11 novembre 2009
En attendant NiKo III
Voici la suite de mes rééditions sur Thebookedition, plateforme d'auto édition française. Ici, L'Enfance d'une Garce et EX Nihilo, respectivement mon second et troisième roman.
L'Enfance d'une Garce
Joséphine n’est pas une enfant comme les autres. Dès l’âge de quatre ans, elle a une étonnante conception du monde et des choses qui l’entourent : elle n’aime pas sa mère, ni les gens du village, elle parvient à faire renvoyer la bonne, déteste les autres petites filles avec qui elle refuse de jouer, torture son chien, ignore sa petite sœur, n’éprouve absolument aucune peur vis-à-vis de la terrible institutrice ; puis, un jour, poussée par la curiosité, elle découvre un nouvel univers en se liant d’amitié avec le nouveau voisin, Monsieur Arnauty, un professeur de piano que les gens du village méprisent et appellent « l’inverti ».
EX Nihilo
EX Nihilo : rien ne naît de rien. Et pourtant... Point de départ : après huit ans d’absence, Christophe, ancien étudiant alcoolique et communiste, revient du Soudan. Il désire revoir Simon, à qui il n’a jamais donné signe de vie depuis... Simon ne se souvient qu’à peine de lui, mais peu à peu, au fil des heures et des coïncidences, l’histoire se reconstruit d’elle-même.
Après Disconite et l'Enfance d'une Garce, Nicolas Raviere explore de tout nouveaux concepts et univers pour ce troisième roman qui se passe cette fois-ci entre Lyon et Dijon et mélange habilement les genres narratifs (autobiographie, auto fiction, théâtre, ainsi qu'une version revisitée façon "gay" du célèbre conte "Le Petit Chaperon Rouge"...).
Toutes les rééditions de mes livres ici :
NICOLAS RAVIERE CHEZ THEBOOKEDITION
03 novembre 2009
En attendant NiKo II
Suite - et presque fin - des Rééditions :
NUITS CLOSES (nouvelles)
Du conte de fée à la
backroom, de la forêt aux chambres d’hôtel, du Moyen Age à nos jours, autour
d’un piano ou d’une musique techno, de l’ouverture d’une boite de nuit à la
fermeture d’un squat, de l’histoire vraie à une curieuse mise en scène pour une télé réalité sordide, prétextant un curieux concours de danse, de la rencontre
furtive dans un tramway à l’amour Absolu, de la présence à l’absence, et,
forcément, du rire aux larmes, 21 histoires gays et plus encore de garçons à
enclore dans la nuit.
Résumés des 21 nouvelles qui composent le recueil Nuits Closes :
La nuit close : Ou la vision schématique d’une nuit de drague en boite.
*
La peau de Karim : Karim, un adolescent de la banlieue parisienne, se refuse de vivre son homosexualité.
Le fils du Boulanger : Michael, le fils du boulanger, habite dans un village de trois cents habitants, auquel il cache, comme à sa famille, son homosexualité, jusqu’au jour où sa sœur, trop curieuse, découvre son secret.
Transparence : Alexandre, un garçon que personne n’a jamais regardé, absolument transparent, tente sa chance dans un lieu de drague pour tester son potentiel de séduction.
6X7 : Yannick D. recherche comme beaucoup le mec idéal. Comme tous, sa quête de la perfection passe par des impératifs, des critères de sélection plutôt drastiques. Le sien est unique, et mathématique : il aimera le mec qui, sans réfléchir, saura répondre sans même réfléchir à cette simple question mathématique : 6X7.
Premier soir : Ludovic découvre pour la première fois le monde des boites de nuit, en compagnie de ses deux meilleurs amis, Kevin et Romuald, deux joyeux drilles que rien n’arrête.
Dédalus : Ou la soirée d’un homme lambda dans un sex club labyrinthique. Trouvera-t-il la sortie de ce labyrinthe de Chair ?
Au château de MorteFleur : Il s’agit ni plus ni moins d’un conte relatant, ma foi, le parcours et les épreuves d’un prince dont la quête est de retrouver l’antédiluvienne princesse d’un royaume voisin, pour la réveiller avec un baiser, dans le plus grand respect de la légende… sauf que comme c’est un conte gay, ce n’est donc pas tout à fait comme cela que cela doit se passer...
