29 mai 2009
Welcome to Zanzibar
Tu entres dans
l’ère concrète où les mots, sous couvert d’inférences, évoquent des réalités
nouvelles, dessinent des nuances aux drames et aux bonheurs, élargissent les
frontières des mondes connus et inconnus, fracturent l’unité du Totem.
Je ne me
fais plus de souci pour elle, disait la voix. Elle un petit ami, gentil,
serviable, une nouvelle télévision. Je ne fais plus de souci pour elle, et
advienne que pourra !
Cela n’est
point un délire, tout juste un reflet à peine déformé de la réalité, dont on le
discerne la vérité qu’au travers d’une lame subjective, un jugement des cinq
sens, qu’accompagnent, purulents, certains automatismes fortuits de la pensée.
Tout cela paraît un peu obscur, mais fais un effort, concentre-toi et
prends-moi par la main.
Welcome to Zanzibar
La dernière
fois que j’ai saisi une main qui m’était tendue, je me suis retrouvé enfermé
entre quatre murs, derrière une porte coulissante, à conjurer, fracassant le
pseudo totem qui m’avait lié au vain serment, non reconduit, jouant une
partition nouvelle et cependant innée. Comme j’avais la tête dure, pour ne
point ployer aux extrémités, par l’étreinte du Cyclope !
Une heure
après, des anges essoufflés tournaient autour du panneau Exit. Surprenant :
j’ai posé un instant ma main sur son épaule, froissant le blanc textile,
gagnant l’halitueuse épaule et condamnant la vie, rejoignant les murs crèmes,
par la découpe habile du matin, suspendu au soleil miteux de l’aube.
Il fallait
fêter cet anniversaire, anniversaire de chair, à la façon des rois, des reines
et des esclaves, se perdre dans les affres d’une tradition nouvelle, un rite
factice et factuel, délictuel : créer, en quelque sorte, sa propre mythologie.
***
POSTER BOY
Trois silhouettes
se dessinent, au grand café des requins blancs, dans la moiteur silencieuse et
abyssale d’un été sulfureux, dont les formes évoquent, lignes droites et
longilignes, des hommes fins, rompus aux mécaniques physiques.
***
[Je me fiche
bien que tu ne comprennes pas, journal, ce que je cherche à exprimer,
précisément, dans cet égarement vaguement consenti, ni même la finalité de ces
quelques paragraphes. Les seuls pouvoirs qui te sont investis sont les miettes
que je t’ai confiées, ta mission n’est qu’un leurre, une impuissance à conjurer
; à moins que tu ne sois le reflet de Zanzibar, auquel cas tout s’annule. Je ne
te l’ai jamais dit, mais tu le sais pour être moi, Nicolas : tout a commencé
par une partie de cartes, voici plus de vingt ans.]
28 mai 2009
Melmoth
L’inconscient
est notre pire ennemi, contre lequel il faut combattre plus que de raison, avec
ou sans allié ; c’est dans la nuit qu’il se façonne un visage étranger, ou
familier, pour nous mieux dévorer, nous molester et nous laisser interdits, au
réveil, impuissant comme une tasse de café, face à l’humain qui lui est dédié.
J’aime à compter son absence, signe des jours meilleurs ; et néanmoins le
retrouve en filigrane, dans l’écheveau des mots que je tisse, sans cesse à
l’affût, comme un vampire en quête de sang.
(Inspiré par Lidia)
27 mai 2009
Trip de Trept
Nous sommes
allés au fin fond de l’Isère, pour nous baigner dans un lac inaccessible à ceux
qui ne campent pas : le lac de Trept. Emilie les Bons Tuyaux ! Nous avons
déboursé pour un autre lac, plus miteux, floconneux de pollens, non loin d’un
restaurant anecdotique, sur la plage duquel nous avons mangé un pique-nique,
que nous dûmes partager avec une armada sporadique de scolopendres. Et quelques
mouches dantesques et affamées. L’Isère, c’est la misère.
