25 août 2009
Le Mausolée d'Astradyne
Au prise dès le
matin avec ce bâtard caoutchouteux qui ne satisfait pas à ma gourmandise,
victime de cette mise en bouche douteuse, je me remémore la soirée de la veille
: une panne de courant, car la nuit est vite tombée, l’emprunt de bougies au
bar d’en face et la descente à tâtons dans les sous-sols, à la recherche du
fameux disjoncteur, parmi une armada de boutons et disjoncteurs divers ;
j’avais senti, dans le noir, par delà une porte qui d’ordinaire est toujours
fermée et des pans de métal, une présence curieuse, sans doute étais-je animé
par une forme de paranoïa inconsciente, la création d’un mythe façonné de
toutes pièces, en express, par cette pseudo culture dont on nous abreuve, et
qui nous gouverne à notre insu :
J’étais passé
par là, la veille, avec notre nouvelle stagiaire, afin de lui faire visiter les
recoins les plus sombres, comme à la recherche d’un trésor, sous forme de billes
glacées ; elle avait dit que c’était là un décor de film d’horreur, et les
portes, avec hublots, ce genre de porte, soi-disant qu’elles existent dans tous
les films de ce genre. C’était, pour reprendre ces mots, « vraiment flippant ».
J’imagine pour ma part qu’il est possible de dénicher dans ce genre de lieu
bien des bâtards - et des cafards -, dans un quelconque placard, cela pour
animer et rassasier le désir de clients cafardeux.
Or
l’horreur commence à la maison
(N’est-ce
pas Claire ?)
Avec ce bâtard,
précisément. Qui reflète exactement le flétrissement d’une vie usuelle, qui
n’est point du domaine du rêve, régie par la dîme et le labeur et dont chaque
instant, chaque compartiment, s’est dévêtu de toute singularité : la fadeur
constante d’un plat de pâtes. N’importe quel ingrédient peut le relever, mais
les pâtes resteront toujours ce qu’elles sont : des pâtes. Fades.
Je cherche en
moi cet autre disjoncteur, pour faire péter les plombs, sauter l’installation,
faire dériver le courant, afin de me retrouver dans les ténèbres. Car je l’ai
dit, précisément, j’espère l’agresseur tapi au fond de moi. Celui-là seul est
capable de m’émouvoir, en créant bien des drames, des richesses, celui-là qui
n’est autre qu’un cadavre, dont l’Autre se repaît et qu’il moleste par des
critiques incessantes. Je devrais, sans doute, être heureux de savoir que
certains collectionnent les cancers comme d’autres des timbres, afin de pouvoir
diriger ma pensée sur quelque chose, ressentir quelques émotions par trop
violentes, souffrir, mais cette idée-là me dégoûte précisément. L’anesthésie au
déni, plus économique, est un suicide au gaz.
06 juin 2009
Chroniques du Lutin
On peut
s’emballer vite, très vite : on ne choisit pas. On réprime, mais on se sent
bien, on ne réprime pas et dis-moi, toi, tu réprimes ? Et si tu réprimes, tu
réprimes quoi ? Je reprise, je reprise mon cœur ; /
on sent très
bien que l’appel au vote des écolos indépendants avec sa tété de veau et la
tête de Francis Lalanne - dont le nom n’est point intégré au correcteur
orthographique le plus répandu sur la terre - n’est plus un motif suffisant à rire, quand on est léger, et grave d’un
sentiment auquel on ne croit plus, dont l’ébauche submerge avec la puissance
d’un raz de marée / - Salade de pommes au curry !
On se plonge
dans l’action : la chasse aux prunes est ouverte, le boulot me revient après
des vacances improductives sous le sceau du chômage, panégyrique d’une
procrastination vaine, et quelque peu pixellisée et puis, il va falloir voter,
ce dimanche, pour que le monde soit meilleur mais il n’en sera rien. La
promesse politique est le nouveau Dieu. Mein Gott ! Travail, famille,
patrie. Tout ce qui sublime l’amour, et annihile l’individualisme, l’ego.
