04 septembre 2009
Animal Junkie
- Quel est déjà
ton prénom, ton prénom, mon beau, aux yeux effarants ? Moi je suis animal
Junkie et je t’invite à cette fête sans queue ni tête, un soir au bord du lac. Tu
viendras, dis, tu viendras ?
- J’ai de l’aube
en tête, et des idées de poésie. Ma mère est de nouveau au pays des prunes,
avec une voix de fillette. J’ai lancé des bonbons sur ma nouvelle stagiaire,
une jeune fille trop déterminée et jolie, qui pose pour de la lingerie, avec
aplomb, devant des cheminées, sur des peaux de bêtes, la peau nacrée, bardée de
filaments de dentelles noires.
- Mais ton
prénom, dis-moi ton prénom, je l’ai oublié.
- Je me
souviens de ton haleine mentholée et déjà j’ai envie d’oublier cet instant où
tu posais tes mains sur mes cuisses, d’un frôlement maintenu, terriblement
féminin. J’en aime un autre, et cet autre : c’est moi.
- C’est sans
doute le propre de l’homosexuel, de s’aimer, ou de se bannir.
- Ou les deux à
la fois, c’est sans doute la même chose, probablement, mais, ce n’est pas du
tout ça. Ce n’est jamais vraiment ça. Tu sais, animal junkie, il y a cet homme sauvage
avec qui j’imagine des coïts sur ma table basse, qui te ressemble un peu, et ce
garçon délavé, un jeune poussin que j’aimerais briser à loisir, et dont la
chair semble si tendre qu’elle est un crime - pour un végétarien. Il m’a donné
comme un joyau un clin d’œil malicieux, et il est à portée.
- Cela ne me
dit pas ton prénom.
- Il est comme
l’amour, mon cher animal Junkie : à réinventer.
19 juin 2009
ειρωνεία
La saison du
désir, lancinante, accablante, halitueuse, laisse d’innombrables cadavres de
possibilités, au détour des rues, dans le tramway, le métro, alors que mon cœur
est pris, irrémédiablement volé, injustice quant aux cycles amoureux,
nonobstant l’astrologie ; c’est une raison valable, cette exhalaison hors
l’épiderme, et magnétique, de marcher la tête haute, et plus encore de filer
droit, à la façon d’une movie star qui se façonne, quand la chance tourne, loin
des idées grotesques et farfelues de come-back. - Mais j’appréhende la
déchéance, de ce moelleux nuage où nous nous sommes hissés, à la force de nos
bras et de nos espoirs.
28 mai 2009
Melmoth
L’inconscient
est notre pire ennemi, contre lequel il faut combattre plus que de raison, avec
ou sans allié ; c’est dans la nuit qu’il se façonne un visage étranger, ou
familier, pour nous mieux dévorer, nous molester et nous laisser interdits, au
réveil, impuissant comme une tasse de café, face à l’humain qui lui est dédié.
J’aime à compter son absence, signe des jours meilleurs ; et néanmoins le
retrouve en filigrane, dans l’écheveau des mots que je tisse, sans cesse à
l’affût, comme un vampire en quête de sang.
(Inspiré par Lidia)
17 avril 2009
La Valse des Urodèles
Ce n’est pas possible, tout
simplement impossible, que de l’imaginer CELA, sur ton lit de framboise, nous
dévêtir jusqu’à la couenne, nous assembler jusqu’à la graisse, par la glue de
nos sexes ; ne le sais-tu pas ? Ce besoin d’évasion que j’ai, présentement, ne
le permet pas ; c’est ce que désire pourtant mon corps, toujours rebelle, enclave
noueuse et tendue vers ce nulle part : des continents dont la carte n’est plus
à inventer. Pures et vaines
siamoiseries.
Toi et les autres, sous
papier calque, êtes strictement identiques, partageant le Rite, qu’on pourrait
appeler le rite du soleil, une parade nuptiale aux codes par trop établis, que
les médias nous renvoient à tout instant, avec l’élégance d’un poison et que la
vie, par simple instinct de mimésis, nous propose, de même que des fruits,
rayon primeur, à chaque instant, à chaque regard. Puis, à la dérobade, on se
suit par le cul comme des chiens gravissant le bitume.
A cela, je préfère le
tranchant d’un poème, la vague rectiligne d’une lame, un crachat chaud et doux,
spongieux, une main tétanisée, blême sur un corps endormi. Un regard qui dématérialise
tout. Le Prisme. L’Emotion. L’Océan, prisonnier de l’œuf irisé.
