QUERELLE

Journal intime, mais non confidentiel, de Nicolas Raviere, où il est question de toute autre chose, parfois, que de simples querelles.

22 novembre 2009

En attendant Querelle

Réédition de Querelle(S) (2007/2008), version papier sur thebookedition en attendant Querelle(S) 2 (2008/2009) et la suite éventuelle du blog.

Un petit coucou, en passant, à mes lecteurs et mes "blogopotes" vu que je ne parviens toujours pas à écrire et que j'essaye au maximum de ne pas être chez moi, ce qui fait que je perds un peu de vue tout le monde. Je vais plutôt bien, malgré certains moments difficiles, quand je suis seul. J'espère revenir vite. Bises à tous.

Voici donc la réédition en question :

Acheter Querelle(S)

Détails de l'édition :

Le livre Querelle(S)

Toutes les rééditions de mes livres ici :

NICOLAS RAVIERE CHEZ THEBOOKEDITION

22 octobre 2009

En attendant NiKo

Acheter Disconite Acheter Les Protubérances

Masculin et féminin, premier et cinquième roman, Disconite et Les Protubérances, sous un nouveau format plus pratique, de meilleure qualité, moins cher, grâce à Thebookedition, plateforme d'auto édition française. Et ce qui ne gâte rien, les frais de ports sont nettement moins élevés que sur Lulu, et la livraison très rapide, puisqu'ils sont basés à Lille.

Les Protubérances :

Emilie, onze ans, surdouée, passe le baccalauréat cette année. Mais c’est sans compter sur une tragédie qui mine son existence : des protubérances mammaires poussent sur son corps, qui n’a de cesse de s’allonger… Seulement voilà, Emilie refuse de grandir, pire encore : de devenir une femme. C’est alors qu’elle entame une véritable croisade contre sa féminité.

« Rien de pire ne pouvait m’arriver : me scrutant devant la glace, à l’âge de onze ans, j’ai vu mon corps s’agrandir, comme un élastique. Et deux petites boules informes sont apparues au dessus de mes côtes. Deux petites boules roses et grêles. Le désastre était pour le moins éminent. Alors, j’évitais de trop me regarder nue. »

Le livre Les Protubérances

Disconite :

Mélénas, Mélunos et Mélonis, trois amis inséparables, passent tout leur temps libre ensemble depuis des années. Ils partagent tout : les sorties, les secrets, les alcools, une seule et même voiture, leurs sous-vêtements et, bien sûr, leurs amants. Parfois, en discothèque, l’ambiance, les sons, les visages, l’alcool, et autres substances, souvent quelque chose de bien plus profond encore, poussent ces trois amis au crime, frisson singulier, exaltant.


Le livre Disconite

29 mai 2009

Welcome to Zanzibar

Tu entres dans l’ère concrète où les mots, sous couvert d’inférences, évoquent des réalités nouvelles, dessinent des nuances aux drames et aux bonheurs, élargissent les frontières des mondes connus et inconnus, fracturent l’unité du Totem. 

Je ne me fais plus de souci pour elle, disait la voix. Elle un petit ami, gentil, serviable, une nouvelle télévision. Je ne fais plus de souci pour elle, et advienne que pourra !

Cela n’est point un délire, tout juste un reflet à peine déformé de la réalité, dont on le discerne la vérité qu’au travers d’une lame subjective, un jugement des cinq sens, qu’accompagnent, purulents, certains automatismes fortuits de la pensée. Tout cela paraît un peu obscur, mais fais un effort, concentre-toi et prends-moi par la main.

Welcome to Zanzibar

La dernière fois que j’ai saisi une main qui m’était tendue, je me suis retrouvé enfermé entre quatre murs, derrière une porte coulissante, à conjurer, fracassant le pseudo totem qui m’avait lié au vain serment, non reconduit, jouant une partition nouvelle et cependant innée. Comme j’avais la tête dure, pour ne point ployer aux extrémités, par l’étreinte du Cyclope !

Une heure après, des anges essoufflés tournaient autour du panneau Exit. Surprenant : j’ai posé un instant ma main sur son épaule, froissant le blanc textile, gagnant l’halitueuse épaule et condamnant la vie, rejoignant les murs crèmes, par la découpe habile du matin, suspendu au soleil miteux de l’aube.

Il fallait fêter cet anniversaire, anniversaire de chair, à la façon des rois, des reines et des esclaves, se perdre dans les affres d’une tradition nouvelle, un rite factice et factuel, délictuel : créer, en quelque sorte, sa propre mythologie.