Barboter entre
amis dans les eaux fangeuses d’un lac en l’Isère, rire des farces et des
semblants de guérillas, contempler deux beaux éphèbes ignorant leurs fades
dulcinées pour se lancer un ballon à l’infini, se faire cramer la peau jusqu’à
devenir écrevisse, malgré l’absence consternante de soleil, et sentir, la nuit
venue, nu dans un courant d’air, le vent fouetter mes épaules et ma nuque :
comme je me sens vivant !
Pourtant, je
fais des rêves terribles, la nuit venue, des rêves terribles, chaque nuit. Ce
sont, à dire vrai, des cauchemars : ma mère n’a de cesse d’y mourir, dévorée
par cette succube fruitée qui lui dévore les entrailles. Mes sœurs, plus
charmantes que jamais, s’emparent de tout ce qui lui appartient, afin que je ne
puisse, moi le frère indigne et exilé, conserver des indices matériels de son
passage sur terre, que je ne puisse posséder poussière de ce qui lui
appartenait si ce n’est son souvenir, ainsi que son alliance, qui ne quitte
plus ma main droite depuis quelques années ; elles brûlent, les insensées,
jusqu’aux toiles que je lui ai confié, celles qu’elle appréciait tant, puis,
nourrissant leur noire vengeance sur ses années sombres de l’enfance,
venimeuses de l’adolescence, elles se sont arrangées, les garces, pour répandre
ses cendres à mon insu, dans un endroit tenu secret. Alors, désespéré d’avoir
tout perdu, je me noie dans le lac de Trept.
Je vis bien
tout le jour, à rire et m’occuper, pensées domptées, bonheur acquis, et chaque
nuit, cependant, insidieuse malédiction, me rappelle au drame, avec la
puissance d’une incantation. Comment éviter le sommeil ? Comment le rencontrer
sans qu’il ne nous rencontre, au détour d’images fastidieuses, qui révèlent les
peurs enfouies au plus profond de nous, parce que nous ne sommes rochers ?
Faut-il se fabriquer ses propres songes, avant que de sombrer, gavant notre
esprit versatile de mantras laborieux, programmant l’inconscient à dessein ?
Une nuit, j’ai
aperçu Chris Garneau au bord du lac, en queue de pie, non loin d’un piano, à
queue lui aussi, insolite et noir dans le décor désolé et se reflétant,
meringue d’ébène, dans les eaux claires du lac ; lui, visage blanc, se paraît
de silence, et attendait debout, impassible, que la mort arrive sous les traits
de l’Ankou, qu’une Nymphe délicieuse émerge des flots, qu’une soucoupe volante,
découpée dans une lumière cru et violente, s’échappe de la galaxie, et se pose
non loin de là, dans un tourbillon de poussière dorée, qu’en descendent des
êtres filiformes par milliers, pour écouter la romance d’un bébé.
Alors moi,
évidemment, hypnotisé par mon idée, j’approche de son piano, petit à petit,
contournant sa silhouette impassible, employant mille et une ruses végétales et
lorsque j’en suis, proche, si proche que je pourrais en toucher les touches d’ivoires, et
faire naître une improbable mélodie, suffisamment laide et dysharmonique pour
briser l’armature du rêve, je sors de la poche de ma veste un immense marteau. De cette
arme puissante, je brise une à une les dents sonores - Raviere’s Waterloo ;
ni une ni deux, je fracasse la tête du chanteur qui s’interpose entre moi et
son cafard alangui sur la plage déserte. Victorieux de cette joute onirique, je
m’empare d’un joyau aux allures de prune, ceint au plus profond des entrailles
du piano, joyau que je contemple longuement, et que j’avale ensuite, en une
seule fois, avant de rejoindre la réalité.
