QUERELLE

Journal intime, mais non confidentiel, de Nicolas Raviere, où il est question de toute autre chose, parfois, que de simples querelles.

04 septembre 2009

Animal Junkie

- Quel est déjà ton prénom, ton prénom, mon beau, aux yeux effarants ? Moi je suis animal Junkie et je t’invite à cette fête sans queue ni tête, un soir au bord du lac. Tu viendras, dis, tu viendras ?

- J’ai de l’aube en tête, et des idées de poésie. Ma mère est de nouveau au pays des prunes, avec une voix de fillette. J’ai lancé des bonbons sur ma nouvelle stagiaire, une jeune fille trop déterminée et jolie, qui pose pour de la lingerie, avec aplomb, devant des cheminées, sur des peaux de bêtes, la peau nacrée, bardée de filaments de dentelles noires.

- Mais ton prénom, dis-moi ton prénom, je l’ai oublié.

- Je me souviens de ton haleine mentholée et déjà j’ai envie d’oublier cet instant où tu posais tes mains sur mes cuisses, d’un frôlement maintenu, terriblement féminin. J’en aime un autre, et cet autre : c’est moi.

- C’est sans doute le propre de l’homosexuel, de s’aimer, ou de se bannir.

- Ou les deux à la fois, c’est sans doute la même chose, probablement, mais, ce n’est pas du tout ça. Ce n’est jamais vraiment ça. Tu sais, animal junkie, il y a cet homme sauvage avec qui j’imagine des coïts sur ma table basse, qui te ressemble un peu, et ce garçon délavé, un jeune poussin que j’aimerais briser à loisir, et dont la chair semble si tendre qu’elle est un crime - pour un végétarien. Il m’a donné comme un joyau un clin d’œil malicieux, et il est à portée.

- Cela ne me dit pas ton prénom.

- Il est comme l’amour, mon cher animal Junkie : à réinventer.

19 juin 2009

ειρωνεία

La saison du désir, lancinante, accablante, halitueuse, laisse d’innombrables cadavres de possibilités, au détour des rues, dans le tramway, le métro, alors que mon cœur est pris, irrémédiablement volé, injustice quant aux cycles amoureux, nonobstant l’astrologie ; c’est une raison valable, cette exhalaison hors l’épiderme, et magnétique, de marcher la tête haute, et plus encore de filer droit, à la façon d’une movie star qui se façonne, quand la chance tourne, loin des idées grotesques et farfelues de come-back. - Mais j’appréhende la déchéance, de ce moelleux nuage où nous nous sommes hissés, à la force de nos bras et de nos espoirs.

28 mai 2009

Melmoth

L’inconscient est notre pire ennemi, contre lequel il faut combattre plus que de raison, avec ou sans allié ; c’est dans la nuit qu’il se façonne un visage étranger, ou familier, pour nous mieux dévorer, nous molester et nous laisser interdits, au réveil, impuissant comme une tasse de café, face à l’humain qui lui est dédié. J’aime à compter son absence, signe des jours meilleurs ; et néanmoins le retrouve en filigrane, dans l’écheveau des mots que je tisse, sans cesse à l’affût, comme un vampire en quête de sang.

(Inspiré par Lidia)

17 avril 2009

La Valse des Urodèles

Ce n’est pas possible, tout simplement impossible, que de l’imaginer CELA, sur ton lit de framboise, nous dévêtir jusqu’à la couenne, nous assembler jusqu’à la graisse, par la glue de nos sexes ; ne le sais-tu pas ? Ce besoin d’évasion que j’ai, présentement, ne le permet pas ; c’est ce que désire pourtant mon corps, toujours rebelle, enclave noueuse et tendue vers ce nulle part : des continents dont la carte n’est plus à inventer. Pures et vaines siamoiseries.

Toi et les autres, sous papier calque, êtes strictement identiques, partageant le Rite, qu’on pourrait appeler le rite du soleil, une parade nuptiale aux codes par trop établis, que les médias nous renvoient à tout instant, avec l’élégance d’un poison et que la vie, par simple instinct de mimésis, nous propose, de même que des fruits, rayon primeur, à chaque instant, à chaque regard. Puis, à la dérobade, on se suit par le cul comme des chiens gravissant le bitume.

A cela, je préfère le tranchant d’un poème, la vague rectiligne d’une lame, un crachat chaud et doux, spongieux, une main tétanisée, blême sur un corps endormi. Un regard qui dématérialise tout. Le Prisme. L’Emotion. L’Océan, prisonnier de l’œuf irisé.

