QUERELLE

Journal intime, mais non confidentiel, de Nicolas Raviere, où il est question de toute autre chose, parfois, que de simples querelles.

23 décembre 2009

Pacman

C’était il y a longtemps, des années à vrai dire, c’était dans une autre vie, dans une autre ville, à une époque défunte qu’il est impossible de ressusciter : des cheveux sont tombés, des rides se sont creusées, des poils ont poussé et le corps épaissi, le cœur muselé, ceint de forteresses absconses, s’est détaché des vaines promesses qu’un sentiment pouvait apporter à un tout jeune homme tout pétri d’espoir, lequel dessinait des utérus et des tombes sur ces cours.

Ce jeune homme, qui travaillait l’été dans un musée, rencontra un blondinet grassouillet en t-shirt orange, juché sur un banc vert, à côté d’un vélo insignifiant et il n’a pas fallu longtemps pour que ce pacman suive le petit fantôme d’écolier, pour l’absorber tout entier, afin de voler en lui tout ce qu’il avait de bon, en s’adonnant, en sa curieuse compagnie, à de multiples jeux de rôles parfois psychotiques, parfois saugrenus, que ne justifiaient point la présence de tenues féminines violacées, planquées au milieu de ces serviettes de bain. Blanches.

Les ruptures ont lieu le soir, quand vient la nuit, quand elle s’est implantée, despote langoureux, dans un décor de ville morte, aux milles lueurs poinçonnait l’azur. Noir.

Les ruptures, comme cela, à l’envolée, d’un claquement de mot. Dans une cabine téléphonique. Comme un crachat sonore à la face du monde, dans la rue, avant que de pivoter, vers un futur tout aussi incertain. Dans un lit, que l’on quitte défait, pour n’y plus revenir, oubliant, alors qu’elle est imprégnée sur notre peau, l’Odeur amoureuse - la décrépitude. Dans un escalier, que l’on dévale à toute vitesse, la tête en avant, sans que la peur de tomber ne s’esquisse un instant, à la façon d’une lettre folle, jeté avec envergure par une plume emportée, sur du papier vélin.

Et ce ne sont plus des larmes qui coulent à présent, mais des sourires, de grands sourires, qui élargissent le visage comme autant de lifting la peau, à chacune des ruptures, parce qu’au fond c’est de moi que je me moque, de mes sempiternels aller - retour dans un labyrinthe étriqué, tel un pacman éventé, en quête de pastilles, poursuivi par ces propres fantômes, qu’il pourchasse, quand le temps est venu, in extremis.

Les ruptures, donc, ne sont plus noires, mais vertes, oranges et violettes, étranglent comme des boas le cou sulfureux d’une gracile créature bardée de mascara. Ce ne sont que des petites billes infectes que l’on gloutonne, pour inverser la destinée, écrire, contre vent et marée, une histoire nouvelle, avec un candidat potentiel, exponentiel, pour passer au niveau supérieur, par pure et simple hantise du GAME OVER.

 

08 décembre 2009

Commutateur

Tu appelles le vide et le vide m’appelle, en moi, qui m’étiole et me répand, en poussière joyeuse, égrène des rires sonores, des mythes nouveaux, et parfois des larmes, comme un lait amer, qui remonte soudain, une lente dépression, comme une agonie silencieuse, qui fuse enfin comme un rayon de soleil trop franc, trop lumineux à travers l’épaisseur laiteuse des ténèbres ET PUIS RIEN et puis rien, rien d’autre que le silence, et puis rien, rien de plus, que ce silence maudit, à l’heure où le corps se couche, pour des nuits sans rêve, qui se suivent et se ressemblent toutes désormais. Je gis dans le désordre de mon sommeil, ne tremble point sous cette pyramide de linceul, abri de couvertures improvisé aux allures d’enfance, au cœur de mon hiver où j’invente, cerné par des étoiles de plomb, l’ébauche d’un printemps aux fleurs délicates et pétales sanglants : ce ne sont point des cendres, mais des étamines, quand l’amour valse avec la mort et qu’aveugle, flanqué à la confluence du chaos, il n’est plus possible, à tâtons, de trouver le commutateur.

