26 octobre 2009
L’Expérience du Vol (Spécial Biennale d'Art Contemporain)

(Ou l’on apprend que Querelle vole un livre, pour
amour de l’art.)
A la lecture de ce nouveau
titre, de ce billet qui d’ores et déjà s’étale, tu peux te demander, lecteur,
si j’ai terminé ce roman ou plutôt devrais-je dire, cette autofiction, qui m’a
fait clore un peu précipitamment, il est vrai, la seconde partie de Querelle,
me permettant enfin de renouer, pour un troisième round approximatif, avec mes
confessions éloquentes et stériles. Et bien, tu te trompes, tu te mets le doigt
dans l’œil, et bien profond ! Une expression des plus stupides puisque cet ove
n’est point orifice.
Je souhaitais simplement partager
une expérience, une somme d’anecdotes, nées de ma rencontre avec cette dixième
biennale d’art contemporain, laquelle m’a quelque peu déçu : quand bien même cette
manifestation propose une réflexion intéressante sur les spectacles du
quotidien, notre place par rapport au monde qui nous entoure et qui se joue
avec nous, et malgré nous, quand bien même notre guide dévouée (puisque de par
mon métier, j’ai été malgré moi partenaire de la biennale et j’ai dû subir
quelques caprices d’artistes plutôt mal venus ; ce qu’on dit sur les
artistes et leur ego n’est jamais totalement faux, mais halte aux digressions
(…)), a su captiver mon attention, me faire réfléchir à une somme de choses qui
ne sont point étrangères à ma condition, à mon passé, à ce que je rejette, dans
cette société, cette biennale, malgré tout, n’a pas captivé ma curiosité dans
le sens où ce que j’attends de l’art n’est pas un constat, mais une vision, une
esthétique, et, puisque je suis un peu cérébral à mes heures perdues, des
concepts.
L’art doit m’émouvoir ou me
questionner, pour me séduire.
Une seule œuvre, dans ce
capharnaüm cafardeux, m’a séduit, laquelle repose évidemment sur un concept,
laquelle est ludique, à l’image de la huitième biennale (ayant pour thème l'expérience de la durée), qui, elle, m’avait pas
manqué de m’enchanter : l’œuvre de Dora Garcia, une simple table basse blanche
d’un genre commun, que l’on trouve à loisir dans les grands magasins suédois,
une table sur laquelle trônent, alignés, de petits livres noirs, bardés d’une
grande inscription blanche qui lance une invitation des plus curieuses, aux
parfums acidulés de violence :
Steal this book (Vole ce livre.)
Voici qui attise, donc, la
curiosité ; j’hésite donc à m’emparer d’un de ces livres : cela pourrait
éveiller la curiosité de l’étudiante juchée comme une perruche sur son
présentoir, laquelle pourrait me confondre, par cette invitation, avec un
voleur : elle ne peut point deviner, par ma simple mise, que le livre est pour
moi l’objet le plus sacré qui soit, le compagnon idéal qui, s’il n’a point les
attraits de la chair, devance, par ce qu’il est nourriture, bien des décérébrés.
Néanmoins, malgré cette appréhension, je commence à lire cet insolite objet et
son invention m’enchante : dès les premières lignes, on nous suggère de le
dérober, de devenir malhonnête, ce à quoi je ne puis me résoudre ; aussi
demandai-je à la jeune fille haut perchée si je pouvais prendre ce livre.
Elle acquiesça d’un air un
peu trop malicieux pour être honnête.
Quelques minutes plus loin,
alors que je tenais fermement mon exemplaire, une autre étudiante, du genre
sortie de sa campagne pour étudier les lettres modernes et future bobo en
puissance, se rua sur moi pour me conjurer de reposer ce livre, que je
feuilletais avec délectation, en marchant aux côtés de mes deux collègues : mes
vaines supplications ne firent rien. Cette vile créature me menaça d’appeler
sur le champ les gardiens. Bouh. Si encore il y avait une prison avec de jolis
matons en sus, des barreaux en métal froids et sexy, mais non… J’ai donc reposé
bien malgré moi ce satané bouquin.
Curieusement, à la fin de
la visite, quelque chose en moi me suggérait d’y retourner, pour en dérober un
exemplaire, c’est alors que je demandais à la guide si elle ne connaissait pas
un moyen détourné pour m’en procurer un, sans engager l’acte de vol, sans
commettre de délit autre qu’une ruse un peu grossière, mais parfaitement licite.
