QUERELLE + querelles = Querelle(S)

Au singulier comme au pluriel, Querelle, c'est le journal intime, mais non confidentiel, de Nicolas Raviere, où il est question de toute autre chose, parfois, que de simples querelles.

11 novembre 2009

En attendant NiKo III

Acheter EX Nihilo Acheter L\'Enfance d\'une Garce

Voici la suite de mes rééditions sur Thebookedition, plateforme d'auto édition française. Ici, L'Enfance d'une Garce et EX Nihilo, respectivement mon second et troisième roman.

L'Enfance d'une Garce

Joséphine n’est pas une enfant comme les autres. Dès l’âge de quatre ans, elle a une étonnante conception du monde et des choses qui l’entourent : elle n’aime pas sa mère, ni les gens du village, elle parvient à faire renvoyer la bonne, déteste les autres petites filles avec qui elle refuse de jouer, torture son chien, ignore sa petite sœur, n’éprouve absolument aucune peur vis-à-vis de la terrible institutrice ; puis, un jour, poussée par la curiosité, elle découvre un nouvel univers en se liant d’amitié avec le nouveau voisin, Monsieur Arnauty, un professeur de piano que les gens du village méprisent et appellent « l’inverti ».

Le livre L\'Enfance d\'une Garce

EX Nihilo

EX Nihilo : rien ne naît de rien. Et pourtant... Point de départ : après huit ans d’absence, Christophe, ancien étudiant alcoolique et communiste, revient du Soudan. Il désire revoir Simon, à qui il n’a jamais donné signe de vie depuis... Simon ne se souvient qu’à peine de lui, mais peu à peu, au fil des heures et des coïncidences, l’histoire se reconstruit d’elle-même.

Après Disconite et l'Enfance d'une Garce, Nicolas Raviere explore de tout nouveaux concepts et univers pour ce troisième roman qui se passe cette fois-ci entre Lyon et Dijon et mélange habilement les genres narratifs (autobiographie, auto fiction, théâtre, ainsi qu'une version revisitée façon "gay" du célèbre conte "Le Petit Chaperon Rouge"...).

Le livre EX Nihilo

Toutes les rééditions de mes livres ici :

NICOLAS RAVIERE CHEZ THEBOOKEDITION

03 novembre 2009

En attendant NiKo II

Suite - et presque fin - des Rééditions :

Acheter Nuits Closes

NUITS CLOSES (nouvelles)

Du conte de fée à la backroom, de la forêt aux chambres d’hôtel, du Moyen Age à nos jours, autour d’un piano ou d’une musique techno, de l’ouverture d’une boite de nuit à la fermeture d’un squat, de l’histoire vraie à une curieuse mise en scène pour une télé réalité sordide, prétextant un curieux concours de danse, de la rencontre furtive dans un tramway à l’amour Absolu, de la présence à l’absence, et, forcément, du rire aux larmes, 21 histoires gays et plus encore de garçons à enclore dans la nuit.

Le livre Nuits Closes


Résumés des 21 nouvelles qui composent le recueil Nuits Closes :


La nuit close : Ou la vision schématique d’une nuit de drague en boite.


*


La peau de Karim : Karim, un adolescent de la banlieue parisienne, se refuse de vivre son homosexualité.


Le fils du Boulanger : Michael, le fils du boulanger, habite dans un village de trois cents habitants, auquel il cache, comme à sa famille, son homosexualité, jusqu’au jour où sa sœur, trop curieuse, découvre son secret.


Transparence : Alexandre, un garçon que personne n’a jamais regardé, absolument transparent, tente sa chance dans un lieu de drague pour tester son potentiel de séduction.


6X7 : Yannick D. recherche comme beaucoup le mec idéal. Comme tous, sa quête de la perfection passe par des impératifs, des critères de sélection plutôt drastiques. Le sien est unique, et mathématique : il aimera le mec qui, sans réfléchir, saura répondre sans même réfléchir à cette simple question mathématique : 6X7.