Mais bon !
Je me noie dans
les ritournelles des années 80, festoie dans le synthétique.
Je suis la
petite fée de la poudre bicarbonate de soude.
Une autre fée
qui boit aussi du vin va m’apprendre à créer mes propres produits d’entretien,
d’hygiène et cosmétique naturels et écologiques - je vais de plus en plus loin
dans mes lubies, pense à certains exils qui me conviendraient mieux que ce pays
aux paillettes insalubres. J’ai la tête partout, qui n’est point vissée sur mes
épaules, comme il est d’usage de le croire.
Mais quoi ?
J’imagine que l’objet à peine consommé de mon désir pourrait me retenir ici,
qu’il collerait jusqu’à la fusion son corps velu sur le mien, ou bien qu’il me
dévorerait vivant : quoi qu'il en soit, il me sera impossible de raconter tout
ça, sans s’exposer à son courroux, du moins son incompréhension, si d’aventure
je lui conte fleurette de l’existence d’un certain Nicolas Raviere, écrivain
raté, avorté, ou de Querelle, carnetier chimérique qu’un quidam inexpérimenté
prendrait pour un schizophrène de première zone, option petit collage au
Vinatier. Lui, ce n’est pas un littéraire. Il est éminemment terrien. Il communique
avec votre serviteur es nihilisme de ses toilettes, ordinateur portable vissé
sur les genoux, attendant, paisible, la venue du Grand Anaconda !
12 mai 2009
Synopsis
La nuit n’est
plus mon amie, tout juste une conseillère, un guide au travers d’une dérive
vaguement infernale, sucrée et point trop silencieuse. Après avoir abdiqué sur
le trottoir, prenant soin d’avoir déployé toute la lyre, je me suis rendu à
l’isolement, dans cette bulle ô combien familière, pour ne boire plus que de
l’eau plate et m’aplatir sur mon canapé, dans l’abstraction totale de ma
personne.
- Terriblement
loin de tout ce qu’il convient d’appeler un « contexte ».
J’étais au lit
avec Georges et Ma Mère, à Batailler contre le sommeil, l’automatisme de mes
yeux vitreux, quand j’eus cette idée en tout point merveilleuse de partir
quelques jours, pour me raviser aussitôt : ne serait-ce pas là le symptôme
premier d’une envie de fuir, un syndrome qui nous fait dire que l’herbe est
indubitablement plus verte ailleurs alors que l’herbe, finalement, n’est jamais
que de l’herbe ?
- Toutes les
herbes ne se fument pas.
Avec tout cela,
mon cher journal, je ne t’ai même pas raconté que j’ai fait la rencontre d’un
homme récemment, un homme trop gentil et comme ralenti, formaté pour une vie
loin des villes, pétri d’une tendresse écoeurante et qui souhaite, allez savoir
pourquoi, me mieux connaître. Il m’a fait un muffin et m’a gavé d’architecture.
D’aucuns prétendraient que les promesses de son pantalon sont dantesques et
qu’il semble en tout point rassurant or, pour des raisons que je ne m’explique
pas, il me fait peur, me fait frémir d’angoisse.
- La quiétude
froide qu’il affiche, cette maniaquerie qui transparaît en filigrane dans
chacun de ses gestes, chacune de ses paroles, appellerait-elle une spirale de
violence ?
06 mai 2009
La Guerre des Robots
# 52 en phase
terminale, je retrouve la lumière du jour, retrouve en quelque sorte la vie là
où je l’avais laissé, au 27 avril, du moins, ce n’est pas faute d’essayer : ces
maudites prunes me restent toujours au travers de la gorge. Elles reviennent la
nuit, pour me hanter, me traquer, m’assaillir jusqu’au plus profond de mes
rêves lors même que je parviens, tout le jour, à les occulter, ne pensant plus
qu’elles existent, mobilisant les ressources insoupçonnées de mon esprit pour
ne pas déprimer, et voir la vie telle qu’elle se présente à moi, avec cette
parure funeste qui lui sied à ravir mais qui n’est point opaque. Je me lève, je
vaque à diverses occupations toutes plus prosaïques unes que les autres, essaie
tant bien que mal de m’endormir, la nuit venue, en prenant soin de m’égarer
dans d’interminables lectures, vaguement sulfureuses et malgré tout lénitives.
