QUERELLE

Journal intime, mais non confidentiel, de Nicolas Raviere, où il est question de toute autre chose, parfois, que de simples querelles.

27 octobre 2009

Full Contact # 2

Aujourd'hui Maman est morte. Et ce n'est pas une fiction.

Querelle confesse à 09:24 - I. Tisseur de Saison / Perséphone - Confessionnal [14]
Autopsie : ,

26 octobre 2009

L’Expérience du Vol (Spécial Biennale d'Art Contemporain)

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(Ou l’on apprend que Querelle vole un livre, pour amour de l’art.)

A la lecture de ce nouveau titre, de ce billet qui d’ores et déjà s’étale, tu peux te demander, lecteur, si j’ai terminé ce roman ou plutôt devrais-je dire, cette autofiction, qui m’a fait clore un peu précipitamment, il est vrai, la seconde partie de Querelle, me permettant enfin de renouer, pour un troisième round approximatif, avec mes confessions éloquentes et stériles. Et bien, tu te trompes, tu te mets le doigt dans l’œil, et bien profond ! Une expression des plus stupides puisque cet ove n’est point orifice.

Je souhaitais simplement partager une expérience, une somme d’anecdotes, nées de ma rencontre avec cette dixième biennale d’art contemporain, laquelle m’a quelque peu déçu : quand bien même cette manifestation propose une réflexion intéressante sur les spectacles du quotidien, notre place par rapport au monde qui nous entoure et qui se joue avec nous, et malgré nous, quand bien même notre guide dévouée (puisque de par mon métier, j’ai été malgré moi partenaire de la biennale et j’ai dû subir quelques caprices d’artistes plutôt mal venus ; ce qu’on dit sur les artistes et leur ego n’est jamais totalement faux, mais halte aux digressions (…)), a su captiver mon attention, me faire réfléchir à une somme de choses qui ne sont point étrangères à ma condition, à mon passé, à ce que je rejette, dans cette société, cette biennale, malgré tout, n’a pas captivé ma curiosité dans le sens où ce que j’attends de l’art n’est pas un constat, mais une vision, une esthétique, et, puisque je suis un peu cérébral à mes heures perdues, des concepts.

L’art doit m’émouvoir ou me questionner, pour me séduire.

Une seule œuvre, dans ce capharnaüm cafardeux, m’a séduit, laquelle repose évidemment sur un concept, laquelle est ludique, à l’image de la huitième biennale (ayant pour thème l'expérience de la durée), qui, elle, m’avait pas manqué de m’enchanter : l’œuvre de Dora Garcia, une simple table basse blanche d’un genre commun, que l’on trouve à loisir dans les grands magasins suédois, une table sur laquelle trônent, alignés, de petits livres noirs, bardés d’une grande inscription blanche qui lance une invitation des plus curieuses, aux parfums acidulés de violence :

Steal this book (Vole ce livre.)

Voici qui attise, donc, la curiosité ; j’hésite donc à m’emparer d’un de ces livres : cela pourrait éveiller la curiosité de l’étudiante juchée comme une perruche sur son présentoir, laquelle pourrait me confondre, par cette invitation, avec un voleur : elle ne peut point deviner, par ma simple mise, que le livre est pour moi l’objet le plus sacré qui soit, le compagnon idéal qui, s’il n’a point les attraits de la chair, devance, par ce qu’il est nourriture, bien des décérébrés. Néanmoins, malgré cette appréhension, je commence à lire cet insolite objet et son invention m’enchante : dès les premières lignes, on nous suggère de le dérober, de devenir malhonnête, ce à quoi je ne puis me résoudre ; aussi demandai-je à la jeune fille haut perchée si je pouvais prendre ce livre.

Elle acquiesça d’un air un peu trop malicieux pour être honnête.

Quelques minutes plus loin, alors que je tenais fermement mon exemplaire, une autre étudiante, du genre sortie de sa campagne pour étudier les lettres modernes et future bobo en puissance, se rua sur moi pour me conjurer de reposer ce livre, que je feuilletais avec délectation, en marchant aux côtés de mes deux collègues : mes vaines supplications ne firent rien. Cette vile créature me menaça d’appeler sur le champ les gardiens. Bouh. Si encore il y avait une prison avec de jolis matons en sus, des barreaux en métal froids et sexy, mais non… J’ai donc reposé bien malgré moi ce satané bouquin.

