QUERELLE

Journal intime, mais non confidentiel, de Nicolas Raviere, où il est question de toute autre chose, parfois, que de simples querelles.

26 octobre 2009

L’Expérience du Vol (Spécial Biennale d'Art Contemporain)

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(Ou l’on apprend que Querelle vole un livre, pour amour de l’art.)

A la lecture de ce nouveau titre, de ce billet qui d’ores et déjà s’étale, tu peux te demander, lecteur, si j’ai terminé ce roman ou plutôt devrais-je dire, cette autofiction, qui m’a fait clore un peu précipitamment, il est vrai, la seconde partie de Querelle, me permettant enfin de renouer, pour un troisième round approximatif, avec mes confessions éloquentes et stériles. Et bien, tu te trompes, tu te mets le doigt dans l’œil, et bien profond ! Une expression des plus stupides puisque cet ove n’est point orifice.

Je souhaitais simplement partager une expérience, une somme d’anecdotes, nées de ma rencontre avec cette dixième biennale d’art contemporain, laquelle m’a quelque peu déçu : quand bien même cette manifestation propose une réflexion intéressante sur les spectacles du quotidien, notre place par rapport au monde qui nous entoure et qui se joue avec nous, et malgré nous, quand bien même notre guide dévouée (puisque de par mon métier, j’ai été malgré moi partenaire de la biennale et j’ai dû subir quelques caprices d’artistes plutôt mal venus ; ce qu’on dit sur les artistes et leur ego n’est jamais totalement faux, mais halte aux digressions (…)), a su captiver mon attention, me faire réfléchir à une somme de choses qui ne sont point étrangères à ma condition, à mon passé, à ce que je rejette, dans cette société, cette biennale, malgré tout, n’a pas captivé ma curiosité dans le sens où ce que j’attends de l’art n’est pas un constat, mais une vision, une esthétique, et, puisque je suis un peu cérébral à mes heures perdues, des concepts.

L’art doit m’émouvoir ou me questionner, pour me séduire.

Une seule œuvre, dans ce capharnaüm cafardeux, m’a séduit, laquelle repose évidemment sur un concept, laquelle est ludique, à l’image de la huitième biennale (ayant pour thème l'expérience de la durée), qui, elle, m’avait pas manqué de m’enchanter : l’œuvre de Dora Garcia, une simple table basse blanche d’un genre commun, que l’on trouve à loisir dans les grands magasins suédois, une table sur laquelle trônent, alignés, de petits livres noirs, bardés d’une grande inscription blanche qui lance une invitation des plus curieuses, aux parfums acidulés de violence :

Steal this book (Vole ce livre.)

Voici qui attise, donc, la curiosité ; j’hésite donc à m’emparer d’un de ces livres : cela pourrait éveiller la curiosité de l’étudiante juchée comme une perruche sur son présentoir, laquelle pourrait me confondre, par cette invitation, avec un voleur : elle ne peut point deviner, par ma simple mise, que le livre est pour moi l’objet le plus sacré qui soit, le compagnon idéal qui, s’il n’a point les attraits de la chair, devance, par ce qu’il est nourriture, bien des décérébrés. Néanmoins, malgré cette appréhension, je commence à lire cet insolite objet et son invention m’enchante : dès les premières lignes, on nous suggère de le dérober, de devenir malhonnête, ce à quoi je ne puis me résoudre ; aussi demandai-je à la jeune fille haut perchée si je pouvais prendre ce livre.

Elle acquiesça d’un air un peu trop malicieux pour être honnête.

Quelques minutes plus loin, alors que je tenais fermement mon exemplaire, une autre étudiante, du genre sortie de sa campagne pour étudier les lettres modernes et future bobo en puissance, se rua sur moi pour me conjurer de reposer ce livre, que je feuilletais avec délectation, en marchant aux côtés de mes deux collègues : mes vaines supplications ne firent rien. Cette vile créature me menaça d’appeler sur le champ les gardiens. Bouh. Si encore il y avait une prison avec de jolis matons en sus, des barreaux en métal froids et sexy, mais non… J’ai donc reposé bien malgré moi ce satané bouquin.

