QUERELLE

Journal intime, mais non confidentiel, de Nicolas Raviere, où il est question de toute autre chose, parfois, que de simples querelles.

30 décembre 2009

L'Ambivalence des Succubes

Comme nous savions que c’était bientôt la fin, la fin inéluctable de mon aliénant contrat, les naïades de la propreté m’ont invité moi, après la fête du personnel, où l’une d’entre elle, dans la salle verte striée de fleurs abjectes, s’est frotté contre mon sexe mou et éreinté, pendant que l’autre mimait un morceau saugrenu, mais vertigineux, au pipeau, une flûte imaginaire, tandis que défilaient, à la queue leu leu, une quantité de tubes décédés - et cependant immortels - des années 80. Un grand cru pour déhancher nos culs.

Nous rîmes à nous décrocher la mâchoire, sous les nappes de synthés pâteuses et enlevés, les voix ringardes et sensuelles comme des boîtes de cassoulet, oh nous rîmes tant que les avances forcenées à mon endroit, qu’elles fussent réelles ou ordonnées par un abus de spiritueux, me firent accepter l’invitation dans l’antre de l’une d’entre elle, la plus raisonnée, d’une gentillesse certaine : nos boîtes de chocolat sous le bras, partant dans la nuit, esquivant toutefois le traquenard d’une soirée en discothèque, nous nous séparâmes, à l’aube d’une nouvelle traite de blanche, où un homme point tout à fait homme serait violenté par des femmes démoniaques, carburant au rosé et au nem. 

Je n’ai pas trouvé, la semaine suivante, l’entrée de l’immeuble : j’ai fait le tour entier de l’imposant blockhaus, pour trouver une porte suspecte, légèrement entrouverte, pour enfin monter à tâtons dans l’escalier, espérant qu’une porte d’entrée s’ouvre, dévoilant l’appartement que j’étais censé quêter, car il n’y avait point d’indications tangibles, sur la boîte aux lettres de la gente demoiselle ; je fus saisi, pénétrant la salle à manger, de l’accueil sympathique et courtois qui m’était réservé, heureux de passer une soirée avec ces femmes que j’ai côtoyées chaque jour, quelques minutes précieuses, dérobées à ma fonction, puis, effrayé, le temps et l’alcool faisant son œuvre, du dérapage incontrôlé de la soirée, où il me semblait parfois, par jeu, devenir un morceau de viande pour deux de ces femmes, qui tournaient autour du fécès qui leur était présenté, avec toute la dévotion et l’acharnement d’une mouche.

Ces femmes ne savaient visiblement pas - et elles étaient bien les seules, sur mon lieu de travail - que j’étais membre du grand bâtiment d’argent et, comme l’une d’entre elle m’aimait bien, deux autres, entre deux verres de rosé, me capturent et me saisirent les bras, pendant que l’autre s’acharnait, mante religieuse, à me dévorer le cou, copieusement, me déboîtant la carotide par sa succion forcenée : jamais suçon ne fut si douloureux, si violet, de quoi marquer au fer rouge plus d’une semaine ma peau blanchâtre ; et celle-ci, cette succube, démone d’une morgue, s’est assise sur moi, sur moi, qui riais, effaré, effrayé ; on me força ensuite à danser, devant une webcam camé à la pixeline, sur l’écran de laquelle un homme bedonnant et anglais nous observait et me disait, groggy de désir, « how lucky you are » ; on se frotta à moi langoureusement, à m’en déboîter les hanches.

J’étais, présentement, à cette soirée, une femme au milieu d’hommes en rut, une femme livrée en pâture à des bêtes sauvages, une créature gracile et sans défense, vaguement docile, qui subissait, jambes serrées sur le sofa, les assauts forcenés d’un karaoké chinois qui vrillait mes tympans, tant les voix puissantes tintaient comme des cloches fêlées, à l’allure des bulles de ma coupe à moitié, vide à moitié pleine ; et c’est mon sexe que je protégeais des caresses violentes, comme des coups, qui fusaient à l’entrecuisse et point ma croupe : quel monde étrange, comme inversé ! Alors, je me suis réfugié, par dépit mais aussi par envie, dans les bras de la plus douce, celle qui me laissait tranquille, mais riait de ma sulfureuse agression. Car, au risque de passer pour misogyne, ou quelqu’un qui apprécie les normes relatives aux rôles que nous sommes censés jouer et ce que nous sommes censés refléter dans cette société mutagène qui nous dissocie chaque jour un peu plus, les femmes, à mon sens, ne peuvent qu’être douce et sensuelle, lors même que forte, avec un caractère plus fort que tout, si ce n’est que la mort, qui, des femmes, est évidemment la plus despotique. Douce et sensuelle donc. Ou alors, qu’elle s’achète des poils.