1 / Comme hier. Il m’a donné un grand instant de bonheur, qu’il serait vain de reconduire, parce qu’il faut laisser aux enfants le privilège du Sacré.

2 / J’ai photographié la scène, avec mon appareil photo spectral, qu’il n’a point vu, puisqu’il n’existe matériellement pas, dont il n’a pas d’idée de ce qu’il peut être puissant, parce qu’il empêche présentement son heureux propriétaire de poursuivre certains récits, de les continuer, pour les achever, sens propre et figuré : les histoires qui s’inventent et les souvenirs qui prennent corps ne doivent-ils pas générer une sensation de merveilleux - totale et inaliénable - afin de sublimer un quotidien médiocre, dans lequel on s’efforce, risible combat, de trouver toujours plus de petits bonheurs insignifiants, que l’on se plait à énumérer, à qui veut les entendre ?

3 / Il m’a donné ceci : anecdote # 43 [Qu’il serait bon que la technique du copié collé fonctionne, parfois, dans la vie, afin de créer des symétries reposantes, de parfaits petits îlots dont on connaît chaque recoin. Bullshit.]

Soirée clandestine après fermeture, dans le noir estaminet, nous bûmes des liqueurs du passé, sous l’égide du Chanoine pour rejoindre, timides sous l’absence des étoiles, quelques enfants qui, place Bellecour, tournoyaient, paisibles, dans le vent, sous le regard d’une mère placide. Puis, nous quittâmes ce lieu, pour un autre, où ces jeux miniatures nous appartenaient tout à fait : défier la gravité, oser la contorsion et taper du cul jusqu’à rejoindre les étoiles. Mais le ciel était vide - quand bien même ! Et je suis reparti, dans la nuit, d’un pas lourd - et léger.

*** 

Je laisse un silence plus profond qu’une ecchymose sur la peau de ces nouvelles rencontres, constatant la déflagration lente des amours possibles et impossibles ; je ne sais que regarder les fleurs, les contempler, jamais ne les respire et je n’ose, d’un geste ô combien précis, ou terriblement saccadé, en couper la tige, pour m’en emparer ; ne sont-elles pas, de toute façon, destinées à mourir ?

01 février 2009

Limites d'un Corps Ecrit

Cette fin est une déroute, un mensonge, une ironie.
Et un immense clin d’œil aussi large qu’une raie

Pas une raie manta, mais : celle dont le sourire se dessine en deçà des bols de peau.

Et c’est plus que cela : de l’intertextualité.
L’intertextualité me fait jouir. Il me faut bien quelque chose pour jouir et
jouer, car je suis joueur et privé de jouet ad vitam par les choix que je m’impose. Quoi que je fasse, où que j’aille, ces petites tragédies ne prendront jamais fin, puisqu’elles m’alimentent.
Sur ce constat qui n’est point nouveau, que faire présent ? Quelle direction prendre ? A quel god se vouer ? Je veux tuer Querelle une bonne fois pour toute mais Querelle Seblon, cette connasse à mi-chemin entre la diva et le clochard, dit : je ne veux pas mourir.
Qu’il en soit ainsi.
?

*** 

Nous sommes parti bien malgré nous, avec ce satané Querelle, sur le principe que le journal susnommé est devenu une sorte de roman, une autofiction garantie 100 % sans mensonge aussi exhaustif qu’un emballage et non point transparent comme une cellophane, avec un esprit de suite par trop prononcé, un suspense à bouffer des sucettes, tout cela qui trahit l’esprit originel de Querelle. Or, on ne promène pas un livre au travers de l’orifice rondelet d’un Glory hole, afin qu’un œil plus ou moins exercé puisse, satisfaisant ainsi son doux vice, suivre quelque chose qui ressemble plus ou moins à une histoire, et donc à une vie. On y introduit plutôt de la chair - alimentaire - des organes chauds, vivants, bouillonnants, émancipés dans la frénésie de l’instant et non des cadavres congelés, des cadavres autopsiés qui, finalement, n’ont plus de saveur, dédaignés des vers, aux cernes béants, alignés devant un chirurgien un peu fou et vaguement diplômé. Cela ne se fait, ce n’est pas bien.


