14 juillet 2008
Substance / Subsistances
David m’a donné
un vieil écran, qui fonctionne, qui fonctionne terriblement bien, tellement
gros qu’il m’éblouit les yeux, au point que ces derniers, s’ils n’étaient pas
sous contrôle, pleureraient de chaudes larmes : me voilà de retour, un cadavre
de quinze pouces derrière moi, mon regretté quinze pouces, qui m’a assisté
pendant neuf années. De nouveaux crimes au bon sens peuvent être commis dès
aujourd’hui. Sans doute dois-je, avant cela, rattraper mon retard, condenser,
étaler la substance de mes subsistances.
Mon cher
journal, toi que j’ai délaissé pendant très exactement onze jours, que puis-je
te raconter sinon que je suis sorti vêtu de rouge et de noir, pour retrouver le
monde de la nuit, que j’avais un peu perdu et que je n’ai pas retrouvé tout à
fait parce que je suis perdu pour lui, tout autant que pour moi-même, ce qui,
ma foi, est bien plus délicieux ? Et comment ! Un pantin blanc de ma
connaissance m’a adressé un salut de loin parce qu’il est bon de ne pas se
parler parfois, ni même de s’embrasser, lorsqu’on a strictement rien à se dire.
L’économie, dans les rapports humains, n’est pas forcement sournoise.
En rouge et
noir, donc, j’ai vécu une nuit un peu curieuse, l’occasion d’une rencontre sympathique
et drolatique, avec un garçon qui a cru que j’étais saoul - ou drogué - alors
que, cette fois-ci, j’étais parfaitement sobre et par là même absolument maître
de chacun de mes actes ce qui, par la force des choses, est plus étrange que
d’habitude. Nous avons bien ri. Il est des rencontres qui passent par la
séduction, par l’envie d’étreindre, de forniquer, de s’adonner à n’importe quel
rite sexuel du moment qu’il soit - au minimum - bon parce que la peau crie,
d’autres rencontres qui, celles-ci (aux abris !), puent le besoin d’aimer,
d’être aimé et, enfin, des rencontres qui sont tout simplement drôles, funny,
amusantes, du domaine de la vie, et tout de suite, c’est la fête, c’est
magique, on s’entend bien, un peu comme des copines vaguement incestueuses.
Celles-ci, de loin les plus rares, me concernent ipso facto.
J’ai grimpé une
montagne pour lui (traduction : pour nous… pour… moi ?) et, quand je
suis parti, deux jeunes hommes m’ont interpellé par la chanson de Jeanne Mas,
au petit matin, « en rouge et noir » puis : « tu veux boire un verre avec nous
? ». J’ai décliné, non pas mon identité, mon nom, mais l’invitation, par un non
amusé, puis, je me suis enfuis tranquillement pour rejoindre mon domicile fixe
: j’espérais bien revoir le funny boy plus tard, et le revit le soir
même, après une nuit de sommeil terriblement courte, l’esprit en ébullition. Il
m’apprendra sans doute un jour à utiliser son déambulateur : je suis sous le
charme. Nous n’avons pas non plus regardé Videodrome sur mon canapé.
Mais presque.
Je suis allé
voir Mars Attack en plein air, film qui donne son sens au mot gratuit.
C’était très passionnant, de voir tous ces gens avec une chaise sous le bras,
une fois la projection - enfin - terminée.
Un ami m’a
trahi (« et déjà il nous manque », disait la chanson).
Le rôle des
amis est peut-être justement de nous faire comprendre que, dans la vie,
n’importe quel choix peut être une erreur. Ou bien est-ce moi qui fais
confiance à n’importe qui ? Sans doute, je me confie trop, quand je suis à
l’aise. Je ne devrais plus me mettre autant à l’aise mais m’enferrer plus
encore. Je devrais me taire, bannir ; récupérer, tout d’abord, ce qui
m’appartient.