Ce matin, le
téléphone a sonné. C’était ma mère, ma mère qui m’annonçait encore, adepte plus
que jamais du comique à répétition, une bien mauvaise nouvelle : le décès de la
mère adoptive de Laurent, également née en juin 1945. Appel filtré que je
découvris - avec tristesse - une heure plus tard, tasse à la main, lèvres
imbibées d’un café trop léger, avant que de me visser sur les oreilles de quoi
voyager quelque temps, en musique, humblement moulé dans mon canapé - et à la
dérive. Je me suis dit, avant que de sombrer de nouveau dans le néant et la
mort, en effectuant un malencontreux transfert : et pourquoi ne pas faire
maintenant ce maudit houmous ?
Je cuisine
beaucoup ces temps-ci : une façon d’occuper l’esprit quelques heures en
poursuivant un but terriblement vain, mais peu critiquable puisque lié à un
besoin primaire et essentiel (se nourrir), et celui, beaucoup plus superficiel,
de renouer quelque peu avec mes origines. Je pense en effet beaucoup à la mort
de mon père, qui m’avait indifféré à l’époque. L’idée que je puisse être
orphelin, quelque peu ancrée ces jours derniers, me paraît insoutenable.
C’est ainsi que
je sortis, avec un optimisme inébranlable, tous les ingrédients nécessaires à
la préparation de ce mezzés ainsi que ce charmant robot vert pomme et
ésotérique, un peu magicien, offert par des amis à ma dernière et unique pendaison
de crémaillère, robot qui, contre toute attente, ouvrit en moins de temps qu’il
n’en faut, à l’encontre de ma personne décidément motivée, les plus franches
hostilités : quelques secondes après l’avoir sorti du placard - où je ne cache
pas l’avoir retenu prisonnier pendant de longs mois - voici qu’il m’entailla le
pouce avec la lame aiguisée de son hachoir, cela, malgré toutes les précautions
que j’avais prises.
Versant, après
avoir asséché à maintes reprises, mon doigt du liquide purpurin qui n’avait de
cesse de couler, la première partie des ingrédients dans le bol de ce malicieux
robot, comprenant les inévitables pois chiches, je ne parvenais pas à tourner
le bouton de mise sous tension, afin que le hachoir maniaque sévisse à nouveau
et réduise en purée toutes ces boules idiotes et saturées de protéines. En
vain. Je commençais donc à m’énerver, à tourner ce bouton de plus en plus fort,
jusqu’à le briser, me retrouvant avec deux rondelles de plastiques vertes dans
les mains. Je n’avais cependant pas dit mon dernier mot et voilà que je commençais
à triturer les entrailles blanches de ce maudit robot avec un couteau bien
pointu, avec un manche en plastique, histoire d’éviter une improbable
électrocution. N’avais-je pas déjà les cheveux en l’air, ce matin ?
Bien que le
robot fut planté en plein cœur, le hachoir se mit à fonctionner contre toute
attente et moi, satisfait de cette savoureuse victoire, je le débranchais, afin
incorporer les autres ingrédients dans la bouilli de pois chiches : l’ail, le
tahin (ou tahina), l’huile d’olive et la coriandre. Seulement voilà, je ne
parvins plus à le faire fonctionner, m’escrimant toujours plus dans cette lutte
absurde contre cette machine stupide vis-à-vis de laquelle je me suis mis à
éprouver une haine farouche - et des plus pathétiques - alors que j’y plantais
toujours plus vivement le couteau, pour renoncer, une heure plus tard : je
mangerais demain cette sorte de purée de pois chiche avec mes pitas, avec
l’idée que le brownie, qui d’après la légende est un gâteau raté, n’en est pas
moins délicieux. Quant au fameux robot, j’ai regardé lesquels de ses membres je
pourrais conserver, me décidant à jeter, à dessein, son cadavre vert paume,
cela, malgré la valeur sentimentale attenante à sa vaillante carcasse, pour le
remplacer un jour, puisqu’à l’instar de toute chose, il sera sans doute
possible de le remplacer, LUI. On a si peu de pouvoir, finalement.