Premier soir : Ludovic découvre pour la première fois le monde des boites de nuit, en compagnie de ses deux meilleurs amis, Kevin et Romuald, deux joyeux drilles que rien n’arrête.


Dédalus : Ou la soirée d’un homme lambda dans un sex club labyrinthique. Trouvera-t-il la sortie de ce labyrinthe de Chair ?


Au château de MorteFleur : Il s’agit ni plus ni moins d’un conte relatant, ma foi, le parcours et les épreuves d’un prince dont la quête est de retrouver l’antédiluvienne princesse d’un royaume voisin, pour la réveiller avec un baiser, dans le plus grand respect de la légende… sauf que comme c’est un conte gay, ce n’est  donc pas tout à fait comme cela que cela doit se passer...


Le pianiste : Un jeune homme s’éprend de la musique d’un pianiste qui, dans l’appartement d’en face, le fait rêver avec les superbes mélodies qui, chaque soir, s’échappent de son piano. Aimera-t-il tout autant le pianiste ?


Le garçon parfumé à la menthe : Dans le tramway, chaque matin, le narrateur aperçoit le troublant garçon parfumé à la menthe, lequel a transformé sa vie par sa simple présence. Mais un jour, sans crier gare, celui-ci disparaît…


Pharien et Antorfas : Du destin tragique de deux chevaliers du Moyen Age, épris l’un pour l’autre et négligeant leur Dame.


*


Histoire d’un morpion : Tribulations et considérations d’un morpion.


*


Le sorcier et la vierge de Fer : Un homme solitaire, célibataire depuis bien trop longtemps, en rencontre un autre qu’il décide de séduire en utilisant la sorcellerie.


Une si séduisante réalité virtuelle… : Julio, un gay esseulé, découvre, en achetant un ordinateur et en se reliant à internet, un nouveau monde qui le captive puis le happe.



Jeunesse Eternelle : Une nouvelle crème révolutionnaire permet à quiconque de retrouver son aspect d’antan, la jeunesse absolue, et parfaite. La promesse en sera-t-elle tenue ?


La Fabrique de mecs : Mec maker est un site révolutionnaire qui permet de commander un mec créé sur mesure. Antoine, séduit par le concept, commande lui aussi son homme idéal, qu’il fabrique lui-même de toute pièce, étape par étape.


Arrêt sur image : Deux jeunes hommes se rencontrent dans un parc et tombent amoureux l’un de l’autre.


Dance or Die : Cette nouvelle nous plonge dans une étrange émission de télé réalité dont l’alternative est des plus simple… il s’agit de danser ou… de mourir.


Le Manège de Chair : Après avoir pensé faire le deuil de sa mère, morte il y a deux mois, un homme décide à nouveau de sortir et conjurer cet ennui, ce profond mal-être qu’il ressent. Rencontrant un homme dans une boite de nuit, il devient une sorte d’objet sexuel inactif, englué dans des faits qu’il ne maîtrise plus, alors que cinq hommes profitent de son corps.


Rupture : Xavier et Yanis se séparent, et cette séparation, qu’ils vivent d’une façon différente l’un et l’autre, n’est pas sans conséquences sur leurs modes de vie.

*

Notre Drame des Fleurs : Les derniers instants de Notre Drame des Fleurs, prostitué.

26 octobre 2009

L’Expérience du Vol (Spécial Biennale d'Art Contemporain)

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(Ou l’on apprend que Querelle vole un livre, pour amour de l’art.)

A la lecture de ce nouveau titre, de ce billet qui d’ores et déjà s’étale, tu peux te demander, lecteur, si j’ai terminé ce roman ou plutôt devrais-je dire, cette autofiction, qui m’a fait clore un peu précipitamment, il est vrai, la seconde partie de Querelle, me permettant enfin de renouer, pour un troisième round approximatif, avec mes confessions éloquentes et stériles. Et bien, tu te trompes, tu te mets le doigt dans l’œil, et bien profond ! Une expression des plus stupides puisque cet ove n’est point orifice.