J’ai revu V.,
amie de faculté, après qu’un pédéraste violet m’a suivi le long des quais, pour
passer la journée ensemble : non pas avec ce têtard à hublot, mais avec V. et
sa charmante petite famille, que je n’avais pas vues depuis mes trente ans :
c’est dire si le temps passe. Les enfants poussent comme des champignons. Nous
avons mangé des frites à la Tête d’Or. C’est alors qu’un pigeon m’a gentiment
fienté dessus, sur mon pantalon, comme cela, sans crier gare. Relevant la tête,
je le voyais, encore là, le criminel, qui dodelinait du cul, sans doute pour me
bombarder d’une seconde fiente, plus évasée encore. Il devait bien en rire, ce
stupide granivore, pendant qu’un autre poursuivit, à peine plus loin,
l’offensive : un étron tout aussi verdâtre, moins compact cela dit, s’écrasa
avec l’éclat d’une bombe sur la table, signe qu’il était tant de partir,
direction Genlis.
Ils m’ont
rappelé R. Je redécouvre un peu tous les jours des cartes postales qu’il m’a
écrites et j’en suis véritablement nostalgique, de lui, de ces mots, de cette
époque de ma vie qui pourtant était loin d’être rose, plus morose
qu’aujourd’hui. Je souris beaucoup.
Le mot Orifice
est tombé au Pictionnary.
C. m’a appelé
pour me raconter avec moult détails les décès récents dans sa famille, les
conséquences d’iceux, et me confia, dans le même mouvement, qu’une de ses amies
est morte, emmenant avec elle, dans sa tombe, l’argent qu’elle lui devait. Il m’a
demandé si j’allais bien avant que la conversation ne se termine, sur un perpétuel
non lieu.
Un soir que je
m’ennuyais un peu, j’ai bu plusieurs verres de Baileys puis j’ai regardé Breakfeast
on Pluto, en VO avec sous-titres en Thaïlandais. C’était intéressant, ça
aussi.
Sais-tu, mon
cher journal, que j’attends cette lettre, cette lettre qui devrait me parvenir
d’ici quelques jours, m’apportant une bonne ou une mauvaise nouvelle, quoi
qu’il en soit une nouvelle, ce qui n’est pas négligeable. Ma vie va changer
bla-bla… ou pas. S’attendre à rien, c’est s’attendre à tout.
J’ai bien
essayé d’écrire pendant ces huit jours sans ordinateur, mais cela n’était pas
vraiment possible parce que d’écrire, à la main, d’une façon dirons-nous «
classique », cela, je ne le fais plus depuis quelques années : je ne suis plus
coordonné pour cela, c’est étrange, mais mon esprit va beaucoup trop vite pour
cet exercice. Du coup, je perds des mots, le fil de mes idées, la progression
même du flux de conscience exact qui me reflète, alors qu’avec un clavier, je
tape suffisamment vite pour être parfaitement synchro avec ma pensée, mon être,
mes mots, à l’allure où ils vont c'est-à-dire le flux de pensées que j’incarne
à un instant X ou un instant Y. C’est pour cela que ma voix me semble si juste.
Bref, j’ai
perdu beaucoup de phrases, mais également beaucoup de faits, de non faits, dans
ce silence, que j’ai, cela dit, meublé par l’événement, plus qu’il n’en faut.
Sans l’écriture, cependant, il semble que ces événements disparaissent, en ce
sens qu’ils se dévêtent des affects qui leur sont attribués, pour ne devenir,
finalement, que de simples données factuelles, rien de plus que des anecdotes,
de simples anecdotes dont il ne reste plus que la substance, un peu comme un
squelette, une fois la chair dépecée, rongée par un vautour.
Découvrez Nina Hagen!
