03 décembre 2009
Albator
Je me
lève, et je n’attends pas.
Je dois me
créer un monde, à tout prix, puisqu’il le faut.
A défaut
d’écrire, il faut vivre.
Je me repasse sans cesse,
pourtant, à chaque jour qui s’ouvre et se referme, la chronique d’un décès et
mon monde, ébranlé, n’a changé en rien, et pourtant, tout est différent. Je
dois apprivoiser la mort, avant qu’elle ne m’apprivoise, cette salope gantée
aux promesses d’ailleurs, aux caresses si douces, si lestes, qui vous fouette
outre la chair, nous branle dans le noir de sa mécanique livide. Carnassière,
elle dresse son empire sur nous, comme un sexe béant auquel il est impossible
de résister puisque l’impuissance nous lie jusque dans les fers, à n'être que
des hommes. Et si tu danses avec elle, si jamais tu danses avec elle ?
J’ai 33 ans et je ne
suis pas capable de provoquer de résurrection.
Ni celle de ma mère, dont
je garde l’image sereine, paupières occluses, dans son cercueil, vaisseau
spatial de bois pour traverser des galaxies enflammées, ni même la mienne de
résurrection, à laquelle je travaille avec la férocité d’un sorcier rompu aux
mécanismes de l’alchimie, qui désire ardemment plier l’univers à sa propre loi,
en trouvant, dans des joies subreptices et désordonnées, sucrées plus que salées,
l’ombre éventuelle d’une vie possible, conquise, où pourtant rien n’a de sens
puisqu’il est désormais cette absence qui ronge, et provoque enfin l’idée de Solitude,
d’abandon.
Nous ne maîtrisons que
la fiction et l’univers nous broie.
Comme une main étouffe
un sexe par un matin de soie.
On me dit que j’ai changé,
que j’ai changé depuis, un peu, beaucoup, passionnément, que je suis différent,
du dedans au dehors ; je combattais avec frénésie ce qui molestait le cosmos,
traquait le moindre détail, la moindre parole qui me semblait injuste, allant
jusqu’à mordre, parfois, et me laissait glisser, fort souvent, dans les
gouffres éventés de la mélancolie, m’inventant martyr et bourreau, à loisir ;
je me surveille désormais avec l’insistance d’un vautour et laisse autour de
moi, avec placidité, le chaos œuvrer. Les vaisseaux spatiaux ne vont jamais que
dans la nuit profonde, se glissent dans des flammes ou des trous noirs, pour
disparaître tout à fait. Alors, la communication est rompue. Et il ne reste rien.
27 novembre 2009
Prologue
Vous vous levez
sans certitude, un lendemain d’hiver, et il ne fait pas froid. Il ne fera plus
froid. Ce pourrait, cela, être une publicité honteuse, pour un indispensable
duvet d’oie transgénique, une succulente boisson chaude, hydratante, point trop
laxative, un panégyrique éclatant, louant jusqu’à la déraison les mérites d’une
religion nouvelle, estampillée temple solaire, ou bien une réclame tapageuse et
cruelle, pour des caissons à UV, cercueil moire et bleuté où il fait bon
s’allonger nu, pour se transformer en créature de rêve provisoire.
Il n’en est
rien.
Point de
confort bleu ouaté, de rayon X.
- Ce n’est pas aujourd’hui que nous
monnayerons le styx.
Je voulais,
m’a-t-il dit, que tu saches que le beaujolais nouveau est arrivé. Je lui ai
répondu que le Querelle nouveau, lui aussi, bien qu’hors saison, est à la porte
qui attend, l’air absent, mû par des volontés de silence et de confession. Il
marche d’un pas moins décidé mais n’a plus la tête dans les étoiles. C’est
qu’il se repasse - sans cesse - la chronique d’un décès. Son monde, ébranlé,
n’a cependant changé en rien et pourtant tout, absolument tout, est différent.