1 / Comme hier. Il m’a
donné un grand instant de bonheur, qu’il serait vain de reconduire, parce
qu’il faut laisser aux enfants le privilège du Sacré.
2 / J’ai photographié la scène,
avec mon appareil photo spectral, qu’il n’a point vu, puisqu’il n’existe
matériellement pas, dont il n’a pas d’idée de ce qu’il peut être puissant,
parce qu’il empêche présentement son heureux propriétaire de poursuivre
certains récits, de les continuer, pour les achever, sens propre et figuré :
les histoires qui s’inventent et les souvenirs qui prennent corps ne
doivent-ils pas générer une sensation de merveilleux - totale et inaliénable - afin de sublimer un
quotidien médiocre, dans lequel on s’efforce, risible combat, de trouver
toujours plus de petits bonheurs insignifiants, que l’on se plait à énumérer, à
qui veut les entendre ?
3 / Il m’a donné ceci : anecdote # 43
[Qu’il serait bon que la technique du copié collé fonctionne, parfois, dans la
vie, afin de créer des symétries reposantes, de parfaits petits îlots dont on
connaît chaque recoin. Bullshit.]
Soirée
clandestine après fermeture, dans le noir estaminet, nous bûmes des liqueurs du
passé, sous l’égide du Chanoine pour rejoindre, timides sous l’absence des
étoiles, quelques enfants qui, place Bellecour, tournoyaient, paisibles, dans
le vent, sous le regard d’une mère placide. Puis, nous quittâmes ce lieu, pour
un autre, où ces jeux miniatures nous appartenaient tout à fait : défier la
gravité, oser la contorsion et taper du cul jusqu’à rejoindre les étoiles. Mais
le ciel était vide - quand bien même ! Et je suis reparti, dans la nuit, d’un
pas lourd - et léger.
***
Je laisse un
silence plus profond qu’une ecchymose sur la peau de ces nouvelles rencontres,
constatant la déflagration lente des amours possibles et impossibles ; je
ne sais que regarder les fleurs, les contempler, jamais ne les respire et je
n’ose, d’un geste ô combien précis, ou terriblement saccadé, en couper la tige,
pour m’en emparer ; ne sont-elles pas, de toute façon, destinées à
mourir ?
01 février 2009
Limites d'un Corps Ecrit
Cette fin est une déroute, un mensonge,
une ironie.
Et un immense clin d’œil aussi large
qu’une raie
Pas une raie
manta, mais : celle dont le sourire se dessine en deçà des bols de peau.
Et c’est plus que cela : de
l’intertextualité.
L’intertextualité
me fait jouir. Il me faut bien quelque chose pour jouir et jouer, car je suis joueur et privé de jouet ad
vitam par les choix que je m’impose. Quoi que je fasse, où que j’aille, ces
petites tragédies ne prendront jamais fin, puisqu’elles m’alimentent.
Sur ce constat
qui n’est point nouveau, que faire présent ? Quelle direction prendre ? A quel
god se vouer ? Je veux tuer Querelle une bonne fois pour toute mais Querelle
Seblon, cette connasse à mi-chemin entre la diva et le clochard, dit : je ne
veux pas mourir.
Qu’il en soit
ainsi.
?
***
Nous sommes
parti bien malgré nous, avec ce satané Querelle, sur le principe que le journal
susnommé est devenu une sorte de roman, une autofiction garantie 100 % sans
mensonge aussi exhaustif qu’un emballage et non point transparent comme une cellophane, avec un esprit de suite par trop prononcé, un suspense à bouffer
des sucettes, tout cela qui trahit l’esprit originel de Querelle. Or, on ne
promène pas un livre au travers de l’orifice rondelet d’un Glory hole, afin
qu’un œil plus ou moins exercé puisse, satisfaisant ainsi son doux vice, suivre
quelque chose qui ressemble plus ou moins à une histoire, et donc à une vie. On
y introduit plutôt de la chair -
alimentaire - des organes chauds, vivants, bouillonnants, émancipés dans la
frénésie de l’instant et non des cadavres congelés, des cadavres autopsiés qui,
finalement, n’ont plus de saveur, dédaignés des vers, aux cernes béants,
alignés devant un chirurgien un peu fou et vaguement diplômé. Cela ne se fait,
ce n’est pas bien.
Découvrez Radiohead!