C’est avec cette femme d’une douceur agréable, véritable oasis dans cette cacophonie de râles et de gestes, que je me suis réfugié, posant ma tête sur son épaule, réchauffant ses mains froides, en les enfermant dans les miennes, en les frottant énergiquement, ce qui me semble être mon rôle ; ce qui, évidemment, ne me ressemble pas. Quand je l’ai pris dans mes bras, j’avais l’impression curieuse d’être puissant, solide, d’être ce qu’on appelle un homme - et non un garçon. C’est aussi avec elle que je suis resté coincé dans un ascenseur : le vilain fantasme ! Une situation qu’il m’aurait plu de connaître avec un homme, juste après une soirée, pour se découvrir un peu plus : il aurait été bon qu’un homme me pousse avec violence sur les boutons éteints, et procède dans le sens du sexe. Car c’est aux hommes de le faire.

 

11 décembre 2009

COLD

Traduisez : il n'est plus possible de se retrouver.

IMG_6242x41

IMG_6234X

IMG_62491

IMG_6237d

IMG_6235x

IMG_6228ASS

Certains l'aiment sombre...

Querelle confesse à 13:05 - I. Tisseur de Saison / Perséphone - Confessionnal [9]
Autopsie :

17 septembre 2009

Oripeaux

Observer les voisins, c’est un peu comme dessiner la vie des inconnus dans le train, d’un coup de fusain brutal, éjaculé :

Ce soir d’ennui, muni de mes jumelles, j’ai traversé du regard la rue, pour me pencher sur cette vitre bariolée de deux canapés, deux canapés bariolés de quatre corps d’hommes dont les faciès annonçaient - mort aux fabulations - l’incontournable sexualité : en temps réel je devinais, avant qu’ils ne se touchent enfin - stupide et ridicule attente - le couple homosexuel, un genre couple modèle, « mignon mignon joli mimi », que l’on peut distiller dans une fiction, pour ameuter les fidèles, l’un trop bonne pâte et l’autre suintant la salope vaguement repentie. Un énigmatique, toujours coupé, caché par l’armature de la fenêtre, ne se laissait point découvrir. Le quatrième était un grand ordinaire un peu bonhomme et clairsemé, gentil et fade, supposé bavard : pure supposition.

Je savais qu’ils attendaient quelque chose, tant la soirée bandait mou, dans ce salon épuré, sur des canapés en cuir noir, de ceux que l’on refuse de tacher, de ceux dont les coussins ne prennent point la forme des culs qui s’y incurvent, lesquels pourtant sont légion. Je savais que ce quatuor peu épicé se rendraient à la White party mais le fait d’être découvert, à cause du vis-à-vis, malgré l’immersion dans le noir, m’a écarté de mes observations et de cette curiosité déjà coupable, presque nouvelle et assumée. J’essayais, quand je ne les regardais pas, de comprendre pourquoi le couple alternait souvent leurs places, toutes les dix minutes, à chaque fois que je jetais un œil sur leur espace découvert, jusqu’à se qu’ils disparaissent enfin : je savais que certains d’entre eux seraient vêtus de blanc, et qu’ils partiraient de chez eux bien avant minuit, condition sine qua non pour pénétrer le sanctuaire du chaos sans se trop délier sa bourse.

Je n’ai vu qu’une chemise, avant que l’appartement ne soit désert et noir, sur le coup de onze heures puis, oubliant déjà ces séquences, je me suis plongé avec un appétit quelque peu tempéré dans un film tant jouissif qu’idiot, pensant à ma propre permanence : depuis quelques années, les individus se succèdent dans le quartier, avec, pour chacun, une histoire différente, dont ne sont parfois dévoilées que des bribes, et moi, qui suis fidèle au poste, toujours présent, maître de l’esquisse, je me suis dépourvu de tous les oripeaux.