26 mai 2009
Des Chiens [ Spécial Fête des Voisins ]
Quand je suis
rentré chez moi, après avoir cherché un colis envoyé avec le plus grand soin
par A ma zone [ je commande toujours livres, CDS et DVDS par correspondance,
afin d’éviter les magasins et la foule qui les fréquente - mais ça on en a rien
à foutre et c’est hors propos - ] j’ai ouvert la porte commune qui ouvre sur un
semblant de couloir pas plus grand qu’un cagibi, séparant mon appartement de
celui de mes voisins, un couple plutôt sympa qui écoute, malheureusement pour
moi, rap et groove et avec qui j’entretiens des rapports essentiels, pour ne
pas dire minimaux, se bornant à « bonjour, bonsoir, il fait chaud ici, il fait
chaud là-bas », et des discussions techniques sur les appartements, en cas de
catastrophe plus ou moins naturelle : inondation, attaque de moisissures
rebelles, de pigeons pondeurs, tentative de vol, histoire de clés, fête votive
nocive pour les tympans et j’en passe...
J’entendis, à
ma plus grande stupéfaction, me dirigeant vers ma porte colis en main, ce son à
la fois incongru et parfaitement étrange : une sorte de jappement de chien,
reconduit et je me suis dit : mais c’est pas vrai, mais c’est pas vrai, ils ont
pris un chien, les fous, ils ont osé faire ça ! Moi bien sûr, j’aime bien les
chiens, mais pas en appartement, moins encore dans un T1 : un animal doit avoir
de l’espace, être libre, pouvoir déposer ses délicieuses déjections canines non pas pour se venger de l’homme et
décorer le bitume, la semelle de ses chaussures, mais pour créer du compost, et
faire pousser d’une manière biologique et totalement discrète du végétal.
Mais je divague
: là n’est pas le propos.
J’ajouterais
juste que d’après le jappement, ça avait l’air d’être un gros chien.
Au bout de
quelques jappements, de plus en plus sourds, plaintes lancinantes du chien mal
dressé, abandonné par ses maîtres égoïstes, occupés à profiter du soleil, ou
travailler d'arrache-pied pour un SMIC, je me suis rendu compte que le chien en
question n’était peut-être pas un chien, mais une chienne, qui effectuait là
des prestations vocales tout à fait saisissantes, nonobstant l’absence
d’instrumentation « literie ». Je me suis donc décidé à faire un peu de bruit,
fermer la porte sans appliquer la moindre discrétion (d’aucuns diront de toute
façon que la discrétion n’est pas mon fort), ouvrir la mienne en agitant mes
clés dans tous les sens, afin de les accompagner au triangle mais ils
n’arrêtèrent pas, ou du moins, ne poursuivîmes pas leurs ébats reproducteur en
silence. Au contraire, ils s’en donnèrent à cœur joie : on sentait monter le
plaisir, et poindre l’orgasme. De quoi déclencher ma légendaire paranoïa !
Cela fait
combien de temps que je ne me suis pas adonné à la fornication sous mon propre
toit ? Un an environ. Et je crois que ce détail n’a pas dû échapper à mes
charmants voisins, non pas qu’ils s’intéressent de près ou de loin à ma vie amoureuse
calcinée, mais parce que la promiscuité aide parfois à ce que nous apprenions
des uns et des autres des choses absolument inutiles, des histoires à dormir
debout qui ne nous servent à rien mais qui nous amusent, un peu, parfois. Et
puis, ils ont des yeux. Et donc, pour en finir avec ce billet parenthèse, sans
substance aucune, je suis rentré chez moi en me demandant où donc j’avais
effectué ce décrochage : lorsque j’étais étudiant, et vivais, ô joie et
insouciance, en chambre universitaire, c’était moi, le voisin niqueur de mon
côté du couloir. C’était le bon vieux temps : on posait le matelas à même le
sol, comme un seul homme, avant de partir dans les étoiles. Dix ans plus tard,
je vis seul après avoir connu un long amour, avec pour seul vie sexuelle
domestique celle qui filtre par les murs, et qui sonne à mes yeux comme un gros
Fuck. Il est temps d’attirer une proie : « Minou, minou… »
24 mai 2009
Pamela Pitch : She’s Orange Mécanique
David traîne
beaucoup ces temps-ci non loin de l’île de la tentation ; je l’ai rejoins, un
de ces jours derniers, sur la plage de galets, enfourchant mon fidèle destrier,
ce VTT dont j’use et abuse et qui fait la gloire de ma salle de bain, ce qui,
croyez le bien, est plus courant qu’il n’y paraît. Mais provisoire.