Je souhaitais simplement partager une expérience, une somme d’anecdotes, nées de ma rencontre avec cette dixième biennale d’art contemporain, laquelle m’a quelque peu déçu : quand bien même cette manifestation propose une réflexion intéressante sur les spectacles du quotidien, notre place par rapport au monde qui nous entoure et qui se joue avec nous, et malgré nous, quand bien même notre guide dévouée (puisque de par mon métier, j’ai été malgré moi partenaire de la biennale et j’ai dû subir quelques caprices d’artistes plutôt mal venus ; ce qu’on dit sur les artistes et leur ego n’est jamais totalement faux, mais halte aux digressions (…)), a su captiver mon attention, me faire réfléchir à une somme de choses qui ne sont point étrangères à ma condition, à mon passé, à ce que je rejette, dans cette société, cette biennale, malgré tout, n’a pas captivé ma curiosité dans le sens où ce que j’attends de l’art n’est pas un constat, mais une vision, une esthétique, et, puisque je suis un peu cérébral à mes heures perdues, des concepts.

L’art doit m’émouvoir ou me questionner, pour me séduire.

Une seule œuvre, dans ce capharnaüm cafardeux, m’a séduit, laquelle repose évidemment sur un concept, laquelle est ludique, à l’image de la huitième biennale (ayant pour thème l'expérience de la durée), qui, elle, m’avait pas manqué de m’enchanter : l’œuvre de Dora Garcia, une simple table basse blanche d’un genre commun, que l’on trouve à loisir dans les grands magasins suédois, une table sur laquelle trônent, alignés, de petits livres noirs, bardés d’une grande inscription blanche qui lance une invitation des plus curieuses, aux parfums acidulés de violence :

Steal this book (Vole ce livre.)

Voici qui attise, donc, la curiosité ; j’hésite donc à m’emparer d’un de ces livres : cela pourrait éveiller la curiosité de l’étudiante juchée comme une perruche sur son présentoir, laquelle pourrait me confondre, par cette invitation, avec un voleur : elle ne peut point deviner, par ma simple mise, que le livre est pour moi l’objet le plus sacré qui soit, le compagnon idéal qui, s’il n’a point les attraits de la chair, devance, par ce qu’il est nourriture, bien des décérébrés. Néanmoins, malgré cette appréhension, je commence à lire cet insolite objet et son invention m’enchante : dès les premières lignes, on nous suggère de le dérober, de devenir malhonnête, ce à quoi je ne puis me résoudre ; aussi demandai-je à la jeune fille haut perchée si je pouvais prendre ce livre.

Elle acquiesça d’un air un peu trop malicieux pour être honnête.

Quelques minutes plus loin, alors que je tenais fermement mon exemplaire, une autre étudiante, du genre sortie de sa campagne pour étudier les lettres modernes et future bobo en puissance, se rua sur moi pour me conjurer de reposer ce livre, que je feuilletais avec délectation, en marchant aux côtés de mes deux collègues : mes vaines supplications ne firent rien. Cette vile créature me menaça d’appeler sur le champ les gardiens. Bouh. Si encore il y avait une prison avec de jolis matons en sus, des barreaux en métal froids et sexy, mais non… J’ai donc reposé bien malgré moi ce satané bouquin.

Curieusement, à la fin de la visite, quelque chose en moi me suggérait d’y retourner, pour en dérober un exemplaire, c’est alors que je demandais à la guide si elle ne connaissait pas un moyen détourné pour m’en procurer un, sans engager l’acte de vol, sans commettre de délit autre qu’une ruse un peu grossière, mais parfaitement licite. La réponse fut non. Retournez-y et pliez-vous au concept. Un concept… la manifestation d’une liberté qui enferre celle d’autrui, pour qu’il le saisisse tout à fait dans son entier.