Curieusement, à la fin de la visite, quelque chose en moi me suggérait d’y retourner, pour en dérober un exemplaire, c’est alors que je demandais à la guide si elle ne connaissait pas un moyen détourné pour m’en procurer un, sans engager l’acte de vol, sans commettre de délit autre qu’une ruse un peu grossière, mais parfaitement licite. La réponse fut non. Retournez-y et pliez-vous au concept. Un concept… la manifestation d’une liberté qui enferre celle d’autrui, pour qu’il le saisisse tout à fait dans son entier.

Je rebroussais donc chemin, retrouvant bien malgré moi l’exposition avec l’une de mes collègues et je me suis surpris à demander, d’une façon un peu trop précipitée, à la fille à l’entrée, chargée de vérifier nos billets (manifestation de mon inconscient rejetant l’idée farfelue que je puisse voler) : « Où sont les livres qu’on peut voler ? ».
Ma collègue se mit à rire, la fille à sourire béatement. Quant à moi je murmurai, plaçant contre mes lèvres un de mes doigts : chuuuuuuut. Et peaufinai dans le même temps ma stratégie :

Ne souhaitant pas voler le livre de mes propres moyens, je m’entêtais à convertir ma collègue en voleuse, ou du moins, faire d’elle ma Complice.

Je lui priais donc de faire diversion, ce qui ne fut pas nécessaire : un groupe suivait une autre visite guidée, parmi lequel nous nous mélangeâmes sans trop de mal, afin de dérober, chacun de notre côté, un exemplaire de cette diablerie de papier, or, l’étudiante perruche, toujours juchée sur sa haute chaise, nous avait vu venir de loin, elle m’avait reconnu ainsi que ma collègue, qui, avec son immense gilet rouge et ses bottes ocre jaune, détonnait dans le paysage. Perruche demanda à ma collègue de restituer l’ouvrage, tandis que j’en planquais un, de mon côté, que je glissais en toute hâte dans des fascicules lacérés du X de cette dixième édition.

« Vous aussi, là bas, le grand avec la veste, vous reposez le livre ! »

Je maugréai d’un air débonnaire que ce n’était pas juste puis me retirai avec ma complice, décidé à ne pas en rester là, n’acceptant pas d’essuyer une aussi cuisante défaite. Aussi commençai-je à surveiller les actes de cet oiseau estudiantin aux allures de buses, à la façon d’une série b. Or, à chaque fois que ma tête dépassait du coin de mur, celle-ci regardait en ma direction et me voyait disparaître aussitôt.

Nous essayâmes alors de l’encercler mais il faut croire que je ne suis pas rompu à l’art de l’espionnage. Capitulant je proposais à ma collègue de lire le livre dans son intégralité afin de me le procurer, la possession n’étant pas, chez moi, nécessairement matérielle. Elle a probablement pensé que j’étais fou, et puis n'avions -nous pas convenu d'aller au restaurant ?Il fallait donc renoncer à cette énième tentative d’appropriation.

L’histoire aurait pu s’arrêter là, mais non, un miracle se produisit : personne d’autre ne menaçant son trésor de papier, la gardienne s’est levée et, malchance de poisseux, se dirigea vers nous. Je lui lançai, d’une voix enjouée :

« C’est pour quand la pause pipi ?
- Y’en a pas, répondit-elle, amusée. »

Peut-on réellement tout avoir, quand on se sert de sa volonté ? Il faut croire que oui, car elle nous proposa de voler le livre : personne ne surveille, confia-t-elle enfin, allez-y. Ma collègue, sans plus attendre, complice idéal en crime à la ville comme au boulot, se rua sur le livre, qu’elle planqua aussitôt dans son sac à main et nous filèrent, amusés tels des enfants mais, contrairement à ma collègue, je ressentais comme une pointe d’angoisse, une légère incertitude :

« Tu crois qu’il y a des caméras ? »

Un peu plus loin, dans un coin sombre et désert, pour être certain que son sac ne soit pas fouillé, je lui soumettais une proposition quelque peu farfelue :

« Je peux mettre le livre dans mon slip, personne le trouvera au moins ! »

L’angoisse était là, palpable, d’autant plus tangible, et saisissante, quand il fallut repasser devant la gardienne informée de mon dessein, à l’entrée. J’ai vu la sortie, cependant, à quelques mètres de l’entrée, mais je n’ai pas voulu me dérober ainsi, et, curieusement, au risque de perdre le livre, j’ai préféré braver le danger ; rien n’y fit : nous passâmes d’un air entendu, et la sphinge gavée de MTV, elle, était visiblement amusée de mon forfait.