Il m’a parlé de
l’île, droit devant, qu’il aimerait la rejoindre, cette putain d’île, à
quelques mètres de nous, cernée d’une abondante végétation, cachette idéale pour
le vice éclair, et la chasse au bambou ; quand il fera plus chaud, m’a-t-il
confié, quand il fera plus chaud, j’irai voir sur l’île, ce qu’il s’y passe -
ce qui ne l’empêche pas de tournoyer dans les buissons, pour les rendre
ardents. Ou pas !
Nous discutâmes
sous la chaleur, devant le Rhône alerte, le cul vissé sur des galets instables
et blancs quand apparut la version masculine - et quelque peu défraîchie - de
Pamela Anderson, nymphe musculeuse et un rien pathétique par l’aspect
flamboyant qu’elle se donnait, échappant de l’île à la recherche d’autres
tentations, car, visiblement, elle avait fait le tour des bambous - la pauvre
chérie.
Elle m’a bien
fait rire, celle-ci, avec son corps en plastique, si peu naturel, tellement «
magazine » ou star du x sur le retour, acquis probablement par des heures de
labeur intempestif en salle climatisée, lequel corps était serti d’un bronzage
hors saison impeccable, aussi implacable qu’une demi-douzaine de séances UV,
corps sur lequel était vissé une tête à la fois pédante et ahurie, de celles
que possèdent nombre de professeurs aseptisés par de médiocres certitudes ; et des lunettes rondes, ce me
semble, je n’en suis plus très sûr car, je l’avoue, j’ai fait plus attention au
boxer orange, qui m’a scotché, par son côté insolite, un boxer orange tape à l’œil,
du genre à annoncer les trucs moches, un peu dans le style Cône de Signalisation.
HUMMMMMM. Etait-ce là technique subliminale ?
Point trop n’en
faut pour plaire aujourd’hui : il est nécessaire, que dis-je, indispensable, de
mettre toutes les cartes de son côté et de se la jouer fine, pour se donner un
petit air supérieur, se créer un mythe, un côté irrémédiablement sexy, à la
façon d’une star, mais d’une star prisunic, plus ou moins accessible selon les
heures du jour - et de la nuit. Ben ouais ma minette, faut créer le désir,
déployer l’artillerie lourde. Moi, face à cette créature improbable, sérieux,
je me sens complètement largué, mais alors totalement dépassé !
Mais quand même
! Qu’il était délicieux de la voir sautiller dans l’eau, telle une nymphe
groggy par Dieu sait quelle liqueur, afin d’éviter un rocher aussi petit qu’un
pigeon et faire plouf plouf, des gouttes d’eau éclatant sur sa peau plastifiée,
s’écrasant sur le cellophane et le jus de carotte à pouf, délicieux de la voir
sautiller comme un petit cabri tout fragile, ô combien riquiqui, nonobstant
l’achalandage de muscles, de viande, son visage stupide n’exprimant que néant
et vide.
21 mai 2009
Yellow Munch
Il avançait
comme une tente, couverture jaune dressée au sommet de son crâne, pieds sales
et nus, sur l’asphalte fumant, et s’arrêta en face de moi, à quelques
centimètres de mon visage, pour me demander, à moi, et non à ce garçon que je
fréquente beaucoup ces derniers jours, de l’argent, de lui en donner, de
l’argent, s’il vous plait - mais dans ses yeux, lovés dans son visage
maigrichon et cramoisi, brillaient à l’emphase des pépites de haine.