03 décembre 2009

Albator

Je me lève, et je n’attends pas.
Je dois me créer un monde, à tout prix, puisqu’il le faut.
A défaut d’écrire, il faut vivre.

Je me repasse sans cesse, pourtant, à chaque jour qui s’ouvre et se referme, la chronique d’un décès et mon monde, ébranlé, n’a changé en rien, et pourtant, tout est différent. Je dois apprivoiser la mort, avant qu’elle ne m’apprivoise, cette salope gantée aux promesses d’ailleurs, aux caresses si douces, si lestes, qui vous fouette outre la chair, nous branle dans le noir de sa mécanique livide. Carnassière, elle dresse son empire sur nous, comme un sexe béant auquel il est impossible de résister puisque l’impuissance nous lie jusque dans les fers, à n'être que des hommes. Et si tu danses avec elle, si jamais tu danses avec elle ?

J’ai 33 ans et je ne suis pas capable de provoquer de résurrection. 

Ni celle de ma mère, dont je garde l’image sereine, paupières occluses, dans son cercueil, vaisseau spatial de bois pour traverser des galaxies enflammées, ni même la mienne de résurrection, à laquelle je travaille avec la férocité d’un sorcier rompu aux mécanismes de l’alchimie, qui désire ardemment plier l’univers à sa propre loi, en trouvant, dans des joies subreptices et désordonnées, sucrées plus que salées, l’ombre éventuelle d’une vie possible, conquise, où pourtant rien n’a de sens puisqu’il est désormais cette absence qui ronge, et provoque enfin l’idée de Solitude, d’abandon.

Nous ne maîtrisons que la fiction et l’univers nous broie.
Comme une main étouffe un sexe par un matin de soie.
 

On me dit que j’ai changé, que j’ai changé depuis, un peu, beaucoup, passionnément, que je suis différent, du dedans au dehors ; je combattais avec frénésie ce qui molestait le cosmos, traquait le moindre détail, la moindre parole qui me semblait injuste, allant jusqu’à mordre, parfois, et me laissait glisser, fort souvent, dans les gouffres éventés de la mélancolie, m’inventant martyr et bourreau, à loisir ; je me surveille désormais avec l’insistance d’un vautour et laisse autour de moi, avec placidité, le chaos œuvrer. Les vaisseaux spatiaux ne vont jamais que dans la nuit profonde, se glissent dans des flammes ou des trous noirs, pour disparaître tout à fait. Alors, la communication est rompue. Et il ne reste rien.

27 novembre 2009

Prologue

Vous vous levez sans certitude, un lendemain d’hiver, et il ne fait pas froid. Il ne fera plus froid. Ce pourrait, cela, être une publicité honteuse, pour un indispensable duvet d’oie transgénique, une succulente boisson chaude, hydratante, point trop laxative, un panégyrique éclatant, louant jusqu’à la déraison les mérites d’une religion nouvelle, estampillée temple solaire, ou bien une réclame tapageuse et cruelle, pour des caissons à UV, cercueil moire et bleuté où il fait bon s’allonger nu, pour se transformer en créature de rêve provisoire.

Il n’en est rien.
Point de confort bleu ouaté, de rayon X.

- Ce n’est pas aujourd’hui que nous monnayerons le styx.

Je voulais, m’a-t-il dit, que tu saches que le beaujolais nouveau est arrivé. Je lui ai répondu que le Querelle nouveau, lui aussi, bien qu’hors saison, est à la porte qui attend, l’air absent, mû par des volontés de silence et de confession. Il marche d’un pas moins décidé mais n’a plus la tête dans les étoiles. C’est qu’il se repasse - sans cesse - la chronique d’un décès. Son monde, ébranlé, n’a cependant changé en rien et pourtant tout, absolument tout, est différent. Il se lève, et n’attend pas. Il se dit qu’il doit se créer un monde, à tout prix, puisqu’il le faut, qu’à défaut d’écrire des histoires, il faut les vivre : c’est ainsi qu’il s’efface de la nuit, battu par le vent, un tapis de feuilles mortes, c’est ainsi qu’il s’évapore dans un long baiser chargé de nicotine. Tout doux. Trop doux.