11 juillet 2008
Le Monde selon Cindy
Dans ce rêve étrange, pléonasme puisqu’ils le sont tous, F. m’a
appelé pour m’inviter à passer une après-midi non pas à Miribel mais chez lui
et cela, malgré les travaux. Il m’a dit : j’ai quelque chose à te faire goûter,
c’est inédit, tu m’en diras des nouvelles. Ou comment mettre en branle mes
facultés les plus abjectes : la curiosité me tenaille même jusque dans le monde
du rêve, ce pourquoi je ne me suis pas fait prier : en moins de temps qu’il
n’en faut, me voilà montant dans le bus, et miracle des songes et de ces
ellipses fort pratiques qu’ils mettent souvent en jeu, me voilà aussitôt devant
l’immeuble où F. demeure. Ellipse pour ellipse, il aurait été en revanche
sympathique que ce rêve ne m’impose pas la drastique et systématique montée des
cinq étages.
Enfin bref, je continue :
Me voici donc chez lui, et, avant même de saluer mon ami, je lui
dis, dans un vocabulaire toujours plus châtié :
« Ben alors, c’est quoi ce truc ? »
F., avec son sourire mi pervers mi malicieux, ne tarde pas à
réapparaître avec une boite ronde, décidemment familière ; lorsque j’étais
enfant, le réfrigérateur contenait beaucoup de ce « produit » que je ne
consomme plus depuis quelques années. Il s’agit d’un fromage fondu, fabriqué à
partir de « déchets » de fromage(s), délicieusement délicieux, dont la boite est
bardée d’une vache rouge et niaise qui n’a de cesse de sourire, invite à la
luxure gustative. Inutile d’en dire plus, les bovidés hilares ne sont pas
légion.
« Purée, le design est trop moche, ça doit être super bon ! »
Ni une ni deux nous étalons copieusement cette crème sur du pain,
dévorant ces tartines goulûment, discutant de tout et de rien. F. remarque
alors, une fois le premier étage de fromage englouti, la présence fort curieuse
d’une petite carte, à l’intérieur de la boite. Sur celle-ci, il est possible de
lire quelque chose comme :
« Vous avez gagné un an de formation à l’institut londonien « Le
monde selon Cindy », tous frais payés, hébergement compris, pour deux
personnes. »
F. dit : « Ouais, ça doit être sympa, viens on le fait ! »
Ni une ni deux, sans attendre de savoir ce que j’en pense, il
remplit la carte en prenant soin de ne pas omettre mon nom.
Coupure.
Nous voici maintenant dans une boîte postale, perdue au milieu des
champs. F. hésite à poster.
« Alors, qu’est-ce que tu attends, tu fais un vœux ?
- Non. Je me demande si c’est vraiment une bonne idée…
- T’as raison c’est peut-être une secte, va savoir.
- Oui, c’est bien possible.
- Justement, poste là, c’est encore plus marrant si c’est une
secte.
- T’as raison. »
D’une main hésitante, F. porte l’enveloppe jusqu’à la fente de la
boite aux lettres. Je pousse sa main et la lettre tombe, inexorablement, dans la
boite jaune.
« Connasse, maugrée-t-il d’une voix aiguë.
- Tu me remercieras plus tard ! »
Coupure
Dans un bureau d’inscription rose bonbon, nous remplissons des
formulaires curieux, suite de quoi, une fois ces précieux papiers remis à une
secrétaire débordée, affalée dans un fauteuil rouge cerise, téléphone rose inexorablement
vissé sur les oreilles, cette dernière nous remet une feuille contenant toutes
sortes d’informations, n’ayons pas peur des mots, capitales : la date de début
de la formation, l’adresse de notre dortoir, la liste non exhaustive des
distributeurs de vaches hilares.