La réponse fut non. Retournez-y et pliez-vous au concept. Un concept… la
manifestation d’une liberté qui enferre celle d’autrui, pour qu’il le saisisse
tout à fait dans son entier.
Je rebroussais donc chemin,
retrouvant bien malgré moi l’exposition
avec l’une de mes collègues et je me suis surpris à demander, d’une façon un
peu trop précipitée, à la fille à l’entrée, chargée de vérifier nos billets
(manifestation de mon inconscient rejetant l’idée farfelue que je puisse voler)
: « Où sont les livres qu’on peut voler ? ».
Ma collègue se mit à rire,
la fille à sourire béatement. Quant à moi je murmurai, plaçant contre mes
lèvres un de mes doigts : chuuuuuuut. Et peaufinai dans le même temps
ma stratégie :
Ne souhaitant pas voler le
livre de mes propres moyens, je m’entêtais à convertir ma collègue en voleuse,
ou du moins, faire d’elle ma Complice.
Je lui priais donc de faire
diversion, ce qui ne fut pas nécessaire : un groupe suivait une autre visite
guidée, parmi lequel nous nous mélangeâmes sans trop de mal, afin de dérober,
chacun de notre côté, un exemplaire de cette diablerie de papier, or,
l’étudiante perruche, toujours juchée sur sa haute chaise, nous avait vu venir
de loin, elle m’avait reconnu ainsi que ma collègue, qui, avec son immense
gilet rouge et ses bottes ocre jaune, détonnait dans le paysage. Perruche
demanda à ma collègue de restituer l’ouvrage, tandis que j’en planquais un, de
mon côté, que je glissais en toute hâte dans des fascicules lacérés du X de cette dixième
édition.
« Vous aussi, là bas, le
grand avec la veste, vous reposez le livre ! »
Je maugréai d’un air
débonnaire que ce n’était pas juste puis me retirai avec ma complice, décidé à
ne pas en rester là, n’acceptant pas d’essuyer une aussi cuisante défaite.
Aussi commençai-je à surveiller les actes de cet oiseau estudiantin aux allures
de buses, à la façon d’une série b. Or, à chaque fois que ma tête dépassait du
coin de mur, celle-ci regardait en ma direction et me voyait disparaître
aussitôt.
Nous essayâmes alors de
l’encercler mais il faut croire que je ne suis pas rompu à l’art de
l’espionnage. Capitulant je proposais à ma collègue de lire le livre dans son
intégralité afin de me le procurer, la possession n’étant pas, chez moi, nécessairement
matérielle. Elle a probablement pensé que j’étais fou, et puis n'avions -nous pas convenu d'aller au restaurant ?Il fallait donc renoncer à cette énième tentative d’appropriation.
L’histoire aurait pu
s’arrêter là, mais non, un miracle se produisit : personne d’autre ne menaçant
son trésor de papier, la gardienne s’est levée et, malchance de poisseux, se
dirigea vers nous. Je lui lançai, d’une voix enjouée :
« C’est pour quand la pause
pipi ?
- Y’en a pas, répondit-elle,
amusée. »
Peut-on réellement tout
avoir, quand on se sert de sa volonté ? Il faut croire que oui, car elle nous
proposa de voler le livre : personne ne surveille, confia-t-elle enfin,
allez-y. Ma collègue, sans plus attendre, complice idéal en crime à la ville
comme au boulot, se rua sur le livre, qu’elle planqua aussitôt dans son sac à
main et nous filèrent, amusés tels des enfants mais, contrairement à ma
collègue, je ressentais comme une pointe d’angoisse, une légère incertitude :
« Tu crois qu’il y a des
caméras ? »
Un peu plus loin, dans un
coin sombre et désert, pour être certain que son sac ne soit pas fouillé, je
lui soumettais une proposition quelque peu farfelue :
« Je peux mettre le livre
dans mon slip, personne le trouvera au moins ! »
L’angoisse était là, palpable, d’autant plus tangible, et saisissante, quand il fallut repasser
devant la gardienne informée de mon dessein, à l’entrée. J’ai vu la sortie,
cependant, à quelques mètres de l’entrée, mais je n’ai pas voulu me dérober
ainsi, et, curieusement, au risque de perdre le livre, j’ai préféré braver le
danger ; rien n’y fit : nous passâmes d’un air entendu, et la sphinge gavée de
MTV, elle, était visiblement amusée de mon forfait.