***

POSTER BOY

Trois silhouettes se dessinent, au grand café des requins blancs, dans la moiteur silencieuse et abyssale d’un été sulfureux, dont les formes évoquent, lignes droites et longilignes, des hommes fins, rompus aux mécaniques physiques.

***

[Je me fiche bien que tu ne comprennes pas, journal, ce que je cherche à exprimer, précisément, dans cet égarement vaguement consenti, ni même la finalité de ces quelques paragraphes. Les seuls pouvoirs qui te sont investis sont les miettes que je t’ai confiées, ta mission n’est qu’un leurre, une impuissance à conjurer ; à moins que tu ne sois le reflet de Zanzibar, auquel cas tout s’annule. Je ne te l’ai jamais dit, mais tu le sais pour être moi, Nicolas : tout a commencé par une partie de cartes, voici plus de vingt ans.]

 

 

23 mars 2009

Eloge de la Prison

Al m’attendait avec sa besace jaune, à Sainte Blandine, enchanté de mon offre : je détenais, repliés dans le creux de mon portefeuille, deux sésames chargés de promesses. Il y a de cela plus de 20 ans, à Chamonix, classe de neige, j’appréhendais cette rencontre tout comme je redoutais chacune des activités qu’il était possible de faire avec cette classe que je maudissais - et qui me le rendait bien.

J’échafaudais, dans ma solitaire chambre au silence absolu, loin des papotages nocturnes d’après couvre feu, des plans d’évasions dignes des plus grands romans, qu’un sommeil agité ne tardait jamais à détruire. J’inventais, avant le collège et le lycée, toutes sortes de maladies improbables et inédites, parfois crapuleuses, qui me permettaient, parfois, d’avoir le luxe de profiter de mon lit, pendant que ces chères têtes blondes, juchées sur des tires fesses, remontaient les pentes avec avidité, sans penser à la possible mort qui les attendait sur les cimes enneigées. On me prêtait des bandes dessinées, que j’effeuillais péniblement, savourant cette solitude plénière comme un long chocolat chaud.

Mais je n’ai pu échapper à ce match de Hockey sur glace, cela malgré le bric-à-brac de trouvailles dévoilé jour après jour par mon imagination. De même que les autres, ce soir-là, je me trouvais assis dans le bus, prêt à subir cette rencontre que d’ores et déjà je vomissais. Empilé tel un morceau de sucre sur une rangée avec d’autres petits écoliers rectangulaires et avides de nouveauté, je pestais intérieurement, serrais les poings, maudissais l'éternité présente alors que passait et repassait ce satané tracteur des neiges, qui lubrifiait la glace en bande stricte et lui donnait, sulfureuse contamination, une allure de parpaing glacé goulûment tété par un nourrisson.

Mais voilà, une fois surgit de nulle part cette ligne de colosses empaquetés dans des maillots multicolores, retentirent d’implacables coups de crosses, des embrassades furtives à s’en décoller l’ossature. J’étais stupéfait, abasourdi par le sport qui se jouait devant moi, sa vitesse hallucinante, sa technicité absolue, sa violence sournoise, laquelle éclatait, à la façon des bombes, sur fond de roulements de tonnerre, et fasciné, tout autant, par cette large prison de verre qui condamnait l’adepte des attouchements interdits à devenir spectateur : une délicieuse frustration.

Samedi soir, la prison fut bien vide mais le match haletant, la violence omniprésente : on devinait les invectives tout autant que se dessinaient les coups bas et les corps, souvent, s’empilaient les uns sur les autres, dans des fracas toujours plus séduisants, les corps musculeux chutaient, parfois, dans des traînés de lait en poudre, pour aussitôt se relever, d’un mouvement ample et rapide, précis et même, pour le spectacle, un enfant des gradins VIP a failli être décapité par un implacable palet, lancé comme une fusée hors ce monde sauvage. L’enfant et l’adulte se côtoyaient en moi, qui encourageaient force de putain l’équipe au plus beau maillot. Et ce fut celle de Lyon.