Je rebroussais donc chemin, retrouvant bien malgré moi l’exposition avec l’une de mes collègues et je me suis surpris à demander, d’une façon un peu trop précipitée, à la fille à l’entrée, chargée de vérifier nos billets (manifestation de mon inconscient rejetant l’idée farfelue que je puisse voler) : « Où sont les livres qu’on peut voler ? ».
Ma collègue se mit à rire, la fille à sourire béatement. Quant à moi je murmurai, plaçant contre mes lèvres un de mes doigts : chuuuuuuut. Et peaufinai dans le même temps ma stratégie :

Ne souhaitant pas voler le livre de mes propres moyens, je m’entêtais à convertir ma collègue en voleuse, ou du moins, faire d’elle ma Complice.

Je lui priais donc de faire diversion, ce qui ne fut pas nécessaire : un groupe suivait une autre visite guidée, parmi lequel nous nous mélangeâmes sans trop de mal, afin de dérober, chacun de notre côté, un exemplaire de cette diablerie de papier, or, l’étudiante perruche, toujours juchée sur sa haute chaise, nous avait vu venir de loin, elle m’avait reconnu ainsi que ma collègue, qui, avec son immense gilet rouge et ses bottes ocre jaune, détonnait dans le paysage. Perruche demanda à ma collègue de restituer l’ouvrage, tandis que j’en planquais un, de mon côté, que je glissais en toute hâte dans des fascicules lacérés du X de cette dixième édition.

« Vous aussi, là bas, le grand avec la veste, vous reposez le livre ! »

Je maugréai d’un air débonnaire que ce n’était pas juste puis me retirai avec ma complice, décidé à ne pas en rester là, n’acceptant pas d’essuyer une aussi cuisante défaite. Aussi commençai-je à surveiller les actes de cet oiseau estudiantin aux allures de buses, à la façon d’une série b. Or, à chaque fois que ma tête dépassait du coin de mur, celle-ci regardait en ma direction et me voyait disparaître aussitôt.

Nous essayâmes alors de l’encercler mais il faut croire que je ne suis pas rompu à l’art de l’espionnage. Capitulant je proposais à ma collègue de lire le livre dans son intégralité afin de me le procurer, la possession n’étant pas, chez moi, nécessairement matérielle. Elle a probablement pensé que j’étais fou, et puis n'avions -nous pas convenu d'aller au restaurant ?Il fallait donc renoncer à cette énième tentative d’appropriation.

L’histoire aurait pu s’arrêter là, mais non, un miracle se produisit : personne d’autre ne menaçant son trésor de papier, la gardienne s’est levée et, malchance de poisseux, se dirigea vers nous. Je lui lançai, d’une voix enjouée :

« C’est pour quand la pause pipi ?
- Y’en a pas, répondit-elle, amusée. »

Peut-on réellement tout avoir, quand on se sert de sa volonté ? Il faut croire que oui, car elle nous proposa de voler le livre : personne ne surveille, confia-t-elle enfin, allez-y. Ma collègue, sans plus attendre, complice idéal en crime à la ville comme au boulot, se rua sur le livre, qu’elle planqua aussitôt dans son sac à main et nous filèrent, amusés tels des enfants mais, contrairement à ma collègue, je ressentais comme une pointe d’angoisse, une légère incertitude :

« Tu crois qu’il y a des caméras ? »

Un peu plus loin, dans un coin sombre et désert, pour être certain que son sac ne soit pas fouillé, je lui soumettais une proposition quelque peu farfelue :

« Je peux mettre le livre dans mon slip, personne le trouvera au moins ! »

L’angoisse était là, palpable, d’autant plus tangible, et saisissante, quand il fallut repasser devant la gardienne informée de mon dessein, à l’entrée. J’ai vu la sortie, cependant, à quelques mètres de l’entrée, mais je n’ai pas voulu me dérober ainsi, et, curieusement, au risque de perdre le livre, j’ai préféré braver le danger ; rien n’y fit : nous passâmes d’un air entendu, et la sphinge gavée de MTV, elle, était visiblement amusée de mon forfait.