Fatigué, enfin, à bout de souffle, il rayonne dans ce bal à n’en plus finir, ce bal de chacals, hors le temps et hors la vie, qui le relie à son passé, déterré pour l’occasion, au milieu d’hommes nouveaux, incliné sur la promesse d’un nouvel amour qui sent la finitude, amour dont il ramasse les fruits, car tout verger suppose cueillette : chaque fruit de chaque arbre est menacé par son corbeau, la vie, ses infâmes coups de becs tranchants. Mais il s’en fiche : il cueille les yeux fermés, peu importe les vanités qu’impose le monde, parce que son but n’est pas de se nourrir, mais d’oublier. Chaque bouchée, comme chaque pas, est une avancée vers quelque chose d’indéfini et de flou qui sent la liberté - et le renoncement : une femme absente est là plus que jamais qui guette, se manifeste dans le détail, jusqu’au plus insensé ; et quelque chose, j’ai bien dit quelque chose, murmure qu’elle ne sera plus jamais là, et frappe au coeur. C’est indicible.

- Cela fait un mois, aujourd’hui, que maman est morte.

07 novembre 2009

Full Contact # 3 (Fin)

Aujourd’hui je réalise que je ne peux pas souffrir plus, parce qu’en perdant ma mère, au-delà du fait que je sois orphelin, j’ai perdu tout ce que j’avais, si ce n’est moi, alors, étrangement, je me sens rassuré : je suis certain que le meilleur m’attend et, malgré la douleur, l’absence et les remords qui me déchirent, j’ai le sourire, je me sens plus humain, comme si j’avais grandi d’un seul coup. Je serai plus fort et ferai tout pour que ma petite maman soit fière de moi, pour devenir une meilleure personne.

[Troisième partie de Querelle, prochainement, quand la plume me reviendra.]

27 octobre 2009

Full Contact # 2

Aujourd'hui Maman est morte. Et ce n'est pas une fiction.

Querelle confesse à 09:24 - I. Tisseur de Saison / Perséphone - Confessionnal [14]
Autopsie : ,

26 octobre 2009

L’Expérience du Vol (Spécial Biennale d'Art Contemporain)

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(Ou l’on apprend que Querelle vole un livre, pour amour de l’art.)

A la lecture de ce nouveau titre, de ce billet qui d’ores et déjà s’étale, tu peux te demander, lecteur, si j’ai terminé ce roman ou plutôt devrais-je dire, cette autofiction, qui m’a fait clore un peu précipitamment, il est vrai, la seconde partie de Querelle, me permettant enfin de renouer, pour un troisième round approximatif, avec mes confessions éloquentes et stériles. Et bien, tu te trompes, tu te mets le doigt dans l’œil, et bien profond ! Une expression des plus stupides puisque cet ove n’est point orifice.

Je souhaitais simplement partager une expérience, une somme d’anecdotes, nées de ma rencontre avec cette dixième biennale d’art contemporain, laquelle m’a quelque peu déçu : quand bien même cette manifestation propose une réflexion intéressante sur les spectacles du quotidien, notre place par rapport au monde qui nous entoure et qui se joue avec nous, et malgré nous, quand bien même notre guide dévouée (puisque de par mon métier, j’ai été malgré moi partenaire de la biennale et j’ai dû subir quelques caprices d’artistes plutôt mal venus ; ce qu’on dit sur les artistes et leur ego n’est jamais totalement faux, mais halte aux digressions (…)), a su captiver mon attention, me faire réfléchir à une somme de choses qui ne sont point étrangères à ma condition, à mon passé, à ce que je rejette, dans cette société, cette biennale, malgré tout, n’a pas captivé ma curiosité dans le sens où ce que j’attends de l’art n’est pas un constat, mais une vision, une esthétique, et, puisque je suis un peu cérébral à mes heures perdues, des concepts.

L’art doit m’émouvoir ou me questionner, pour me séduire.