 

04 février 2009

La Terreur des Trois (Interlude - 2)

Confession :
Quand j’ai brûlé mes peurs avec S, sur les quais du Rhône, je me suis senti libéré d’un poids, d’un poids éminemment lourd : il m’arrive à présent de franchir les ponts l’air de rien, sans faire de fixation sur l’ondée marron, et je n’ai pas croisé depuis d’insectes, ni d’araignées pour mesurer la mort de cette insidieuse angoisse que leur rencontre m’occasionne, ce singulier frisson de dégoût, or il est une chose que j’ai oublié d’inscrire sur l’A4 parchemin : un ennemi naturel, qui ne se rencontre pas tant mais qui, plusieurs fois, m’a presque vaincu, contre lequel je ne peux rien en ma qualité d’humain, puisqu’il maltraite mon corps, m’empêche d’avancer, lorsqu’il se fait puissant : le vent. Un jour, alors que j’étais au collège, mes pieds ont décollé du sol : j’étais cet enfant pas si grand certes, mais terriblement maigre et donc élancé, qui pliait sous ses gifles, comme les branches d’un arbuste malingre. Ma mère m’avait rattrapé, alors que je planais, dégingandé, en direction d’une 2CV, que je m’apprêtais à rencontrer dans cette configuration inédite, droit devant, fatalement -
une attraction désastre. Puis, sur cette plage, un an ou deux auparavant, j’avais pris, moi qui, mauviette, ne savais pas nager, le petit bateau pneumatique orange. Sans même que je m’en rende compte, ce vaste coussin flottant m’a fait quitter la plage, peu à peu, transformant les individus en fourmis, petits insectes affairés sur un petit trait jaune, ce que je vis bien des minutes plus tard, d’un coup, hors de portée de mes semblables. Larmoyant, j’appelais de toutes mes forces ma mère, qui était à 700 kilomètres de là, pensant, terrorisé, à la probable crevaison du matelas pneumatique, et au possible requin blanc, qui attendait là son festin d’os, avec la patience calculée et lénitive d’un poisson-clown. C’était il y a 21 ans. Et pourtant… La semaine dernière, alors que je marchais avec plomb et aplomb, le vent a décollé mon pas, l’a décollé, et j’ai failli trébucher. Je me dis depuis qu’un jour le vent aura raison de moi ; tout comme la mort, qui est naturelle, il me surprendra quand je m’y attendrais le moins pour un ultime frisson.


Découvrez Kate Bush!

Querelle confesse à 15:01 - III. Stratisme / Chronos - Confessionnal [8]
Autopsie : , ,

18 janvier 2009

Canevas

C’était l’occasion de voir un périple au pays des choux fleurs, une monstrueuse histoire de kidnapping farfelu menant guignol aux confins des enfers dans une fabrique gargolesque de papillotes. Au sein de cet antre putride et enfantin était tenu prisonnier un père noël maigre et lifté, adepte de la Q10, chargé de cette grande distribution annuelle, quasi infaillible et bardée de codes barres de même que les colissimos, une divinité saucissonnée de rouge à laquelle les enfants croient éperdument puisque, des Dieux, celui-ci est inévitablement le plus généreux, avec sa besace remplie de miracles, de vœux exaucés, matérialisés, véritable caverne d’Ali Baba portative, ou corne d’abondance, garantie sans pour sang démon.

Mais moi, j’ai fait connaissance de ce cher Gnafron, gavé de cochonnaille, imbibé de Beaujolais, du petit bonhomme de neige composé à 99 % d'eau et de sa carotte magique, cadeau de l’adjuvent savant fou, ersatz simpsonien de Einstein et j’ai ri, oui j'ai ri, sur l’audacieux rap des choux-fleurs, improbable fou rire impossible à concevoir et pourtant, il ne faut pas sous estimer les pouvoirs de la fiction, l’innocence calculée et primitive des premières fois.

Je ne vais pas raconter cette pièce, lors même qu’elle me semble ponctuelle, puisque créée pour les Lumières. Je ne vais pas non plus décompter les frôlements, attouchements fantômes, qui se sont faits et défaits pendant cette représentation puisque nous sommes retournés en enfance, K et moi, et les enfants se doivent d’être purs, de ne point se toucher de la sorte. Deux jambes qui se frôlent : ce ne peut être qu’un hasard, n'est-ce pas ? Cependant, mordus par l’air froid, de retour dehors, K m’a gavé de churros puis, une fois place Bellecour, il est venu chercher ma main droite, lové dans la poche de mon manteau, main dont il s’est emparé, l'emprisonnant dans les siennes, ceintes d'un simili cuir. Alors, nous avons traversé la place entière, jusqu’au métro, main dans la main, à la recherche du père Noël.


Découvrez Portishead!