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Querelle confesse à 19:00 - V. La Cantine des Idées / Ulysse - Confessionnal [9]
Autopsie :

13 janvier 2009

L'Arbre et la Croix

Certains, pour étonner, sont prêts à tout comme dépenser des milliers  voire des millions - relativisons  - pour voir de pétillants dollars s’allumer dans le regard terne de leur cher et tendre doudou et j’en fus fut un temps, de ces gredins matérialistes et souvent peu reconnaissants, aimantés par l’amoncellement dramatique de surprises présentées sous forme de galettes lasers suffisamment rares pour être collectionnées ou bien de choses relativement chères et parfaitement inutiles puisque ce qui est inutile est utile à l’âme qui trouve là une satisfaction pure dans le concept même de ce qui est vain.

Certains pensent que :
Un cadeau c’est une dîme qui se récolte pour pouvoir récolter l’amour et ses fruits et les fruits sont destinés, nous le savons, à pourrir.
Et les arbres grandissent, s’étoffent, vieillissent. Des sillons se creusent dans l’écorce lamentable et dure de leurs silhouettes éreintées par les hivers successifs.

Pour m’étonner, désormais, il suffit d’un geste, d’un mot, d’une papillote, remise dans le creux de  la main, une délicieuse papillote, bien fondante, lovée dans la paume de la main, donc, accompagnée d’un sublime sourire, avant que de m’engouffrer dans le métropolitain. Cela, évidemment, me subjuguerait. Alors, quand nous marchions sur les quais de Saône, en quête d’un pont qui ne soit pas fermé, barricadé, histoire de franchir la rivière tourmentée pour voir guignol et ses amis se donner en spectacle, K s’est retourné violemment, sans prévenir, brisant la discussion et, fondant sur moi, l'animal s’est rué sur mes lèvres, pour m’embrasser, provoquant la perte de mon équilibre, de mon équilibre précaire et mon corps, mon corps longiligne, a basculé vers l’arrière et j’ai failli tomber du trottoir et peut-être, si je n’avais pas quelques maudits réflexes, ou bien de main pour m’accrocher à l’écorce d’un arbre, serais-je lamentablement tombé, cloué sur la chaussée, renversé par une voiture sans permis, une fin véritablement tragique, pathétique, névralgique.
Me voilà donc heureux.
Un baiser, comme cela, volé. Qui provoque une chute. Est-ce donc cela, tomber amoureux ?

Mais j'avais vu vu cette église ouverte. Cette église qui ne l’est jamais, tellement insignifiante que je ne connais pas son nom, mais j’avoue m’être interrogé à son sujet, une église donc, donnant sur la rivière croupie, les quais insalubres dégorgés de poivrots anecdotiques dont je grossis les rangs quand vient l’été. J’insistais pour la visiter. Quelle ne fut pas ma surprise de le voir, ce voleur d’amygdale, pénétrant ce sanctuaire aseptisé, se signer dans la demeure du seigneur, faire un signe de croix en bon petit soldat !

 

 


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05 septembre 2008

Autour d'une Valise

La Dernière Querelle : XI - Digression dite de la valise

Je prépare toujours ma valise au dernier moment ; le jour du départ, au réveil, dans l’urgence matinale, sur une musique tapageuse, ou tard la nuit, avant de me coucher ; je la remplis sans conscience, jusqu’à l’évanouissement, de chemises à ne plus savoir qu’en faire : celles que je porte souvent, et les improbables ; quelques pantalons, trois paires de chaussettes, au-delà du nombre de jours, et autant de boxers, et, quand je pousse le vice jusqu’à aller chez ma sainte mère, j’ajoute à ce bouquet une nippe vaguement déchirée, de celles que je considère comme une seconde peau.

Je préfère que cette chère guenille soit raccommodée, plutôt que de m’en séparer, au profit d’un vêtement  nouveau qu’il va falloir apprivoiser, qui ne me ressemble pas. Ma mère est cette fée qui me permet, à la manière d'une parque, de garder cette constance, au travers des époques. Comme elle m’a peiné quand elle m’a dit que je devrais couper les manches de cette chemise car elle ne pourrait plus me la repriser : le textile est bien trop usé, cette fois ! Je porte cette chemise muette depuis quinze ans, malgré l’épaississement de ma silhouette, de lieu en lieu, de phase en phase, de rite en rite. Je suis un peu mon propre musée : ma valise en témoigne. Seul change mon visage, sur lequel s’impriment les stigmates du vieillissement.