28 avril 2009
Orange
Ils portaient
ces t-shirts orange, pour fourrager dans le végétal qu’accrochait le textile
saillant, allant droit devant, l’un après l’autre, sans se connaître et
cependant similaires : ils portaient un bas de jogging marine dans lequel se
lovait un sexe à l’affût. L’un s’en fut à droite, le second par la gauche. Quant
à moi je rebroussais chemin. J’avais emporté Nicolas Pages avec moi, juste au
cas où et recevais du ciel, des arbres, d’infimes gouttes d’eau, sur mes
épaules et les pages, sur mes cheveux. J’en sentais parfois, du bout des doigts,
réflexe indigent, l’odeur naturelle fade et fantôme, puis m’allongeais plus
loin, plaquais mon dos contre un arbre, regardant les oranges et mûrir et
flétrir, s’évanouir. Je savais que je pouvais soupeser ces fruits, que l’on
venait de m’offrir si gracieusement, comme cela, un peu par hasard, et croquer
dedans, à l’affût d’hypothétiques vitamines, mais je n’aime pas la couleur
orange - et moins encore le bleu marine.
09 mars 2009
Des Renifleurs
Je réalise que je n’ai pas
véritablement parlé de mon frère dans les billets précédents, alors que cela
relève du conte, de l’extraordinaire : ce n’est pas tous les jours qu’on
découvre, à l’âge adulte, que l’on a un frère et que celui-ci partage bien plus
que de simples liens du sang, mais des similitudes étranges, qui ne s’arrêtent
pas à un style de vie délimité par l’expression plus ou moins affirmée d’une
sexualité.
De lui, je n’ai finalement
dit qu’une chose : qu’il portait une casquette. Et moi, je n’en porte jamais,
ou quasiment. Je pourrais à cela ajouter qu’il porte des jeans. Et que j’évite,
pour ma part, d’en enfiler. Mais voilà, comme moi, il éprouve le besoin
systématique, automatique, de sentir les choses, sentir, par exemple, ce qu’il
mange, avant que de le manger - ou autre. Chez lui, c’est systématique. Chez
moi, c’est occasionnel. Un syndrome des premières fois, avant que d’accorder
aux choses ma confiance. Je ne peux m’empêcher de parler de moi, au travers de
lui : c’est étrange.
Sans doute est-ce ainsi que
fonctionne l’alchimie entre les frères, le cadet prenant modèle sur le plus
âgé, au-delà des distances. Voici quelques mois, une chose curieuse est arrivée
: moi qui ne pensais sentir que les aliments, j’ai été surpris à renifler la
casquette d’un collègue de travail par une autre collègue, ce qui a généré de
notre part un fou rire dantesque ; diantre, comme j’étais mal à l’aise, surpris
à inhaler l’odeur vaguement saumâtre d’un cuir chevelu et me surprenant
moi-même d’un automatisme que j’étais loin d’envisager ! Je n’ai évidemment pas
chercher à sentir la casquette de mon frère ni même ne me suis demandé si lui,
de son côté, il s’était mis en tête de sentir mes affaires et pourtant,
j’aurais sans doute dû penser à cette éventualité : n’aimons-nous pas tous les
deux ce sacré drôle de John Waters ?
08 mars 2009
L’Emploi du Temps : 3 - dimanche
00 : 00
De nouveaux seuls, Laurent
et moi discutons, en finissant les fonds de bouteilles. Nous parlons cinéma. Je
lui montre de longs extraits de mon film préféré : INLAND EMPIRE.
3 : ??
