23 décembre 2009
Pacman
C’était il y a longtemps,
des années à vrai dire, c’était dans une autre vie, dans une autre ville, à une
époque défunte qu’il est impossible de ressusciter : des cheveux sont tombés,
des rides se sont creusées, des poils ont poussé et le corps épaissi, le cœur
muselé, ceint de forteresses absconses, s’est détaché des vaines promesses
qu’un sentiment pouvait apporter à un tout jeune homme tout pétri d’espoir,
lequel dessinait des utérus et des tombes sur ces cours.
Ce jeune homme, qui
travaillait l’été dans un musée, rencontra un blondinet grassouillet en t-shirt
orange, juché sur un banc vert, à côté d’un vélo insignifiant et il n’a pas
fallu longtemps pour que ce pacman suive le petit fantôme d’écolier, pour
l’absorber tout entier, afin de voler en lui tout ce qu’il avait de bon, en
s’adonnant, en sa curieuse compagnie, à de multiples jeux de rôles parfois
psychotiques, parfois saugrenus, que ne justifiaient point la présence de
tenues féminines violacées, planquées au milieu de ces serviettes de bain.
Blanches.
Les ruptures ont lieu le
soir, quand vient la nuit, quand elle s’est implantée, despote langoureux, dans
un décor de ville morte, aux milles lueurs poinçonnait l’azur. Noir.
Les ruptures, comme cela, à
l’envolée, d’un claquement de mot. Dans une cabine téléphonique. Comme un
crachat sonore à la face du monde, dans la rue, avant que de pivoter, vers un
futur tout aussi incertain. Dans un lit, que l’on quitte défait, pour n’y plus
revenir, oubliant, alors qu’elle est imprégnée sur notre peau, l’Odeur
amoureuse - la décrépitude. Dans un escalier, que l’on dévale à toute vitesse,
la tête en avant, sans que la peur de tomber ne s’esquisse un instant, à la
façon d’une lettre folle, jeté avec envergure par une plume emportée, sur du
papier vélin.
Et ce ne sont plus des larmes qui coulent à présent,
mais des sourires, de grands sourires, qui élargissent le visage comme autant
de lifting la peau, à chacune des ruptures, parce qu’au fond c’est de moi que
je me moque, de mes sempiternels aller - retour dans un labyrinthe étriqué,
tel un pacman éventé, en quête de pastilles, poursuivi par ces propres
fantômes, qu’il pourchasse, quand le temps est venu, in extremis.
Les ruptures, donc, ne sont
plus noires, mais vertes, oranges et violettes, étranglent comme des boas le
cou sulfureux d’une gracile créature bardée de mascara. Ce ne sont que des
petites billes infectes que l’on gloutonne, pour inverser la destinée, écrire,
contre vent et marée, une histoire nouvelle, avec un candidat potentiel, exponentiel,
pour passer au niveau supérieur, par pure et simple hantise du GAME OVER.
03 décembre 2009
Albator
Je me
lève, et je n’attends pas.
Je dois me
créer un monde, à tout prix, puisqu’il le faut.
A défaut
d’écrire, il faut vivre.
Je me repasse sans cesse,
pourtant, à chaque jour qui s’ouvre et se referme, la chronique d’un décès et
mon monde, ébranlé, n’a changé en rien, et pourtant, tout est différent. Je
dois apprivoiser la mort, avant qu’elle ne m’apprivoise, cette salope gantée
aux promesses d’ailleurs, aux caresses si douces, si lestes, qui vous fouette
outre la chair, nous branle dans le noir de sa mécanique livide. Carnassière,
elle dresse son empire sur nous, comme un sexe béant auquel il est impossible
de résister puisque l’impuissance nous lie jusque dans les fers, à n'être que
des hommes. Et si tu danses avec elle, si jamais tu danses avec elle ?
J’ai 33 ans et je ne
suis pas capable de provoquer de résurrection.
Ni celle de ma mère, dont
je garde l’image sereine, paupières occluses, dans son cercueil, vaisseau
spatial de bois pour traverser des galaxies enflammées, ni même la mienne de
résurrection, à laquelle je travaille avec la férocité d’un sorcier rompu aux
mécanismes de l’alchimie, qui désire ardemment plier l’univers à sa propre loi,
en trouvant, dans des joies subreptices et désordonnées, sucrées plus que salées,
l’ombre éventuelle d’une vie possible, conquise, où pourtant rien n’a de sens
puisqu’il est désormais cette absence qui ronge, et provoque enfin l’idée de Solitude,
d’abandon.