Ils s’arrêtent
souvent, ces derniers temps, en face de moi, à quelques centimètres, lorsque je
ne me déplace pas, pour me regarder droit dans les yeux, et me demander,
sinistre rengaine, de l’argent, de l’argent, s’il vous plait. Je dis
non, bredouillant parfois, stupidement, des motifs réels pour justifier mon
avarice - et cela n’y manque jamais : l’insulte tombe, comme un couperet.
Connard, fils de pute, race de merde (…) ; de quoi préparer de longues listes
sucrées, à partager entre copines, à l’heure du thé.
Mais lui,
triangle jaune et mouvant, il n’a rien dit du tout : ses yeux, toujours aussi
tranchants, parlaient pour lui. Il s’est contenté seulement, sans même bouger,
de me donner un baiser, un baiser sonore, un baiser de guerre, au final
missile, tonitruant comme un claquement de fouet, au son de ventouse mortuaire.
Moi qui ne pensais pas avoir de sitôt peur de mes semblables, je fus saisi
d’angoisse, l’espace de ce baiser maudit, à l’aperture munchéenne : il m’a
laissé comme un goût amer, dans le crâne, ce baiser de la mort.
20 mai 2009
Coupe-moi la Tête
Si tu as besoin
d’un ami, que tu as besoin de parler, va chez le coiffeur, c’est beaucoup moins
cher que le psy et nettement moins dangereux que le Bar PMU du coin ; je
pensais à ça, pendant que la coiffeuse oeuvrait sur mon crâne d’œuf, à lui
débiter tout un tas d’âneries, genre :
Ahnnnnn ma
petite Fadette ma vie est morose morose mais à un point que t’as pas idée, je
ne parviens pas à assouvir mes pulsions homosexuelles spasmodiques et
irrégulières, je suis tombé fou amoureux des photographies d’un quidam qui
m’obsède et le jour et la nuit, je dois me faire des injections (1) de B12 pour pas
devenir cinglé et avoir les doigts qui picotent et des trous de mémoire non
occasionnés par un abus systématique de vodka / ma mère va se faire ouvrir
comme un poisson pour se faire enlever une prune et des hommes en blouses
blanches (elle m’a répondu qu’ils n’étaient pas franchement sexys) vont
lui prélever un morceau de hanche ou du tibia histoire de jouer un peu plus au
docteur maboul, avant de la mettre sous le soleil des tropiques ce qui fait que
je la verrai probablement quand elle aura la tête toute bleue et qu’elle pourra
prétendre faire partie de la communauté supra sélective des schtroumpfs (2) / ma
sœur s’est fait battre par son mari qui a atterri à l’asile psychiatrique, elle
l’aide à chercher un appartement - non mais quelle générosité ! - et se
prépare à divorcer, sûrement la meilleure invention après le mariage, hein, Cut
Girl ? Ca te la coupe ?
Je regardais
donc la coiffeuse œuvrer sur mon crâne de piaf et j’ai failli éclater de rire
comme un damné. C’était le silence.
- Oh vos
cheveux poussent si vite ! Quand même ! C’est signe de bonne santé !
A la bonne
heure ! En sa présence, c’était bien la seule chose qui pouvait pousser !
Mais quand même, celle-ci, je l’aime bien ; je m’attendais à avoir pour une troisième fois l’Autre, avec ses bottes atroces, à ce qu’elle frotte encore, supplice homophobe, ses nibards mous et gluants sur moi, en me triturant le crâne avec ses outils diaboliques, tout ça pour être présentable, parce que je reprends le boulot, parce que je sors de nouveau, de nuit, plus qu’il ne faut, parce que la jachère ne doit pas être un état permanent et parce que putain, si j’ai tordu le bras d’un mec à la dernière soirée des Garçons, je peux très bien tordre le cou à tout le reste !
(1) : Il s'agit d'une cure et non d'injections.
(2) : C'est l'inverse qui se produira : chimio, puis opération.
