03 novembre 2009
En attendant NiKo II
Suite - et presque fin - des Rééditions :
NUITS CLOSES (nouvelles)
Du conte de fée à la
backroom, de la forêt aux chambres d’hôtel, du Moyen Age à nos jours, autour
d’un piano ou d’une musique techno, de l’ouverture d’une boite de nuit à la
fermeture d’un squat, de l’histoire vraie à une curieuse mise en scène pour une télé réalité sordide, prétextant un curieux concours de danse, de la rencontre
furtive dans un tramway à l’amour Absolu, de la présence à l’absence, et,
forcément, du rire aux larmes, 21 histoires gays et plus encore de garçons à
enclore dans la nuit.
Résumés des 21 nouvelles qui composent le recueil Nuits Closes :
La nuit close : Ou la vision schématique d’une nuit de drague en boite.
*
La peau de Karim : Karim, un adolescent de la banlieue parisienne, se refuse de vivre son homosexualité.
Le fils du Boulanger : Michael, le fils du boulanger, habite dans un village de trois cents habitants, auquel il cache, comme à sa famille, son homosexualité, jusqu’au jour où sa sœur, trop curieuse, découvre son secret.
Transparence : Alexandre, un garçon que personne n’a jamais regardé, absolument transparent, tente sa chance dans un lieu de drague pour tester son potentiel de séduction.
6X7 : Yannick D. recherche comme beaucoup le mec idéal. Comme tous, sa quête de la perfection passe par des impératifs, des critères de sélection plutôt drastiques. Le sien est unique, et mathématique : il aimera le mec qui, sans réfléchir, saura répondre sans même réfléchir à cette simple question mathématique : 6X7.
Premier soir : Ludovic découvre pour la première fois le monde des boites de nuit, en compagnie de ses deux meilleurs amis, Kevin et Romuald, deux joyeux drilles que rien n’arrête.
Dédalus : Ou la soirée d’un homme lambda dans un sex club labyrinthique. Trouvera-t-il la sortie de ce labyrinthe de Chair ?
Au château de MorteFleur : Il s’agit ni plus ni moins d’un conte relatant, ma foi, le parcours et les épreuves d’un prince dont la quête est de retrouver l’antédiluvienne princesse d’un royaume voisin, pour la réveiller avec un baiser, dans le plus grand respect de la légende… sauf que comme c’est un conte gay, ce n’est donc pas tout à fait comme cela que cela doit se passer...
Le pianiste : Un jeune homme s’éprend de la musique d’un pianiste qui, dans l’appartement d’en face, le fait rêver avec les superbes mélodies qui, chaque soir, s’échappent de son piano. Aimera-t-il tout autant le pianiste ?
Le garçon parfumé à la menthe : Dans le tramway, chaque matin, le narrateur aperçoit le troublant garçon parfumé à la menthe, lequel a transformé sa vie par sa simple présence. Mais un jour, sans crier gare, celui-ci disparaît…
Pharien et Antorfas : Du destin tragique de deux chevaliers du Moyen Age, épris l’un pour l’autre et négligeant leur Dame.
*
Histoire d’un morpion : Tribulations et considérations d’un morpion.
*
Le sorcier et la vierge de Fer : Un homme solitaire, célibataire depuis bien trop longtemps, en rencontre un autre qu’il décide de séduire en utilisant la sorcellerie.
Une si séduisante réalité virtuelle… : Julio, un gay esseulé, découvre, en achetant un ordinateur et en se reliant à internet, un nouveau monde qui le captive puis le happe.
Jeunesse Eternelle : Une nouvelle crème révolutionnaire permet à quiconque de retrouver son aspect d’antan, la jeunesse absolue, et parfaite. La promesse en sera-t-elle tenue ?
La Fabrique de mecs : Mec maker est un site révolutionnaire qui permet de commander un mec créé sur mesure. Antoine, séduit par le concept, commande lui aussi son homme idéal, qu’il fabrique lui-même de toute pièce, étape par étape.