 

08 septembre 2009

Anti Gone

- La fête au bord du lac était sublime : je n’y étais pas. Tu ne m’as pas attendu, je le sais bien, portant ce tee-shirt d’esclave fondu sur la peau, un textile qui n’est point millésime, et presque immortel. Je t’imagine fondu l’espace d’une danse à quelques individus étranges, magnifiés par des substances hallucinantes et pures, griffés pour la nuit, portant un toast avec les astres, sous ce vent miracle qui annonce l’automne.

- Je t’ai pourtant écrit pour que tu viennes, me rappeler à toi, avant que tu ne défasses le nœud qui te retient à ta vie même, sous des étoiles usurpées. Où étais-tu donc, toi qui refuse de me dire ton nom ?

- … (On ne m’y prend pas : la magie n’est qu’un subterfuge, un déversoir à foi pour qui se sent périssable)

- C’était… subliminal. Seras-tu là ce soir ?

- Je ne serai pas là ce soir, ni les autres soirs, j’ai, en quelque sorte, rempli ma part de cet invisible contrat qui nous liait mais sache que j’aime discuter avec toi, surtout depuis que tu n’es plus là. J’ai ce goût de menthe, dans la bouche, parfois, ce goût de menthe qui me rappelle un nous qui n’a jamais existé.

- Serais-tu triste, ou pessimiste ? Pourquoi ne viens-tu pas ?

- Parce que je n’aime pas la menthe, les lacs, et ces bulles folles qui montent au ciel sans jamais l’éteindre, s’éclatant à la lisière d’une bouche. Parce que les hommes sont des animaux et que, malgré la science que je m’invente, je n’ai pas trouvé lequel tu étais, d’animal, pour me commettre un peu plus : je devine seulement les rites de ton espèce et ne souhaite l’adoubement.

- Il t’a brisé, le dernier ?

- Il m’a plutôt ramené à la vie, en quelque sorte, avec ses chantages honteux, ses raisons pernicieuses, cette castration amoureuse écoeurante et aliénante ; quand bien même il m’a donné cet instant romantique, ce baiser à la pointe de la Presqu’île, où Rhône et se Saône se rencontrent, cela même, cette bribe de roman de gare, s’est effacée tout d’un coup, le temps de jeter quelques mots, comme on enterre un mort, un soir sans lune, à la lisière d’un bois.

- Aurais-tu donc enterré beaucoup de corps ?

- Tu m’as découvert : je suis le fossoyeur.

Tu me fais bander.

 

04 septembre 2009

Animal Junkie

- Quel est déjà ton prénom, ton prénom, mon beau, aux yeux effarants ? Moi je suis animal Junkie et je t’invite à cette fête sans queue ni tête, un soir au bord du lac. Tu viendras, dis, tu viendras ?

- J’ai de l’aube en tête, et des idées de poésie. Ma mère est de nouveau au pays des prunes, avec une voix de fillette. J’ai lancé des bonbons sur ma nouvelle stagiaire, une jeune fille trop déterminée et jolie, qui pose pour de la lingerie, avec aplomb, devant des cheminées, sur des peaux de bêtes, la peau nacrée, bardée de filaments de dentelles noires.

- Mais ton prénom, dis-moi ton prénom, je l’ai oublié.

- Je me souviens de ton haleine mentholée et déjà j’ai envie d’oublier cet instant où tu posais tes mains sur mes cuisses, d’un frôlement maintenu, terriblement féminin. J’en aime un autre, et cet autre : c’est moi.

- C’est sans doute le propre de l’homosexuel, de s’aimer, ou de se bannir.

- Ou les deux à la fois, c’est sans doute la même chose, probablement, mais, ce n’est pas du tout ça. Ce n’est jamais vraiment ça. Tu sais, animal junkie, il y a cet homme sauvage avec qui j’imagine des coïts sur ma table basse, qui te ressemble un peu, et ce garçon délavé, un jeune poussin que j’aimerais briser à loisir, et dont la chair semble si tendre qu’elle est un crime - pour un végétarien. Il m’a donné comme un joyau un clin d’œil malicieux, et il est à portée.