On décide d’aller en
discothèque et nous longeons le Rhône à tâtons, dans le noir, pour rejoindre
l’United Café, véritable institution pour tout pédé Lyonnais qui ne se respecte
pas. Laurent aime l’autre visage de Lyon, ville des lumières. Quant à moi, je
suis en mode automatique.
3 : 40
Je lui montre, non loin de
l’entrée, l’escalier où j’ai vidé mes intestins plus d’une fois. F n’avait-il
pas insisté sur l’une des fort nombreuses spécificités intrinsèques de mon
vomi, capable, ombre asynchrone, de dévaler les escaliers plus vite que moi ?
Très vite, nous rencontrons B, que je n’ai pas vu depuis bientôt deux ans :
vieillir lui va bien ! Plus que jamais, j’aime ses deux yeux en amandes et je
crois, sans doute - est-ce l’alcool ? Les vodkas dark dog offertes par mon
frère ? - tomber amoureux de lui une fois encore.
5 : ??
La tenancière du vestiaire
exprime le désir que je lui offre ma clé USB, sortie de je ne sais où, alors
que B gribouille au marqueur son numéro de téléphone sur un papier, qu’il accompagne
d’une inscription ésotérique, une abréviation dont je ne sais toujours pas ce
qu’elle signifie. Nous l’accompagnons lui et son ami au Pinks, une boîte de
nuit que je déteste. Il faut payer 5 euros pour assister à une magnifique
soirée boule de neige. Alors que B prend un vestiaire commun avec son pote
collant, Laurent nous paye l’entrée sans que je m’en aperçoive. Dans cette
technoparty insalubre, je retrouve très vite L, lequel fait immanquablement partie de tous les
décors, et porte désormais des vêtements très différents ce qui, toutefois, ne
le change pas d’un iota. Je dis à Laurent : tu vas voir, il va me squatter
toute la soirée et finir par m’embrasser et se frotter contre moi. Dans le même
temps, par goût des jeux débiles, j’essaye tant bien que mal de faire en sorte
que la masse gélatineuse aux odeurs de pâté pour chat qui accompagne L
s’intéresse à mon frère mais la mayonnaise ne prend pas. Et très vite L se
retrouve accroché à mon corps et ma bouche. Nous les laissons à neuf heures
tapantes rue de la République, dans une lumière saisissante. Je ne pense plus
qu’à B, dont l’au revoir résonne encore en moi.
9 : 00
Retour à la maison. Les
draps nous attendent. Je mets le réveil pour midi.
11 : 00
Bon prince et surtout
lessivé parce que je n’ai pas eu de repos depuis des semaines, je reprogramme
le réveil pour 13 : 00.
13 : 00
Petit déjeuner déséquilibré
(Thé, Café, jus d’abricot, jus de carotte, muffins, madeleines, compotes de pommes,
gâteaux à l’épeautre, yaourts au soja.)
[Salle de bain / lecture] x
2.
F téléphone ; je ne réponds
pas.
15 : 30
Une longue marche sur les
quais du Rhône.
Tête d’or, rencontre avec
la nature décharnée, condamnée par les saisons capricieuses.
Crochet par la Cité
internationale.
Tête d’or de nouveau, tour
presque complet. Laurent me dit imaginer ce que cela pourrait être le
printemps, l’été. Notation des joggers, une activité que je pratiquais au
printemps dernier avec F. Aucun d’entre eux, cependant, ne nous fait vibrer, ne
nous fait bander. Laurent ne craque pas pour les Lyonnais. Sans doute
préfère-t-il les mecs des dunes ?
Gare des Brotteaux.
Métro.
19 : 00
Ninkasi Gerland. Lieu
emblématique. Soir de match, hélas. Le temps de se faire une blonde, extraite
d'une grande cuve en métal longiligne qu’il est possible de voir en arrière-plan,
derrière une vitre. Un goût légèrement différent de d’habitude : un rat quelque peu aventureux
aurait-il été rongé par le houblon ?