Arrêt sur image : Deux jeunes hommes se rencontrent dans un parc et tombent amoureux l’un de l’autre.
Dance or Die : Cette nouvelle nous plonge dans une étrange émission de télé réalité dont l’alternative est des plus simple… il s’agit de danser ou… de mourir.
Le Manège de Chair : Après avoir pensé faire le deuil de sa mère, morte il y a deux mois, un homme décide à nouveau de sortir et conjurer cet ennui, ce profond mal-être qu’il ressent. Rencontrant un homme dans une boite de nuit, il devient une sorte d’objet sexuel inactif, englué dans des faits qu’il ne maîtrise plus, alors que cinq hommes profitent de son corps.
Rupture : Xavier et Yanis se séparent, et cette séparation, qu’ils vivent d’une façon différente l’un et l’autre, n’est pas sans conséquences sur leurs modes de vie.
*
Notre Drame des Fleurs : Les derniers instants de Notre Drame des Fleurs, prostitué.
08 octobre 2009
Omega Centauri
On veut nous
mettre du garçon, va pour le garçon, une pluie de garçons, longs et bruns,
voilà : des garçons, comme s’il en pleuvait, avec des yeux clairs si possible
et pas trop sexy parce qu’on ne sait jamais : ne point pousser la clientèle au
crime ; déjà qu’elle bave copieusement sur de jolies poitrines, moulées dans
l’acrylique rose d’un granuleux costume de cirque. Le règne des femmes, c’est
fini, bel est bien fini.
Quel est ce
délire ? Et qu'est-ce que ça peut bien faire ? En vieillissant, en fermentant,
ces garçons se retrouveront tous avec une bedaine qui traîne à leurs pieds
cousus de cornes et de mycoses ; gavés de charcuterie, de saindoux et d’huiles
bon marché, enivrés d’alcool au rabais, cuvées délavées, certains d’entre eux,
aux bouches les plus pâteuses, glisseront leurs cravates nauséabondes dans
leurs caleçons vichy difformes et vaguement souillés. Celle-ci s’imprimera
comme une couche de gras scintillant sur l’implacable montagne de graisse
lourde - abjecte volupté que ce serpentin de satin, en direction d’un pénis mou
et fatigué.
J’ai couché
avec toi comme un homosexuel couche avec une femme : par dépit. Un soir d’été,
nappé de vodka, je t’avais vu pisser un maigre filet sur un réverbère, rue de
l’Université et je t’ai conduit, pour t’éconduire, dans l’appartement du Grand
Disparu, sans pour autant éprouver une once de désir à ton égard, peut-être par
lassitude, peut-être par pitié, peut-être pour satisfaire une pulsion glauque
dont j’ignorais alors les germes, la possibilité d’existence : j’étais, quoi
qu'il en soit, terriblement jeune. Or, malgré tout, je t’ai caressé, et chacune de mes caresses
raclait ta peau fragile, qui pelait encore et encore, déposant sur nos corps en
sueur toute cette neige effarante et dégoûtante qui, bien qu’elle évoquait à
n’en pas douter la mue des insectes, ne m’effrayait pas. Je me disais, tout
simplement, avec une lucidité que je n’ai jamais perdue : on a les étoiles
qu’on mérite.
Collection de
garçons, étendards de prototypes, boutique lumineuse, ceinte de majestés, et
plus bas : son enfer incontesté, où les étoiles ne sont que gouttes de lait,
infâmes lactations, je feuillette dans un album fantôme chacun de mes amants,
chacun de mes amours, retissant le canevas d’histoires toujours uniques, aux
dénouements iniques, ne tirant saveur que des inachevés, des expériences
étranges et, d’avoir quitté pour les Lumières cet homme que j’ai toujours aimé,
je conçois des regrets de plus en plus amers - et une satisfaction martyre à
l’avoir ainsi abandonné : celle qu’il puisse avoir la vie que moi, du haut de
mes 29 ans, je ne pouvais lui offrir.