Curieusement, à la fin de la visite, quelque chose en moi me suggérait d’y retourner, pour en dérober un exemplaire, c’est alors que je demandais à la guide si elle ne connaissait pas un moyen détourné pour m’en procurer un, sans engager l’acte de vol, sans commettre de délit autre qu’une ruse un peu grossière, mais parfaitement licite. La réponse fut non. Retournez-y et pliez-vous au concept. Un concept… la manifestation d’une liberté qui enferre celle d’autrui, pour qu’il le saisisse tout à fait dans son entier.

Je rebroussais donc chemin, retrouvant bien malgré moi l’exposition avec l’une de mes collègues et je me suis surpris à demander, d’une façon un peu trop précipitée, à la fille à l’entrée, chargée de vérifier nos billets (manifestation de mon inconscient rejetant l’idée farfelue que je puisse voler) : « Où sont les livres qu’on peut voler ? ».
Ma collègue se mit à rire, la fille à sourire béatement. Quant à moi je murmurai, plaçant contre mes lèvres un de mes doigts : chuuuuuuut. Et peaufinai dans le même temps ma stratégie :

Ne souhaitant pas voler le livre de mes propres moyens, je m’entêtais à convertir ma collègue en voleuse, ou du moins, faire d’elle ma Complice.

Je lui priais donc de faire diversion, ce qui ne fut pas nécessaire : un groupe suivait une autre visite guidée, parmi lequel nous nous mélangeâmes sans trop de mal, afin de dérober, chacun de notre côté, un exemplaire de cette diablerie de papier, or, l’étudiante perruche, toujours juchée sur sa haute chaise, nous avait vu venir de loin, elle m’avait reconnu ainsi que ma collègue, qui, avec son immense gilet rouge et ses bottes ocre jaune, détonnait dans le paysage. Perruche demanda à ma collègue de restituer l’ouvrage, tandis que j’en planquais un, de mon côté, que je glissais en toute hâte dans des fascicules lacérés du X de cette dixième édition.

« Vous aussi, là bas, le grand avec la veste, vous reposez le livre ! »

Je maugréai d’un air débonnaire que ce n’était pas juste puis me retirai avec ma complice, décidé à ne pas en rester là, n’acceptant pas d’essuyer une aussi cuisante défaite. Aussi commençai-je à surveiller les actes de cet oiseau estudiantin aux allures de buses, à la façon d’une série b. Or, à chaque fois que ma tête dépassait du coin de mur, celle-ci regardait en ma direction et me voyait disparaître aussitôt.

Nous essayâmes alors de l’encercler mais il faut croire que je ne suis pas rompu à l’art de l’espionnage. Capitulant je proposais à ma collègue de lire le livre dans son intégralité afin de me le procurer, la possession n’étant pas, chez moi, nécessairement matérielle. Elle a probablement pensé que j’étais fou, et puis n'avions -nous pas convenu d'aller au restaurant ?Il fallait donc renoncer à cette énième tentative d’appropriation.

L’histoire aurait pu s’arrêter là, mais non, un miracle se produisit : personne d’autre ne menaçant son trésor de papier, la gardienne s’est levée et, malchance de poisseux, se dirigea vers nous. Je lui lançai, d’une voix enjouée :

« C’est pour quand la pause pipi ?
- Y’en a pas, répondit-elle, amusée. »

Peut-on réellement tout avoir, quand on se sert de sa volonté ? Il faut croire que oui, car elle nous proposa de voler le livre : personne ne surveille, confia-t-elle enfin, allez-y. Ma collègue, sans plus attendre, complice idéal en crime à la ville comme au boulot, se rua sur le livre, qu’elle planqua aussitôt dans son sac à main et nous filèrent, amusés tels des enfants mais, contrairement à ma collègue, je ressentais comme une pointe d’angoisse, une légère incertitude :

« Tu crois qu’il y a des caméras ? »

Un peu plus loin, dans un coin sombre et désert, pour être certain que son sac ne soit pas fouillé, je lui soumettais une proposition quelque peu farfelue :

« Je peux mettre le livre dans mon slip, personne le trouvera au moins ! »

L’angoisse était là, palpable, d’autant plus tangible, et saisissante, quand il fallut repasser devant la gardienne informée de mon dessein, à l’entrée. J’ai vu la sortie, cependant, à quelques mètres de l’entrée, mais je n’ai pas voulu me dérober ainsi, et, curieusement, au risque de perdre le livre, j’ai préféré braver le danger ; rien n’y fit : nous passâmes d’un air entendu, et la sphinge gavée de MTV, elle, était visiblement amusée de mon forfait.