- Cela ne me dit pas ton prénom.

- Il est comme l’amour, mon cher animal Junkie : à réinventer.

31 août 2009

Teufel

Les démons évitent de lorgner sur l’écran délétère, aux ondes point mystiques, d’idiotes fictions sirupeuses qui pourtant les concernent : un renard tout gonflé d’ego et terriblement maladroit s’en prend à une garce vêtue de noir pour appartenir au pays des prunes et dédaigner son pelage plus crépu que soyeux. Il lui lance cet ultimatum : on se voit pour parler de nous samedi ou dimanche, lundi, ce sera trop tard. Certains trentenaires déguisent sur leur carte d’identité une immaturité féroce qui les condamne face à la vie. C’est pathétique - et délicieux.

La garce, quant à elle, n’est point ébranlée par ces circonstances qui feraient pâlir toute la Côte Ouest, vous imaginez bien : elle a trouvé, sans même s’en rendre compte, la fameuse télécommande, seule capable de suspendre ce film ridicule qu’elle regardait et dont elle était à la fois l’actrice principale, et la désolante figurante, tout comme Marie et son célèbre poupon manufacturé par les hommes.

Synesthésie, levée de rideau et apparence d’un garçon qui boit des jus de pissenlit, qu’on appose à ce labyrinthe de chair par trop connu ; point de prière, d’invocation, c’est un bus de métal qui le transporte, par l’immense avenue dessinée d’un vent frais. La ville des lumières, ouverte, expose son obscurité, cette architecture parallèle qui ouvre une nouvelle vie, de nouvelles perceptions, et, dans ce décorum oublié, la résurrection d’une appartenance certaine : liberté et rémission, dans un même mouvement.

Un ange levé vers le ciel, ailes écartelées ; une descente au caveau se prépare, comme un complot ourdi par d’étranges boissons vertes, ne distillant plus leurs poisons ; tu es nouveau ici, je ne t’ai jamais vu, tu as des yeux superbes. Ce sont les paroles prononcées par un diable cornu aux rides altières, mâchoire carrée, qui mène l'ange courbé sous la voûte de pierre, dans une forêt de néons violets qu'il ne voit même plus.

 

28 août 2009

Absurd

Certains préfèrent suicider leurs facultés devant un écran un télévision. Sélectionner sur un programme l’arme de sa mort cérébrale n’est désormais plus un luxe : on abat des arbres pour cela. Et les ondes nous assaillent, qu’on le veuille ou non. Pour qui ne regarde pas la télévision, ou du moins n’en est point captif, l’absence de fiction laisse place à la vie, dans ce qu’elle a de plus laid : point de maquillage, ni d’effets spéciaux, juste une vague lenteur, un dégoût profond qui s’insinue dans chaque chose, une fatigue intense qui distille peu à peu ses poisons ; l’attente d’un dénouement n’est pas prévue au programme. Voilà une approche égocentrique : n’est-ce point là mon journal, après tout ?

Passons ! Je m’allonge, nonchalant, sur mon canapé, abîmé par quelques coïts douteux, dans le noir s'il vous plaît, me munissant de l’épaisse télécommande, pour choisir ma station, dans l’ombre du bâtard, sinistrement abandonné, qui ne mérite plus d’être mastiqué et qu’une certaine gêne, vis-à-vis du gâchis, m’empêche de jeter. Je m’arrête sur ce film, Absurd, qui m’évoque vaguement quelque chose : serait-ce son titre universel, ou bien son synopsis, qui éveille en moi l’idée que ce film-là pourrait m’apporter quelque chose, qu’il me faut absolument le visionner. Au pire, j’aurais passé une heure quarante-sept en compagnie de quelque chose de vaguement familier, nonobstant les décors.

Absurde, donc.
Un film avec Nicolaï, produit par 2 de tension production.