Il se lève, et n’attend pas. Il se dit qu’il doit se créer un monde, à tout
prix, puisqu’il le faut, qu’à défaut d’écrire des histoires, il faut les vivre
: c’est ainsi qu’il s’efface de la nuit, battu par le vent, un tapis de
feuilles mortes, c’est ainsi qu’il s’évapore dans un long baiser chargé de
nicotine. Tout doux. Trop doux.
Fatigué, enfin,
à bout de souffle, il rayonne dans ce bal à n’en plus finir, ce bal de chacals,
hors le temps et hors la vie, qui le relie à son passé, déterré pour
l’occasion, au milieu d’hommes nouveaux, incliné sur la promesse d’un nouvel
amour qui sent la finitude, amour dont il ramasse les fruits, car tout verger
suppose cueillette : chaque fruit de chaque arbre est menacé par son corbeau,
la vie, ses infâmes coups de becs tranchants. Mais il s’en fiche : il cueille
les yeux fermés, peu importe les vanités qu’impose le monde, parce que son but
n’est pas de se nourrir, mais d’oublier. Chaque bouchée, comme chaque pas, est
une avancée vers quelque chose d’indéfini et de flou qui sent la liberté - et
le renoncement : une femme absente est là plus que jamais qui guette, se
manifeste dans le détail, jusqu’au plus insensé ; et quelque chose, j’ai bien
dit quelque chose, murmure qu’elle ne sera plus jamais là, et frappe au coeur.
C’est indicible.
- Cela
fait un mois, aujourd’hui, que maman est morte.
11 novembre 2009
En attendant NiKo III
Voici la suite de mes rééditions sur Thebookedition, plateforme d'auto édition française. Ici, L'Enfance d'une Garce et EX Nihilo, respectivement mon second et troisième roman.
L'Enfance d'une Garce
Joséphine n’est pas une enfant comme les autres. Dès l’âge de quatre ans, elle a une étonnante conception du monde et des choses qui l’entourent : elle n’aime pas sa mère, ni les gens du village, elle parvient à faire renvoyer la bonne, déteste les autres petites filles avec qui elle refuse de jouer, torture son chien, ignore sa petite sœur, n’éprouve absolument aucune peur vis-à-vis de la terrible institutrice ; puis, un jour, poussée par la curiosité, elle découvre un nouvel univers en se liant d’amitié avec le nouveau voisin, Monsieur Arnauty, un professeur de piano que les gens du village méprisent et appellent « l’inverti ».
EX Nihilo
EX Nihilo : rien ne naît de rien. Et pourtant... Point de départ : après huit ans d’absence, Christophe, ancien étudiant alcoolique et communiste, revient du Soudan. Il désire revoir Simon, à qui il n’a jamais donné signe de vie depuis... Simon ne se souvient qu’à peine de lui, mais peu à peu, au fil des heures et des coïncidences, l’histoire se reconstruit d’elle-même.
Après Disconite et L'Enfance d'une Garce , Nicolas Raviere explore de tout nouveaux concepts et univers pour ce troisième roman qui se passe cette fois-ci entre Lyon et Dijon et mélange habilement les genres narratifs (autobiographie, auto fiction, théâtre, ainsi qu'une version revisitée façon "gay" du célèbre conte "Le Petit Chaperon Rouge"...).
Toutes les rééditions de mes livres ici :
NICOLAS RAVIERE CHEZ THEBOOKEDITION
07 novembre 2009
Full Contact # 3 (Fin)
Aujourd’hui
je réalise que je ne peux pas souffrir plus, parce qu’en perdant ma mère,
au-delà du fait que je sois orphelin, j’ai perdu tout ce que j’avais, si ce
n’est moi, alors, étrangement, je me sens rassuré : je suis certain que le
meilleur m’attend et, malgré la douleur, l’absence et les remords qui me
déchirent, j’ai le sourire, je me sens plus humain, comme si j’avais grandi d’un
seul coup. Je serai plus fort et ferai tout pour que ma petite maman soit fière
de moi, pour devenir une meilleure personne.
[Troisième
partie de Querelle, prochainement, quand la plume me reviendra.]