Alors oui, bien des années plus tard, soir de solitude, sous le poids capiteux des souvenirs et cette
lucidité désarmante qui me mène à la conclusion que je finirais seul, je
renoue, tendre félicité, avec cette réflexion suggérée par ces trois rapports
sexuels successifs, nés d’une miction : je mérite chacune des étoiles qui me
sont discernées et c’est avec plaisir que je les décroche de mon firmament : je
veux un cosmos nu, dénaturé, je veux tout mais n’ai de désir pour rien. Ou,
tout simplement : je veux disparaître.
07 octobre 2009
Signs
14 septembre 2009
Les Corps Blancs
La white
party était grandiose : je n’y étais
pas. Je visionnais cette fiction douteuse, un peu du genre à émoustiller John
Waters, et rigolait, lové dans mon sofa, presque nu, presque indécent, presque
conscient de cette attente un peu sordide, maintenant que certains mécanismes
sociaux, mis en branle par des accointances fantomatiques, se sont enclenchés
et que l’écriture, cette salope amovible, m’est revenue, après m’avoir été
confisquée par mes propres démons ; c’est un second corps qui fond en moi, avec
toute la passion d’un premier amour.
Sous un soleil
déclinant, dardé au crépuscule sous l’œil d’hommes dénudés, papiers glacés, les
visages vieillissent, les corps ne sont plus si fermes mais les regards
pétillent ; les invitations se font et se défont avec un certain maniérisme ;
on sent là plus insidieusement le sexe, qui n’est point mentionné, caché, et
qui suscite plus encore d’envie, de même que Dieu n’est pas visible et cumule
les fidèles. Devrais-je te mettre en garde et te dire ce que tu sais déjà :
l’imagination est une lame cruelle, meurtrière, qui n’est bonne qu’à te
pénétrer, pour te laisser tel un cadavre, vide de toute substance ? Ta
gueule.
[ A
l’heure où les SMS deviennent des missives, les cœurs conquis déchantent déjà,
processus cruel ; tout ça, c’est comme les fleurs, nous sommes incapables de
fleurir une saison entière. ]
Je voulais, la
nuit dernière, m’endormir avec une peluche, étreindre cette boule de poil
synthétique, plaquer mon visage contre la surface de son corps, une coutume qui
m’est étrangère, mais le sommeil m’a saisi avant que je ne m’en empare, a fait
de moi son esclave, pour quelques rêves étranges, dérangeants, intermèdes
violents. A six heures du matin, diable cornu m’a envoyé par satellite un
message, m’appelant « joli lapin », mais je n’ai point trouvé chez
moi de carottes, seulement deux longs navets, longs comme des missiles. Malgré
mes efforts, je ne parviens pas à être ordinaire. C’est avec entrain que je cherche
l’antidote sous ces formes les plus pures - de la poudre à perlimpinpin ?
08 septembre 2009
Anti Gone
- La fête au
bord du lac était sublime : je n’y étais pas. Tu ne m’as pas attendu, je
le sais bien, portant ce tee-shirt d’esclave fondu sur la peau, un textile qui
n’est point millésime, et presque immortel. Je t’imagine fondu l’espace d’une
danse à quelques individus étranges, magnifiés par des substances hallucinantes
et pures, griffés pour la nuit, portant un toast avec les astres, sous ce vent
miracle qui annonce l’automne.
- Je t’ai
pourtant écrit pour que tu viennes, me rappeler à toi, avant que tu ne défasses
le nœud qui te retient à ta vie même, sous des étoiles usurpées. Où étais-tu
donc, toi qui refuse de me dire ton nom ?
- … (On ne
m’y prend pas : la magie n’est qu’un subterfuge, un déversoir à foi
pour qui se sent périssable)
- C’était… subliminal.
Seras-tu là ce soir ?