19 mai 2009
Paper Boy
On imagine
souvent à l’immobile, une photographie, une vie intense - et parfois sexy ;
l’imagination, sans frein, se permet tout et nous offre bien des cadeaux, tout
aussi délectables que frustrants. Mais, dans le sein confiné du monde des
rêves, il n’est pas vraiment là, ce nouvel homme, pour prendre corps, d’une
certaine façon, dans la réalité, la mienne, d’une façon tangible et franchement
sexué. Il est toujours cette distance qui nous désunit et qui, paradoxalement,
nous unit par un lien secret : l’attente, l’envie, le questionnement. Le sort
en est jeté : j’ai peut-être trouvé celui qui susciterait chez moi l’envie
d’aimer, d’être aimé, une montagne de désirs lancés comme des chevaux que seul
peut abattre une balle, que dis-je, une pluie de balles - et de l’admiration.
Oui, de l’admiration. Je crois que cela me fait peur, de ne voir qu’une seule
faille, et non pas des pléiades et que cette faille puisse être moi, tout
simplement. La voix me dit : tire-toi, pendant qu’il en est encore temps !
17 mai 2009
Ali Barbare et les Quarante Violeurs
Dans un autre
rêve, j’ai décidé, avant que de m’endormir enfin tout à fait, que ce serait moi
qui l’abattrais et comme à l’impossible nul n’est tenu, je l’abattais, et de
bien splendide manière, dans un songe tout aussi bon enfant, alors qu’il
venait, pauvre hère, à ma rencontre, avec sa quiche -toujours sans lardon -
pétri de bonnes, que dis-je, de délicates attentions : celles des gentils
garçons qui veulent séduire un homme pour trouver en lui mari fidèle et aimant.
Pure utopie !
Nous mangeâmes
ces victuailles préparées non sans conviction dans l’intimité culinaire que
nous nous improvisons, en prenant soin de ne point manquer goutte de ces images
léchées imposées par ce film un peu moins fantastique, mais toujours aussi
asiatique, qui se dévoilait devant nos yeux, tout aussi avides que nos bouches
; sa quiche sans lardon et ma salade grecque étant fort exquises.
C’est alors
qu’il se rapprocha de moi, un peu, et je perçus son souffle duveteux battre
froid sur ma nuque, son souffle court et puissant - et un petit soupçon d’ail,
que les narines n’apprécient pas tant que la bouche. Et ses paluches lourdes et
dramatiques de s’abattre sur moi, risibles papillons de nuit sur une lumière
blafarde ! Mais vous vous rendez compte ! N’est-il pas possible de regarder un film entre garçons sans qu’un désir
venu de Dieu sait où vienne foutre en l’air la procession diégétique ?
Je lui dis que
j’attendais tout cela, tout cela depuis si longtemps, depuis… hannnn voyons
voir, le début du film, et maintenant que cette conne mal coiffée et ribaude au
rabais est livrée à son inéluctable et lamentable destin… Mon petit capucin,
viens, je vais te bander les yeux - et nous allons nous livrer à d’autres
activités tout aussi peu lucratives !
L’homme à la
quiche se laissa faire et je lui bandais donc les yeux, puis le déshabillais,
le caressais tendrement comme pour l’anesthésier, pour l’abandonner, attaché
sur mon lit, sur le ventre, dans l’oubli total de son érection. Mais où vas-tu,
s’inquiétait-il ? Tu pars ? Reviens Nicolas, ne me laisse pas.
Mais non ma
quiche, tu sais fort bien que je vais revenir. Attends un peu. Sois patient. Ta
mère ne t’a pas appris que tout vient à qui sait attendre ?
Ainsi, j’ouvris
la porte de mon congélateur pour m’emparer d’un récipient hermétiquement clos,
glace et opale, lequel contenait un curieux mélange qui n’était pas sans
évoquer cette pepperonata que j’ai cuisinée lundi dernier mais dont les
poivrons rouges, vivaces, se tortillaient étrangement, comme sous l’effet d’un
éréthisme érotique. - Ca convulsait sévère dans le tupperware !