20 : 00
Le ventre dans les talons,
direction le Vieux-Lyon, « un » restaurant indien. Je ne choisis pas mon plat
préféré cette fois-ci, bien décidé à rompre avec cette coutume vieille de 3 ans. C’est mon frère
qui me succède et choisit, entre autres choses, ma traditionnelle fondue
d’aubergine. Je me rends compte alors, avec stupéfaction, que K avait fait le
décompte des menus afin de vérifier s’ils étaient véritablement moins chers que les
plats à la carte, afin d’être certain de son choix. J’innove quant à moi avec
une spécialité du chef, que j’accompagne d’un nan au fenugrec. Nous nous
régalons.
22 : 00
Fresque des Lyonnais.
22 : 45
Lessivé, je file me coucher
après un passage éclair dans la salle de bain, tandis que Laurent, de son côté,
écrit quelques cartes postales et poursuit sa lecture. C’est déjà le début de
la fin : à 8 : 07, nous nous séparerons à un arrêt de tramway où je le
laisserai, pour courir après un double bus, cela, dans le seul but de poursuivre ma vie, après un troisième et ultime petit déjeuner déséquilibré. Il n'était là, finalement, qu'une fraction de seconde.
L’Emploi du Temps : 2 - samedi
10 : 00
Réveil.
Petit déjeuner déséquilibré
(Thé, Café, jus d’abricot, jus de carotte, madeleines, compotes de pommes,
gâteaux à l’épeautre, yaourts au soja, galettes de riz, miel).
Discussion.
[Salle de bain / lecture] x
2.
12 : 00
Place Bellecour.
Direction le Vieux-Lyon.
Visite express des rues et
monuments :
Cathédrale Saint Jean
Tour Rose
Traboules (...)
Puis : ficelle direction
Minimes, Amphithéâtre Gallo Romain
Puis : ficelle direction
Fourvière [Basilique, vue de Lyon, descente en mode manuel].
14 : 45
Repas dans un point de
restauration végétarien.
Rejoindre F place des
Terreaux.
Achat d’une paire de
chaussures pour Laurent.
Visite de Saint-Nizier et
du centre.
Escale d’une heure
(INTERMINABLE) au Virgin Megastore. Nous achetons tous les trois des choses qui
ne servent à rien :
F achète des mugs et
un étui cigarette.
Laurent achète un
double CD Lounge
Et moi des badges
(???)
Puis Opéra / Hôtel de
ville.
Stagnation sur les pentes
de la Croix Rousse.
Escale d’une heure à Etat
d’Esprit (Note pour moi-même : cette librairie a vraiment changé depuis qu’Isabelle est
partie : le fonds s’est considérablement appauvri et l’on feuillette désormais
les livres sur fond de discussion mondaine, fréquence radio potin.)
F, lassé de regarder les
hommes nus dans l’arrière-salle, nous attend dehors.
Laurent et un grand brun
échangent des regards, entre deux feuilletages. [Personnellement, je ne vois rien car :]
De mon côté, je m'efforce de me plonger dans des synopsis alors que noyé dans les discussions fleuves du
libraire.
Nous achetons :
Laurent : Maupin - Une Voix
dans la Nuit / Un autre roman du même tonneau, auteur américain.
Moi : Hervé Guibert - les
Lubies d’Arthur / Antonin Arthaud - Héliogabale ou l’anarchiste couronné.
18 : 30
On rentre chez moi, avec F,
discussion, musique.
19 : 45
Je décide qu’il nous serait
utile de faire des courses pour manger. J’invite F, qui monopolise la
conversation. Il fait toujours ça, s’emparer de la nouveauté. Ca me permet de
me reposer un peu et de n’avoir rien à dire. F et Laurent n’ont de cesse de
parler de films genre les Bronzés, se marrent sur des répliques à mon sens
ésotériques. Je n’ai jamais compris cet engouement général sur ce genre de
films. Plus le temps passe et plus je suis déconnecté, en mode automatique.
20 : 30
Retour des courses. Discussions
autour d’un verre. On met le disque Lounge de Laurent puis, très vite, à
l’unanimité, je choisis la musique.