- Je ne serai
pas là ce soir, ni les autres soirs, j’ai, en quelque sorte, rempli ma part de
cet invisible contrat qui nous liait mais sache que j’aime discuter avec toi,
surtout depuis que tu n’es plus là. J’ai ce goût de menthe, dans la bouche,
parfois, ce goût de menthe qui me rappelle un nous qui n’a jamais existé.
- Serais-tu
triste, ou pessimiste ? Pourquoi ne viens-tu pas ?
- Parce que je
n’aime pas la menthe, les lacs, et ces bulles folles qui montent au ciel sans
jamais l’éteindre, s’éclatant à la lisière d’une bouche. Parce que les hommes
sont des animaux et que, malgré la science que je m’invente, je n’ai pas trouvé
lequel tu étais, d’animal, pour me commettre un peu plus : je devine
seulement les rites de ton espèce et ne souhaite l’adoubement.
- Il t’a brisé,
le dernier ?
- Il m’a plutôt
ramené à la vie, en quelque sorte, avec ses chantages honteux, ses raisons
pernicieuses, cette castration amoureuse écoeurante et aliénante ; quand
bien même il m’a donné cet instant romantique, ce baiser à la pointe de la
Presqu’île, où Rhône et se Saône se rencontrent, cela même, cette bribe de
roman de gare, s’est effacée tout d’un coup, le temps de jeter quelques mots,
comme on enterre un mort, un soir sans lune, à la lisière d’un bois.
- Aurais-tu
donc enterré beaucoup de corps ?
- Tu m’as
découvert : je suis le fossoyeur.
Tu me fais
bander.
04 septembre 2009
Animal Junkie
- Quel est déjà
ton prénom, ton prénom, mon beau, aux yeux effarants ? Moi je suis animal
Junkie et je t’invite à cette fête sans queue ni tête, un soir au bord du lac. Tu
viendras, dis, tu viendras ?
- J’ai de l’aube
en tête, et des idées de poésie. Ma mère est de nouveau au pays des prunes,
avec une voix de fillette. J’ai lancé des bonbons sur ma nouvelle stagiaire,
une jeune fille trop déterminée et jolie, qui pose pour de la lingerie, avec
aplomb, devant des cheminées, sur des peaux de bêtes, la peau nacrée, bardée de
filaments de dentelles noires.
- Mais ton
prénom, dis-moi ton prénom, je l’ai oublié.
- Je me
souviens de ton haleine mentholée et déjà j’ai envie d’oublier cet instant où
tu posais tes mains sur mes cuisses, d’un frôlement maintenu, terriblement
féminin. J’en aime un autre, et cet autre : c’est moi.
- C’est sans
doute le propre de l’homosexuel, de s’aimer, ou de se bannir.
- Ou les deux à
la fois, c’est sans doute la même chose, probablement, mais, ce n’est pas du
tout ça. Ce n’est jamais vraiment ça. Tu sais, animal junkie, il y a cet homme sauvage
avec qui j’imagine des coïts sur ma table basse, qui te ressemble un peu, et ce
garçon délavé, un jeune poussin que j’aimerais briser à loisir, et dont la
chair semble si tendre qu’elle est un crime - pour un végétarien. Il m’a donné
comme un joyau un clin d’œil malicieux, et il est à portée.
- Cela ne me
dit pas ton prénom.
- Il est comme
l’amour, mon cher animal Junkie : à réinventer.
31 août 2009
Teufel
Les démons
évitent de lorgner sur l’écran délétère, aux ondes point mystiques, d’idiotes
fictions sirupeuses qui pourtant les concernent : un renard tout gonflé
d’ego et terriblement maladroit s’en prend à une garce vêtue de noir pour
appartenir au pays des prunes et dédaigner son pelage plus crépu que soyeux. Il
lui lance cet ultimatum : on se voit pour parler de nous samedi ou dimanche,
lundi, ce sera trop tard. Certains trentenaires déguisent sur leur carte
d’identité une immaturité féroce qui les condamne face à la vie. C’est
pathétique - et délicieux.