Ce livre trône désormais sur une autre table basse blanche et synonyme, acquise, je confesse ce manque de goût, dans un grand magasin suédois, où, parmi d’autres breloques et quelques ready-mades improvisés, il n’apparaît plus avec autant d’évidence, de provocation. Je me demande désormais si, maintenant que je possède ce livre, et qu’il est désacralisé de par sa nature seconde, je vais en son entier le parcourir, que dis-je, le lire, pour me l’approprier d’une façon qui soit plus rationnelle, et attendue. Une question qui, sans doute, n’appelle pas de réponse.


[Challenge : toi aussi, lecteur, empresse-toi de dérober ce livre, raconte comment, et prends-toi en photo avec. Un telle chaîne n’est pas promise à un bel avenir mais qui sait...]

22 octobre 2009

En attendant NiKo

Acheter Disconite Acheter Les Protubérances

Masculin et féminin, premier et cinquième roman, Disconite et Les Protubérances, sous un nouveau format plus pratique, de meilleure qualité, moins cher, grâce à Thebookedition, plateforme d'auto édition française. Et ce qui ne gâte rien, les frais de ports sont nettement moins élevés que sur Lulu, et la livraison très rapide, puisqu'ils sont basés à Lille.

Les Protubérances :

Emilie, onze ans, surdouée, passe le baccalauréat cette année. Mais c’est sans compter sur une tragédie qui mine son existence : des protubérances mammaires poussent sur son corps, qui n’a de cesse de s’allonger… Seulement voilà, Emilie refuse de grandir, pire encore : de devenir une femme. C’est alors qu’elle entame une véritable croisade contre sa féminité.

« Rien de pire ne pouvait m’arriver : me scrutant devant la glace, à l’âge de onze ans, j’ai vu mon corps s’agrandir, comme un élastique. Et deux petites boules informes sont apparues au dessus de mes côtes. Deux petites boules roses et grêles. Le désastre était pour le moins éminent. Alors, j’évitais de trop me regarder nue. »

Le livre Les Protubérances

Disconite :

Mélénas, Mélunos et Mélonis, trois amis inséparables, passent tout leur temps libre ensemble depuis des années. Ils partagent tout : les sorties, les secrets, les alcools, une seule et même voiture, leurs sous-vêtements et, bien sûr, leurs amants. Parfois, en discothèque, l’ambiance, les sons, les visages, l’alcool, et autres substances, souvent quelque chose de bien plus profond encore, poussent ces trois amis au crime, frisson singulier, exaltant.


Le livre Disconite

15 octobre 2009

Transition

Ironie du sort : ma mère ne s’est pas fait ouvrir le bide comme un poisson et moi, bien sûr, je n’ai pas baisé : je suis devenu malgré moi dame de compagnie pour lesbienne, le temps d’une soirée. Doit-on nécessairement s’efforcer d’accepter la réalité, telle quelle, la transfigurer, pour la dénaturer ou bien la rendre acceptable ? Et bien non. A partir de ce jour, je délaisse Querelle quelques temps, le temps d’écrire une autofiction qui commence ainsi : aujourd'hui ma mère se fait ouvrir comme un poisson et j'ai envie de baiser. Et qui se terminera d’une façon que j’ignore. Ou quand la fiction rejoint la vie.

A dans quelques semaines, donc, à moins que le démon de la confession ne me ronge à nouveau. : aucune certitude ne peut être établie à présent concernant ce que je désire. En attendant, je risque de sortir trois livres, déjà prêts depuis quelques temps, la seconde partie de Querelle en version papier, et trois de mes romans déjà parus vont être convertis sous peu en édition de poche sur une plateforme d’autoédition plus abordable et… française. Après tout, c'est bientôt mon anniversaire.

Et n’oubliez pas, quoi qu’il arrive, que je reste joignable par courriel ou par Facebook et surtout que Big Bro vous observe !