Ce livre trône désormais
sur une autre table basse blanche et synonyme, acquise, je confesse ce manque
de goût, dans un grand magasin suédois, où, parmi d’autres breloques et
quelques ready-mades improvisés, il n’apparaît plus avec autant d’évidence, de
provocation. Je me demande désormais si, maintenant que je possède ce livre, et
qu’il est désacralisé de par sa nature seconde, je vais en son entier le
parcourir, que dis-je, le lire, pour me l’approprier d’une façon qui soit plus
rationnelle, et attendue. Une question qui, sans doute, n’appelle pas de
réponse.
[Challenge : toi
aussi, lecteur, empresse-toi de dérober ce livre, raconte comment, et prends-toi en photo
avec.
28 septembre 2009
Wpoint
… N’est point
le point de mire de l’un de ces satyres modernes, crucifié à la mode du
piercing ou celle, frontière à l’épiderme, du tatouage, ni de l’homme rassurant
qui m’embrasse sur les quais et dîne avec moi aux terreaux, une fois, deux
fois… et dont la vie se découvre peu à peu, comme un livre sans image, un récit
sonore qui n’est point image d’Épinal et dans lequel je découvre toutefois -
c’est une souche pénible - une
procession de clichés.
- Nous ne
sommes que clichés, clichés de l’air du temps ou cliché démodé.
Moi, tout ça,
ça ne m’impressionne pas.
Et puis quoi ?
Le parcours d’un homme pour se découvrir passe-t-il nécessairement par des
étapes essentielles, incontournables ? Faut-il être adoubé afin de devenir un
homme et aimer, sans honte, son prochain ? Avoir vécu jusqu’à la lie certaines
aventures communes, romantiques ou sauvages, pour s’exprimer sans fard ? Il
est, derrière chaque image, un négatif. Sommes-nous ce que nous prétendons
être, ou simplement ce que nous renvoyons aux autres de nous-mêmes, la copie
résumée, concise, d’une persona ?
- Je regrette
le temps du Carbone.
L’homme m’a dit
que j’étais prisonnier de mon propre corps. Mon corps n’est, je le répète,
qu’un véhicule mais, de ce véhicule, je perds peu à peu le contrôle, jour après
jour ; toute l’énergie que j’utilisais pour ce contrôle de moi est absorbée par
ce labeur quotidien pénible et prosaïque, pour justement nourrir ce corps avide
et lamentable, qui exprime des besoins de plus en plus nombreux, surnuméraires.
- C’est qu’il
faut, j’imagine, créer du fécès.
Parfois, je
regarde d’un air distrait, mais concentré, par la fenêtre exiguë de ma chambre
encombrée, l’appartement vide et blanc de ces petits pédés «
photogénétiques » à encadrer sur cheminée parmi des petits chats en cristal,
des otaries en porcelaine et des dauphins de faïence bleue, considère la
présence de leur absence et le jour et la nuit : s’enculent-ils dans une autre
pièce où il n’est pas possible de les voir, ou bien vivent-ils simplement
leurs vies, comme le font tous les êtres humains ?
J’imagine qu’il
est bon de clore cet orifice, pour chacun d’entre nous, plutôt que de disserter à tout
va, sans fil conducteur, pour ne rien dire, et de se noyer un peu dans un verre
de vin, retrouver la saveur exquise d’un Kir, madeleine qui réchauffe, et
penser, de retour dans ce lit froid et désert, au règne lancinant des prunes ?
Mon corps, de nuit, se lève pour se repaître et menace de quitter les frontières
de l’appartement pour une destination repoussante, qui cependant l’appelle avec la constante démoniaque d'une messe.
Est-il bon de céder aux sirènes lorsque personne n’attend en Itaque ?
12 septembre 2009
Meet Jason
C’est au bord
du lac, une nuit de pleine lune, un paysage décidément charmant, ceint d’une
brume à faire pâlir des nappes sulfureuses de nicotine et j’avançais, pantalon
et gilet en cuir, jusqu’à cette mystérieuse forêt, aux feuillages crénelés
comme des lames de couteau, pour m’enfoncer dans cette humidité sonore. Pas à
pas je la pénétrais et caressais d’un doigt distrait l’écorce des arbres : se
dessinaient quelques visages d’antan, magnifiés par les strates sinueuses et
puissantes de ces rides végétales. I met Jason in here. Jason with an
axe and gloves.