27 octobre 2009
Full Contact # 2
Aujourd'hui Maman est morte. Et ce n'est pas une fiction.
09 octobre 2009
Full Contact # 1
Aujourd'hui ma mère se fait ouvrir comme un poisson et j'ai envie de baiser.
02 octobre 2009
Itaque
En Itaque, la
vaisselle est oubliée depuis trois jours, le ménage n’est plus une notion
pertinente ; des vêtements s’entassent, s’amoncellent et tout autant de moutons, de miettes de pain, défient la
lumière blafarde. Celui qui attend n’attend plus vraiment, il ne fait que
passer dans cette pièce isolée où devrait se faire l’Ouvrage, en attendant
Ulysse, en attendant Godot, en attendant n’importe qui - ou n’importe quoi.
Le temps
que l’on passe à attendre est une mort certaine, une soustraction infligée au
prestige de la vie.
- J’ai délaissé
l’Ouvrage.
Je me retrouve
dans des lieux inédits, à boire des bières avec des collègues et leurs amis,
des individus issus de ce monde inconcevable - et pourtant réputé - qui
cependant jouxte le mien. Il est bien question d’indigène dans ce flot
cosmopolite. Je me retrouve, donc, à jouer aux fléchettes dans un bar
hallucinant, tout droit sorti d’une fiction américaine, ce genre d’endroit qui
n’appartient pas à ma culture, ou devrais-je dire, mon milieu, si tant est que
j’en ai un, de milieu, car je n’aime pas être « au milieu », c’est à peine si
j’aime être au monde. Je suis le loup, le loup du step. Certains clients ont pu
m’entendre, hier, imiter le loup, un loup qui bande mou : l’attachée de
direction m’a sommé de me taire. Ce n’est point là ma meute.
- Ta place,
disait ma mère quand, enfant, je chahutais mes sœurs pour ne point qu’elles se
posent sur ma chaise, est au cimetière.
Mon Itaque est
déconstruit, poussiéreux ; à l’image de mon lit, c’est un tombeau qui façonne
bien des rêves, des configurations mentales instantanées qui se font et se défont,
petites marionnettes, lorsque je rentre enfin chez moi, où personne ne m’attend,
où je n’attends personne, pour me glisser enfin dans le monde des rêves : il
n’a point la fadeur de cette réalité que je me suis choisie. Je compte démissionner
et arrêter le café.
04 septembre 2009
Animal Junkie
- Quel est déjà
ton prénom, ton prénom, mon beau, aux yeux effarants ? Moi je suis animal
Junkie et je t’invite à cette fête sans queue ni tête, un soir au bord du lac. Tu
viendras, dis, tu viendras ?
- J’ai de l’aube
en tête, et des idées de poésie. Ma mère est de nouveau au pays des prunes,
avec une voix de fillette. J’ai lancé des bonbons sur ma nouvelle stagiaire,
une jeune fille trop déterminée et jolie, qui pose pour de la lingerie, avec
aplomb, devant des cheminées, sur des peaux de bêtes, la peau nacrée, bardée de
filaments de dentelles noires.
- Mais ton
prénom, dis-moi ton prénom, je l’ai oublié.
- Je me
souviens de ton haleine mentholée et déjà j’ai envie d’oublier cet instant où
tu posais tes mains sur mes cuisses, d’un frôlement maintenu, terriblement
féminin. J’en aime un autre, et cet autre : c’est moi.
- C’est sans
doute le propre de l’homosexuel, de s’aimer, ou de se bannir.
- Ou les deux à
la fois, c’est sans doute la même chose, probablement, mais, ce n’est pas du
tout ça. Ce n’est jamais vraiment ça. Tu sais, animal junkie, il y a cet homme sauvage
avec qui j’imagine des coïts sur ma table basse, qui te ressemble un peu, et ce
garçon délavé, un jeune poussin que j’aimerais briser à loisir, et dont la
chair semble si tendre qu’elle est un crime - pour un végétarien. Il m’a donné
comme un joyau un clin d’œil malicieux, et il est à portée.