21 : 30
M, le mec de F, ainsi que
son frère, se joignent à nous. On passe un bon moment à rire de tout et
n’importe quoi. Retour inévitable sur les Bronzés et consorts, je suis largué. Charles
Volner et Martini sont mes nouveaux meilleurs amis.
Entre 23 : 30 et minuit.
M et son frère, ainsi que F, s’en
retournent dans la nuit.
25 janvier 2009
Drame Chocolat
Il me dit
souvent des choses comme « suis lavé et la soupe cuit ».
Moi, mon âme
est délavée. Second rendez-vous, procédurier, je me pointe dans cette rue dans
laquelle j’ai failli habiter - je me répète je sais mais ça me permet de
remplir à ras bord de querelles Querelle et comme ça se suit, les trois
lecteurs qui se battent en duel ici n’auront pas besoin de pointer leur cher
mulot sur les cent lignes du bas et de perdre ainsi leurs yeux glauques et
nébuleux dans la syntaxe farfelue que j’impose parfois, diarrhée verbale,
logorrhée.
Suis lavé et la
soupe cuit, qu’il me dit. Enième rendez-vous. Maniaque, maniaque. Je veux un
chocolat chaud, un bon chocolat chaud. N’achetant jamais de lait, j’en profite.
C’est cela que je veux, et non l’infusion que tu m’as promise la dernière fois.
Ne me chicane pas. Comme j’ai le micro-ondes en horreur, je lui demande
gentiment à lui, mon petit K, petit Koala, de le faire chauffer à l’ancienne
dans une casserole. Cela me rassure de le voir verser l’épaisseur blanche dans
cette mini cuve de métal au manche phallique. C’est rassurant, han han.
Mais voilà le
truc le problème dans cette histoire du cinquième rendez-vous (déjà !) tout
aussi raté que le 4 au final, c’est que nos baisers s’améliorent et que du coup
l’épais jus de vache déborde de la cuve en champignon de mousse et c’est
tonitruant. Telle une rombière, K se met à gueuler, vrillant mes oreilles de
ses plus beaux aigus, un peu sorcière, en phase d’incantation. Mari non repu,
je claironne que ce n’est point ma faute, quand il m’incrimine, parce que je
n’ai pas choisi le micro-ondes comme ultime mode de cuisson. Un comble ! Est-ce
ma faute s’il aime tant mes baisers ?
De toute
façon, murmurai-je, ton chocolat est dégueulasse ; le discount n’est pas la
solution à tout. Question
existentielle : qu’attendre de quelqu’un qui pense que les livres sont trop
chers ? La la lère. On se déchire comme deux folles pour des conneries et
toi, tout à l’heure, tu vas récurer ta maudite casserole. La La lère. On a plus
de trente ans et on se chiffonne comme des écolières. Ca ne m’amuse même pas. La
la lère. À vrai dire, je m’en fiche. Rond de sorcières : tu as ouvert le bal et
je n’ai qu’une envie c’est de prendre mes cliques et mes claques, d’évacuer
sans plus attendre ton clic clac. Aussi me raccompagnes-tu dans ce dédale
bétonné, jusqu’au métropolitain. Toute cette soirée de merde parce que tu
devais me chercher au métropolitain, que j’ai attendu 20 minutes, dehors, et
toi, tu étais descendu, pour m’y attendre, 20 minutes, dedans. Le temps qu’il
faut pour apprendre à se connaître. Magie du cellulaire : nous nous sommes
retrouvés, pour nous déchirer comme des victimes d’une télé-réalité sordide qui
aurait honte de nous. Sommes-nous finalement faits pour nous comprendre? Je lui
offre cependant, prenant congé de lui, la petite papillote bleue que je m’étais
décidé à lui offrir, avant, pensant que c’était là sa préférée. Il s’en empare,
en me disant sèchement : « c’est les vertes que je préfère. »
Mon expérience
sinueuse et dramatique en matière de relation de couple, simulacre ou réelle,
me le fait dire :
Le bonheur
ne peut être que domestique ou bien ne sera pas.