Le pianiste : Un jeune homme s’éprend de la musique d’un pianiste qui, dans l’appartement d’en face, le fait rêver avec les superbes mélodies qui, chaque soir, s’échappent de son piano. Aimera-t-il tout autant le pianiste ?
Le garçon parfumé à la menthe : Dans le tramway, chaque matin, le narrateur aperçoit le troublant garçon parfumé à la menthe, lequel a transformé sa vie par sa simple présence. Mais un jour, sans crier gare, celui-ci disparaît…
Pharien et Antorfas : Du destin tragique de deux chevaliers du Moyen Age, épris l’un pour l’autre et négligeant leur Dame.
*
Histoire d’un morpion : Tribulations et considérations d’un morpion.
*
Le sorcier et la vierge de Fer : Un homme solitaire, célibataire depuis bien trop longtemps, en rencontre un autre qu’il décide de séduire en utilisant la sorcellerie.
Une si séduisante réalité virtuelle… : Julio, un gay esseulé, découvre, en achetant un ordinateur et en se reliant à internet, un nouveau monde qui le captive puis le happe.
Jeunesse Eternelle : Une nouvelle crème révolutionnaire permet à quiconque de retrouver son aspect d’antan, la jeunesse absolue, et parfaite. La promesse en sera-t-elle tenue ?
La Fabrique de mecs : Mec maker est un site révolutionnaire qui permet de commander un mec créé sur mesure. Antoine, séduit par le concept, commande lui aussi son homme idéal, qu’il fabrique lui-même de toute pièce, étape par étape.
Arrêt sur image : Deux jeunes hommes se rencontrent dans un parc et tombent amoureux l’un de l’autre.
Dance or Die : Cette nouvelle nous plonge dans une étrange émission de télé réalité dont l’alternative est des plus simple… il s’agit de danser ou… de mourir.
Le Manège de Chair : Après avoir pensé faire le deuil de sa mère, morte il y a deux mois, un homme décide à nouveau de sortir et conjurer cet ennui, ce profond mal-être qu’il ressent. Rencontrant un homme dans une boite de nuit, il devient une sorte d’objet sexuel inactif, englué dans des faits qu’il ne maîtrise plus, alors que cinq hommes profitent de son corps.
Rupture : Xavier et Yanis se séparent, et cette séparation, qu’ils vivent d’une façon différente l’un et l’autre, n’est pas sans conséquences sur leurs modes de vie.
*
Notre Drame des Fleurs : Les derniers instants de Notre Drame des Fleurs, prostitué.
22 octobre 2009
En attendant NiKo
Masculin et féminin, premier et cinquième roman, Disconite et Les Protubérances, sous un nouveau format plus pratique, de meilleure qualité, moins cher, grâce à Thebookedition, plateforme d'auto édition française. Et ce qui ne gâte rien, les frais de ports sont nettement moins élevés que sur Lulu, et la livraison très rapide, puisqu'ils sont basés à Lille.
Les Protubérances :
Emilie,
onze ans, surdouée, passe le baccalauréat cette année. Mais c’est sans
compter sur une tragédie qui mine son existence : des protubérances
mammaires poussent sur son corps, qui n’a de cesse de s’allonger…
Seulement voilà, Emilie refuse de grandir, pire encore : de devenir une
femme. C’est alors qu’elle entame une véritable croisade contre sa
féminité.
« Rien de pire ne pouvait m’arriver : me scrutant devant la glace,
à l’âge de onze ans, j’ai vu mon corps s’agrandir, comme un élastique.
Et deux petites boules informes sont apparues au dessus de mes côtes.
Deux petites boules roses et grêles. Le désastre était pour le moins
éminent. Alors, j’évitais de trop me regarder nue. »
Disconite :
Mélénas,
Mélunos et Mélonis, trois amis inséparables, passent tout leur temps
libre ensemble depuis des années. Ils partagent tout : les sorties, les
secrets, les alcools, une seule et même voiture, leurs sous-vêtements
et, bien sûr, leurs amants. Parfois, en discothèque, l’ambiance, les
sons, les visages, l’alcool, et autres substances, souvent quelque
chose de bien plus profond encore, poussent ces trois amis au crime,
frisson singulier, exaltant.