Une seule œuvre, dans ce capharnaüm cafardeux, m’a séduit, laquelle repose évidemment sur un concept, laquelle est ludique, à l’image de la huitième biennale (ayant pour thème l'expérience de la durée), qui, elle, m’avait pas manqué de m’enchanter : l’œuvre de Dora Garcia, une simple table basse blanche d’un genre commun, que l’on trouve à loisir dans les grands magasins suédois, une table sur laquelle trônent, alignés, de petits livres noirs, bardés d’une grande inscription blanche qui lance une invitation des plus curieuses, aux parfums acidulés de violence :

Steal this book (Vole ce livre.)

Voici qui attise, donc, la curiosité ; j’hésite donc à m’emparer d’un de ces livres : cela pourrait éveiller la curiosité de l’étudiante juchée comme une perruche sur son présentoir, laquelle pourrait me confondre, par cette invitation, avec un voleur : elle ne peut point deviner, par ma simple mise, que le livre est pour moi l’objet le plus sacré qui soit, le compagnon idéal qui, s’il n’a point les attraits de la chair, devance, par ce qu’il est nourriture, bien des décérébrés. Néanmoins, malgré cette appréhension, je commence à lire cet insolite objet et son invention m’enchante : dès les premières lignes, on nous suggère de le dérober, de devenir malhonnête, ce à quoi je ne puis me résoudre ; aussi demandai-je à la jeune fille haut perchée si je pouvais prendre ce livre.

Elle acquiesça d’un air un peu trop malicieux pour être honnête.

Quelques minutes plus loin, alors que je tenais fermement mon exemplaire, une autre étudiante, du genre sortie de sa campagne pour étudier les lettres modernes et future bobo en puissance, se rua sur moi pour me conjurer de reposer ce livre, que je feuilletais avec délectation, en marchant aux côtés de mes deux collègues : mes vaines supplications ne firent rien. Cette vile créature me menaça d’appeler sur le champ les gardiens. Bouh. Si encore il y avait une prison avec de jolis matons en sus, des barreaux en métal froids et sexy, mais non… J’ai donc reposé bien malgré moi ce satané bouquin.

Curieusement, à la fin de la visite, quelque chose en moi me suggérait d’y retourner, pour en dérober un exemplaire, c’est alors que je demandais à la guide si elle ne connaissait pas un moyen détourné pour m’en procurer un, sans engager l’acte de vol, sans commettre de délit autre qu’une ruse un peu grossière, mais parfaitement licite. La réponse fut non. Retournez-y et pliez-vous au concept. Un concept… la manifestation d’une liberté qui enferre celle d’autrui, pour qu’il le saisisse tout à fait dans son entier.

Je rebroussais donc chemin, retrouvant bien malgré moi l’exposition avec l’une de mes collègues et je me suis surpris à demander, d’une façon un peu trop précipitée, à la fille à l’entrée, chargée de vérifier nos billets (manifestation de mon inconscient rejetant l’idée farfelue que je puisse voler) : « Où sont les livres qu’on peut voler ? ».
Ma collègue se mit à rire, la fille à sourire béatement. Quant à moi je murmurai, plaçant contre mes lèvres un de mes doigts : chuuuuuuut. Et peaufinai dans le même temps ma stratégie :

Ne souhaitant pas voler le livre de mes propres moyens, je m’entêtais à convertir ma collègue en voleuse, ou du moins, faire d’elle ma Complice.

Je lui priais donc de faire diversion, ce qui ne fut pas nécessaire : un groupe suivait une autre visite guidée, parmi lequel nous nous mélangeâmes sans trop de mal, afin de dérober, chacun de notre côté, un exemplaire de cette diablerie de papier, or, l’étudiante perruche, toujours juchée sur sa haute chaise, nous avait vu venir de loin, elle m’avait reconnu ainsi que ma collègue, qui, avec son immense gilet rouge et ses bottes ocre jaune, détonnait dans le paysage. Perruche demanda à ma collègue de restituer l’ouvrage, tandis que j’en planquais un, de mon côté, que je glissais en toute hâte dans des fascicules lacérés du X de cette dixième édition.