07 janvier 2009

Stella Nova

6 décembre, Saint Nicolas. Il commence à se faire tard. Après ce périple au sein des lumières, les voyageurs ont besoin de se réchauffer. Quête effrénée d’un bar, non loin de l’Opéra. Pour moi, ce sera un thé. Pour lui, un chocolat viennois. Je ne suis jamais venu ici. Illuminations oblige, les places sont chères, me voici dos à dos avec l’immense arbre de Noël. Le serveur au charme fou, dont on sent, au fond de ses yeux clairs et brillants, qu’il a su conserver son âme d’enfant ou bien qu’il est heureux, tout simplement, n’est pas sans m’évoquer mon frère auquel je pense, parfois.

6 décembre, Saint Nicolas, toujours. A l’ombre de Saint-Jean, une crêpe au marron. Nos fesses posées sur la muraille et, derrière nous, un restaurant passablement vide, des gens qui passent, qui passaient, ne passeront plus. Nous nous regardons. A quoi pensons-nous ? A quoi rêvons-nous, tandis que la dentelle de peau, renfrognée dans nos mains blêmes, fourrée de châtaigne, atteint l’œsophage, propageant en nous l’affable chaleur d’un foyer ?

6 décembre, Saint Nicolas. Monde enchanté. Un ours géant et fanfaron traverse, débonnaire, le musée des beaux arts. Un rêve d’enfant nous est proposé, qui commence par un dîner de convives, que l’on aperçoit au travers de fenêtres opaques. Ces ombres chinoises sont très vite relayées par des jouets qui prennent vie loin des réalités de ce monde. Dans cette chambre d’enfants, les jouets imposent un ballet. Puis : incendie. Cauchemar enguirlandé ? Et l’eau lave les façades de ces crimes. Des gribouillages et des fotes d’orthografes candides : Merci SDF. Tu étais émerveillé.

Rejoignant la traboule de lumière, au milieu des anonymes, gravissant, parmi l’armée impatiente, les escaliers de l’Hôtel de Ville, j’ai ressenti la fin de ce rêve, dont je souhaitais qu’il n’ait jamais de fin, alors je t’ai frôlé, longuement, dérobant ce lambeau éternité, avant que de voir cette large voûte étoilée, semblant de jour vivace, et de rejoindre, la tête plein d’étoiles, le métropolitain.


Découvrez Hooverphonic!

25 décembre 2008

QS (The best of Querelle)


Querelle_Nicolas

Ajout, dans le coin lecture de mon site, de QS, un PDF contenant 33 billets extraits de Querelle(s).
Une sorte de Best Of, en quelque sorte.

Joyeux Noël à tous :)

01 décembre 2008

Querelle(s) - version intégrale

Querelle_S__Nicolas_Raviere

C'est aujourd'hui que sort mon dernier ouvrage pour cette année 2008. Il ne s'agit pas, cette fois-ci, d'une oeuvre inédite comme de coutume mais de la version complète de Querelle(s) [Mars 2007 - Septembre 2008], en format imprimé ou PDF. Version complète car elle contient une vingtaine d'articles qui ne figurent pas ici.


Détail de la version imprimée : 333 pages, 15.24 cm x 22.86 cm, reliure dos carré collé, papier intérieur crème (60# weight),encre intérieure noir et blanc, blanc papier extérieur (100# weight), encre extérieure pleines-couleurs exterior ink.
EXISTE EGALEMENT EN PDF

Une seule adresse :

QUERELLE(S) VERSION COMPLETE


30 novembre 2008

La Monstrueuse Parade

J’ai longtemps été le chef de file d’une monstrueuse parade, squelettique et blanchâtre, aux grandes oreilles, un nez comme une pomme de terre greffée au milieu du visage mais, quand l’instituteur était passé dans les rangs, après nous avoir conter l’histoire terrible de la déportation, nous avoir bombardé les critères nécessaires pour être un bon aryens, à nous, dont le niveau intellectuel ne dépassait pas la lecture des boîtes de Nesquick et consorts, il avait regardé consciencieusement chacun de nos visages et, se penchant sur le mien, de visage, il avait conclu, après un moment d’hésitation, qu’Hitlter et son armada de monstres blonds ne m’auraient pas choisis. Je faisais partie des rares garçonnets de la classe à avoir ce privilège exquis d’avoir la vie sauve. A cause de mes yeux. De mes yeux difformes.