Coupure
Nous voici le premier jour dans une salle de classe, tables
disposées en carré, bavardant, F. et moi, de la façon dont on bavarde toujours,
sans tenir compte de la possible nuisance sonore que nous représentons. Les
autres « étudiants » semblent ne pas trop prêter attention à nous et je
l’avoue, nous non plus, à tel point que je me souviens même plus de leurs
visages, de leurs vêtements, ou d’une quelconque donnée factuelle les
concernant. Le professeur entre : quelle ne fut pas ma surprise de
reconnaître la célébrissime Cindy Lauper, dans un come-back particulièrement
renversant et tout autant improbable ! Elle ne tarde pas à se présenter
à nous, omettant sa carrière fulgurante, comète pop, puis, dans un même
mouvement, en profite pour nous confier nos emplois du temps ainsi qu’une liste
de fournitures, suite de quoi elle détaille le programme et ses spécificités
Trou noir / Coupure
C’est la fin de la journée et Cindy, toujours fraîche comme une
rose, décide de nous remettre quelques objets fort « curieux » : une guitare et un grand
pot de fromage blanc, dont elle justifie la présence de la sorte :
« Le programme de cette année est relativement lourd et demande
beaucoup d’intelligence. C’est là l’utilité de ce fromage blanc spécial, que de
vous en donner. Il suffit d’en manger une cuillère afin d’en ressentir les
effets et se transformer en Einstein, en
moins d’une heure. Ce qui est bien, c’est qu’il n’y a aucune date de
péremption. Bref, vous pouvez consommer ce fromage n’importe quand, vu qu’il se
garde à vie. Attention car un seul litre de ce super fromage vous est alloué,
alors faites en bon usage. »
F. me regarde et dit :
« On en aura bien besoin. Tu crois qu’on aura des révélations ?
- J’en sais rien. C’est sûrement cancérigène ce truc. »
Puis à Cindy :
« Madame, j’ai déjà une guitare (et bien plus belle que cette
horreur marron à l’effigie de votre école), je peux ramener la mienne plutôt ?
- Oui, tu pourras offrir celle-ci à qui tu veux.. Par contre
n’oublie pas coller le stickers « le monde selon Cindy » sur ta
guitare. La musique doit tourner dans le monde. (À défaut de le faire tourner
?) »
Coupure
De retour dans ma chambre dortoir, qui ressemble comme deux
gouttes d’eau à la salle à manger de F., je ne tarde pas à poser cette guitare,
m’emparer de la mienne (Ah… la logique du rêve), que je pose à mes côtés, puis
je m’assieds en tailleur et, sans plus attendre, ouvre le pot de fromage, me
demandant si c’est bien vrai, cette histoire d’intelligence. Bref, je commence
à tremper un doigt dedans, pour le goûter.
Coupure
J’ai très vite des révélations essentielles sur le monde, sur son
histoire, des idées grandiloquentes d’inventions absolument inédites, alors,
affamé de cette nouvelle et passionnante connaissance du monde, je me suis mis
à manger et manger encore plus de ce fromage, heure après heure, avec une
cuillère à soupe, le vidant presque de son contenu. Puis, au bout d'un moment, une idée
me traversa l’esprit : Cindy Lauper n’etait peut-être pas Cindy Lauper ! Et
là, évidemment, je me suis réveillé, avec cette seule certitude. Et celle, sans
doute plus préoccupante encore, que je n’ai plus de fromage dans mon
réfrigérateur.
Découvrez The Ting Tings!
10 juillet 2008
Standard
Il est des jours comme cela où l’on se place du côté de la petite révolte inutile et d’autres où le calme est tel qu’on se sent plongé dans un lancinant sommeil : une bière ne serait guère plus confortable. Pour accompagner ce jour, de la fraîcheur, de la pluie : plus que jamais l’envie de sortir, d’avoir les rues pour moi seul ou presque, se dessine, impossible possession. Un sommeil plus long - sept heures - et je retrouve mon corps, ma sérénité. 36 15 ma vie, ma vie insignifiante, ma vie à moi Nicolas Raviere, créature de genre humain improbable, un peu taupe parmi ses semblables, la nuit, cafard la journée, qui se faufile comme l’éclair, dans les rues grouillant de monde. J’ai ma carapace noire qui me protège d’à peu près tout, si ce n’est de moi-même. Le danger ne vient, finalement, pas tant de l’extérieur.