Il a formulé le
souhait que je me déshabille que je le
suive aussitôt dans ce dédale de fougères de plus en plus luxuriant. Aux
arbres, pantins désarticulés surgissant du satin de la nuit, pendaient comme
des guirlandes des daguerréotypes d’hommes et de femmes, d’enfants. Pick up
one of these said Jason. Il fit naître l’homme de mon choix, présent en
face de moi, de chair et de sang, et m’en remercia d’un hochement de tête à
peine perceptible.
Que faire d’un
homme nu et muet qui nous lorgne, sous l’œil torve et délicieusement complice
de Jason, qui nous invite, par son silence de plus en plus pesant, à se saisir
de cette hache d’acier, laquelle pend, immobile, le long de sa cuisse puissante
? S’avancer vers lui, simplement, jusqu’à le toucher presque, de l’œil, du
doigt, de la bouche, du sexe. A moins que Jason n’attende cet instant pour
officier enfin. Erreur fatale : ce très bel homme né d’une photographie n’était
autre qu’un humanoïde prunier : de minuscules grains de beauté bien peu
innocents pendouillaient, testicules sultanines, sur sa saillante musculature.
Jason riait de mon affreuse découverte et me laissa partir. Mon
châtiment : je retrouvais le cuir dont je m’étais dévêtu, souillé de
larmes blanches qu’il me fallait lécher.
04 septembre 2009
Animal Junkie
- Quel est déjà
ton prénom, ton prénom, mon beau, aux yeux effarants ? Moi je suis animal
Junkie et je t’invite à cette fête sans queue ni tête, un soir au bord du lac. Tu
viendras, dis, tu viendras ?
- J’ai de l’aube
en tête, et des idées de poésie. Ma mère est de nouveau au pays des prunes,
avec une voix de fillette. J’ai lancé des bonbons sur ma nouvelle stagiaire,
une jeune fille trop déterminée et jolie, qui pose pour de la lingerie, avec
aplomb, devant des cheminées, sur des peaux de bêtes, la peau nacrée, bardée de
filaments de dentelles noires.
- Mais ton
prénom, dis-moi ton prénom, je l’ai oublié.
- Je me
souviens de ton haleine mentholée et déjà j’ai envie d’oublier cet instant où
tu posais tes mains sur mes cuisses, d’un frôlement maintenu, terriblement
féminin. J’en aime un autre, et cet autre : c’est moi.
- C’est sans
doute le propre de l’homosexuel, de s’aimer, ou de se bannir.
- Ou les deux à
la fois, c’est sans doute la même chose, probablement, mais, ce n’est pas du
tout ça. Ce n’est jamais vraiment ça. Tu sais, animal junkie, il y a cet homme sauvage
avec qui j’imagine des coïts sur ma table basse, qui te ressemble un peu, et ce
garçon délavé, un jeune poussin que j’aimerais briser à loisir, et dont la
chair semble si tendre qu’elle est un crime - pour un végétarien. Il m’a donné
comme un joyau un clin d’œil malicieux, et il est à portée.
- Cela ne me
dit pas ton prénom.
- Il est comme
l’amour, mon cher animal Junkie : à réinventer.
19 août 2009
Stay Longer
Avec lui, le
renard, je ne pense rien, allongé dans la sueur lacrymale de l’amour, et
pendant l’acte, je ne pense à rien, à rien d’autre que ce vide que nous
dessinons par delà nos corps, point aux morsures que nous commettons : cette
morsure à l’oreille, devenue usuelle, à présent m’irrite, elle qui
m’enchantait, masturbait mes sens, aiguisait ma soif ; nous avons tout, et nous
n’avons rien : cet état de vide me comble, lors même qu’il m’aurait effrayé, jadis.
J’envisage un peu, parfois, que s’émiette ma mémoire, comme le sperme sous
l’eau chaude forme de minuscules boules, des petites billes de tofu.