Apprenti
sadique devant l’éternel, j’ouvris la boite énigmatique au dessus de son dos et
très vite, une kyrielle de sangsues vinrent s’abattre sur ce paysage glabre,
claquant sa colonne dévertébrée, et s’enfoncèrent dans son derme, troué comme
un emmenthal en moins de temps qu’il n’en faut. Quant à ses cris, ils me firent
sourire, la pitié, qu’il implorait vivement, m’amusait tendrement, comme une
mère s’amuse des premières convulsions pédestres de son nourrisson ; il fut
cependant dommage que le rêve cessât avant la fin de ce tendre supplice, car il
se tordait de douleur, l’homme à la quiche, alors que j’étais bel et bien
réveillé, au service d’une journée nouvelle, avec un entrain certainement moins
fébrile que celui de la vieille.
Le contrôle des
rêves est une pure croisade.
15 mai 2009
La Caverne d'Ali Barbare
On avait prévu
de visionner ce film, ce film fantastique japonais, avec un plateau repas, chez
moi, un soir, depuis des lustres - en années fourmis. On avait prévu chacun de
faire la cuisine, et ce serait vraisemblablement un moment sympa - que pourtant
les hasards de la vie n’ont pas encore rendu possible, pas plus que ma bonne
volonté, quelque peu viciée par les temps qui courent.
Depuis
plusieurs nuits, j’imagine dans l’apocalypse aigre douce de mes rêves maudits,
moult dérapages à ce rendez-vous qui ne parvient pas à se matérialiser dans le
monde concret. Eminemment violent, le dérapage. Il vient donc, ce cher ami,
avec une quiche sans lardon et cette curieuse mallette qu’il pose dans un coin,
qui intrigue mon œil, n’ayant de cesse de la fixer au moindre temps mort, que
ma pudeur incertaine et bonhomme dissimule ouvertement à ma curiosité.
Le film terminé,
je me rends compte que l’intrigante mallette a disparu, comme par enchantement,
et qu’il tient, le charmant monsieur, dans son imposante main, une clé à
molette, dont il semble, malgré son air fort peu dégourdi, se servir à
merveille puisque, d’un coup éclatant et plus sûr encore que ses mots, il fait
voler mes lunettes puis ma tête, ainsi qu’un long filet de sang, sauce
Espelette. Ma tête, donc, il l’a maintient, par amour de la procédure, dans ses
mains comme un agrume, puis se contente de l’écraser contre le mur de mon
salon, comme un vulgaire insecte. Il ajoute quelques mots au silence des bombes
: tu te crois moins malin maintenant, tu te crois moins malin, hein ?
Je ne réponds
que par l’écoulement dispendieux d’une bave épaisse, qui s’écoule entre mes
lèvres, une bave chaude et pâteuse, purpurine, qu’il étale sur mon visage, en
en broyant copieusement l’ossature, déplaçant jusqu’à ma mâchoire. Mais tu vas
crier, bordel, s’énerve-t-il soudain de cette apathie terrible que je lui
témoigne, de ce manque cruel de réaction dont je suis l’acteur, patte molle
entre ses doigts, tu vas crier - et j’ai juste dit, du bout des lèvres : non.
Le mur s’est
ouvert en deux, faisant tomber ce tableau que j’ai appelé Erotomanes, et, me
détachant de lui, de son étreinte fauve et puissante, je me suis faufilé sans
plus attendre dans l’ouverture, sans même qu’il ne parvienne à me suivre,
puisque sa corpulence, plus massive que la mienne, ne le permettait pas. C’est
ainsi que j’ai atterri dans une caverne au luxe baroque - et glaciale.
Apparaissait, devant mes yeux douloureux, un lac azuré, souterrain, dans lequel
j’ai décidé de mirer mon visage maudit par les coups, meurtri et décharné,
avant que de le nettoyer, souillant le lac, qui devint noir, noir, ébène et
nuit, et dans lequel ma tête tomba, dévissée de son socle comme une vulgaire
ampoule, provoquant le réveil.
