Hier, j’ai eu un rendez-vous, encore un rendez-vous, me direz-vous. Je serai presque à moi tout seul une agence matrimoniale. Aux milles et un dossiers irrésolus. Classés X. J’y suis allé, donc, à ce rendez-vous, par la nuit : le mec m’a posé une question qu’on ne m’avait jamais posée auparavant, du moins, dans ce genre de situation : d’habitude ce sont toujours à peu près les mêmes, tellement soûlantes, prévisibles, qu’on y répond avec dédain, machinalement, attendant la suivante avec perplexité.
MANUEL DE SURVIE : TOP 3
3. Tes parents, ta sœur, tes amis, ton poisson rouge (…) savent-ils que tu es homosexuel ?
Que le miroir le sache est déjà bien suffisant !
Définir sa vie, son caractère par l’homosexualité, c’est quand même super galvaudé, et ridicule, non ? Je réponds à cela que je suis artiste, avant tout, j’écris, je peins, cela fait peut-être prétentieux, mais la fierté d’être « gay » avant tout et de définir son mode de vie par sa sexualité est de loin plus risible.
2. Quelle est ta plus longue relation ? Fort souvent accompagnée de son inévitable corollaire qui permet, lorsque c’est moi qui la pose, de profiter du spleen d’autrui, autrement dit, d’éviter tout potentiel questionnement intrusif et lourd : pourquoi ça n’a pas marché ? Ou simplement le tester : voir s’il l’aime encore, ce qui, ma foi, évite bien des déconvenues.
Il est un fait que les spectres d’ex viennent souvent hanter les relations, bien qu'ils ne se matérialisent pas toujours sur des photos, ils subsistent d’eux des fragrances, souvent pestilentielles. Cette emprise est telle que parfois, sans même le savoir, on fait l’amour à trois !
1. Depuis quand es-tu homosexuel ?
Celle-ci, je l’élude toujours ; mon parcours m’est personnel, il m’appartient. Et si, un jour, je souhaite l’étaler, ce sera dans une autobiographie, à l’écrit et non pas à l’oral. Ce qui me permettra de gagner quelques sous, histoire de financer mon alcoolisme latent.
Cependant, comme ils insistent, parfois, je tronque la vérité, ou bien, si l’humeur m’en dit, si l’envie m’en prend, je réponds des choses comme : j’étais amoureux de la bite de mon père, quand je la voyais de très près. A peine formé, je n’avais pas vraiment, cela se conçoit, de faculté de juger. Et puis, c’est mon tout premier souvenir tu sais… J’avais déjà envie de la prendre en bouche, tu comprends ? A force qu’il m’englue, je suis même devenu lactaphile ! Tu sais ce qu’il te reste à faire, sweetie ! Anyway, i’m kidding, je ne réponds jamais cela, jamais. Ou si peu !
Je raconte très souvent que ma mère, lorsque j’avais seize ans, m’a offert le livre écologique de Madonna, tu sais, celui qui s’appelle Sex, et que ce livre, s’il ne m’a pas dégoûté de cette somptueuse soprano et actrice de renom, m’a permis néanmoins de positionner, lentement mais sûrement, ma sexualité par les rôles affichés, exaltant également ma peur des femmes, ces créatures éminemment paranormales. Si, à cet âge-là, j’avais découvert Les Roses Anglaises, je serais peut-être devenu un père de famille exemplaire, suicidé à quarante ans, ou bien un prêtre adepte du Glory Hole, officiant non seulement dans l’église d’un minuscule village, au fin fond de la Nièvre, mais également sur les aires d’autoroute, parmi d’autres pères de famille tout aussi respectables.
Mais je m’égare. La question donc. La question posée, c’était :
Quand tu as un rendez-vous, un rendez-vous comme celui-ci, est-ce qu’il t’arrive parfois de trouver une excuse pour partir ?
Ma réponse :
Non. Jamais, je n’aime pas mentir. Je préfère faire semblant d’écouter, acquiescer, mais au moins, je reste.