Tous les
animaux de la forêt subissent le joug de rites, dont certains ressemblent à des
danses et certains, ataviques et cruels, ordonnent des sacrifices : ce sont
parfois des pans entiers de personnalité qui se désagrègent, des châteaux de lumière
qui tombent en poussière. Lui m’a donné une glace italienne : elle a coulé sur
ma langue et mes doigts. Puis m’a liquéfié. Chacun des rites imposés à la
logique comme unité de sens à deux ne me convient pas, si ce n’est ceux que
j’impose, en fonction de mes fantaisies, or, dans l’œil du cyclone, je n’ai
plus de fantaisie : je suis résigné et terriblement loin de mon corps, de ce
qui l’anime. Pure vérité que celle-ci. C’est ainsi seulement que je peux aimer.
De la broderie,
autrefois, j’exécutais l’ouvrage, d’une aiguille légère, parfois un peu lourde,
toujours cruelle, tissant malgré tout les figures que je m’imposais, des
géométries qui me semblaient évidentes. Mon corps, en pièce d’artillerie, ou
vaste pion de jeu d’échec, s’articulait autour de cet ouvrage auquel je donnais
tous les noms, lequel est devenu cette toile d’araignée de laquelle je suis
tenu captif, inexorablement, par chacun des pores de ma peau, victime et
araignée, bourreau émasculé par sa saignée : les tisserands ne sont finalement
pas tant des Dieux. Je repose désormais dans un cocon, un bien doux cercueil,
au côté d’une chair propice à l’éclatement, attendant des réponses à des
télégrammes que je n’ai pas envoyés ; et cependant, ne m’appelle pas
Gaston !
08 juillet 2009
Bribes 2/3
Bribes d’un
amour :
Il est venu de
bon matin avec des viennoiseries : nous n’avons pas dormi ensemble. Il est venu
prendre le petit déjeuner, avec moi, juste pour me voir, partager un moment à
la dérobée, autour d’une tasse de café, de fruits secs, d’un verre de soja, et
bien sûr, de viennoiseries. Il est venu pour me prendre dans ses bras, et me
dire qu’il m’aime. Il m’a demandé de le lui dire, moi aussi, que je l’aime,
mais j’ai préféré l’euphémisme : les sentiments sont bien là, qui me dévorent
parfois, et me rappellent à lui en son absence, mais ce mutisme, face à cette
demande si peu naturelle, me condamne au silence.
« Je t’aime
bien, lui dis-je enfin, je t’aime beaucoup ».
Et je l’ai
serré très fort.
Puis il est
reparti, pour aller travailler, me laissant seul, avec mes désirs, un peu comme
un enfant qui ne comprend pas l’absence et cette solitude nouvelle qui pèse sur
lui, comme un habit de plomb, un
garçonnet qu’on laisse un beau jour avec des jouets qui n’ont plus de saveurs, parce
qu’il devine enfin qu’ils ne sont que succédanés. Ce n’est, évidemment, qu’une
métaphore.
19 juin 2009
ειρωνεία
La saison du
désir, lancinante, accablante, halitueuse, laisse d’innombrables cadavres de
possibilités, au détour des rues, dans le tramway, le métro, alors que mon cœur
est pris, irrémédiablement volé, injustice quant aux cycles amoureux,
nonobstant l’astrologie ; c’est une raison valable, cette exhalaison hors
l’épiderme, et magnétique, de marcher la tête haute, et plus encore de filer
droit, à la façon d’une movie star qui se façonne, quand la chance tourne, loin
des idées grotesques et farfelues de come-back. - Mais j’appréhende la
déchéance, de ce moelleux nuage où nous nous sommes hissés, à la force de nos
bras et de nos espoirs.
02 juin 2009
Présence Fantôme
J’ai besoin
d’une présence fantôme, d’une étreinte lancinante et chaleureuse,
l’effleurement consenti d’un atome, d’une haleine d’été, d’une main atone, que
ce garçon soit fondu en mon corps sans sexualité ; ce que les plus augustes
d’entre nous appellent un câlin, et moi, Nicolas, je le veux profond comme
l’enfer.
J’ai l’envie de
le serrer dans la moiteur suspendue d’une soirée enivrante.
Moi, Nicolas,
je rêve que ce chemin se dessine au-delà de ma fenêtre et de sa transparence,
qu’il serpente tendrement, et non point cahoteux, au lointain des forêts
touffues, sous les cimes desquelles vivent d’improbables créatures, invisibles
à l’œil des humains, de celles qui nous inventent des songes, des songes d’une
nuit d’été.
A quoi bon ?
Nous sommes si
différents, à l’unité, toi le jour, moi la nuit, toi le bruit, moi le silence,
toi l’envie de tout connaître, moi, celle de tout oublier.