Nous ne maîtrisons que
la fiction et l’univers nous broie.
Comme une main étouffe
un sexe par un matin de soie.
On me dit que j’ai changé,
que j’ai changé depuis, un peu, beaucoup, passionnément, que je suis différent,
du dedans au dehors ; je combattais avec frénésie ce qui molestait le cosmos,
traquait le moindre détail, la moindre parole qui me semblait injuste, allant
jusqu’à mordre, parfois, et me laissait glisser, fort souvent, dans les
gouffres éventés de la mélancolie, m’inventant martyr et bourreau, à loisir ;
je me surveille désormais avec l’insistance d’un vautour et laisse autour de
moi, avec placidité, le chaos œuvrer. Les vaisseaux spatiaux ne vont jamais que
dans la nuit profonde, se glissent dans des flammes ou des trous noirs, pour
disparaître tout à fait. Alors, la communication est rompue. Et il ne reste rien.
27 novembre 2009
Prologue
Vous vous levez
sans certitude, un lendemain d’hiver, et il ne fait pas froid. Il ne fera plus
froid. Ce pourrait, cela, être une publicité honteuse, pour un indispensable
duvet d’oie transgénique, une succulente boisson chaude, hydratante, point trop
laxative, un panégyrique éclatant, louant jusqu’à la déraison les mérites d’une
religion nouvelle, estampillée temple solaire, ou bien une réclame tapageuse et
cruelle, pour des caissons à UV, cercueil moire et bleuté où il fait bon
s’allonger nu, pour se transformer en créature de rêve provisoire.
Il n’en est
rien.
Point de
confort bleu ouaté, de rayon X.
- Ce n’est pas aujourd’hui que nous
monnayerons le styx.
Je voulais,
m’a-t-il dit, que tu saches que le beaujolais nouveau est arrivé. Je lui ai
répondu que le Querelle nouveau, lui aussi, bien qu’hors saison, est à la porte
qui attend, l’air absent, mû par des volontés de silence et de confession. Il
marche d’un pas moins décidé mais n’a plus la tête dans les étoiles. C’est
qu’il se repasse - sans cesse - la chronique d’un décès. Son monde, ébranlé,
n’a cependant changé en rien et pourtant tout, absolument tout, est différent.
Il se lève, et n’attend pas. Il se dit qu’il doit se créer un monde, à tout
prix, puisqu’il le faut, qu’à défaut d’écrire des histoires, il faut les vivre
: c’est ainsi qu’il s’efface de la nuit, battu par le vent, un tapis de
feuilles mortes, c’est ainsi qu’il s’évapore dans un long baiser chargé de
nicotine. Tout doux. Trop doux.
Fatigué, enfin,
à bout de souffle, il rayonne dans ce bal à n’en plus finir, ce bal de chacals,
hors le temps et hors la vie, qui le relie à son passé, déterré pour
l’occasion, au milieu d’hommes nouveaux, incliné sur la promesse d’un nouvel
amour qui sent la finitude, amour dont il ramasse les fruits, car tout verger
suppose cueillette : chaque fruit de chaque arbre est menacé par son corbeau,
la vie, ses infâmes coups de becs tranchants. Mais il s’en fiche : il cueille
les yeux fermés, peu importe les vanités qu’impose le monde, parce que son but
n’est pas de se nourrir, mais d’oublier. Chaque bouchée, comme chaque pas, est
une avancée vers quelque chose d’indéfini et de flou qui sent la liberté - et
le renoncement : une femme absente est là plus que jamais qui guette, se
manifeste dans le détail, jusqu’au plus insensé ; et quelque chose, j’ai bien
dit quelque chose, murmure qu’elle ne sera plus jamais là, et frappe au coeur.
C’est indicible.
- Cela
fait un mois, aujourd’hui, que maman est morte.
22 novembre 2009
En attendant Querelle
Réédition de Querelle(S) (2007/2008), version papier sur thebookedition en attendant Querelle(S) 2 (2008/2009) et la suite éventuelle du blog.
Un petit coucou, en passant, à mes lecteurs et mes "blogopotes" vu que je ne parviens toujours pas à écrire et que j'essaye au maximum de ne pas être chez moi, ce qui fait que je perds un peu de vue tout le monde. Je vais plutôt bien, malgré certains moments difficiles, quand je suis seul. J'espère revenir vite. Bises à tous.