Ce livre trône désormais sur une autre table basse blanche et synonyme, acquise, je confesse ce manque de goût, dans un grand magasin suédois, où, parmi d’autres breloques et quelques ready-mades improvisés, il n’apparaît plus avec autant d’évidence, de provocation. Je me demande désormais si, maintenant que je possède ce livre, et qu’il est désacralisé de par sa nature seconde, je vais en son entier le parcourir, que dis-je, le lire, pour me l’approprier d’une façon qui soit plus rationnelle, et attendue. Une question qui, sans doute, n’appelle pas de réponse.


[Challenge : toi aussi, lecteur, empresse-toi de dérober ce livre, raconte comment, et prends-toi en photo avec. Un telle chaîne n’est pas promise à un bel avenir mais qui sait...]

28 septembre 2009

Wpoint

… N’est point le point de mire de l’un de ces satyres modernes, crucifié à la mode du piercing ou celle, frontière à l’épiderme, du tatouage, ni de l’homme rassurant qui m’embrasse sur les quais et dîne avec moi aux terreaux, une fois, deux fois… et dont la vie se découvre peu à peu, comme un livre sans image, un récit sonore qui n’est point image d’Épinal et dans lequel je découvre toutefois - c’est une souche pénible - une procession de clichés.

- Nous ne sommes que clichés, clichés de l’air du temps ou cliché démodé.

Moi, tout ça, ça ne m’impressionne pas.

Et puis quoi ? Le parcours d’un homme pour se découvrir passe-t-il nécessairement par des étapes essentielles, incontournables ? Faut-il être adoubé afin de devenir un homme et aimer, sans honte, son prochain ? Avoir vécu jusqu’à la lie certaines aventures communes, romantiques ou sauvages, pour s’exprimer sans fard ? Il est, derrière chaque image, un négatif. Sommes-nous ce que nous prétendons être, ou simplement ce que nous renvoyons aux autres de nous-mêmes, la copie résumée, concise, d’une persona ?

- Je regrette le temps du Carbone.

L’homme m’a dit que j’étais prisonnier de mon propre corps. Mon corps n’est, je le répète, qu’un véhicule mais, de ce véhicule, je perds peu à peu le contrôle, jour après jour ; toute l’énergie que j’utilisais pour ce contrôle de moi est absorbée par ce labeur quotidien pénible et prosaïque, pour justement nourrir ce corps avide et lamentable, qui exprime des besoins de plus en plus nombreux, surnuméraires.

- C’est qu’il faut, j’imagine, créer du fécès.

Parfois, je regarde d’un air distrait, mais concentré, par la fenêtre exiguë de ma chambre encombrée, l’appartement vide et blanc de ces petits pédés « photogénétiques » à encadrer sur cheminée parmi des petits chats en cristal, des otaries en porcelaine et des dauphins de faïence bleue, considère la présence de leur absence et le jour et la nuit : s’enculent-ils dans une autre pièce où il n’est pas possible de les voir, ou bien vivent-ils simplement leurs vies, comme le font tous les êtres humains ?

J’imagine qu’il est bon de clore cet orifice, pour chacun d’entre nous, plutôt que de disserter à tout va, sans fil conducteur, pour ne rien dire, et de se noyer un peu dans un verre de vin, retrouver la saveur exquise d’un Kir, madeleine qui réchauffe, et penser, de retour dans ce lit froid et désert, au règne lancinant des prunes ? Mon corps, de nuit, se lève pour se repaître et menace de quitter les frontières de l’appartement pour une destination repoussante, qui cependant l’appelle avec la constante démoniaque d'une messe. Est-il bon de céder aux sirènes lorsque personne n’attend en Itaque ?

12 septembre 2009

Meet Jason

C’est au bord du lac, une nuit de pleine lune, un paysage décidément charmant, ceint d’une brume à faire pâlir des nappes sulfureuses de nicotine et j’avançais, pantalon et gilet en cuir, jusqu’à cette mystérieuse forêt, aux feuillages crénelés comme des lames de couteau, pour m’enfoncer dans cette humidité sonore. Pas à pas je la pénétrais et caressais d’un doigt distrait l’écorce des arbres : se dessinaient quelques visages d’antan, magnifiés par les strates sinueuses et puissantes de ces rides végétales. I met Jason in here. Jason with an axe and gloves.