Synopsis :

Des horaires tournants et l’absence de jours de congé consécutifs pendant des semaines ont conduit Nicolaï à accepter de travailler 8 jours de suite, pour un total de 67 heures 30, gagnant ainsi trois jours de repos consécutifs : de quoi monter voir sa mère, cancéreuse récidiviste victime, récemment, de quelques complications : égarée pendant 24 heures alors qu’elle devait passer son IRM, elle a été transfusée de toute urgence, quant à son programme d’irradiation, il est reconduit par sessions, plus courtes, d’une ou deux séances : les prunes sont devenues myrtilles, à défaut de disparaître. Désormais elle va mieux bien qu’affaiblie, dans son appartement aux odeurs âcres et violentes, sur lequel les fées du ménage ne se penchent plus. Elle porte désormais ce collier que son fils dévoré par la fatigue - et la culpabilité - lui a offert, un collier avec « ses » couleurs. Ce fils indigne est tellement fatigué qu’il a peine à aligner trois mots et somnole à ses côtés. Le soir venu, il reçoit sur son portable un texto de son petit ami qui, tragédien de basse extraction, le gavant de « je t’aime » qu’il ne pense sans doute pas, lui apprend ceci, abstraction faite des fautes d’orthographe qui jalonnent sa prosaïque prose : « n'ayant pas de copain je suis triste je pleure tous les soirs dans mon lit. Je pense bientôt en chercher un... ». Un parfum d’absurdité et de dégoût entoure Nicolaï qui, finalement, ne tardera pas à s’éveiller de cette torpeur atavique dans laquelle il s’était plongé des mois durant : retrouvant enfouis en lui des pouvoirs qu’il le soupçonnait plus, il invoquera, muni d’une kyrielle de bougies phalliques, Querelle, un démon sournois quelque peu humain, et gentiment malsain.

25 août 2009

Le Mausolée d'Astradyne

Au prise dès le matin avec ce bâtard caoutchouteux qui ne satisfait pas à ma gourmandise, victime de cette mise en bouche douteuse, je me remémore la soirée de la veille : une panne de courant, car la nuit est vite tombée, l’emprunt de bougies au bar d’en face et la descente à tâtons dans les sous-sols, à la recherche du fameux disjoncteur, parmi une armada de boutons et disjoncteurs divers ; j’avais senti, dans le noir, par delà une porte qui d’ordinaire est toujours fermée et des pans de métal, une présence curieuse, sans doute étais-je animé par une forme de paranoïa inconsciente, la création d’un mythe façonné de toutes pièces, en express, par cette pseudo culture dont on nous abreuve, et qui nous gouverne à notre insu :

J’étais passé par là, la veille, avec notre nouvelle stagiaire, afin de lui faire visiter les recoins les plus sombres, comme à la recherche d’un trésor, sous forme de billes glacées ; elle avait dit que c’était là un décor de film d’horreur, et les portes, avec hublots, ce genre de porte, soi-disant qu’elles existent dans tous les films de ce genre. C’était, pour reprendre ces mots, « vraiment flippant ». J’imagine pour ma part qu’il est possible de dénicher dans ce genre de lieu bien des bâtards - et des cafards -, dans un quelconque placard, cela pour animer et rassasier le désir de clients cafardeux.

Or l’horreur commence à la maison
(N’est-ce pas Claire ?)

Avec ce bâtard, précisément. Qui reflète exactement le flétrissement d’une vie usuelle, qui n’est point du domaine du rêve, régie par la dîme et le labeur et dont chaque instant, chaque compartiment, s’est dévêtu de toute singularité : la fadeur constante d’un plat de pâtes. N’importe quel ingrédient peut le relever, mais les pâtes resteront toujours ce qu’elles sont : des pâtes. Fades.

Je cherche en moi cet autre disjoncteur, pour faire péter les plombs, sauter l’installation, faire dériver le courant, afin de me retrouver dans les ténèbres. Car je l’ai dit, précisément, j’espère l’agresseur tapi au fond de moi. Celui-là seul est capable de m’émouvoir, en créant bien des drames, des richesses, celui-là qui n’est autre qu’un cadavre, dont l’Autre se repaît et qu’il moleste par des critiques incessantes. Je devrais, sans doute, être heureux de savoir que certains collectionnent les cancers comme d’autres des timbres, afin de pouvoir diriger ma pensée sur quelque chose, ressentir quelques émotions par trop violentes, souffrir, mais cette idée-là me dégoûte précisément. L’anesthésie au déni, plus économique, est un suicide au gaz.