08 octobre 2009
Omega Centauri
On veut nous
mettre du garçon, va pour le garçon, une pluie de garçons, longs et bruns,
voilà : des garçons, comme s’il en pleuvait, avec des yeux clairs si possible
et pas trop sexy parce qu’on ne sait jamais : ne point pousser la clientèle au
crime ; déjà qu’elle bave copieusement sur de jolies poitrines, moulées dans
l’acrylique rose d’un granuleux costume de cirque. Le règne des femmes, c’est
fini, bel est bien fini.
Quel est ce
délire ? Et qu'est-ce que ça peut bien faire ? En vieillissant, en fermentant,
ces garçons se retrouveront tous avec une bedaine qui traîne à leurs pieds
cousus de cornes et de mycoses ; gavés de charcuterie, de saindoux et d’huiles
bon marché, enivrés d’alcool au rabais, cuvées délavées, certains d’entre eux,
aux bouches les plus pâteuses, glisseront leurs cravates nauséabondes dans
leurs caleçons vichy difformes et vaguement souillés. Celle-ci s’imprimera
comme une couche de gras scintillant sur l’implacable montagne de graisse
lourde - abjecte volupté que ce serpentin de satin, en direction d’un pénis mou
et fatigué.
J’ai couché
avec toi comme un homosexuel couche avec une femme : par dépit. Un soir d’été,
nappé de vodka, je t’avais vu pisser un maigre filet sur un réverbère, rue de
l’Université et je t’ai conduit, pour t’éconduire, dans l’appartement du Grand
Disparu, sans pour autant éprouver une once de désir à ton égard, peut-être par
lassitude, peut-être par pitié, peut-être pour satisfaire une pulsion glauque
dont j’ignorais alors les germes, la possibilité d’existence : j’étais, quoi
qu'il en soit, terriblement jeune. Or, malgré tout, je t’ai caressé, et chacune de mes caresses
raclait ta peau fragile, qui pelait encore et encore, déposant sur nos corps en
sueur toute cette neige effarante et dégoûtante qui, bien qu’elle évoquait à
n’en pas douter la mue des insectes, ne m’effrayait pas. Je me disais, tout
simplement, avec une lucidité que je n’ai jamais perdue : on a les étoiles
qu’on mérite.
Collection de
garçons, étendards de prototypes, boutique lumineuse, ceinte de majestés, et
plus bas : son enfer incontesté, où les étoiles ne sont que gouttes de lait,
infâmes lactations, je feuillette dans un album fantôme chacun de mes amants,
chacun de mes amours, retissant le canevas d’histoires toujours uniques, aux
dénouements iniques, ne tirant saveur que des inachevés, des expériences
étranges et, d’avoir quitté pour les Lumières cet homme que j’ai toujours aimé,
je conçois des regrets de plus en plus amers - et une satisfaction martyre à
l’avoir ainsi abandonné : celle qu’il puisse avoir la vie que moi, du haut de
mes 29 ans, je ne pouvais lui offrir.
Alors oui, bien des années plus tard, soir de solitude, sous le poids capiteux des souvenirs et cette
lucidité désarmante qui me mène à la conclusion que je finirais seul, je
renoue, tendre félicité, avec cette réflexion suggérée par ces trois rapports
sexuels successifs, nés d’une miction : je mérite chacune des étoiles qui me
sont discernées et c’est avec plaisir que je les décroche de mon firmament : je
veux un cosmos nu, dénaturé, je veux tout mais n’ai de désir pour rien. Ou,
tout simplement : je veux disparaître.