J’ai longtemps été le chef de file d’une monstrueuse parade, à sortir avec ces filles laides et énormes, dont les baisers, comme des citrouilles, me dégoûtaient toujours plus de la femme, en tant que concept.

J’ai longtemps été le chef de file d’une monstrueuse parade, me tenant fermement aux murs, me vissant sur les bancs, pendant la récréation, regardant les troupeaux pérorer, les détestant tout autant que je méprisais mon invisibilité. Quelques fantômes me frôlaient, parfois, et nous joignons nos solitudes de petits écoliers. Ces âmes errantes, qui osaient me parler, n’avaient pas plus d’amis que moi. Je prédisais aux incrédules des amours infinis, des destins pathétiques : tu te marieras, tu auras des enfants. Ne me suis-je pas fabriqué très tôt une différence ?

Quand je suis devenu un monstre adulte, à l’âge de vingt ans, j’ai envoûté quelques étudiants et je suis devenu populaire : il faut se fabriquer. Alors, j’ai collectionné les surnoms puis les amis et puis les petits amis comme des timbres que je m’empressais d’oblitérer, comme on valide une enquête SOFRES, avec la rigueur mathématique d’une chenille, l’entrain d’une taupe, la fugacité d’un léopard, dans un paysage sans proie.

Ce soir, je vois la monstrueuse parade, dont je ne fais plus partie. Est-ce là une illusion ? Des mecs gras et obèses, aux rires comme des obus, éclatant dans l’espace délimité par Britney Spears et une cohorte de pouffiasses sonores, passent devant moi comme un troupeau de bisons pailletés. Des êtres filiformes, barrés de ceintures immenses, charcutent l’espace de leurs pas chaloupés. Ils se rejoignent sous la même bannière et toisent ceux qui, plus petits, se perdent dans le labyrinthe de corps exsangues, gras et mous, musclés, dans la panique convulsive du soir.

Un garçon fade au cri de sirène vulgaire, qui n’hypnotise personne, planqué sous une capuche ridicule, ose une roue sur le sol glutineux de nectars perdus.

Je regarde la monstrueuse parade, halitueuse parade, de corps qui s’assemblent, se fondent les uns dans les autres, comme une soupe aux 7 légumes rance et viciée.

M2, qui fit tapisserie des heures durant, le ventre en avant, me parlait parfois, quand nous nous rejoignions. Il ne manquait pas m’envoyer en plein visage son haleine pestilentielle. Je tournais la tête, telle une diva évaporée, dédaigneuse et cruelle.

Un joli monstre blond et torse nu, d’entrée de jeu, pourtant, m’avait conjuré de venir à lui, d’un geste de son doigt, de lui à moi, pendant qu’un autre le caressait avidement, avec la langueur d’un escargot, alors qu’un troisième venait à lui, se frottant à ses flancs, avec la rigidité d’une blatte. Et c’est moi qu’il regardait ! Moi ! Je refusais l’invitation, d’un non de la tête. Il me balança en plein visage une insulte : hétéro ! Qui, après tout, pouvait résister à un garçon si charmant, au corps lustré, impeccablement fin et musclé ? Puis il me balança : tu es timide, d’un air convaincu. Mais moi, j’étais muet, je ne répondais pas. Conséquence : ce petit ange sexué s’acoquina aux siamois qui cherchaient à posséder son corps, en véritables succubes, cela qui, finalement, lui suffisait tant et si bien qu’il disparut de ma nuit.

Ne savait-il pas, pourtant, qu’il n’avait qu’à venir, à parcourir le petit mètre qui nous séparait et, de ses mains, se saisir de ma cravate, comme d’une laisse, pour me guider vers ses lèvres ? Ne savait-il pas que tout était possible ? Nous ne comprenons pas, dans nos silences monstrueux, nos désirs lamentables.

J’ai longtemps été le chef de file d’une monstrueuse parade et pourtant les monstres continuent de graviter autour de moi : un autre blond, qui m’a longtemps suivi du regard, d’un endroit à un autre, aussi, une bonne partie de la soirée, a été harponné par un autre garçon, son miroir brun, quand sonnèrent, terribles, les cinq heures du matin. Ils ont disparu dans la nuit fauve et cruelle, ainsi que M2, et, quand une musique gluante et sirupeuse s’est répandue dans l’air, j’ai disparu moi aussi, d’un pas pressé : Franck m’attendait, face au parking Saint Antoine, pour une ultime confrontation !


Découvrez Therapy?!

« Accueil  1  2  3   Page suivante »