- Cela ne me
dit pas ton prénom.
- Il est comme
l’amour, mon cher animal Junkie : à réinventer.
28 août 2009
Absurd
Certains
préfèrent suicider leurs facultés devant un écran un télévision. Sélectionner sur
un programme l’arme de sa mort cérébrale n’est désormais plus un luxe : on abat
des arbres pour cela. Et les ondes nous assaillent, qu’on le veuille ou non.
Pour qui ne regarde pas la télévision, ou du moins n’en est point captif,
l’absence de fiction laisse place à la vie, dans ce qu’elle a de plus laid :
point de maquillage, ni d’effets spéciaux, juste une vague lenteur, un dégoût
profond qui s’insinue dans chaque chose, une fatigue intense qui distille peu à
peu ses poisons ; l’attente d’un dénouement n’est pas prévue au programme.
Voilà une approche égocentrique : n’est-ce point là mon journal, après tout ?
Passons ! Je
m’allonge, nonchalant, sur mon canapé, abîmé par quelques coïts douteux, dans
le noir s'il vous plaît, me munissant de l’épaisse télécommande, pour choisir
ma station, dans l’ombre du bâtard, sinistrement abandonné, qui ne mérite plus
d’être mastiqué et qu’une certaine gêne, vis-à-vis du gâchis, m’empêche de jeter. Je m’arrête sur ce film, Absurd,
qui m’évoque vaguement quelque chose : serait-ce son titre universel, ou bien
son synopsis, qui éveille en moi l’idée que ce film-là pourrait m’apporter
quelque chose, qu’il me faut absolument le visionner. Au pire, j’aurais passé
une heure quarante-sept en compagnie de quelque chose de vaguement familier, nonobstant
les décors.
Absurde, donc.
Un film avec
Nicolaï, produit par 2 de tension production.
Synopsis :
Des horaires
tournants et l’absence de jours de congé consécutifs pendant des semaines ont
conduit Nicolaï à accepter de travailler 8 jours de suite, pour un total de 67
heures 30, gagnant ainsi trois jours de repos consécutifs : de quoi monter voir
sa mère, cancéreuse récidiviste victime, récemment, de quelques complications :
égarée pendant 24 heures alors qu’elle devait passer son IRM, elle a été
transfusée de toute urgence, quant à son programme d’irradiation, il est
reconduit par sessions, plus courtes, d’une ou deux séances : les prunes sont
devenues myrtilles, à défaut de disparaître. Désormais elle va mieux bien
qu’affaiblie, dans son appartement aux odeurs âcres et violentes, sur lequel
les fées du ménage ne se penchent plus. Elle porte désormais ce collier que son
fils dévoré par la fatigue - et la culpabilité - lui a offert, un collier avec
« ses » couleurs. Ce fils indigne est tellement fatigué qu’il a peine à aligner
trois mots et somnole à ses côtés. Le soir venu, il reçoit sur son portable un
texto de son petit ami qui, tragédien de basse extraction, le gavant de « je
t’aime » qu’il ne pense sans doute pas, lui apprend ceci, abstraction faite des
fautes d’orthographe qui jalonnent sa prosaïque prose : « n'ayant pas de copain
je suis triste je pleure tous les soirs dans mon lit. Je pense bientôt en
chercher un... ». Un parfum d’absurdité
et de dégoût entoure Nicolaï qui, finalement, ne tardera pas à s’éveiller de
cette torpeur atavique dans laquelle il s’était plongé des mois durant :
retrouvant enfouis en lui des pouvoirs qu’il le soupçonnait plus, il invoquera,
muni d’une kyrielle de bougies phalliques, Querelle, un démon sournois quelque peu humain, et gentiment malsain.