29 septembre 2009
L'Excursion [Interlude]
L’odeur du
vestiaire est puissante à décimer des orchidées, mais une fois de longues
minutes passées dans cette anarchie sportive, elle devient entêtante et pousse
à l’envie d’une volupté sans fard. Les pas, mus par une curiosité hormonale,
sont inexorablement guidés vers les douches collectives, source et sanctuaire
des fantasmes les plus évidents et cependant déserte : on imagine que les
joueurs sont passés par là, qu’ils ont frotté, avec une tendresse pour le moins
virile, la surface musculeuse de leurs corps sculptés, sous l’œil placide ou l’œillade
dérobée de leurs congénères : parviennent-ils, parfois, à réprimer certains
désirs ? / Car rien n’est moins discret
qu’une bandaison. / L’odeur désagréable qui m’avait sauté à la gorge, elle
s’empare de mon corps, de mes sensations ; je m’en imprègne jusqu’à la
moelle. En filigrane, dans l’imagination, des fantômes se dessinent, aux corps
point transparents. Leur peau, ceinte de muscles bandés, est perlée,
merveilleuse transparence, d’un harem de gouttes d’eau. Dans ce rêve éveillé,
tu peux, de ta langue, éclater cette infinité de bulles. Mais les douches sont
tristes, livides, désertes sous la lumière artificielle : le carrelage désuet,
placardé partout comme une prison d’ivoire, vaguement crasseux, n’est que la
monstration évidente d’une invit’ au viol, ce qui te renvoie, pauvre conne, à
ta propre solitude.
22 septembre 2009
Formol
Les vêtements
sont carcans et sculptures ; la peau ne respire pas mais l’être se dessine. Tu
es mal dessiné, un brouillon, une caricature, un trait grossier dissimulant un
cœur d’or - et de pierre. Et tu t’avances vers moi, avec des idées de coït. Moi
qui suis mal dessiné, un autre modèle, plus fantaisiste, longiligne, légèrement
clouté. Je n’ai fait que sourire. Une femme, dont on a retiré de l’utérus une
masse informe d’un kilogramme avait dit, voici quelques années, à mon sujet que
Nicolas - ce cher Nicolas - était piquant comme une châtaigne mais
que son cœur, son cœur était moelleux et tendre. Moelleux, sans
doute, comme une paire de fesses.
Il faisait
froid et j’étais fatigué, j’étais avec cet autre qui, pour se vendre, ne parle
que de ses actions ; celui-ci me plaît, ce mélange passif aggressif, mais les
confessions, tête bêche sur un banc, sur les quais du Rhône, by night, ont eu
raison de mes envies, m’inculquant, par des voies mystérieuses, le goût d’en
savoir plus, de le connaître mieux, d’être, tout simplement, avec lui, sans
doute parce qu’il s’agit encore d’une possible impasse. Il me fallait
l’embrasser, lui caresser le cou, plonger mes yeux dans les siens. De jeunes
papillons de nuit, rutilant, crachotant du mollard nicotineux, nous ont demandé
si nous étions homosexuels ; j’ai répondu à cela : une fois par semaine. Mais
non pratiquant.
Le temps ne me
permet plus de me rendre dans ces lieux de cultes que j’ai fréquentés,
autrefois, avec l’assiduité implacable et dévote d’une grenouille de bénitier ;
de ces dionysies absurdes, je ne conserve que de vagues souvenirs, putrescences
érotiques, badineries sournoises, lutineries passionnantes, plié que je suis
aux labeurs absurdes d’une vie systématique et lancinante, où se dessinent, à
la craie, d’étranges amitiés, d’heureuses complicités. Le fantasme, plus que
jamais présent, me domine et, plaqué sur cette vie artificielle que je brode et
que je subis, je sens que je suis prêt à éclater, d’un moment à l’autre, de
même qu’une bombe ; il est toujours en moi, plus que jamais, cette pulsion de
mort, cette attirance pour le sordide qui macère et dont les voix, entrelacs
convulsif de métal et violons, se chevauchent, me rappellent au Drame. Combien
de temps resterais-je en apnée ?
17 septembre 2009
Oripeaux
Observer les
voisins, c’est un peu comme dessiner la vie des inconnus dans le train, d’un
coup de fusain brutal, éjaculé :
Ce soir
d’ennui, muni de mes jumelles, j’ai traversé du regard la rue, pour me pencher
sur cette vitre bariolée de deux canapés, deux canapés bariolés de quatre corps
d’hommes dont les faciès annonçaient - mort aux fabulations - l’incontournable
sexualité : en temps réel je devinais, avant qu’ils ne se touchent enfin -
stupide et ridicule attente - le couple homosexuel, un genre couple modèle, «
mignon mignon joli mimi », que l’on peut distiller dans une fiction, pour
ameuter les fidèles, l’un trop bonne pâte et l’autre suintant la salope
vaguement repentie. Un énigmatique, toujours
coupé, caché par l’armature de la fenêtre, ne se laissait point découvrir. Le
quatrième était un grand ordinaire un peu bonhomme et clairsemé, gentil et fade,
supposé bavard : pure supposition.