La garce, quant
à elle, n’est point ébranlée par ces circonstances qui feraient pâlir toute la
Côte Ouest, vous imaginez bien : elle a trouvé, sans même s’en rendre
compte, la fameuse télécommande, seule capable de suspendre ce film ridicule qu’elle
regardait et dont elle était à la fois l’actrice principale, et la désolante
figurante, tout comme Marie et son célèbre poupon manufacturé par les hommes.
Synesthésie,
levée de rideau et apparence d’un garçon qui boit des jus de pissenlit, qu’on
appose à ce labyrinthe de chair par trop connu ; point de prière,
d’invocation, c’est un bus de métal qui le transporte, par l’immense avenue
dessinée d’un vent frais. La ville des lumières, ouverte, expose son obscurité,
cette architecture parallèle qui ouvre une nouvelle vie, de nouvelles
perceptions, et, dans ce décorum oublié, la résurrection d’une appartenance
certaine : liberté et rémission, dans un même mouvement.
Un ange levé
vers le ciel, ailes écartelées ; une descente au caveau se prépare, comme
un complot ourdi par d’étranges boissons vertes, ne distillant plus leurs
poisons ; tu es nouveau ici, je ne t’ai jamais vu, tu as des yeux
superbes. Ce sont les paroles prononcées par un diable cornu aux rides
altières, mâchoire carrée, qui mène l'ange courbé sous la voûte de pierre, dans une forêt
de néons violets qu'il ne voit même plus.
28 août 2009
Absurd
Certains
préfèrent suicider leurs facultés devant un écran un télévision. Sélectionner sur
un programme l’arme de sa mort cérébrale n’est désormais plus un luxe : on abat
des arbres pour cela. Et les ondes nous assaillent, qu’on le veuille ou non.
Pour qui ne regarde pas la télévision, ou du moins n’en est point captif,
l’absence de fiction laisse place à la vie, dans ce qu’elle a de plus laid :
point de maquillage, ni d’effets spéciaux, juste une vague lenteur, un dégoût
profond qui s’insinue dans chaque chose, une fatigue intense qui distille peu à
peu ses poisons ; l’attente d’un dénouement n’est pas prévue au programme.
Voilà une approche égocentrique : n’est-ce point là mon journal, après tout ?
Passons ! Je
m’allonge, nonchalant, sur mon canapé, abîmé par quelques coïts douteux, dans
le noir s'il vous plaît, me munissant de l’épaisse télécommande, pour choisir
ma station, dans l’ombre du bâtard, sinistrement abandonné, qui ne mérite plus
d’être mastiqué et qu’une certaine gêne, vis-à-vis du gâchis, m’empêche de jeter. Je m’arrête sur ce film, Absurd,
qui m’évoque vaguement quelque chose : serait-ce son titre universel, ou bien
son synopsis, qui éveille en moi l’idée que ce film-là pourrait m’apporter
quelque chose, qu’il me faut absolument le visionner. Au pire, j’aurais passé
une heure quarante-sept en compagnie de quelque chose de vaguement familier, nonobstant
les décors.
Absurde, donc.
Un film avec
Nicolaï, produit par 2 de tension production.