Voilà, tu sais tout maintenant.
***
Mon rêve d’amour, tu le connais, je l’ai déjà raconté une fois, il m’en souvient : c’est lui, non encore incarné, et moi, complètement désincarné, tendrement lovés dans les bras l’un de l’autre, regardant Salo. Evidemment, on n’a pas toujours le standard qu’on mérite.
Découvrez Björk!
09 juillet 2008
Petite Révolte Inutile
Une verveine
dark dog, et je repars !
J’ai pris ma
retraite, envers l’amitié. Les amis à quoi cela sert-il ? Quelle fonction ça
peut bien avoir, les amis, si ce n’est de renvoyer une image positive de nous-mêmes
et non cette image au-delà du miroir, pathétique, d’un corps, d’un visage
vieillissant, pourrissant ?
Une main tendue
pour une vie de pendu.
Et lui qui
vient la nuit me visiter, pour qui se prend-il ? Je n’ai pas toujours été comme
ça, je le jure. Je n’ai pas non plus toujours eu cet aplomb qui, ces derniers
jours, me donne du plomb dans les ailes. Et j’aime ça. Sans doute est-ce parce
que je m’en fiche de tout, de toi, de tout ça. Je m’en fiche donc ; c’est la
condition extrême, essentielle, d’un maintient inébranlable au milieu des
autres, pour ne pas se laisser influencer, se faire malmener, se faire dévorer,
parce que l’influence est mauvaise, l’ascendance d’autrui particulièrement
dangereuse pour l’ataraxie. Quand on veut plaire, par exemple, qu’on essaye
d’être gentil, gentil petit chien chien, toutou qui frétille de la queue, on en
devient pathétique, jusqu’au ridicule et comme le ridicule ne tue pas, il est
possible de récidiver, encore et encore.
On fait la fête
entre nous.
Toi qui est venu
me voir voici quelques nuits, je t’informe par cette présente que :
Je te caresse
parce que j’en ai rien à foutre de toi.
Et tu me
caresses pour les mêmes raisons. Strictement.
Souvent c’est
ainsi, et c’est mieux ainsi.
L’amour stagne
au fond des chaumières.
Dans un
entretien d’embauche, visualise, récite-toi à fond, jusque dans les tripes, ce
mantra : je me fiche de toi, patron ventripotent, gavé à la cochonnaille, du
travail que tu me proposes, de ce salaire de misère car je n’ai pas besoin
d’argent, moi, j’ai besoin de temps (car le temps m’est essentiel). Chaque
seconde perdue est une phrase en moi que je perds, une phrase dans la création
de mon être projeté dans l’abîme. Une brique de perdue. Je construis ma maison,
tu entends, bouffon, ma propre maison et celle-ci sera immortelle. A condition
que je la termine, cette demeure, pour pouvoir la posséder complètement, jusque
dans son essence.
Ainsi peux-tu
concevoir que je ne regrette rien :
Ton café est
mauvais, tes employés ternes fument des cigarettes dehors, par moins trente,
générant toujours plus de cancers et tout autant de trous dans ce magnifique
système abyssal qui nous garantie la vie sauve ad vitam : la
sécurité sociale.
Cercles
vicieux.
Je sais la
violence partout et ne le regarde pas ; quand elle vient de l’intérieur c’est
une force, brute et exquise, qui pousse les mots à sortir. Les poètes du
dimanche, les écrivaillons, ceux qui façonnent leurs textes comme de véritables
petits bijoux, se la jouent orfèvres de mots, ne sont que des drolatiques, des
rêveurs coincés au stade anal, des petites grenouilles de bénitiers littéraires
qui se lèchent copieusement le cul, un dictionnaire entre les cuisses, ce ne
sont que des Madonna du stylo, lesquelles ne connaîtront la gloire qu’en maison
de retraite.
Mais je parlais
de la violence. La violence, quand elle vient de l’extérieur, c’est une pure
agression, une abomination. Qui a dit que le droit du fort sur le faible, depuis les
Lumières, était révolu ? La phase humaniste est souvent déshumanisante,
car elle classifie.