Je savais
qu’ils attendaient quelque chose, tant la soirée bandait mou, dans ce salon
épuré, sur des canapés en cuir noir, de ceux que l’on refuse de tacher, de ceux
dont les coussins ne prennent point la forme des culs qui s’y incurvent,
lesquels pourtant sont légion. Je savais que ce quatuor peu épicé se rendraient
à la White party mais le fait d’être découvert, à cause du vis-à-vis, malgré
l’immersion dans le noir, m’a écarté de mes observations et de cette curiosité
déjà coupable, presque nouvelle et assumée. J’essayais, quand je ne les
regardais pas, de comprendre pourquoi le couple alternait souvent leurs places,
toutes les dix minutes, à chaque fois que je jetais un œil sur leur espace
découvert, jusqu’à se qu’ils disparaissent enfin : je savais que certains
d’entre eux seraient vêtus de blanc, et qu’ils partiraient de chez eux bien
avant minuit, condition sine qua non pour pénétrer le sanctuaire du
chaos sans se trop délier sa bourse.
Je n’ai vu
qu’une chemise, avant que l’appartement ne soit désert et noir, sur le coup de
onze heures puis, oubliant déjà ces séquences, je me suis plongé avec un
appétit quelque peu tempéré dans un film tant jouissif qu’idiot, pensant à ma
propre permanence : depuis quelques années, les individus se succèdent dans le
quartier, avec, pour chacun, une histoire différente, dont ne sont parfois
dévoilées que des bribes, et moi, qui suis fidèle au poste, toujours présent,
maître de l’esquisse, je me suis dépourvu de tous les oripeaux.
04 septembre 2009
Animal Junkie
- Quel est déjà
ton prénom, ton prénom, mon beau, aux yeux effarants ? Moi je suis animal
Junkie et je t’invite à cette fête sans queue ni tête, un soir au bord du lac. Tu
viendras, dis, tu viendras ?
- J’ai de l’aube
en tête, et des idées de poésie. Ma mère est de nouveau au pays des prunes,
avec une voix de fillette. J’ai lancé des bonbons sur ma nouvelle stagiaire,
une jeune fille trop déterminée et jolie, qui pose pour de la lingerie, avec
aplomb, devant des cheminées, sur des peaux de bêtes, la peau nacrée, bardée de
filaments de dentelles noires.
- Mais ton
prénom, dis-moi ton prénom, je l’ai oublié.
- Je me
souviens de ton haleine mentholée et déjà j’ai envie d’oublier cet instant où
tu posais tes mains sur mes cuisses, d’un frôlement maintenu, terriblement
féminin. J’en aime un autre, et cet autre : c’est moi.
- C’est sans
doute le propre de l’homosexuel, de s’aimer, ou de se bannir.
- Ou les deux à
la fois, c’est sans doute la même chose, probablement, mais, ce n’est pas du
tout ça. Ce n’est jamais vraiment ça. Tu sais, animal junkie, il y a cet homme sauvage
avec qui j’imagine des coïts sur ma table basse, qui te ressemble un peu, et ce
garçon délavé, un jeune poussin que j’aimerais briser à loisir, et dont la
chair semble si tendre qu’elle est un crime - pour un végétarien. Il m’a donné
comme un joyau un clin d’œil malicieux, et il est à portée.
- Cela ne me
dit pas ton prénom.
- Il est comme
l’amour, mon cher animal Junkie : à réinventer.
31 août 2009
Teufel
Les démons
évitent de lorgner sur l’écran délétère, aux ondes point mystiques, d’idiotes
fictions sirupeuses qui pourtant les concernent : un renard tout gonflé
d’ego et terriblement maladroit s’en prend à une garce vêtue de noir pour
appartenir au pays des prunes et dédaigner son pelage plus crépu que soyeux. Il
lui lance cet ultimatum : on se voit pour parler de nous samedi ou dimanche,
lundi, ce sera trop tard. Certains trentenaires déguisent sur leur carte
d’identité une immaturité féroce qui les condamne face à la vie. C’est
pathétique - et délicieux.