Il a formulé le souhait que je me déshabille que je le suive aussitôt dans ce dédale de fougères de plus en plus luxuriant. Aux arbres, pantins désarticulés surgissant du satin de la nuit, pendaient comme des guirlandes des daguerréotypes d’hommes et de femmes, d’enfants. Pick up one of these said Jason. Il fit naître l’homme de mon choix, présent en face de moi, de chair et de sang, et m’en remercia d’un hochement de tête à peine perceptible.

Que faire d’un homme nu et muet qui nous lorgne, sous l’œil torve et délicieusement complice de Jason, qui nous invite, par son silence de plus en plus pesant, à se saisir de cette hache d’acier, laquelle pend, immobile, le long de sa cuisse puissante ? S’avancer vers lui, simplement, jusqu’à le toucher presque, de l’œil, du doigt, de la bouche, du sexe. A moins que Jason n’attende cet instant pour officier enfin. Erreur fatale : ce très bel homme né d’une photographie n’était autre qu’un humanoïde prunier : de minuscules grains de beauté bien peu innocents pendouillaient, testicules sultanines, sur sa saillante musculature. Jason riait de mon affreuse découverte et me laissa partir. Mon châtiment : je retrouvais le cuir dont je m’étais dévêtu, souillé de larmes blanches qu’il me fallait lécher.

04 septembre 2009

Animal Junkie

- Quel est déjà ton prénom, ton prénom, mon beau, aux yeux effarants ? Moi je suis animal Junkie et je t’invite à cette fête sans queue ni tête, un soir au bord du lac. Tu viendras, dis, tu viendras ?

- J’ai de l’aube en tête, et des idées de poésie. Ma mère est de nouveau au pays des prunes, avec une voix de fillette. J’ai lancé des bonbons sur ma nouvelle stagiaire, une jeune fille trop déterminée et jolie, qui pose pour de la lingerie, avec aplomb, devant des cheminées, sur des peaux de bêtes, la peau nacrée, bardée de filaments de dentelles noires.

- Mais ton prénom, dis-moi ton prénom, je l’ai oublié.

- Je me souviens de ton haleine mentholée et déjà j’ai envie d’oublier cet instant où tu posais tes mains sur mes cuisses, d’un frôlement maintenu, terriblement féminin. J’en aime un autre, et cet autre : c’est moi.

- C’est sans doute le propre de l’homosexuel, de s’aimer, ou de se bannir.

- Ou les deux à la fois, c’est sans doute la même chose, probablement, mais, ce n’est pas du tout ça. Ce n’est jamais vraiment ça. Tu sais, animal junkie, il y a cet homme sauvage avec qui j’imagine des coïts sur ma table basse, qui te ressemble un peu, et ce garçon délavé, un jeune poussin que j’aimerais briser à loisir, et dont la chair semble si tendre qu’elle est un crime - pour un végétarien. Il m’a donné comme un joyau un clin d’œil malicieux, et il est à portée.

- Cela ne me dit pas ton prénom.

- Il est comme l’amour, mon cher animal Junkie : à réinventer.

19 août 2009

Stay Longer

Avec lui, le renard, je ne pense rien, allongé dans la sueur lacrymale de l’amour, et pendant l’acte, je ne pense à rien, à rien d’autre que ce vide que nous dessinons par delà nos corps, point aux morsures que nous commettons : cette morsure à l’oreille, devenue usuelle, à présent m’irrite, elle qui m’enchantait, masturbait mes sens, aiguisait ma soif ; nous avons tout, et nous n’avons rien : cet état de vide me comble, lors même qu’il m’aurait effrayé, jadis. J’envisage un peu, parfois, que s’émiette ma mémoire, comme le sperme sous l’eau chaude forme de minuscules boules, des petites billes de tofu.

