QUERELLE

Journal intime, mais non confidentiel, de Nicolas Raviere, où il est question de toute autre chose, parfois, que de simples querelles.

29 avril 2009

ностальгія

Oui, comme toi, je suis nostalgique, névralgique quand je repense à ce possible essai non transformé, ce maillot bien trop grand, cette main, point trop lisse, doucereuse, et les draps, les draps comme on les avait laissés, ceints d’une odeur amoureuse. Je n’irai pas plus loin, je n’en ai guère la force - ni le temps.

Ce n’est point du théâtre et pourtant, c’est un vaudeville. Une tragédie humide.

Nos costumes sont ceux que la nature nous a donnés, cette infinité de membres qui poussent et se repoussent sans cesse dans la chambre moirée.

A quoi bon se rejoindre dès lors que l’on se suffit à soi-même ?

J’aime les départs imposés par la vie.

Il me parle de douceur et je ris : l’innocence ne va pas aux cons. Ce n’est qu’un prétexte de plus, fallacieux, qui s’ajouterait à une somme de faits incoercibles et cohérents : nous ne sommes rien d’autre qu’une erreur de casting. Une erreur monumentale !

A quoi bon allumer des bougies, dresser une table, déguster jusqu’à la lie ce vin précieux, jusqu’à devenir sulfite ?

28 avril 2009

Orange

Ils portaient ces t-shirts orange, pour fourrager dans le végétal qu’accrochait le textile saillant, allant droit devant, l’un après l’autre, sans se connaître et cependant similaires : ils portaient un bas de jogging marine dans lequel se lovait un sexe à l’affût. L’un s’en fut à droite, le second par la gauche. Quant à moi je rebroussais chemin. J’avais emporté Nicolas Pages avec moi, juste au cas où et recevais du ciel, des arbres, d’infimes gouttes d’eau, sur mes épaules et les pages, sur mes cheveux. J’en sentais parfois, du bout des doigts, réflexe indigent, l’odeur naturelle fade et fantôme, puis m’allongeais plus loin, plaquais mon dos contre un arbre, regardant les oranges et mûrir et flétrir, s’évanouir. Je savais que je pouvais soupeser ces fruits, que l’on venait de m’offrir si gracieusement, comme cela, un peu par hasard, et croquer dedans, à l’affût d’hypothétiques vitamines, mais je n’aime pas la couleur orange - et moins encore le bleu marine.

27 avril 2009

Hommes au Miroir

Les soirs de solitude, je repense à Eglantin, à son corps long et fin, travaillé par le sport, aux muscles saillants, vaillant pantin. Il est de bon matin blême face à son miroir, terriblement nu - et de dos. J’en admire la franche courbe, un peu féminine et ses fesses au galbe puissant, terriblement douces, lisses comme deux bonbons, que je n’ai point croqué, parce que désireux d’en garder un peu, sous cellophane, de ce met précieux.

Il se retourne, tout à fait libre de ses mouvements, indécent, sur une musique des années 30, la verge gonflée de désirs nouveaux, et se dirige vers moi, coquin et tragique, qui humecte mes lèvres de ce café préparé avec amour par une grand-mère industrieuse, assistant l’homme pressé. Ses fesses rétrécissent dans l’ove du miroir, tandis que sa verge gonfle, tout contre mon corps. De ses doigts, il caresse le rouge boxer qui me sert de parure et me prend par la main si bien que le café à peine fumant disparaît de mon champ de vision.

Eglantin, le seul des hommes qui a su, depuis des années, m’embrasser, n’est plus qu’un mirage parmi tant d’autres, un souvenir exquis qui peine à m’émouvoir, que d’autres hommes effacent peu à peu. Je l’imagine parfois, plongeant dans cette piscine dont il est coutumier, avec cette grâce athlétique démente, que l’on prête aux dauphins, pour s’éclater le crâne contre l’éclatante faïence, jusqu’à s’épandre, vermillon, dans cet océan de Chlore. Personne n’ose venir à la rencontre de ce pantin désarticulé, de cette marmelade sanguine ; même moi, qui assiste à la scène avec émotion, je me retourne, rictus imprimé sur les lèvres, direction Aix-les-Bains.

21 avril 2009

Eglantin

J’aurais pu rester des heures devant ces jardins immaculés, à écouter la rumeur du vent, longer le fleuve, jusqu’à atteindre les chevaux, et l’Immensité, pour enfin poser mon corps vide et solitaire contre l’écorce d’un arbre, et l’y laisser gésir jusqu’à la nuit tombée, en faisant fi du verre noirci derrière lequel je dissimule mon âme.
- Ad vitam.