Découvrez Blondie!
29 décembre 2008
Sitcom
J’ai répondu oui. Oui, nous sommes ensemble, lui et moi. Je l’ai
appelé chéri, comme cela, sans réfléchir, de sang-froid, avec un grand sourire,
auquel il répondit du sien, aussi évidemment qu’un bonjour appelant sa réponse.
La perche était lancée quand K a pleuré, à cause de ses rires. J’ai dit, je
m’en souviens, quelque chose comme : ne vous inquiétez pas, il pleure quand il
rit, l’animal, c’est atrocement mignon mais on s’y fait. Jean qui rit, Jean qui
pleure mais il ne s’appelle pas Jean et les quenelles petit Jean c’est bon
mangez-en.
Voilà, c’est dit, comme une ouverture par le jeu, un mensonge de
comédie, un vaudeville lacrymal. Me voici acteur de ma propre création, in
situ, lancé dans une improvisation tant séduisante qu’effrayante dans
laquelle cependant je m’empêtre délicieusement et de laquelle, ce faisant, K me
sauve, rebondissant sur la question de Citrouille, presque la même question que
celle précédemment posée par le couple maudit mais totalement différente, parce
que connotée : vous êtes ensemble depuis combien de temps ? - question
qui jette comme un froid que K s’empresse de contrer par sa réponse : en
fait, nous ne sommes pas ensemble.
Fin de l’acte 1 ?
J’ai parfois cette impression de jouer au ping pong avec
Grisonnant et voilà que Citrouille s’y met elle aussi, avec sa curiosité de
type féminin et de nouvelles questions option collège des cœurs brisés, servies
par un large sourire candide qui cependant la rend sympathique : Vous allez
vous mettre ensemble ? Mais K, qui m’avouera plus tard à quel point il
était mal à l’aise, se charge de répondre que ce n’est pas à l’ordre du jour.
Et Grisonnant d’intervenir à son tour, s’adressant à moi : il a pas l’air
motivé, ce n’est pas gagné. Il va falloir le séduire. Etrange : une partie
de moi sait, à cet instant, qu’il est séduit, une autre partie de moi renonce à
l’envisager, déçue qu’il n’ait pas improvisé à ma suite un script délicieux et
incroyable, un conte de fées détraqué,
écoeurant et mielleux. Faute avouée : je commence à m’attacher à ce
convalescent.
Et vous, donc, depuis combien de temps êtes-vous ensemble ?
C’est, après tout, le temps des révélations. Aussi je m’autorise
cette simple question, que j’adresse à l’aimable Citrouille. Ping et Pong. Echec
et Mat ? Contre toute attente, c’est Grisonnant, toujours gris, qui se
charge d’y répondre, la voix si haut perchée que tout le restaurant en profite,
cerise sur le gâteau : Nous ne sommes pas ensemble en fait, je suis marié,
j’ai des enfants et on s’aime, tous les deux, avec Citrouille, on s’aime mais je la respecte trop pour
coucher avec elle. On se voit tous les six mois quand je rentre en France.
Faut-il,
finalement, aimer les sitcoms ?
La soirée, cependant, menace de s’achever : il est temps pour
nous, moussaillons à la noix, de quitter le navire dont la coque est poreuse,
de disparaître dans la nuit, de s’immiscer, frémissants, entre les gouttes de
pluie, avant que de rejoindre le métropolitain. Avant cela, une cliente, qui
s’est probablement délectée de nos marivaudages sonores, vient à nous,
souriante, avant que de laisser son phallus silencieux payer l’addition, se
chargeant, par ses rassurantes paroles, d’apposer sa griffe, en discutant avec Grisonnant,
puis, s’adressant à moi, y allant de son sourire le plus large, elle me lance,
à moi, le mot de la fin, le synthèse de toutes les philosophies inhérentes à
notre pauvre époque, résumée en trois mots :
Il faut
kiffer.
Découvrez Sylvain Chauveau