13 janvier 2009
L'Arbre et la Croix
Certains, pour étonner, sont prêts à tout comme dépenser des milliers voire des millions - relativisons - pour voir de pétillants dollars s’allumer dans le regard terne de leur cher et tendre doudou et j’en fus fut un temps, de ces gredins matérialistes et souvent peu reconnaissants, aimantés par l’amoncellement dramatique de surprises présentées sous forme de galettes lasers suffisamment rares pour être collectionnées ou bien de choses relativement chères et parfaitement inutiles puisque ce qui est inutile est utile à l’âme qui trouve là une satisfaction pure dans le concept même de ce qui est vain.
Certains pensent que :
Et les
arbres grandissent, s’étoffent, vieillissent. Des sillons se creusent dans
l’écorce lamentable et dure de leurs silhouettes éreintées par les hivers
successifs.
Pour m’étonner,
désormais, il suffit d’un geste, d’un mot, d’une papillote, remise dans le
creux de la main, une délicieuse papillote, bien fondante, lovée dans la paume de la main, donc, accompagnée d’un sublime sourire, avant que de m’engouffrer dans
le métropolitain. Cela, évidemment, me subjuguerait. Alors, quand nous
marchions sur les quais de Saône, en quête d’un pont qui ne soit pas fermé,
barricadé, histoire de franchir la rivière tourmentée pour voir guignol et ses
amis se donner en spectacle, K s’est retourné violemment, sans prévenir,
brisant la discussion et, fondant sur moi, l'animal s’est rué sur mes lèvres,
pour m’embrasser, provoquant la perte de mon équilibre, de mon équilibre
précaire et mon corps, mon corps longiligne, a basculé vers l’arrière et j’ai
failli tomber du trottoir et peut-être, si je n’avais pas quelques maudits
réflexes, ou bien de main pour m’accrocher à l’écorce d’un arbre, serais-je
lamentablement tombé, cloué sur la chaussée, renversé par une voiture sans permis,
une fin véritablement tragique, pathétique, névralgique.
Me voilà donc
heureux.
Un baiser,
comme cela, volé. Qui provoque une chute. Est-ce donc cela, tomber
amoureux ?
Mais j'avais vu vu
cette église ouverte. Cette église qui ne l’est jamais, tellement insignifiante
que je ne connais pas son nom, mais j’avoue m’être interrogé à son sujet, une
église donc, donnant sur la rivière croupie, les quais insalubres dégorgés de
poivrots anecdotiques dont je grossis les rangs quand vient l’été. J’insistais
pour la visiter. Quelle ne fut pas ma surprise de le voir, ce voleur
d’amygdale, pénétrant ce sanctuaire aseptisé, se signer dans la demeure du
seigneur, faire un signe de croix en bon petit soldat !
Découvrez Bloc Party!
05 septembre 2008
Autour d'une Valise
La Dernière Querelle : XI - Digression dite de la valise
Je prépare
toujours ma valise au dernier moment ; le jour du départ, au réveil, dans
l’urgence matinale, sur une musique tapageuse, ou tard la nuit, avant de me
coucher ; je la remplis sans conscience, jusqu’à l’évanouissement, de chemises
à ne plus savoir qu’en faire : celles que je porte souvent, et les improbables ; quelques pantalons, trois paires de chaussettes, au-delà du nombre
de jours, et autant de boxers, et, quand je pousse le vice jusqu’à aller chez
ma sainte mère, j’ajoute à ce bouquet une nippe vaguement déchirée, de celles
que je considère comme une seconde peau.
Je préfère que
cette chère guenille soit raccommodée, plutôt que de m’en séparer, au profit
d’un vêtement nouveau qu’il va falloir apprivoiser, qui ne me ressemble pas. Ma mère
est cette fée qui me permet, à la manière d'une parque, de garder cette constance, au travers des époques.
Comme elle m’a peiné quand elle m’a dit que je devrais couper les manches de
cette chemise car elle ne pourrait plus me la repriser : le textile est bien
trop usé, cette fois ! Je porte cette chemise muette depuis quinze ans, malgré
l’épaississement de ma silhouette, de lieu en lieu, de phase en phase, de rite
en rite. Je suis un peu mon propre musée : ma valise en témoigne. Seul change
mon visage, sur lequel s’impriment les stigmates du vieillissement.