Ce livre trône désormais sur une autre table basse blanche et synonyme, acquise, je confesse ce manque de goût, dans un grand magasin suédois, où, parmi d’autres breloques et quelques ready-mades improvisés, il n’apparaît plus avec autant d’évidence, de provocation. Je me demande désormais si, maintenant que je possède ce livre, et qu’il est désacralisé de par sa nature seconde, je vais en son entier le parcourir, que dis-je, le lire, pour me l’approprier d’une façon qui soit plus rationnelle, et attendue. Une question qui, sans doute, n’appelle pas de réponse.


[Challenge : toi aussi, lecteur, empresse-toi de dérober ce livre, raconte comment, et prends-toi en photo avec. Un telle chaîne n’est pas promise à un bel avenir mais qui sait...]

23 septembre 2009

7 Orifices

Tata Jacqueline, une invention virtuelle débile moins lourde que la Bible et cependant plus évidente m’a conjuré de ne point me mettre à la plongée sous-marine, et de ne point côtoyer le grand café des requins blancs, aussi me dois-je de renoncer à sonder mes abysses, sous peine de m’y noyer. Ou pas. Telle est la pulsion de mort, qui chaque jour combat son avatar, qui la façonne.

Foin des cercles vicieux : j’ai trop parlé de cela de par le passé et Lui, que j’ai frôlé de mon corps, n’a point effleuré ma plume acérée : parler de l’homme avec qui l’on partage quelque chose serait, d’après mon expérience ridicule, condamner le bonheur possible entre ces entités complices, de même que parler du futur roman le voue à ne point naître - il est impossible, en outre, de se prévoir une destinée.

Et puis, si j’ai dit que nous étions tête-bêrche, lui and me, j’ai menti, je l’avoue ; l’écriture n’est-elle pas mensonge, la littérature un palimpseste ? L’écriture n’est-elle pas une pollution, une émanation de l’esprit filtré par une confluence d’espoir et de cynisme, un entrelacs de points de vues, une construction plus qu’un constat ?

- La bouche, quoi qu'il en soit, n’est qu’un orifice

Sa bouche est un gouffre mou.

La maladie s’y dessine, insidieuse, au bord de l’orifice ; certains clients qui ne viennent pas sont victimes de la grippe à la mode, qui d’un coup les démode. Un client a même disparu dans l’Orifice du temps.
Depuis hier, m’a avoué la secrétaire, nous n’avons pas réussi à le joindre. Il a disparu.
Nicolas Raviere a disparu lui aussi, ses amants sont calcinés, dans la fosse sceptique de ses pensées. Ses amours renaissent certaines nuits, comme des fantômes, le frôlent dans des rêves tragiques, sans queue ni tête, sans orifices.

L’envie de plaquer la salope sur la photocopieuse est réelle cependant, mais anecdotique.

On honore moins les morts que les culs.

Un jour peut-être je comprendrais le lien qui m’unit à ces existences confuses, qui cherchent en moi quelque chose de saint alors que tout en moi respire la pourriture, le fécès ; un jour, sans doute, je vengerais cette fortuite disparition du temps, ce trou noir qui m’a absorbé, parce que je suis une arme, une arme en mouvement, qui n’a pas trouvé son point d’impact, mais prend conscience, peu à peu, de sa puissance.

- Mon cul !

14 septembre 2009

Les Corps Blancs

La white party était grandiose : je n’y étais pas. Je visionnais cette fiction douteuse, un peu du genre à émoustiller John Waters, et rigolait, lové dans mon sofa, presque nu, presque indécent, presque conscient de cette attente un peu sordide, maintenant que certains mécanismes sociaux, mis en branle par des accointances fantomatiques, se sont enclenchés et que l’écriture, cette salope amovible, m’est revenue, après m’avoir été confisquée par mes propres démons ; c’est un second corps qui fond en moi, avec toute la passion d’un premier amour.