Est apparu, cependant, une sorte de prince au pull échancré, avec qui j’ai partagé un cornet, monnayé par un homme canin, au loin de sa camionnette et blanche et sale et vide, Prince qui m’a dit, dans un estaminet, et contre toute attente : j’ai envie de t’embrasser. Alors, il m’a gavé de gris-gris, de doux baisers, aériens et limpides, moi qui souriais bêtement, suspendu, hébété, devant la porcelaine bleue de ses yeux rieurs, jusqu’à m’y perdre aussi.
- Et il en fut ainsi.

Alors, il m’a conduit par la nuit, au loin du symposium exquis, jusqu’aux portes d’un Orphelinat, par delà des ponts où ricochèrent nos pas, pour me recueillir, au milieu d’une jungle saisissante, sur un drapé mauve où nous nous sommes fondu ; nous avions chacun, dans une main, un calice de rose, de l’autre, nous caressâmes avec langueur nos corps nus et alanguis, comme suspendus dans la moiteur de cette intimité de souffre - et de fleur.

 

 

19 avril 2009

Les Amants

Je commence déjà par fermer mon blog Le Journal Inversé (2006 / 2009) avec un tout dernier texte : les Amants.
Bon dimanche à tous :)

 

journalinverse

17 avril 2009

La Valse des Urodèles

Ce n’est pas possible, tout simplement impossible, que de l’imaginer CELA, sur ton lit de framboise, nous dévêtir jusqu’à la couenne, nous assembler jusqu’à la graisse, par la glue de nos sexes ; ne le sais-tu pas ? Ce besoin d’évasion que j’ai, présentement, ne le permet pas ; c’est ce que désire pourtant mon corps, toujours rebelle, enclave noueuse et tendue vers ce nulle part : des continents dont la carte n’est plus à inventer. Pures et vaines siamoiseries.

Toi et les autres, sous papier calque, êtes strictement identiques, partageant le Rite, qu’on pourrait appeler le rite du soleil, une parade nuptiale aux codes par trop établis, que les médias nous renvoient à tout instant, avec l’élégance d’un poison et que la vie, par simple instinct de mimésis, nous propose, de même que des fruits, rayon primeur, à chaque instant, à chaque regard. Puis, à la dérobade, on se suit par le cul comme des chiens gravissant le bitume.

A cela, je préfère le tranchant d’un poème, la vague rectiligne d’une lame, un crachat chaud et doux, spongieux, une main tétanisée, blême sur un corps endormi. Un regard qui dématérialise tout. Le Prisme. L’Emotion. L’Océan, prisonnier de l’œuf irisé.

1 / Comme hier. Il m’a donné un grand instant de bonheur, qu’il serait vain de reconduire, parce qu’il faut laisser aux enfants le privilège du Sacré.

2 / J’ai photographié la scène, avec mon appareil photo spectral, qu’il n’a point vu, puisqu’il n’existe matériellement pas, dont il n’a pas d’idée de ce qu’il peut être puissant, parce qu’il empêche présentement son heureux propriétaire de poursuivre certains récits, de les continuer, pour les achever, sens propre et figuré : les histoires qui s’inventent et les souvenirs qui prennent corps ne doivent-ils pas générer une sensation de merveilleux - totale et inaliénable - afin de sublimer un quotidien médiocre, dans lequel on s’efforce, risible combat, de trouver toujours plus de petits bonheurs insignifiants, que l’on se plait à énumérer, à qui veut les entendre ?

3 / Il m’a donné ceci : anecdote # 43 [Qu’il serait bon que la technique du copié collé fonctionne, parfois, dans la vie, afin de créer des symétries reposantes, de parfaits petits îlots dont on connaît chaque recoin. Bullshit.]

Soirée clandestine après fermeture, dans le noir estaminet, nous bûmes des liqueurs du passé, sous l’égide du Chanoine pour rejoindre, timides sous l’absence des étoiles, quelques enfants qui, place Bellecour, tournoyaient, paisibles, dans le vent, sous le regard d’une mère placide. Puis, nous quittâmes ce lieu, pour un autre, où ces jeux miniatures nous appartenaient tout à fait : défier la gravité, oser la contorsion et taper du cul jusqu’à rejoindre les étoiles. Mais le ciel était vide - quand bien même ! Et je suis reparti, dans la nuit, d’un pas lourd - et léger.

*** 

Je laisse un silence plus profond qu’une ecchymose sur la peau de ces nouvelles rencontres, constatant la déflagration lente des amours possibles et impossibles ; je ne sais que regarder les fleurs, les contempler, jamais ne les respire et je n’ose, d’un geste ô combien précis, ou terriblement saccadé, en couper la tige, pour m’en emparer ; ne sont-elles pas, de toute façon, destinées à mourir ?