A quoi bon
croire aux fantômes ?
19 mai 2009
Paper Boy
On imagine
souvent à l’immobile, une photographie, une vie intense - et parfois sexy ;
l’imagination, sans frein, se permet tout et nous offre bien des cadeaux, tout
aussi délectables que frustrants. Mais, dans le sein confiné du monde des
rêves, il n’est pas vraiment là, ce nouvel homme, pour prendre corps, d’une
certaine façon, dans la réalité, la mienne, d’une façon tangible et franchement
sexué. Il est toujours cette distance qui nous désunit et qui, paradoxalement,
nous unit par un lien secret : l’attente, l’envie, le questionnement. Le sort
en est jeté : j’ai peut-être trouvé celui qui susciterait chez moi l’envie
d’aimer, d’être aimé, une montagne de désirs lancés comme des chevaux que seul
peut abattre une balle, que dis-je, une pluie de balles - et de l’admiration.
Oui, de l’admiration. Je crois que cela me fait peur, de ne voir qu’une seule
faille, et non pas des pléiades et que cette faille puisse être moi, tout
simplement. La voix me dit : tire-toi, pendant qu’il en est encore temps !
13 mai 2009
L'Enclume des Jours
J’ai toujours
cet horrible goût de vomi en moi, nonobstant le paradontax et des images qui me
reviennent, par parcelles, de ma dernière soirée. C’est que je me permets un
peu tout, c'est-à-dire, par exemple, verser du jus d’orange sur un garçon que
je ne connais point, à deux reprises et sur le sexe. Mais n’importe quoi ! Les
faits (et les fées aussi, pourquoi pas) me donnent une impunité que je suis
bien le seul à condamner, du moins expressément. J’ai l’impression étrange et
sinueuse d’avoir tous les pouvoirs face au néant, de pouvoir le façonner à la
façon d’un architecte mais, quand il s’agit de la réalité, d’être le premier
des castrés.
La réalité
déréglée, par des drames toujours plus nombreux qui se faufilent autour de moi,
je ne parviens plus, cela est triste, à me masturber si facilement,
convenablement : j’utilise alors quelques supports maudits et vains, car
immédiats, un peu de mon imagination dérangée, auxquels j’additionne par des
procédés plus pervers encore des réalités de loin plus cruelles ; un peu comme
dans le porno, il y a toujours cette surenchère vis-à-vis du fantasme qui fait
que tout cela n’a plus aucun sens, surtout après jouissance. Je ne sais guère
pourquoi j’évoque cela, du reste, je ne sais pas trop pourquoi j’écris,
présentement, ce billet, et pire encore : les précédents. Cher journal,
j’allais te quitter, et j’ai sans doute encore besoin de toi, pour des raisons
différentes, sans doute plus singulières.
Te raconter des
histoires, des histoires qui ne sont pas salades, et te parler de salades,
aussi, pourquoi pas, de crudités ; mon cher journal, j’ai décidé d’abandonner
les promesses vaines du chocolat ; mon cher journal, j’ai de nouveau renoncé au
sexe dans sa dimension dirons-nous bilatérale ; mon cher journal, j’ai omis de
mentionner pour ne pas que tu me prennes pour un fou, une folle, un désaxé, ou
un joyeux luron vaguement déluré, mon escapade buccale avec cette femme et
même, avec un peu d’audace, si j’ose, non je ne peux pas, et je me tais […].
Suffit que la mémoire flanche, pour tout effacer. Tout cela n’existe pas. Ce ne
sont que des mots, des silences.
Il est tout un
monde dehors, qui m’attire et m’exaspère, plus de raison encore de faire place
au silence et table rase de tout, reprendre enfin la plume, renouer avec ma
seule vocation, rejoindre la Fiction. Dans quelques jours, je reprends le
chemin morne mais confortable de la vie active. Je retrouverai mes charmantes
collègues, une pléthore de clients à satisfaire, renouerai tel le phoenix avec
des situations festives, parfois ennuyeuses, pour le meilleur et, qui sait,
pour le pire. Mon costume, ma cravate me manquent : n’être plus soi pendant
huit heures, chaque jour, c’est un privilège. Et ensuite, peut-être, se
retrouver enfin tout à fait, finir un sixième roman, écrire un septième.
L’achever. Puis mettre les Voiles.
