Synopsis :
Des horaires
tournants et l’absence de jours de congé consécutifs pendant des semaines ont
conduit Nicolaï à accepter de travailler 8 jours de suite, pour un total de 67
heures 30, gagnant ainsi trois jours de repos consécutifs : de quoi monter voir
sa mère, cancéreuse récidiviste victime, récemment, de quelques complications :
égarée pendant 24 heures alors qu’elle devait passer son IRM, elle a été
transfusée de toute urgence, quant à son programme d’irradiation, il est
reconduit par sessions, plus courtes, d’une ou deux séances : les prunes sont
devenues myrtilles, à défaut de disparaître. Désormais elle va mieux bien
qu’affaiblie, dans son appartement aux odeurs âcres et violentes, sur lequel
les fées du ménage ne se penchent plus. Elle porte désormais ce collier que son
fils dévoré par la fatigue - et la culpabilité - lui a offert, un collier avec
« ses » couleurs. Ce fils indigne est tellement fatigué qu’il a peine à aligner
trois mots et somnole à ses côtés. Le soir venu, il reçoit sur son portable un
texto de son petit ami qui, tragédien de basse extraction, le gavant de « je
t’aime » qu’il ne pense sans doute pas, lui apprend ceci, abstraction faite des
fautes d’orthographe qui jalonnent sa prosaïque prose : « n'ayant pas de copain
je suis triste je pleure tous les soirs dans mon lit. Je pense bientôt en
chercher un... ». Un parfum d’absurdité
et de dégoût entoure Nicolaï qui, finalement, ne tardera pas à s’éveiller de
cette torpeur atavique dans laquelle il s’était plongé des mois durant :
retrouvant enfouis en lui des pouvoirs qu’il le soupçonnait plus, il invoquera,
muni d’une kyrielle de bougies phalliques, Querelle, un démon sournois quelque peu humain, et gentiment malsain.
19 août 2009
Stay Longer
Avec lui, le
renard, je ne pense rien, allongé dans la sueur lacrymale de l’amour, et
pendant l’acte, je ne pense à rien, à rien d’autre que ce vide que nous
dessinons par delà nos corps, point aux morsures que nous commettons : cette
morsure à l’oreille, devenue usuelle, à présent m’irrite, elle qui
m’enchantait, masturbait mes sens, aiguisait ma soif ; nous avons tout, et nous
n’avons rien : cet état de vide me comble, lors même qu’il m’aurait effrayé, jadis.
J’envisage un peu, parfois, que s’émiette ma mémoire, comme le sperme sous
l’eau chaude forme de minuscules boules, des petites billes de tofu.
Tous les
animaux de la forêt subissent le joug de rites, dont certains ressemblent à des
danses et certains, ataviques et cruels, ordonnent des sacrifices : ce sont
parfois des pans entiers de personnalité qui se désagrègent, des châteaux de lumière
qui tombent en poussière. Lui m’a donné une glace italienne : elle a coulé sur
ma langue et mes doigts. Puis m’a liquéfié. Chacun des rites imposés à la
logique comme unité de sens à deux ne me convient pas, si ce n’est ceux que
j’impose, en fonction de mes fantaisies, or, dans l’œil du cyclone, je n’ai
plus de fantaisie : je suis résigné et terriblement loin de mon corps, de ce
qui l’anime. Pure vérité que celle-ci. C’est ainsi seulement que je peux aimer.
De la broderie,
autrefois, j’exécutais l’ouvrage, d’une aiguille légère, parfois un peu lourde,
toujours cruelle, tissant malgré tout les figures que je m’imposais, des
géométries qui me semblaient évidentes. Mon corps, en pièce d’artillerie, ou
vaste pion de jeu d’échec, s’articulait autour de cet ouvrage auquel je donnais
tous les noms, lequel est devenu cette toile d’araignée de laquelle je suis
tenu captif, inexorablement, par chacun des pores de ma peau, victime et
araignée, bourreau émasculé par sa saignée : les tisserands ne sont finalement
pas tant des Dieux. Je repose désormais dans un cocon, un bien doux cercueil,
au côté d’une chair propice à l’éclatement, attendant des réponses à des
télégrammes que je n’ai pas envoyés ; et cependant, ne m’appelle pas
Gaston !