« Vous aussi, là bas, le grand avec la veste, vous reposez le livre ! »

Je maugréai d’un air débonnaire que ce n’était pas juste puis me retirai avec ma complice, décidé à ne pas en rester là, n’acceptant pas d’essuyer une aussi cuisante défaite. Aussi commençai-je à surveiller les actes de cet oiseau estudiantin aux allures de buses, à la façon d’une série b. Or, à chaque fois que ma tête dépassait du coin de mur, celle-ci regardait en ma direction et me voyait disparaître aussitôt.

Nous essayâmes alors de l’encercler mais il faut croire que je ne suis pas rompu à l’art de l’espionnage. Capitulant je proposais à ma collègue de lire le livre dans son intégralité afin de me le procurer, la possession n’étant pas, chez moi, nécessairement matérielle. Elle a probablement pensé que j’étais fou, et puis n'avions -nous pas convenu d'aller au restaurant ?Il fallait donc renoncer à cette énième tentative d’appropriation.

L’histoire aurait pu s’arrêter là, mais non, un miracle se produisit : personne d’autre ne menaçant son trésor de papier, la gardienne s’est levée et, malchance de poisseux, se dirigea vers nous. Je lui lançai, d’une voix enjouée :

« C’est pour quand la pause pipi ?
- Y’en a pas, répondit-elle, amusée. »

Peut-on réellement tout avoir, quand on se sert de sa volonté ? Il faut croire que oui, car elle nous proposa de voler le livre : personne ne surveille, confia-t-elle enfin, allez-y. Ma collègue, sans plus attendre, complice idéal en crime à la ville comme au boulot, se rua sur le livre, qu’elle planqua aussitôt dans son sac à main et nous filèrent, amusés tels des enfants mais, contrairement à ma collègue, je ressentais comme une pointe d’angoisse, une légère incertitude :

« Tu crois qu’il y a des caméras ? »

Un peu plus loin, dans un coin sombre et désert, pour être certain que son sac ne soit pas fouillé, je lui soumettais une proposition quelque peu farfelue :

« Je peux mettre le livre dans mon slip, personne le trouvera au moins ! »

L’angoisse était là, palpable, d’autant plus tangible, et saisissante, quand il fallut repasser devant la gardienne informée de mon dessein, à l’entrée. J’ai vu la sortie, cependant, à quelques mètres de l’entrée, mais je n’ai pas voulu me dérober ainsi, et, curieusement, au risque de perdre le livre, j’ai préféré braver le danger ; rien n’y fit : nous passâmes d’un air entendu, et la sphinge gavée de MTV, elle, était visiblement amusée de mon forfait.

Ce livre trône désormais sur une autre table basse blanche et synonyme, acquise, je confesse ce manque de goût, dans un grand magasin suédois, où, parmi d’autres breloques et quelques ready-mades improvisés, il n’apparaît plus avec autant d’évidence, de provocation. Je me demande désormais si, maintenant que je possède ce livre, et qu’il est désacralisé de par sa nature seconde, je vais en son entier le parcourir, que dis-je, le lire, pour me l’approprier d’une façon qui soit plus rationnelle, et attendue. Une question qui, sans doute, n’appelle pas de réponse.


[Challenge : toi aussi, lecteur, empresse-toi de dérober ce livre, raconte comment, et prends-toi en photo avec. Un telle chaîne n’est pas promise à un bel avenir mais qui sait...]

09 octobre 2009

Full Contact # 1

Aujourd'hui ma mère se fait ouvrir comme un poisson et j'ai envie de baiser.

02 octobre 2009

Itaque

En Itaque, la vaisselle est oubliée depuis trois jours, le ménage n’est plus une notion pertinente ; des vêtements s’entassent, s’amoncellent et tout autant de moutons, de miettes de pain, défient la lumière blafarde. Celui qui attend n’attend plus vraiment, il ne fait que passer dans cette pièce isolée où devrait se faire l’Ouvrage, en attendant Ulysse, en attendant Godot, en attendant n’importe qui - ou n’importe quoi. 

Le temps que l’on passe à attendre est une mort certaine, une soustraction infligée au prestige de la vie.

- J’ai délaissé l’Ouvrage.