22 août 2009

Man Machine

Non pas que Gaston soit un con : il n’est visiblement l’âne que d’une chanson. En attendant, tu sais bien que j’ai d’autres projets : départ imminent au pays des prunes, pour constater l’état des champs, agiter sans doute là-bas un mulot et m’épancher dans tes sentiments bien trop violents pour moi : ai-je donc à ce point besoin d’une secousse pour me sentir vivant, à nouveau ? L’homme ne serait-il pas plus heureux à l’état de machine, sans conscience de cette finalité pourtant évidente que nous épargnent vaguement nos modes de vie ?

Il est une voix au téléphone qui sans cesse change : grave et pâteuse, molestée par des glaires, ou bien alerte, comme un papillon fou : celle d’une petite fille atteinte de la progéria et s’apprêtant à plonger ses mains squelettiques dans une immense corbeille de bonbons ; une vanité des temps modernes que la décence m’interdit de peindre.

J’ai toujours aimé la peinture de Bosh, cette étrange fascination qu’elle suscitait, provoquées par la rencontre du beau et du difforme, mais ce magnétisme ne peut s’appliquer aux gens que l’on aime : les émotions incitées par l’art, que je plaçais autrefois au dessus de tout, notamment des rapports humains, me sont devenues étrangères et me semblent désormais terriblement factices.

Je passe souvent par cette voûte obscure, aux odeurs d’urine, où je croise parfois quelques silhouettes affairées, en quête d’un raccourci : si nos vies sont ternes, sous cette voûte à peine éclairée, léchée par le jour caniculaire en son ouverture, elles sont frôlées de l’ongle par l’angoisse : un rêve d’obscurité se dessine alors en moi, et mes yeux se ferment, tandis que mes pas battent la mesure. Je me surprends à rêver, parfois, d’un agresseur.

19 août 2009

Stay Longer

Avec lui, le renard, je ne pense rien, allongé dans la sueur lacrymale de l’amour, et pendant l’acte, je ne pense à rien, à rien d’autre que ce vide que nous dessinons par delà nos corps, point aux morsures que nous commettons : cette morsure à l’oreille, devenue usuelle, à présent m’irrite, elle qui m’enchantait, masturbait mes sens, aiguisait ma soif ; nous avons tout, et nous n’avons rien : cet état de vide me comble, lors même qu’il m’aurait effrayé, jadis. J’envisage un peu, parfois, que s’émiette ma mémoire, comme le sperme sous l’eau chaude forme de minuscules boules, des petites billes de tofu.

Tous les animaux de la forêt subissent le joug de rites, dont certains ressemblent à des danses et certains, ataviques et cruels, ordonnent des sacrifices : ce sont parfois des pans entiers de personnalité qui se désagrègent, des châteaux de lumière qui tombent en poussière. Lui m’a donné une glace italienne : elle a coulé sur ma langue et mes doigts. Puis m’a liquéfié. Chacun des rites imposés à la logique comme unité de sens à deux ne me convient pas, si ce n’est ceux que j’impose, en fonction de mes fantaisies, or, dans l’œil du cyclone, je n’ai plus de fantaisie : je suis résigné et terriblement loin de mon corps, de ce qui l’anime. Pure vérité que celle-ci. C’est ainsi seulement que je peux aimer.

De la broderie, autrefois, j’exécutais l’ouvrage, d’une aiguille légère, parfois un peu lourde, toujours cruelle, tissant malgré tout les figures que je m’imposais, des géométries qui me semblaient évidentes. Mon corps, en pièce d’artillerie, ou vaste pion de jeu d’échec, s’articulait autour de cet ouvrage auquel je donnais tous les noms, lequel est devenu cette toile d’araignée de laquelle je suis tenu captif, inexorablement, par chacun des pores de ma peau, victime et araignée, bourreau émasculé par sa saignée : les tisserands ne sont finalement pas tant des Dieux. Je repose désormais dans un cocon, un bien doux cercueil, au côté d’une chair propice à l’éclatement, attendant des réponses à des télégrammes que je n’ai pas envoyés ; et cependant, ne m’appelle pas Gaston !

 

« Accueil  1  2  3  4  5   Page suivante »