25 juillet 2009
L'Ombre du Citronnier
Mon cher
journal, encore je t’abandonne à cette page blanche que je ne vois pas, ou si
peu, c’est à peine si je l’envisage ; je pourrais t’envoyer un télégramme, pour
te dire comment je vais, mais chaque unité du télégramme est martelée d’un
STOP, et je ne souhaite pas que les choses s’arrêtent ; hélas, on ne brave pas
la mort, dont le concept est maître de tout et donne du sens à chacune des
choses qui nous entoure et plus encore aux êtres vivants. Je passe donc mes
journées à travailler, et faire le pitre, troquer mon costume cravate contre un
bleu de travail aux odeurs d’ouvriers, et rire à m’en décrocher la mâchoire de
tout et de rien, et puis, une fois cela fait, un travail sérieux martelé d’une
franche rigolade avec mes collègues et stagiaires, je rentre chez moi, et là,
enfin seul, chaque soir, chaque nuit, s’invite à mon chevet cette tristesse que
je porte comme un second vêtement, imprimé sur le grain de la peau, un écrou,
au fin fond de mon cerveau, qui menace d’éclater.
Cette finitude
intense grandit en moi, me dévore chaque centimètre de peau. Jour après jour,
elle me fait frissonner, s’empare de moi. Chaque nuit dessine au sein de mes
rêves ribambelles de danses macabres, où figurent des visages familiers, ô
combien décharnés. Chaque nuit c’est ma mère que j’enterre, lors même qu’elle
souhaite être incinérée. Mon cher journal, quand je suis seul, je ne pense plus
qu’à elle, aux irrésolus, aux paroles que je n’ai jamais pu prononcées, qui pourtant
se faufilaient dans mon discours, dans cette étreinte de main, que j’aurais
voulu éternelle, malgré le fleuve.
D’autres
étreintes sont moins profondes qu’elles se brisent peu à peu : mon petit ami,
quand je le vois, il me taraude, affiche sans cesse le désir je lui dise mon
amour, car je ne lui dis pas aussi souvent qu’il aimerait l’entendre, son « je
t’aime », et bien moins que lui, parfois, puisque je réponds guère à ses
déclarations, si ce n’est par une caresse, une étreinte, un baiser, mais cela
n’est jamais suffisant. Je veux que tu le dises, m’a-t-il dit hier. Pour moi -
l’impérieux - seules les paroles comptent. Je t’aime de plus en plus, m’a-t-il
avoué. Chaque jour un peu plus. Plus et encore plus et de même, continua-t-il,
j’aimerais de voir plus, beaucoup plus, partager plus avec toi. Lui ne tient
pas compte de ce que je traverse : c’est tout juste s’il m’a pris dans ses
bras, quand je suis revenu sur Lyon voici deux semaines, vidé du premier baiser
que la mort m’a donné, bredouillant timidement un « c’est dur pour toi, pauvre
chaton », avant que de classer ce dossier épineux, gênant, pour ne plus parler
que de sa télévision, son saint graal, fond visuel et sonore sur lequel il vit,
auquel, passionné, il veut me convertir, tandis que le silence fait siège en ma
demeure - place à l’obscurité ! Sans
doute m’aime-t-il pour lui plutôt que pour moi-même ? Ce n’est point un hasard
si je suis un chaton ; non point homme mais animal domestique.
Alors, au
travail, quand les clients s’évaporent, je ris, je vis une seconde vie, en
pleine lumière artificielle, valse dynamique avec mes collègues, seconde vie
dans laquelle ma mère n’est plus qu’un fantôme, et, curieusement, aujourd’hui,
cette nouvelle stagiaire que nous avons accueillie lundi, est venue à moi, cet
après-midi, pétrie de bonnes intentions,
et elle m’a dit que, si je voulais parler, lui parler, à elle, je le pouvais,
parce qu’elle comprenait ce que je traverse : elle a perdu son père d’un
cancer, voici quelques mois. Tu vois mon cher journal, la mort s’est invitée
partout, partout, et le gâteau au citron, dont mon palais se délectait, n’avait
plus le même goût. Tout comme toi, et comme moi, qui disparais un peu plus
chaque jour, à devenir mon propre fantôme, une caricature. Je n’ai plus besoin
de porter du noir pour devenir une ombre.