15 avril 2009

Un Tramway nommé Gésir

Perrache. 5 : 30 AM. Le corps délabré par la nuit, juxtaposé, nonchalant, contre le mur, soudé par l’épaule au ciment et sans amygdale, j’attendais que le tramway nommé gésir vienne m’emmener loin de ces paysages glabres, pour reposer mes membres alourdis par les frasques d’une nuit sans lune. Un homme est venu à moi, me réveiller de cette torpeur atavique, de cette vague nostalgie qui préside à la fin de toutes choses, les pires, comme les meilleures, ces petits deuils de peu d’importance qui vous font aimer la vie. Ou pas.

Un homme gras et quasi chauve / le crâne bardé de tiges cuivrées de gras /                    sourire poupin de quadragénaire idiot /                             au physique indiqué pour un improbable remake d’un film de Murnau /                                     aux lunettes rondes comme deux culs de rombières transparents                             / ligoté tel un Jésus dans un manteau morne et gris, hilarant et cache-misère/

m’a harponné, de face, à quelques centimètres de mon visage, comme ces enfants qui font la manche non loin de la gare, aux portes des 3 étoiles. Nos haleines viciées communiquèrent, quand il prit sur lui d’ouvrir la bouche, pour une invitation des plus déplacée - et inattendue. Sexy coma, sexy trauma…

Il me dit : tu reviens du boulot ? Ou tu as fait la fête ?
Je réponds avec aplomb : La fête.
Ca te dit de passer un moment, là, avec moi ? J’habite juste à côté.

Je travaille demain après-midi
.
A quelle heure ?

A deux heures.

T’as pas 30 minutes ?

Ca dure pas longtemps avec toi
!
Une heure alors, on fera des préliminaires. 

J’aime pas les préliminaires. Et je veux pas être fatigué au boulot. Mais on peut se voir bientôt.

Quand ?

Bientôt.

[Silence]

Et tu aimes quoi, toi, au lit ?

[Censure de la médiocrité.]

Et tu n’aimes pas des trucs plus « hard » ?

[La fellation, c’est hard ?]

Le tramway arrive enfin, et, avant que de m’engouffrer dedans, je lui glisse dans le creux de l’oreille une connerie abjecte, afin de finaliser cet échange minimal, matinal : vendredi, on baisera comme des porcs.

Funny little one ! Tout de même… Je lui ai donné mon numéro de téléphone portable, je sais pas trop pourquoi, je sais pas trop comment, ainsi que mon prénom, afin qu’il puisse m’insérer - dans les abysses de son cellulaire. Il m’a demandé mon âge. Ma profession. Si j’ai six orteils de pieds. Les choses les plus utiles en quelque sorte. Absurde : je ne sais même pas si j’ai commis ces actions par habitude, par amusement ou par dépit, tout en sachant pertinemment qu’il ne se passera rien de physique entre nos deux corps lors même qu’il est loisible qu’un jour, alité et face aux striures de mon plafond, je me masturbe en pensant au grotesque de cet inachevé, assouvissant par là même une pulsion contraire, par abus de fierté.

Depuis, le téléphone n’arrête pas de sonner.

11 avril 2009

Le Départ

Querelle confesse à 15:51 - I. Tisseur de Saison / Perséphone - Confessionnal [5]

06 avril 2009

Drame à Epinaie

Je me demande maintenant : peut-on faire l’amour dans une boite à savon ? Il a posé ses mains sur mon cœur, sur ma cuisse, trois petites tapes, joviales, bon chien, toi j’tai à la bonne !

Nous avons traîné dans les sous bois, d’un pas lent et assuré. Je n’y suis pas allé par quatre chemins, vu qu’il n’en y avait qu’un : peut-être que si on trouve un coin tranquille, on pourra s’isoler, et tu me trancheras la gorge. Mais non, chéri, le sang ça tâche. Je me contenterais de te séquestrer.

Pétri de délicatesse, il m’a proposé, le coquin, de sucer. Des fisherman à la cerise. J’ai dit : ce sera la première fois que je suce dans les bois. J’ai menti. Et comme un malheur n’arrive jamais seul, je me suis délecté de sa pastille.

Sans demeure apparente, il semble que le temps s’est arrêté, un peu, en cet instant, dans un parallélisme étrange et inversé. Nous découvrîmes enfin nos yeux,
pour ne plus nous voir.

05 avril 2009

Beth

Explorons une dernière fois le monde des rêves, si tu le veux bien, avant que de fermer la porte, et de disparaître à loisir dans l’aurore laiteuse - ou l’empire silencieux - et accidenté - de la nuit.