Sous un soleil déclinant, dardé au crépuscule sous l’œil d’hommes dénudés, papiers glacés, les visages vieillissent, les corps ne sont plus si fermes mais les regards pétillent ; les invitations se font et se défont avec un certain maniérisme ; on sent là plus insidieusement le sexe, qui n’est point mentionné, caché, et qui suscite plus encore d’envie, de même que Dieu n’est pas visible et cumule les fidèles. Devrais-je te mettre en garde et te dire ce que tu sais déjà : l’imagination est une lame cruelle, meurtrière, qui n’est bonne qu’à te pénétrer, pour te laisser tel un cadavre, vide de toute substance ? Ta gueule.

[ A l’heure où les SMS deviennent des missives, les cœurs conquis déchantent déjà, processus cruel ; tout ça, c’est comme les fleurs, nous sommes incapables de fleurir une saison entière. ]

Je voulais, la nuit dernière, m’endormir avec une peluche, étreindre cette boule de poil synthétique, plaquer mon visage contre la surface de son corps, une coutume qui m’est étrangère, mais le sommeil m’a saisi avant que je ne m’en empare, a fait de moi son esclave, pour quelques rêves étranges, dérangeants, intermèdes violents. A six heures du matin, diable cornu m’a envoyé par satellite un message, m’appelant « joli lapin », mais je n’ai point trouvé chez moi de carottes, seulement deux longs navets, longs comme des missiles. Malgré mes efforts, je ne parviens pas à être ordinaire. C’est avec entrain que je cherche l’antidote sous ces formes les plus pures - de la poudre à perlimpinpin ?

Meet M Myers

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Querelle confesse à 11:23 - Confessionnal [3]
Autopsie : ,

08 septembre 2009

Anti Gone

- La fête au bord du lac était sublime : je n’y étais pas. Tu ne m’as pas attendu, je le sais bien, portant ce tee-shirt d’esclave fondu sur la peau, un textile qui n’est point millésime, et presque immortel. Je t’imagine fondu l’espace d’une danse à quelques individus étranges, magnifiés par des substances hallucinantes et pures, griffés pour la nuit, portant un toast avec les astres, sous ce vent miracle qui annonce l’automne.

- Je t’ai pourtant écrit pour que tu viennes, me rappeler à toi, avant que tu ne défasses le nœud qui te retient à ta vie même, sous des étoiles usurpées. Où étais-tu donc, toi qui refuse de me dire ton nom ?

- … (On ne m’y prend pas : la magie n’est qu’un subterfuge, un déversoir à foi pour qui se sent périssable)

- C’était… subliminal. Seras-tu là ce soir ?

- Je ne serai pas là ce soir, ni les autres soirs, j’ai, en quelque sorte, rempli ma part de cet invisible contrat qui nous liait mais sache que j’aime discuter avec toi, surtout depuis que tu n’es plus là. J’ai ce goût de menthe, dans la bouche, parfois, ce goût de menthe qui me rappelle un nous qui n’a jamais existé.

- Serais-tu triste, ou pessimiste ? Pourquoi ne viens-tu pas ?

- Parce que je n’aime pas la menthe, les lacs, et ces bulles folles qui montent au ciel sans jamais l’éteindre, s’éclatant à la lisière d’une bouche. Parce que les hommes sont des animaux et que, malgré la science que je m’invente, je n’ai pas trouvé lequel tu étais, d’animal, pour me commettre un peu plus : je devine seulement les rites de ton espèce et ne souhaite l’adoubement.

- Il t’a brisé, le dernier ?