A bientôt muchachos :)

09 octobre 2009

Full Contact # 1

Aujourd'hui ma mère se fait ouvrir comme un poisson et j'ai envie de baiser.

08 octobre 2009

Omega Centauri

On veut nous mettre du garçon, va pour le garçon, une pluie de garçons, longs et bruns, voilà : des garçons, comme s’il en pleuvait, avec des yeux clairs si possible et pas trop sexy parce qu’on ne sait jamais : ne point pousser la clientèle au crime ; déjà qu’elle bave copieusement sur de jolies poitrines, moulées dans l’acrylique rose d’un granuleux costume de cirque. Le règne des femmes, c’est fini, bel est bien fini.

Quel est ce délire ? Et qu'est-ce que ça peut bien faire ? En vieillissant, en fermentant, ces garçons se retrouveront tous avec une bedaine qui traîne à leurs pieds cousus de cornes et de mycoses ; gavés de charcuterie, de saindoux et d’huiles bon marché, enivrés d’alcool au rabais, cuvées délavées, certains d’entre eux, aux bouches les plus pâteuses, glisseront leurs cravates nauséabondes dans leurs caleçons vichy difformes et vaguement souillés. Celle-ci s’imprimera comme une couche de gras scintillant sur l’implacable montagne de graisse lourde - abjecte volupté que ce serpentin de satin, en direction d’un pénis mou et fatigué.

J’ai couché avec toi comme un homosexuel couche avec une femme : par dépit. Un soir d’été, nappé de vodka, je t’avais vu pisser un maigre filet sur un réverbère, rue de l’Université et je t’ai conduit, pour t’éconduire, dans l’appartement du Grand Disparu, sans pour autant éprouver une once de désir à ton égard, peut-être par lassitude, peut-être par pitié, peut-être pour satisfaire une pulsion glauque dont j’ignorais alors les germes, la possibilité d’existence : j’étais, quoi qu'il en soit, terriblement jeune. Or, malgré tout, je t’ai caressé, et chacune de mes caresses raclait ta peau fragile, qui pelait encore et encore, déposant sur nos corps en sueur toute cette neige effarante et dégoûtante qui, bien qu’elle évoquait à n’en pas douter la mue des insectes, ne m’effrayait pas. Je me disais, tout simplement, avec une lucidité que je n’ai jamais perdue : on a les étoiles qu’on mérite.

Collection de garçons, étendards de prototypes, boutique lumineuse, ceinte de majestés, et plus bas : son enfer incontesté, où les étoiles ne sont que gouttes de lait, infâmes lactations, je feuillette dans un album fantôme chacun de mes amants, chacun de mes amours, retissant le canevas d’histoires toujours uniques, aux dénouements iniques, ne tirant saveur que des inachevés, des expériences étranges et, d’avoir quitté pour les Lumières cet homme que j’ai toujours aimé, je conçois des regrets de plus en plus amers - et une satisfaction martyre à l’avoir ainsi abandonné : celle qu’il puisse avoir la vie que moi, du haut de mes 29 ans, je ne pouvais lui offrir.

Alors oui, bien des années plus tard, soir de solitude, sous le poids capiteux des souvenirs et cette lucidité désarmante qui me mène à la conclusion que je finirais seul, je renoue, tendre félicité, avec cette réflexion suggérée par ces trois rapports sexuels successifs, nés d’une miction : je mérite chacune des étoiles qui me sont discernées et c’est avec plaisir que je les décroche de mon firmament : je veux un cosmos nu, dénaturé, je veux tout mais n’ai de désir pour rien. Ou, tout simplement : je veux disparaître.


07 octobre 2009

Signs

06 octobre 2009

Sabotage

Dire que je compte démissionner est un mantra qui, s’il soulage une part de mon système nerveux, n’est pas prêt de se concrétiser : il m’est impossible de laisser la seule survivante de cette équipe de démissionnaires sans m’en vouloir - n’est-il pas émouvant de voir un colosse, ce colosse qui nous a tant appris, pleurer ? - quand bien même cette famille pimpante et dynamique que nous formions s’est réduite en cendre, démission après démission.