Mon cher
journal. Je t’informe de ces données essentielles et néanmoins vitales : aujourd’hui
il fait un grand soleil alors je reste enfermé, je me terre : je porte une
chemise bien trop grande pour moi, un short qu’il n’est pas possible de
soumettre à la datation, je mesure toujours un mètre quatre-vingt et essaye
désespérément, sans bouger l’adipeuse surface de mon corps, de descendre au-delà
des 74 kilogrammes qui me sont
impartis et qui font que je ne me sens
pas à l’aise dans cette enveloppe qu’on m’a donné bien malgré moi, oui, je me
sens comme une espèce de merde en expansion et refuse, avec obstination, de m’adonner
à toute forme de sport, par principe, cela, à fin d’ irriguer le plus possible
mon cerveau, sans quoi je perdrais des grammes de pensées et cette perte me
fait peur puisqu’elle m’évoque ma propre disparition, ma propre finitude,
enfin, je ne dors que cinq heures par nuit, en moyenne, depuis deux semaines,
ce dont tout le monde se fiche éperdument, moi le premier.
Découvrez Anne Clark!
08 juillet 2008
Du Silence Imposé
Evidemment, on
peut tout raconter dans un journal intime, qu’il soit confidentiel ou non, sans
quoi il ne serait pas si intime, et fumiste. Le tout, c’est d’assumer ses
dires, et donc, par là même, de s’assumer, mais, lorsqu’il nous arrive quelque
chose qu’il n’est pas possible de raconter, parce que nous sommes tenus par une
promesse de style « tu ne diras point », il n’est plus possible d’écrire,
l’esprit fustigé, la main comme coupée. Exit l’exhibe, la logorrhée. Le respect
est une chose essentielle, pour qui se conçoit des valeurs et pour qui les
applique. Ainsi, ce doit être le silence.
Confession :
[
]
Impossible confession :
Agatha étant
cependant décédée, les vérités ne seront jamais dévoilées.
Aussi ai-je
choisi, pour moi-même, non pas de respecter ma promesse, mais d’aller encore au-delà :
d’effacer, tout simplement, l’histoire.
Découvrez Bat for Lashes!
07 juillet 2008
Duel à la Muse
A la dérive majestueuse qui anime nos corps, qui n’est pas tant, aujourd’hui, qu’un festin alangui, j’appose celle d’hier, quand mon corps roulait sur le tien, jusqu’à toucher le sol, à m’en briser les os. Ce n’était pas moment formidable pour moi que cette intrusion dans la chair meuble et offerte, tout juste une déraison. Le sourire est endomorphine, et l’été, lénifiant, condamne les caresses à la sueur. L’odeur de l’épiderme, qui est drame, la suie, qui nous recouvre, s’étale, comme du sperme, sur le torse, tandis qu’une musique lourde et oppressive se diffuse, massive, dans l’air chaud.
Nous avons inversé un instant l’ordre du monde, pour l’éternité ; toute éternité passagère que la mémoire conserve et que les mots ordonnent à l’avenir, pour l’avenir, séditieuse sentence et crime reconduit. Il m’a dit ainsi que les mystères du monde, ceux que l’on ne conçoit plus, sont des énigmes vivantes, que la chair ne peut résoudre et qu’un instant, un bref instant, cependant, tel le poète qui inspecte le possible d’une création, l’hédoniste, le possible d’un désir écumé, consommé, ses lèvres géantes, oppressantes, avides de connaissances, se sont abouchées au sanctuaire délétère par lequel s’écoule le féces.
**
*
Bref, vous l'aurez compris, le Journal Inversé
ouvre de nouveau ses portes.
P.S : Un flux d'actualité est disponible dans la colonne de droite, tout en bas, à la suite des liens.