- Il m’a plutôt ramené à la vie, en quelque sorte, avec ses chantages honteux, ses raisons pernicieuses, cette castration amoureuse écoeurante et aliénante ; quand bien même il m’a donné cet instant romantique, ce baiser à la pointe de la Presqu’île, où Rhône et se Saône se rencontrent, cela même, cette bribe de roman de gare, s’est effacée tout d’un coup, le temps de jeter quelques mots, comme on enterre un mort, un soir sans lune, à la lisière d’un bois.

- Aurais-tu donc enterré beaucoup de corps ?

- Tu m’as découvert : je suis le fossoyeur.

Tu me fais bander.

 

04 septembre 2009

Animal Junkie

- Quel est déjà ton prénom, ton prénom, mon beau, aux yeux effarants ? Moi je suis animal Junkie et je t’invite à cette fête sans queue ni tête, un soir au bord du lac. Tu viendras, dis, tu viendras ?

- J’ai de l’aube en tête, et des idées de poésie. Ma mère est de nouveau au pays des prunes, avec une voix de fillette. J’ai lancé des bonbons sur ma nouvelle stagiaire, une jeune fille trop déterminée et jolie, qui pose pour de la lingerie, avec aplomb, devant des cheminées, sur des peaux de bêtes, la peau nacrée, bardée de filaments de dentelles noires.

- Mais ton prénom, dis-moi ton prénom, je l’ai oublié.

- Je me souviens de ton haleine mentholée et déjà j’ai envie d’oublier cet instant où tu posais tes mains sur mes cuisses, d’un frôlement maintenu, terriblement féminin. J’en aime un autre, et cet autre : c’est moi.

- C’est sans doute le propre de l’homosexuel, de s’aimer, ou de se bannir.

- Ou les deux à la fois, c’est sans doute la même chose, probablement, mais, ce n’est pas du tout ça. Ce n’est jamais vraiment ça. Tu sais, animal junkie, il y a cet homme sauvage avec qui j’imagine des coïts sur ma table basse, qui te ressemble un peu, et ce garçon délavé, un jeune poussin que j’aimerais briser à loisir, et dont la chair semble si tendre qu’elle est un crime - pour un végétarien. Il m’a donné comme un joyau un clin d’œil malicieux, et il est à portée.

- Cela ne me dit pas ton prénom.

- Il est comme l’amour, mon cher animal Junkie : à réinventer.

31 août 2009

Teufel

Les démons évitent de lorgner sur l’écran délétère, aux ondes point mystiques, d’idiotes fictions sirupeuses qui pourtant les concernent : un renard tout gonflé d’ego et terriblement maladroit s’en prend à une garce vêtue de noir pour appartenir au pays des prunes et dédaigner son pelage plus crépu que soyeux. Il lui lance cet ultimatum : on se voit pour parler de nous samedi ou dimanche, lundi, ce sera trop tard. Certains trentenaires déguisent sur leur carte d’identité une immaturité féroce qui les condamne face à la vie. C’est pathétique - et délicieux.

La garce, quant à elle, n’est point ébranlée par ces circonstances qui feraient pâlir toute la Côte Ouest, vous imaginez bien : elle a trouvé, sans même s’en rendre compte, la fameuse télécommande, seule capable de suspendre ce film ridicule qu’elle regardait et dont elle était à la fois l’actrice principale, et la désolante figurante, tout comme Marie et son célèbre poupon manufacturé par les hommes.

Synesthésie, levée de rideau et apparence d’un garçon qui boit des jus de pissenlit, qu’on appose à ce labyrinthe de chair par trop connu ; point de prière, d’invocation, c’est un bus de métal qui le transporte, par l’immense avenue dessinée d’un vent frais. La ville des lumières, ouverte, expose son obscurité, cette architecture parallèle qui ouvre une nouvelle vie, de nouvelles perceptions, et, dans ce décorum oublié, la résurrection d’une appartenance certaine : liberté et rémission, dans un même mouvement.