Je n’écris plus de rêves ici, pourtant, ce n’est pas faute d’en faire, ou d’en subir, chaque nuit qui se passe, en marge du quotidien : des petits contes atroces pour enfants attardés, des farandoles de monstres et des douceurs nacrées. Importantes, ces douceurs, tu n’as pas idée !

Ne t’attends pas, pour ce dernier rêve, à quelques instants oniriques cousus par cette voix dont tu es coutumier, puisque cette voix, éreintée, désormais ne chante plus, ne porte plus, c’est à peine si elle murmure, susurre. Mais procédons :

Je suis allé dans ce sanctuaire - éreinté lui aussi - qu’est l’United Café. Pénétrant ce lieu par une porte qui, dans le monde du rêve, n’existe pas, je me retrouve dans une salle fictive, reliée au célébrissime Couloir. Là, sous des éclairages violents comme des couteaux, des corps nus d’hommes musclés et décharnés s’enlacent, mécaniques douteuses ; et devant moi se tient Beth, cette amie que je n’ai pas revue depuis l’université, ma meilleure amie d’antan, complice de tant d’instants, avec qui je suis brouillé depuis 8 ans - et à jamais - pour des histoires qui cependant ne méritent pas que se fâchent deux adultes - péché d'orgueil n’est-il pas malédiction ?

Son visage n’a pas changé, toujours aussi poupin, des petites oreilles de Bouddha, des lunettes évoquant des papillons l’armature, cependant que le verre n’a rien de léger, formant deux petits bocaux. Elle est nue, et visiblement enceinte. Sa peau fatiguée, relâchée, grise et friable, lui donne un air de vieille  femme surannée sur laquelle on aurait collé une tête joviale et débonnaire, comme pour créer une chimère douteuse, un oxymoron de chair incarné dans le monde brut et physique.

Je l’appelle : Beth !
Elle me regarde d’un air bovin, point trop lucide, mais j’y vois fort bien, pour la connaître parfaitement, qu’elle me reconnaît, cela bien que j’ai changé, vieilli moi aussi, épaissi tout autant qu’elle, et qu’elle ne souhaite vraiment pas me parler. La Garce !
Avec une conviction des plus écœurante, j’essaye tant bien que mal d’établir un possible dialogue :

On est plus des enfants, Beth. On est pas obligé de se parler à nouveau, mais je tenais à toi, alors j’aimerais que tu me racontes ce que tu as fait tout ce temps.

Elle ne répond en rien à cette requête mais je vois bien dans son œil torve que cela l’intéresse, peut-être, de me livrer des parcelles de sa vie. Néanmoins, elle se tourne vers un homme nu, sur un banc, un homme terriblement jeune, aux cheveux blancs - et point albinos - avec un corps de craie, rectiligne et franc, une verge très peu innervée, si dure qu’elle semble soudée à son nombril, et blanche comme le calcaire. Beth ne tarde pas à se saisir de ses deux testicules, bonbons lisses comme des joues de bébé, qu’elle malaxe mollement entre ses doigts grêles et tordus. 

Je rejoins pour ma part le couloir, où une forêt de créatures pailletées aux allures diaprées, fardées comme des créatures de clip vidéo, m’empêchent d’avancer.
Viens avec nous, Nicolas,
 qu’elles me disent. Viens avec nous.
Le regard droit, sans prétendre les voir, je force le passage en m’élançant dans cette forêt décharnée et mouvante, griffé, molesté, par des ongles de démons, et cela jusqu’au sang : de légères piqûres, ni plus ni moins. Et je m’élance toujours. Et j’entends :

Allez, de toutes les connasses, tu es la pire, alors viens nous rejoindre.

J’arrive devant le vestiaire qui, dans le monde réel, se situe à l’entrée et qui, dans le monde du rêve, est exactement au même endroit c'est-à-dire : la porte de sortie. Je découvre que je porte une de ces besaces modernes qui, voici quelques années, étaient réservées aux homosexuels, besace que j’ouvre, pour en sortir ma sempiternelle veste, que curieusement je ne porte pas en pareille occasion.

La fille du vestiaire me dit : « Ca fera trois euros.
- Trois euros ? C’est pas deux, d’habitude ?
Il y a deux choses.
- Ca devrait faire 4 alors.
Mais c’est trois. C’est ainsi, c’est comme ça, et pas autrement.
- J’aime trop le chiffre trois pour le sacrifier ainsi »

Sans trop savoir pourquoi, je repose ma veste dans le sac, que je remets ainsi qu’une pièce de deux euros, dans les mains de cette jeune fille fort aimable, pour ensuite quitter à jamais les lieux, par la porte de métal.

Et me réveiller.




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