Voici donc la réédition en question :
Détails de l'édition :
Toutes les rééditions de mes livres ici :
NICOLAS RAVIERE CHEZ THEBOOKEDITION
28 septembre 2009
Wpoint
… N’est point
le point de mire de l’un de ces satyres modernes, crucifié à la mode du
piercing ou celle, frontière à l’épiderme, du tatouage, ni de l’homme rassurant
qui m’embrasse sur les quais et dîne avec moi aux terreaux, une fois, deux
fois… et dont la vie se découvre peu à peu, comme un livre sans image, un récit
sonore qui n’est point image d’Épinal et dans lequel je découvre toutefois -
c’est une souche pénible - une
procession de clichés.
- Nous ne
sommes que clichés, clichés de l’air du temps ou cliché démodé.
Moi, tout ça,
ça ne m’impressionne pas.
Et puis quoi ?
Le parcours d’un homme pour se découvrir passe-t-il nécessairement par des
étapes essentielles, incontournables ? Faut-il être adoubé afin de devenir un
homme et aimer, sans honte, son prochain ? Avoir vécu jusqu’à la lie certaines
aventures communes, romantiques ou sauvages, pour s’exprimer sans fard ? Il
est, derrière chaque image, un négatif. Sommes-nous ce que nous prétendons
être, ou simplement ce que nous renvoyons aux autres de nous-mêmes, la copie
résumée, concise, d’une persona ?
- Je regrette
le temps du Carbone.
L’homme m’a dit
que j’étais prisonnier de mon propre corps. Mon corps n’est, je le répète,
qu’un véhicule mais, de ce véhicule, je perds peu à peu le contrôle, jour après
jour ; toute l’énergie que j’utilisais pour ce contrôle de moi est absorbée par
ce labeur quotidien pénible et prosaïque, pour justement nourrir ce corps avide
et lamentable, qui exprime des besoins de plus en plus nombreux, surnuméraires.
- C’est qu’il
faut, j’imagine, créer du fécès.
Parfois, je
regarde d’un air distrait, mais concentré, par la fenêtre exiguë de ma chambre
encombrée, l’appartement vide et blanc de ces petits pédés «
photogénétiques » à encadrer sur cheminée parmi des petits chats en cristal,
des otaries en porcelaine et des dauphins de faïence bleue, considère la
présence de leur absence et le jour et la nuit : s’enculent-ils dans une autre
pièce où il n’est pas possible de les voir, ou bien vivent-ils simplement
leurs vies, comme le font tous les êtres humains ?
J’imagine qu’il
est bon de clore cet orifice, pour chacun d’entre nous, plutôt que de disserter à tout
va, sans fil conducteur, pour ne rien dire, et de se noyer un peu dans un verre
de vin, retrouver la saveur exquise d’un Kir, madeleine qui réchauffe, et
penser, de retour dans ce lit froid et désert, au règne lancinant des prunes ?
Mon corps, de nuit, se lève pour se repaître et menace de quitter les frontières
de l’appartement pour une destination repoussante, qui cependant l’appelle avec la constante démoniaque d'une messe.
Est-il bon de céder aux sirènes lorsque personne n’attend en Itaque ?
27 septembre 2009
Q

22 septembre 2009
Formol
Les vêtements
sont carcans et sculptures ; la peau ne respire pas mais l’être se dessine. Tu
es mal dessiné, un brouillon, une caricature, un trait grossier dissimulant un
cœur d’or - et de pierre. Et tu t’avances vers moi, avec des idées de coït. Moi
qui suis mal dessiné, un autre modèle, plus fantaisiste, longiligne, légèrement
clouté. Je n’ai fait que sourire. Une femme, dont on a retiré de l’utérus une
masse informe d’un kilogramme avait dit, voici quelques années, à mon sujet que
Nicolas - ce cher Nicolas - était piquant comme une châtaigne mais
que son cœur, son cœur était moelleux et tendre. Moelleux, sans
doute, comme une paire de fesses.
Il faisait
froid et j’étais fatigué, j’étais avec cet autre qui, pour se vendre, ne parle
que de ses actions ; celui-ci me plaît, ce mélange passif aggressif, mais les
confessions, tête bêche sur un banc, sur les quais du Rhône, by night, ont eu
raison de mes envies, m’inculquant, par des voies mystérieuses, le goût d’en
savoir plus, de le connaître mieux, d’être, tout simplement, avec lui, sans
doute parce qu’il s’agit encore d’une possible impasse. Il me fallait
l’embrasser, lui caresser le cou, plonger mes yeux dans les siens. De jeunes
papillons de nuit, rutilant, crachotant du mollard nicotineux, nous ont demandé
si nous étions homosexuels ; j’ai répondu à cela : une fois par semaine. Mais
non pratiquant.