Un ange levé vers le ciel, ailes écartelées ; une descente au caveau se prépare, comme un complot ourdi par d’étranges boissons vertes, ne distillant plus leurs poisons ; tu es nouveau ici, je ne t’ai jamais vu, tu as des yeux superbes. Ce sont les paroles prononcées par un diable cornu aux rides altières, mâchoire carrée, qui mène l'ange courbé sous la voûte de pierre, dans une forêt de néons violets qu'il ne voit même plus.

 

28 août 2009

Absurd

Certains préfèrent suicider leurs facultés devant un écran un télévision. Sélectionner sur un programme l’arme de sa mort cérébrale n’est désormais plus un luxe : on abat des arbres pour cela. Et les ondes nous assaillent, qu’on le veuille ou non. Pour qui ne regarde pas la télévision, ou du moins n’en est point captif, l’absence de fiction laisse place à la vie, dans ce qu’elle a de plus laid : point de maquillage, ni d’effets spéciaux, juste une vague lenteur, un dégoût profond qui s’insinue dans chaque chose, une fatigue intense qui distille peu à peu ses poisons ; l’attente d’un dénouement n’est pas prévue au programme. Voilà une approche égocentrique : n’est-ce point là mon journal, après tout ?

Passons ! Je m’allonge, nonchalant, sur mon canapé, abîmé par quelques coïts douteux, dans le noir s'il vous plaît, me munissant de l’épaisse télécommande, pour choisir ma station, dans l’ombre du bâtard, sinistrement abandonné, qui ne mérite plus d’être mastiqué et qu’une certaine gêne, vis-à-vis du gâchis, m’empêche de jeter. Je m’arrête sur ce film, Absurd, qui m’évoque vaguement quelque chose : serait-ce son titre universel, ou bien son synopsis, qui éveille en moi l’idée que ce film-là pourrait m’apporter quelque chose, qu’il me faut absolument le visionner. Au pire, j’aurais passé une heure quarante-sept en compagnie de quelque chose de vaguement familier, nonobstant les décors.

Absurde, donc.
Un film avec Nicolaï, produit par 2 de tension production.

Synopsis :

Des horaires tournants et l’absence de jours de congé consécutifs pendant des semaines ont conduit Nicolaï à accepter de travailler 8 jours de suite, pour un total de 67 heures 30, gagnant ainsi trois jours de repos consécutifs : de quoi monter voir sa mère, cancéreuse récidiviste victime, récemment, de quelques complications : égarée pendant 24 heures alors qu’elle devait passer son IRM, elle a été transfusée de toute urgence, quant à son programme d’irradiation, il est reconduit par sessions, plus courtes, d’une ou deux séances : les prunes sont devenues myrtilles, à défaut de disparaître. Désormais elle va mieux bien qu’affaiblie, dans son appartement aux odeurs âcres et violentes, sur lequel les fées du ménage ne se penchent plus. Elle porte désormais ce collier que son fils dévoré par la fatigue - et la culpabilité - lui a offert, un collier avec « ses » couleurs. Ce fils indigne est tellement fatigué qu’il a peine à aligner trois mots et somnole à ses côtés. Le soir venu, il reçoit sur son portable un texto de son petit ami qui, tragédien de basse extraction, le gavant de « je t’aime » qu’il ne pense sans doute pas, lui apprend ceci, abstraction faite des fautes d’orthographe qui jalonnent sa prosaïque prose : « n'ayant pas de copain je suis triste je pleure tous les soirs dans mon lit. Je pense bientôt en chercher un... ». Un parfum d’absurdité et de dégoût entoure Nicolaï qui, finalement, ne tardera pas à s’éveiller de cette torpeur atavique dans laquelle il s’était plongé des mois durant : retrouvant enfouis en lui des pouvoirs qu’il le soupçonnait plus, il invoquera, muni d’une kyrielle de bougies phalliques, Querelle, un démon sournois quelque peu humain, et gentiment malsain.

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