Deux romans,
généralement très narratifs, se glissent dans cet étalage de fringues ternes et
noires, parsemé de quelques touches pastels ; des romans que je n’ai pas
lus, et qui me servent à déjouer l’ennui du temps. Car, loin, je pense sans
cesse à l’appartement que j’ai quitté : mon chez moi. Je ne puis
m’empêcher d’imaginer, dès lors que mon esprit dérive, quantité de drames. La
valise, mon point de repère, ne me suffit pas ; l’histoire d’un roman me
détourne d’elle, de sa violence rouge et noire, de ce qu'elle indique un
voyage, un déplacement. L’impression de pénétrer une autre dimension ; une
autre vie.
C’est une
nouvelle valise. L’ancienne n’était pas réparable. Je déteste cette intruse :
sa forme, ses couleurs, son odeur. Elle serait comme un chien teigneux et
affamé qui me poursuit sans relâche, lorsque je me décide à la traîner derrière
moi, m’exposant à la stridence contiguë de ses roulements, cette meurtrissure
continue sur l'asphalte, laquelle m'évoque certaines caresses imposées, certaines soirs de
pluie. C’est une valise qu’on traîne, comme une déjection de poisson, derrière
soi, en prolongement direct avec l’anus : toutes les valises, désormais, sont
aussi peu nobles, et risibles. Aussi, souvent, m’arrive-t-il de me surprendre à
la porter à la main, plutôt que de la traîner, cela, malgré sa lourdeur.
Confidence :
Se pourrait-il
que je fasse cela en espérant un jour l’adopter, la considérer comme une
extension fugitive de moi-même ? N’a-t-elle pas, après tout, cette nouvelle
valise, ce pouvoir curieux d’anesthésiant sur mon obsession primaire : l’envie
irraisonnée, dès que je quitte mon domicile pour quelques jours, d’y revenir
aussitôt, parce que sans mes murs, je laisse une part non négligeable de
moi-même ?
Découvrez David Bowie!
30 juillet 2008
Wyrd
La pythie
revient, nécessairement ébranlée. Mi-consciente, elle mâchouille ses feuilles
de laurier sans sucre puis me chuchote un petit secret, que je me dois de coucher
par écrit :
Maniable et
malléable ne sont pas des propriétés de l’existence ; mais les voies qui la
conduisent, elles, le sont et même terriblement. Avant cette prise de
conscience, avant cette prise de contact, avant cette prise d’assaut,
l’horizon, à perte de vue, angoisse, oppresse, moleste parfois.
Des armées se
conduisent par narcotiques.
L’étonnement
des enfants, reconduit en l’adulte, serait quelque chose de merveilleux.
Ces deux
parades ne sont-elles pas fabuleuses ?
Aussi,
finalement, il ne m’importe pas tant de savoir la réponse à ma question, laquelle tient en peu de mots
: ingwaz / othalaz / sowilo.
Ou que les
pythies préfigurent les fan(atique)s.
Sopor Aeternus & The Ensemble of Shadows!
....
Et, dans le Journal Inversé, un texte, un oiseau, un enfant : La Pénitence Amoureuse.
28 juillet 2008
La Céleste des Jeux
Dieu peut
s’affranchir de la religion, mais la religion, elle, ne peut pas s’affranchir
de Dieu ; un peu comme un loto exhibant la promesse d’une vie meilleure,
par l’opulence étalée de chiffres abstraits et redondants, chiffres qui
auraient le pouvoir immense de transformer la réalité. Qui s’intéresserait à
ces jeux, sans cette promesse subséquente ?
Mais je veux
parler de l’Idole : l’Idole n’est respectée que par le miracle qu’elle
suppose, sans quoi elle est vaine, stérile, n’apporte rien à l’humain. La
spiritualité ne saurait s’installer dans cette dépendance. Pourquoi donc nous
faut-il ces totems, si ce n’est pour s’extraire de nos mortelles conditions ?
Découvrez Korn!
26 juillet 2008
A Contre-voie
Voyager à
l’arrière d’un train est d’un confort extrême et séduisant ; on ne craint point
un accident frontal ou diagonal ; le milieu n’est point cassant, au centre même
de la plaie, qui partage autrui, en castes. Les premières maudissent les
secondes, qui les maudissent à leur tour, ce qui ne les empêche pas de voyager
ensemble et séparées. Personne, cependant, ne pense à la disparition de la troisième
classe, laquelle n’appartient plus qu’à l’histoire.
L’heure de la
traduction n’a pas encore sonné.
Découvrez Kate Bush!
