Je me retrouve dans des lieux inédits, à boire des bières avec des collègues et leurs amis, des individus issus de ce monde inconcevable - et pourtant réputé - qui cependant jouxte le mien. Il est bien question d’indigène dans ce flot cosmopolite. Je me retrouve, donc, à jouer aux fléchettes dans un bar hallucinant, tout droit sorti d’une fiction américaine, ce genre d’endroit qui n’appartient pas à ma culture, ou devrais-je dire, mon milieu, si tant est que j’en ai un, de milieu, car je n’aime pas être « au milieu », c’est à peine si j’aime être au monde. Je suis le loup, le loup du step. Certains clients ont pu m’entendre, hier, imiter le loup, un loup qui bande mou : l’attachée de direction m’a sommé de me taire. Ce n’est point là ma meute.

- Ta place, disait ma mère quand, enfant, je chahutais mes sœurs pour ne point qu’elles se posent sur ma chaise, est au cimetière.

Mon Itaque est déconstruit, poussiéreux ; à l’image de mon lit, c’est un tombeau qui façonne bien des rêves, des configurations mentales instantanées qui se font et se défont, petites marionnettes, lorsque je rentre enfin chez moi, où personne ne m’attend, où je n’attends personne, pour me glisser enfin dans le monde des rêves : il n’a point la fadeur de cette réalité que je me suis choisie. Je compte démissionner et arrêter le café.

28 septembre 2009

Wpoint

… N’est point le point de mire de l’un de ces satyres modernes, crucifié à la mode du piercing ou celle, frontière à l’épiderme, du tatouage, ni de l’homme rassurant qui m’embrasse sur les quais et dîne avec moi aux terreaux, une fois, deux fois… et dont la vie se découvre peu à peu, comme un livre sans image, un récit sonore qui n’est point image d’Épinal et dans lequel je découvre toutefois - c’est une souche pénible - une procession de clichés.

- Nous ne sommes que clichés, clichés de l’air du temps ou cliché démodé.

Moi, tout ça, ça ne m’impressionne pas.

Et puis quoi ? Le parcours d’un homme pour se découvrir passe-t-il nécessairement par des étapes essentielles, incontournables ? Faut-il être adoubé afin de devenir un homme et aimer, sans honte, son prochain ? Avoir vécu jusqu’à la lie certaines aventures communes, romantiques ou sauvages, pour s’exprimer sans fard ? Il est, derrière chaque image, un négatif. Sommes-nous ce que nous prétendons être, ou simplement ce que nous renvoyons aux autres de nous-mêmes, la copie résumée, concise, d’une persona ?

- Je regrette le temps du Carbone.

L’homme m’a dit que j’étais prisonnier de mon propre corps. Mon corps n’est, je le répète, qu’un véhicule mais, de ce véhicule, je perds peu à peu le contrôle, jour après jour ; toute l’énergie que j’utilisais pour ce contrôle de moi est absorbée par ce labeur quotidien pénible et prosaïque, pour justement nourrir ce corps avide et lamentable, qui exprime des besoins de plus en plus nombreux, surnuméraires.

- C’est qu’il faut, j’imagine, créer du fécès.

Parfois, je regarde d’un air distrait, mais concentré, par la fenêtre exiguë de ma chambre encombrée, l’appartement vide et blanc de ces petits pédés « photogénétiques » à encadrer sur cheminée parmi des petits chats en cristal, des otaries en porcelaine et des dauphins de faïence bleue, considère la présence de leur absence et le jour et la nuit : s’enculent-ils dans une autre pièce où il n’est pas possible de les voir, ou bien vivent-ils simplement leurs vies, comme le font tous les êtres humains ?

J’imagine qu’il est bon de clore cet orifice, pour chacun d’entre nous, plutôt que de disserter à tout va, sans fil conducteur, pour ne rien dire, et de se noyer un peu dans un verre de vin, retrouver la saveur exquise d’un Kir, madeleine qui réchauffe, et penser, de retour dans ce lit froid et désert, au règne lancinant des prunes ? Mon corps, de nuit, se lève pour se repaître et menace de quitter les frontières de l’appartement pour une destination repoussante, qui cependant l’appelle avec la constante démoniaque d'une messe. Est-il bon de céder aux sirènes lorsque personne n’attend en Itaque ?




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