25 juillet 2009
L'Ombre du Citronnier
Mon cher
journal, encore je t’abandonne à cette page blanche que je ne vois pas, ou si
peu, c’est à peine si je l’envisage ; je pourrais t’envoyer un télégramme, pour
te dire comment je vais, mais chaque unité du télégramme est martelée d’un
STOP, et je ne souhaite pas que les choses s’arrêtent ; hélas, on ne brave pas
la mort, dont le concept est maître de tout et donne du sens à chacune des
choses qui nous entoure et plus encore aux êtres vivants. Je passe donc mes
journées à travailler, et faire le pitre, troquer mon costume cravate contre un
bleu de travail aux odeurs d’ouvriers, et rire à m’en décrocher la mâchoire de
tout et de rien, et puis, une fois cela fait, un travail sérieux martelé d’une
franche rigolade avec mes collègues et stagiaires, je rentre chez moi, et là,
enfin seul, chaque soir, chaque nuit, s’invite à mon chevet cette tristesse que
je porte comme un second vêtement, imprimé sur le grain de la peau, un écrou,
au fin fond de mon cerveau, qui menace d’éclater.
Cette finitude
intense grandit en moi, me dévore chaque centimètre de peau. Jour après jour,
elle me fait frissonner, s’empare de moi. Chaque nuit dessine au sein de mes
rêves ribambelles de danses macabres, où figurent des visages familiers, ô
combien décharnés. Chaque nuit c’est ma mère que j’enterre, lors même qu’elle
souhaite être incinérée. Mon cher journal, quand je suis seul, je ne pense plus
qu’à elle, aux irrésolus, aux paroles que je n’ai jamais pu prononcées, qui pourtant
se faufilaient dans mon discours, dans cette étreinte de main, que j’aurais
voulu éternelle, malgré le fleuve.
D’autres
étreintes sont moins profondes qu’elles se brisent peu à peu : mon petit ami,
quand je le vois, il me taraude, affiche sans cesse le désir je lui dise mon
amour, car je ne lui dis pas aussi souvent qu’il aimerait l’entendre, son « je
t’aime », et bien moins que lui, parfois, puisque je réponds guère à ses
déclarations, si ce n’est par une caresse, une étreinte, un baiser, mais cela
n’est jamais suffisant. Je veux que tu le dises, m’a-t-il dit hier. Pour moi -
l’impérieux - seules les paroles comptent. Je t’aime de plus en plus, m’a-t-il
avoué. Chaque jour un peu plus. Plus et encore plus et de même, continua-t-il,
j’aimerais de voir plus, beaucoup plus, partager plus avec toi. Lui ne tient
pas compte de ce que je traverse : c’est tout juste s’il m’a pris dans ses
bras, quand je suis revenu sur Lyon voici deux semaines, vidé du premier baiser
que la mort m’a donné, bredouillant timidement un « c’est dur pour toi, pauvre
chaton », avant que de classer ce dossier épineux, gênant, pour ne plus parler
que de sa télévision, son saint graal, fond visuel et sonore sur lequel il vit,
auquel, passionné, il veut me convertir, tandis que le silence fait siège en ma
demeure - place à l’obscurité ! Sans
doute m’aime-t-il pour lui plutôt que pour moi-même ? Ce n’est point un hasard
si je suis un chaton ; non point homme mais animal domestique.
Alors, au
travail, quand les clients s’évaporent, je ris, je vis une seconde vie, en
pleine lumière artificielle, valse dynamique avec mes collègues, seconde vie
dans laquelle ma mère n’est plus qu’un fantôme, et, curieusement, aujourd’hui,
cette nouvelle stagiaire que nous avons accueillie lundi, est venue à moi, cet
après-midi, pétrie de bonnes intentions,
et elle m’a dit que, si je voulais parler, lui parler, à elle, je le pouvais,
parce qu’elle comprenait ce que je traverse : elle a perdu son père d’un
cancer, voici quelques mois. Tu vois mon cher journal, la mort s’est invitée
partout, partout, et le gâteau au citron, dont mon palais se délectait, n’avait
plus le même goût. Tout comme toi, et comme moi, qui disparais un peu plus
chaque jour, à devenir mon propre fantôme, une caricature. Je n’ai plus besoin
de porter du noir pour devenir une ombre.


