Tous les animaux de la forêt subissent le joug de rites, dont certains ressemblent à des danses et certains, ataviques et cruels, ordonnent des sacrifices : ce sont parfois des pans entiers de personnalité qui se désagrègent, des châteaux de lumière qui tombent en poussière. Lui m’a donné une glace italienne : elle a coulé sur ma langue et mes doigts. Puis m’a liquéfié. Chacun des rites imposés à la logique comme unité de sens à deux ne me convient pas, si ce n’est ceux que j’impose, en fonction de mes fantaisies, or, dans l’œil du cyclone, je n’ai plus de fantaisie : je suis résigné et terriblement loin de mon corps, de ce qui l’anime. Pure vérité que celle-ci. C’est ainsi seulement que je peux aimer.

De la broderie, autrefois, j’exécutais l’ouvrage, d’une aiguille légère, parfois un peu lourde, toujours cruelle, tissant malgré tout les figures que je m’imposais, des géométries qui me semblaient évidentes. Mon corps, en pièce d’artillerie, ou vaste pion de jeu d’échec, s’articulait autour de cet ouvrage auquel je donnais tous les noms, lequel est devenu cette toile d’araignée de laquelle je suis tenu captif, inexorablement, par chacun des pores de ma peau, victime et araignée, bourreau émasculé par sa saignée : les tisserands ne sont finalement pas tant des Dieux. Je repose désormais dans un cocon, un bien doux cercueil, au côté d’une chair propice à l’éclatement, attendant des réponses à des télégrammes que je n’ai pas envoyés ; et cependant, ne m’appelle pas Gaston !

 

08 juillet 2009

Bribes 2/3

Bribes d’un amour :
Il est venu de bon matin avec des viennoiseries : nous n’avons pas dormi ensemble. Il est venu prendre le petit déjeuner, avec moi, juste pour me voir, partager un moment à la dérobée, autour d’une tasse de café, de fruits secs, d’un verre de soja, et bien sûr, de viennoiseries. Il est venu pour me prendre dans ses bras, et me dire qu’il m’aime. Il m’a demandé de le lui dire, moi aussi, que je l’aime, mais j’ai préféré l’euphémisme : les sentiments sont bien là, qui me dévorent parfois, et me rappellent à lui en son absence, mais ce mutisme, face à cette demande si peu naturelle, me condamne au silence.
« Je t’aime bien, lui dis-je enfin, je t’aime beaucoup ».
Et je l’ai serré très fort.
Puis il est reparti, pour aller travailler, me laissant seul, avec mes désirs, un peu comme un enfant qui ne comprend pas l’absence et cette solitude nouvelle qui pèse sur lui, comme un habit de plomb,
un garçonnet qu’on laisse un beau jour avec des jouets qui n’ont plus de saveurs, parce qu’il devine enfin qu’ils ne sont que succédanés. Ce n’est, évidemment, qu’une métaphore.

19 juin 2009

ειρωνεία

La saison du désir, lancinante, accablante, halitueuse, laisse d’innombrables cadavres de possibilités, au détour des rues, dans le tramway, le métro, alors que mon cœur est pris, irrémédiablement volé, injustice quant aux cycles amoureux, nonobstant l’astrologie ; c’est une raison valable, cette exhalaison hors l’épiderme, et magnétique, de marcher la tête haute, et plus encore de filer droit, à la façon d’une movie star qui se façonne, quand la chance tourne, loin des idées grotesques et farfelues de come-back. - Mais j’appréhende la déchéance, de ce moelleux nuage où nous nous sommes hissés, à la force de nos bras et de nos espoirs.

02 juin 2009

Présence Fantôme

J’ai besoin d’une présence fantôme, d’une étreinte lancinante et chaleureuse, l’effleurement consenti d’un atome, d’une haleine d’été, d’une main atone, que ce garçon soit fondu en mon corps sans sexualité ; ce que les plus augustes d’entre nous appellent un câlin, et moi, Nicolas, je le veux profond comme l’enfer.

J’ai l’envie de le serrer dans la moiteur suspendue d’une soirée enivrante.

Moi, Nicolas, je rêve que ce chemin se dessine au-delà de ma fenêtre et de sa transparence, qu’il serpente tendrement, et non point cahoteux, au lointain des forêts touffues, sous les cimes desquelles vivent d’improbables créatures, invisibles à l’œil des humains, de celles qui nous inventent des songes, des songes d’une nuit d’été.

A quoi bon ?