05 juillet 2008
Rêve : la peau

Je rejoindrai
bien La Peau. La peau n’est pas si loin et pourtant terriblement
distante, que je la touche en esprit. D’un pas lourd et pressé, je peux la
quérir, en frôler la porte, du regard, à la dérobée, me souvenir. C’est cela,
me souvenir. Il faut attendre que la nuit s’achemine pour la pénétrer : à cette
heure-ci, d’ordinaire, je dors, je rêve de femmes curieuses, qui me proposent des
énigmes, je rêve de chats volants, privés de l’usage expansif de la parole, je
rêve que mon alliance se resserre à tel point qu’elle me tranche le doigt. Et
autres curiosités. A la peau, je ne rêve pas. On est spectateur ou bien acteur,
point les deux à la fois. Ce serait une hérésie. Sais-tu qu’une fois, un jour,
il y’a peu, mais je n’ai pas jugé bon alors de le noter, le mentionner (…) j’ai
rêvé d’un Glory Hole cerné de ténèbres opaques ? J’ai voulu percer ce mystère,
alors j’ai choisi mon œil vert, pour frôler la circonférence, pour voir au
travers.
Quelque chose est ainsi venu pénétrer ma cornée, oui quelque chose
: non pas un phallus, un doigt, une lame, mais - aussi étrange que cela puisse
paraître - une larme : celle, peut-être, d’un autre œil, qui a rencontré le
mien. Quel drame de ne savoir si elle fut sucrée !
Le Manque

1 juillet 2008
04 juillet 2008
Renoncer
Tu m’as touché
avec ta main et je me suis rétracté comme quand, parfois, on désire
fortement un objet élégamment achalandé : on le prend, on le possède presque
puis on se rend compte que, finalement, loin de son étalage, il n’a plus
tellement de sens, cet objet. Et bien c’est tout à fait cela, hormis l’absence
de désir qui m’a conduit à toi. Je ne me leurre pas un seul instant, jamais. Ce n’est plus un secret. Je préfère dire : je fus soumis encore une fois,
pauvre petit être humain, trop humain, au diktat lourd et oppressant de
l’Hypophyse.
Quand j’ai
fermé la porte, quand je suis arrivé dans la rue, plongé au cœur de la nuit,
parmi les lueurs discrètes des réverbères, j’ai ressenti une sensation brute et
étouffante. J’ai regardé le ciel et je me suis dit : merde, il est beau, parfois,
le ciel, à Lyon !
Découvrez Cosmos70!
03 juillet 2008
Du Coeur avant toute Chose
Une femme
adipeuse, dans le bus, exhibe son enfant au soleil caniculaire, offrande pieds
nus qui gigote péniblement, plein soleil, alors que se dessinent de franches
zones d’ombres ; une vielle femme dont les jambes sont des tableaux d’art
contemporain, bardées de varices, parfait all over, all over me, se pose
à côté de moi. Une troisième créature, portant également une de ces
printanières robes à fleurs, prend sa part d’espace non loin de nous et entame,
d’un ton hautain, avec l’adipeuse mère, un monologue à rallonge sur les
nourrissons.
Diatribe, puis encouragements
; la mère d’abord renfrognée sourit et
c’est l’éternel palimpseste.
La femme aux
stries violettes, robe indéniablement assortie au sang fermenté qui stagne dans
ses cuisses blanches comme celles d’une caille, délie enfin sa langue et là,
c’est l’effervescence. Elles dégobillent, les deux commères, cette incertaine
science qui nous apprend que les nourrissons ont de bien meilleures défenses
que nous, les adultes, concernant l’environnement qui les entoure, qu’ils s’y adaptent
bien plus vite. Saviez-vous également que les bébés sont de grands magiciens,
que, contrairement à nous, les adultes, ils se réhydratent tout seuls ? Et
elles concluent, les mégères, elles concluent que de toute façon, tout le monde
aime les bébés. Parce qu’il est impossible, absolument impossible, de ne pas
aimer les bébés. A moins, bien sûr, de ne pas avoir de cœur.
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