Le temps ne me
permet plus de me rendre dans ces lieux de cultes que j’ai fréquentés,
autrefois, avec l’assiduité implacable et dévote d’une grenouille de bénitier ;
de ces dionysies absurdes, je ne conserve que de vagues souvenirs, putrescences
érotiques, badineries sournoises, lutineries passionnantes, plié que je suis
aux labeurs absurdes d’une vie systématique et lancinante, où se dessinent, à
la craie, d’étranges amitiés, d’heureuses complicités. Le fantasme, plus que
jamais présent, me domine et, plaqué sur cette vie artificielle que je brode et
que je subis, je sens que je suis prêt à éclater, d’un moment à l’autre, de
même qu’une bombe ; il est toujours en moi, plus que jamais, cette pulsion de
mort, cette attirance pour le sordide qui macère et dont les voix, entrelacs
convulsif de métal et violons, se chevauchent, me rappellent au Drame. Combien
de temps resterais-je en apnée ?
17 septembre 2009
Oripeaux
Observer les
voisins, c’est un peu comme dessiner la vie des inconnus dans le train, d’un
coup de fusain brutal, éjaculé :
Ce soir
d’ennui, muni de mes jumelles, j’ai traversé du regard la rue, pour me pencher
sur cette vitre bariolée de deux canapés, deux canapés bariolés de quatre corps
d’hommes dont les faciès annonçaient - mort aux fabulations - l’incontournable
sexualité : en temps réel je devinais, avant qu’ils ne se touchent enfin -
stupide et ridicule attente - le couple homosexuel, un genre couple modèle, «
mignon mignon joli mimi », que l’on peut distiller dans une fiction, pour
ameuter les fidèles, l’un trop bonne pâte et l’autre suintant la salope
vaguement repentie. Un énigmatique, toujours
coupé, caché par l’armature de la fenêtre, ne se laissait point découvrir. Le
quatrième était un grand ordinaire un peu bonhomme et clairsemé, gentil et fade,
supposé bavard : pure supposition.
Je savais
qu’ils attendaient quelque chose, tant la soirée bandait mou, dans ce salon
épuré, sur des canapés en cuir noir, de ceux que l’on refuse de tacher, de ceux
dont les coussins ne prennent point la forme des culs qui s’y incurvent,
lesquels pourtant sont légion. Je savais que ce quatuor peu épicé se rendraient
à la White party mais le fait d’être découvert, à cause du vis-à-vis, malgré
l’immersion dans le noir, m’a écarté de mes observations et de cette curiosité
déjà coupable, presque nouvelle et assumée. J’essayais, quand je ne les
regardais pas, de comprendre pourquoi le couple alternait souvent leurs places,
toutes les dix minutes, à chaque fois que je jetais un œil sur leur espace
découvert, jusqu’à se qu’ils disparaissent enfin : je savais que certains
d’entre eux seraient vêtus de blanc, et qu’ils partiraient de chez eux bien
avant minuit, condition sine qua non pour pénétrer le sanctuaire du
chaos sans se trop délier sa bourse.
Je n’ai vu
qu’une chemise, avant que l’appartement ne soit désert et noir, sur le coup de
onze heures puis, oubliant déjà ces séquences, je me suis plongé avec un
appétit quelque peu tempéré dans un film tant jouissif qu’idiot, pensant à ma
propre permanence : depuis quelques années, les individus se succèdent dans le
quartier, avec, pour chacun, une histoire différente, dont ne sont parfois
dévoilées que des bribes, et moi, qui suis fidèle au poste, toujours présent,
maître de l’esquisse, je me suis dépourvu de tous les oripeaux.
14 septembre 2009
Les Corps Blancs
La white
party était grandiose : je n’y étais
pas. Je visionnais cette fiction douteuse, un peu du genre à émoustiller John
Waters, et rigolait, lové dans mon sofa, presque nu, presque indécent, presque
conscient de cette attente un peu sordide, maintenant que certains mécanismes
sociaux, mis en branle par des accointances fantomatiques, se sont enclenchés
et que l’écriture, cette salope amovible, m’est revenue, après m’avoir été
confisquée par mes propres démons ; c’est un second corps qui fond en moi, avec
toute la passion d’un premier amour.