Deux romans, généralement très narratifs, se glissent dans cet étalage de fringues ternes et noires, parsemé de quelques touches pastels ; des romans que je n’ai pas lus, et qui me servent à déjouer l’ennui du temps. Car, loin, je pense sans cesse à l’appartement que j’ai quitté : mon chez moi. Je ne puis m’empêcher d’imaginer, dès lors que mon esprit dérive, quantité de drames. La valise, mon point de repère, ne me suffit pas ; l’histoire d’un roman me détourne d’elle, de sa violence rouge et noire, de ce qu'elle indique un voyage, un déplacement. L’impression de pénétrer une autre dimension ; une autre vie.

C’est une nouvelle valise. L’ancienne n’était pas réparable. Je déteste cette intruse : sa forme, ses couleurs, son odeur. Elle serait comme un chien teigneux et affamé qui me poursuit sans relâche, lorsque je me décide à la traîner derrière moi, m’exposant à la stridence contiguë de ses roulements, cette meurtrissure continue sur l'asphalte, laquelle m'évoque certaines caresses imposées, certaines soirs de pluie. C’est une valise qu’on traîne, comme une déjection de poisson, derrière soi, en prolongement direct avec l’anus : toutes les valises, désormais, sont aussi peu nobles, et risibles. Aussi, souvent, m’arrive-t-il de me surprendre à la porter à la main, plutôt que de la traîner, cela, malgré sa lourdeur.

Confidence :
Se pourrait-il que je fasse cela en espérant un jour l’adopter, la considérer comme une extension fugitive de moi-même ? N’a-t-elle pas, après tout, cette nouvelle valise, ce pouvoir curieux d’anesthésiant sur mon obsession primaire : l’envie irraisonnée, dès que je quitte mon domicile pour quelques jours, d’y revenir aussitôt, parce que sans mes murs, je laisse une part non négligeable de moi-même ?


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30 juillet 2008

Wyrd

La pythie revient, nécessairement ébranlée. Mi-consciente, elle mâchouille ses feuilles de laurier sans sucre puis me chuchote un petit secret, que je me dois de coucher par écrit :

Maniable et malléable ne sont pas des propriétés de l’existence ; mais les voies qui la conduisent, elles, le sont et même terriblement. Avant cette prise de conscience, avant cette prise de contact, avant cette prise d’assaut, l’horizon, à perte de vue, angoisse, oppresse, moleste parfois.
Des armées se conduisent par narcotiques.
L’étonnement des enfants, reconduit en l’adulte, serait quelque chose de merveilleux.

Ces deux parades ne sont-elles pas fabuleuses ?
Aussi, finalement, il ne m’importe pas tant de savoir la réponse à ma question, laquelle tient en peu de mots : ingwaz / othalaz / sowilo.
Ou que les pythies préfigurent les fan(atique)s.


Sopor Aeternus & The Ensemble of Shadows!

....
Et, dans le Journal Inversé, un texte, un oiseau, un enfant : La Pénitence Amoureuse.

 

Querelle confesse à 20:10 - V. La Cantine des Idées / Ulysse - Confessionnal [2]
Autopsie : ,

28 juillet 2008

La Céleste des Jeux

Dieu peut s’affranchir de la religion, mais la religion, elle, ne peut pas s’affranchir de Dieu ; un peu comme un loto exhibant la promesse d’une vie meilleure, par l’opulence étalée de chiffres abstraits et redondants, chiffres qui auraient le pouvoir immense de transformer la réalité. Qui s’intéresserait à ces jeux, sans cette promesse subséquente ?
Mais je veux parler de l’Idole : l’Idole n’est respectée que par le miracle qu’elle suppose, sans quoi elle est vaine, stérile, n’apporte rien à l’humain. La spiritualité ne saurait s’installer dans cette dépendance. Pourquoi donc nous faut-il ces totems, si ce n’est pour s’extraire de nos mortelles conditions ?

(Ce billet est dédié à Lidia.)


Découvrez Korn!

Querelle confesse à 17:51 - V. La Cantine des Idées / Ulysse - Confessionnal [6]
Autopsie :

26 juillet 2008

A Contre-voie

Voyager à l’arrière d’un train est d’un confort extrême et séduisant ; on ne craint point un accident frontal ou diagonal ; le milieu n’est point cassant, au centre même de la plaie, qui partage autrui, en castes. Les premières maudissent les secondes, qui les maudissent à leur tour, ce qui ne les empêche pas de voyager ensemble et séparées. Personne, cependant, ne pense à la disparition de la troisième classe, laquelle n’appartient plus qu’à l’histoire.
L’heure de la traduction n’a pas encore sonné.


Découvrez Kate Bush!

Querelle confesse à 17:42 - V. La Cantine des Idées / Ulysse - Confessionnal [6]
Autopsie : ,



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