Nous sommes si différents, à l’unité, toi le jour, moi la nuit, toi le bruit, moi le silence, toi l’envie de tout connaître, moi, celle de tout oublier.

A quoi bon croire aux fantômes ?

19 mai 2009

Paper Boy

On imagine souvent à l’immobile, une photographie, une vie intense - et parfois sexy ; l’imagination, sans frein, se permet tout et nous offre bien des cadeaux, tout aussi délectables que frustrants. Mais, dans le sein confiné du monde des rêves, il n’est pas vraiment là, ce nouvel homme, pour prendre corps, d’une certaine façon, dans la réalité, la mienne, d’une façon tangible et franchement sexué. Il est toujours cette distance qui nous désunit et qui, paradoxalement, nous unit par un lien secret : l’attente, l’envie, le questionnement. Le sort en est jeté : j’ai peut-être trouvé celui qui susciterait chez moi l’envie d’aimer, d’être aimé, une montagne de désirs lancés comme des chevaux que seul peut abattre une balle, que dis-je, une pluie de balles - et de l’admiration. Oui, de l’admiration. Je crois que cela me fait peur, de ne voir qu’une seule faille, et non pas des pléiades et que cette faille puisse être moi, tout simplement. La voix me dit : tire-toi, pendant qu’il en est encore temps !

 

13 mai 2009

L'Enclume des Jours

J’ai toujours cet horrible goût de vomi en moi, nonobstant le paradontax et des images qui me reviennent, par parcelles, de ma dernière soirée. C’est que je me permets un peu tout, c'est-à-dire, par exemple, verser du jus d’orange sur un garçon que je ne connais point, à deux reprises et sur le sexe. Mais n’importe quoi ! Les faits (et les fées aussi, pourquoi pas) me donnent une impunité que je suis bien le seul à condamner, du moins expressément. J’ai l’impression étrange et sinueuse d’avoir tous les pouvoirs face au néant, de pouvoir le façonner à la façon d’un architecte mais, quand il s’agit de la réalité, d’être le premier des castrés.

La réalité déréglée, par des drames toujours plus nombreux qui se faufilent autour de moi, je ne parviens plus, cela est triste, à me masturber si facilement, convenablement : j’utilise alors quelques supports maudits et vains, car immédiats, un peu de mon imagination dérangée, auxquels j’additionne par des procédés plus pervers encore des réalités de loin plus cruelles ; un peu comme dans le porno, il y a toujours cette surenchère vis-à-vis du fantasme qui fait que tout cela n’a plus aucun sens, surtout après jouissance. Je ne sais guère pourquoi j’évoque cela, du reste, je ne sais pas trop pourquoi j’écris, présentement, ce billet, et pire encore : les précédents. Cher journal, j’allais te quitter, et j’ai sans doute encore besoin de toi, pour des raisons différentes, sans doute plus singulières.

Te raconter des histoires, des histoires qui ne sont pas salades, et te parler de salades, aussi, pourquoi pas, de crudités ; mon cher journal, j’ai décidé d’abandonner les promesses vaines du chocolat ; mon cher journal, j’ai de nouveau renoncé au sexe dans sa dimension dirons-nous bilatérale ; mon cher journal, j’ai omis de mentionner pour ne pas que tu me prennes pour un fou, une folle, un désaxé, ou un joyeux luron vaguement déluré, mon escapade buccale avec cette femme et même, avec un peu d’audace, si j’ose, non je ne peux pas, et je me tais […]. Suffit que la mémoire flanche, pour tout effacer. Tout cela n’existe pas. Ce ne sont que des mots, des silences.

Il est tout un monde dehors, qui m’attire et m’exaspère, plus de raison encore de faire place au silence et table rase de tout, reprendre enfin la plume, renouer avec ma seule vocation, rejoindre la Fiction. Dans quelques jours, je reprends le chemin morne mais confortable de la vie active. Je retrouverai mes charmantes collègues, une pléthore de clients à satisfaire, renouerai tel le phoenix avec des situations festives, parfois ennuyeuses, pour le meilleur et, qui sait, pour le pire. Mon costume, ma cravate me manquent : n’être plus soi pendant huit heures, chaque jour, c’est un privilège. Et ensuite, peut-être, se retrouver enfin tout à fait, finir un sixième roman, écrire un septième. L’achever. Puis mettre les Voiles.

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