interne, d’une non moins ravissante stagiaire, prenant des notes, alors que tu es à poil, exhibé devant eux, phallus à l’air, racontant méthodiquement ton aventure médicale, récitant, poésie excitante, à en faire frémir Lautréamont, ton carnet de santé, plus bavard qu’une carte vitale. La vie est curieuse. N’est-ce pas ?

Voici déjà un mois, mon DOUDOU… nous étions plongés dans ta couette et torses nus, je caressais d’une main lente ton ventre blanc et doux. « Tu as beaucoup de grains de beauté », te dis-je alors et toi de me répondre, m’en montrant deux, à peine monstrueux : ces deux-là n’en sont pas, des grains de beauté, il s’agit d’une maladie, la maladie des enfants. Ce sont des sortes de verrues, des contagiomes, je crois. Les médecins ne savent pas trop comment cela se transmet, si ce n’est que c’est au contact des enfants. Au contact des enfants, voilà qui est ravissant !

Nous voguons de surprise en surprise, chacun de notre côté, et ensemble, tout de même, relié par des SMS au lyrisme lacunaire ; je me nourris, pour ma part, de cet étrange paradoxe : l’envie, le souhait que tu ailles mieux, que ta santé te revienne, et la peur que cela arrive : il est évident que cela bouleversera cet équilibre précaire dans lequel nous sommes plongés, qui m’apparaît confortable. Après tout, tu pourrais m’aimer, ou me détester !


Découvrez Kylie Minogue!

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