Sous un soleil
déclinant, dardé au crépuscule sous l’œil d’hommes dénudés, papiers glacés, les
visages vieillissent, les corps ne sont plus si fermes mais les regards
pétillent ; les invitations se font et se défont avec un certain maniérisme ;
on sent là plus insidieusement le sexe, qui n’est point mentionné, caché, et
qui suscite plus encore d’envie, de même que Dieu n’est pas visible et cumule
les fidèles. Devrais-je te mettre en garde et te dire ce que tu sais déjà :
l’imagination est une lame cruelle, meurtrière, qui n’est bonne qu’à te
pénétrer, pour te laisser tel un cadavre, vide de toute substance ? Ta
gueule.
[ A
l’heure où les SMS deviennent des missives, les cœurs conquis déchantent déjà,
processus cruel ; tout ça, c’est comme les fleurs, nous sommes incapables de
fleurir une saison entière. ]
Je voulais, la
nuit dernière, m’endormir avec une peluche, étreindre cette boule de poil
synthétique, plaquer mon visage contre la surface de son corps, une coutume qui
m’est étrangère, mais le sommeil m’a saisi avant que je ne m’en empare, a fait
de moi son esclave, pour quelques rêves étranges, dérangeants, intermèdes
violents. A six heures du matin, diable cornu m’a envoyé par satellite un
message, m’appelant « joli lapin », mais je n’ai point trouvé chez
moi de carottes, seulement deux longs navets, longs comme des missiles. Malgré
mes efforts, je ne parviens pas à être ordinaire. C’est avec entrain que je cherche
l’antidote sous ces formes les plus pures - de la poudre à perlimpinpin ?
08 septembre 2009
Anti Gone
- La fête au
bord du lac était sublime : je n’y étais pas. Tu ne m’as pas attendu, je
le sais bien, portant ce tee-shirt d’esclave fondu sur la peau, un textile qui
n’est point millésime, et presque immortel. Je t’imagine fondu l’espace d’une
danse à quelques individus étranges, magnifiés par des substances hallucinantes
et pures, griffés pour la nuit, portant un toast avec les astres, sous ce vent
miracle qui annonce l’automne.
- Je t’ai
pourtant écrit pour que tu viennes, me rappeler à toi, avant que tu ne défasses
le nœud qui te retient à ta vie même, sous des étoiles usurpées. Où étais-tu
donc, toi qui refuse de me dire ton nom ?
- … (On ne
m’y prend pas : la magie n’est qu’un subterfuge, un déversoir à foi
pour qui se sent périssable)
- C’était… subliminal.
Seras-tu là ce soir ?
- Je ne serai
pas là ce soir, ni les autres soirs, j’ai, en quelque sorte, rempli ma part de
cet invisible contrat qui nous liait mais sache que j’aime discuter avec toi,
surtout depuis que tu n’es plus là. J’ai ce goût de menthe, dans la bouche,
parfois, ce goût de menthe qui me rappelle un nous qui n’a jamais existé.
- Serais-tu
triste, ou pessimiste ? Pourquoi ne viens-tu pas ?
- Parce que je
n’aime pas la menthe, les lacs, et ces bulles folles qui montent au ciel sans
jamais l’éteindre, s’éclatant à la lisière d’une bouche. Parce que les hommes
sont des animaux et que, malgré la science que je m’invente, je n’ai pas trouvé
lequel tu étais, d’animal, pour me commettre un peu plus : je devine
seulement les rites de ton espèce et ne souhaite l’adoubement.
- Il t’a brisé,
le dernier ?
- Il m’a plutôt
ramené à la vie, en quelque sorte, avec ses chantages honteux, ses raisons
pernicieuses, cette castration amoureuse écoeurante et aliénante ; quand
bien même il m’a donné cet instant romantique, ce baiser à la pointe de la
Presqu’île, où Rhône et se Saône se rencontrent, cela même, cette bribe de
roman de gare, s’est effacée tout d’un coup, le temps de jeter quelques mots,
comme on enterre un mort, un soir sans lune, à la lisière d’un bois.
- Aurais-tu
donc enterré beaucoup de corps ?
- Tu m’as
découvert : je suis le fossoyeur.
Tu me fais
bander.

