La dernière recrue, cette aimable polyglotte qui en fait trop, émet des sons curieux évoquant des chuintements de marmotte, est bordélique comme un adolescent en pleine crise de puberté et semble s’épanouir dans son joyeux fatras qui nous met en rogne. Bien qu’elle soit là depuis plus d’un mois, elle n’assure pas un kopeck au niveau technique, engendrant des multitudes d’erreurs en cascade. Et bien moi, je ne m’en cache pas, je ne parviens pas, bien qu’elle ait des goûts musicaux et cinématographiques en commun avec moi, à « accrocher » à ce personnage douteux que je soupçonne de sabotage, à trouver la moindre soupçon d’affinité qui pourrait me lier à elle dans un rapport humain sain. Quand elle me parle ou chuinte en ma présence, je sens un à un mes poils se dresser, une pression continue qui me frémir jusqu’à l’épine dorsale. Pire : je redoute de me retrouver sur un service complet avec elle - ce qui, évidemment, arrive parfois - et menace, dissolution de l’équipe aidant, d’être récurrent. Pire encore : je ne supporte plus de passer après elle pour gommer chacune de ses erreurs, ce qui m’empêche d’officier sur mes propres tâches, que je dois effectuer en heure supplémentaire. La seule chose que je supporterai serait de l’enfermer dans un placard, pour ne plus la voir et ne plus l’entendre. L’enfermer à double tour - et jeter la clé.

Ils nous promettent - rebondissement - pour remplacer l’irremplaçable rayon de soleil, après le départ de notre chère Florence Foresti relayée par l’infâme saboteuse, un jeune homme prétendu super talentueux, dont le curriculum de deux pages dévoile non seulement un sourire forcé, du genre premier de classe et hypocrite de première, mais également des prouesses en cascade énumérées avec une conscience médicale et pompeuse : en somme, un petit prodige dans le domaine qui s’adapterait facilement au chaos de l’entreprise, ce chaos qu’il faut réguler et qui nous absorbe chaque jour un peu plus : nous cumulons les heures supplémentaires et, sous nos yeux, se dessinent des voiles charbonneux aussi épais que ses sourcils. Nous devenons, jour après jour, des cafards disgracieux, rampants, agressifs, à bout de nerfs, lesquels cancrelats rentrent tard dans la nuit, à pied, molestés par un monde dont l’ordre est troublé.

- Décidément, je ne parviens pas à m’habituer à cette boisson « céréale / chicorée ».

02 octobre 2009

Itaque

En Itaque, la vaisselle est oubliée depuis trois jours, le ménage n’est plus une notion pertinente ; des vêtements s’entassent, s’amoncellent et tout autant de moutons, de miettes de pain, défient la lumière blafarde. Celui qui attend n’attend plus vraiment, il ne fait que passer dans cette pièce isolée où devrait se faire l’Ouvrage, en attendant Ulysse, en attendant Godot, en attendant n’importe qui - ou n’importe quoi. 

Le temps que l’on passe à attendre est une mort certaine, une soustraction infligée au prestige de la vie.

- J’ai délaissé l’Ouvrage.

Je me retrouve dans des lieux inédits, à boire des bières avec des collègues et leurs amis, des individus issus de ce monde inconcevable - et pourtant réputé - qui cependant jouxte le mien. Il est bien question d’indigène dans ce flot cosmopolite. Je me retrouve, donc, à jouer aux fléchettes dans un bar hallucinant, tout droit sorti d’une fiction américaine, ce genre d’endroit qui n’appartient pas à ma culture, ou devrais-je dire, mon milieu, si tant est que j’en ai un, de milieu, car je n’aime pas être « au milieu », c’est à peine si j’aime être au monde. Je suis le loup, le loup du step. Certains clients ont pu m’entendre, hier, imiter le loup, un loup qui bande mou : l’attachée de direction m’a sommé de me taire. Ce n’est point là ma meute.

- Ta place, disait ma mère quand, enfant, je chahutais mes sœurs pour ne point qu’elles se posent sur ma chaise, est au cimetière.

Mon Itaque est déconstruit, poussiéreux ; à l’image de mon lit, c’est un tombeau qui façonne bien des rêves, des configurations mentales instantanées qui se font et se défont, petites marionnettes, lorsque je rentre enfin chez moi, où personne ne m’attend, où je n’attends personne, pour me glisser enfin dans le monde des rêves : il n’a point la fadeur de cette réalité que je me suis choisie. Je compte démissionner et arrêter le café.

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