La garce, quant
à elle, n’est point ébranlée par ces circonstances qui feraient pâlir toute la
Côte Ouest, vous imaginez bien : elle a trouvé, sans même s’en rendre
compte, la fameuse télécommande, seule capable de suspendre ce film ridicule qu’elle
regardait et dont elle était à la fois l’actrice principale, et la désolante
figurante, tout comme Marie et son célèbre poupon manufacturé par les hommes.
Synesthésie,
levée de rideau et apparence d’un garçon qui boit des jus de pissenlit, qu’on
appose à ce labyrinthe de chair par trop connu ; point de prière,
d’invocation, c’est un bus de métal qui le transporte, par l’immense avenue
dessinée d’un vent frais. La ville des lumières, ouverte, expose son obscurité,
cette architecture parallèle qui ouvre une nouvelle vie, de nouvelles
perceptions, et, dans ce décorum oublié, la résurrection d’une appartenance
certaine : liberté et rémission, dans un même mouvement.
Un ange levé
vers le ciel, ailes écartelées ; une descente au caveau se prépare, comme
un complot ourdi par d’étranges boissons vertes, ne distillant plus leurs
poisons ; tu es nouveau ici, je ne t’ai jamais vu, tu as des yeux
superbes. Ce sont les paroles prononcées par un diable cornu aux rides
altières, mâchoire carrée, qui mène l'ange courbé sous la voûte de pierre, dans une forêt
de néons violets qu'il ne voit même plus.
24 mai 2009
Pamela Pitch : She’s Orange Mécanique
David traîne
beaucoup ces temps-ci non loin de l’île de la tentation ; je l’ai rejoins, un
de ces jours derniers, sur la plage de galets, enfourchant mon fidèle destrier,
ce VTT dont j’use et abuse et qui fait la gloire de ma salle de bain, ce qui,
croyez le bien, est plus courant qu’il n’y paraît. Mais provisoire.
Il m’a parlé de
l’île, droit devant, qu’il aimerait la rejoindre, cette putain d’île, à
quelques mètres de nous, cernée d’une abondante végétation, cachette idéale pour
le vice éclair, et la chasse au bambou ; quand il fera plus chaud, m’a-t-il
confié, quand il fera plus chaud, j’irai voir sur l’île, ce qu’il s’y passe -
ce qui ne l’empêche pas de tournoyer dans les buissons, pour les rendre
ardents. Ou pas !
Nous discutâmes
sous la chaleur, devant le Rhône alerte, le cul vissé sur des galets instables
et blancs quand apparut la version masculine - et quelque peu défraîchie - de
Pamela Anderson, nymphe musculeuse et un rien pathétique par l’aspect
flamboyant qu’elle se donnait, échappant de l’île à la recherche d’autres
tentations, car, visiblement, elle avait fait le tour des bambous - la pauvre
chérie.
Elle m’a bien
fait rire, celle-ci, avec son corps en plastique, si peu naturel, tellement «
magazine » ou star du x sur le retour, acquis probablement par des heures de
labeur intempestif en salle climatisée, lequel corps était serti d’un bronzage
hors saison impeccable, aussi implacable qu’une demi-douzaine de séances UV,
corps sur lequel était vissé une tête à la fois pédante et ahurie, de celles
que possèdent nombre de professeurs aseptisés par de médiocres certitudes ; et des lunettes rondes, ce me
semble, je n’en suis plus très sûr car, je l’avoue, j’ai fait plus attention au
boxer orange, qui m’a scotché, par son côté insolite, un boxer orange tape à l’œil,
du genre à annoncer les trucs moches, un peu dans le style Cône de Signalisation.
HUMMMMMM. Etait-ce là technique subliminale ?
Point trop n’en
faut pour plaire aujourd’hui : il est nécessaire, que dis-je, indispensable, de
mettre toutes les cartes de son côté et de se la jouer fine, pour se donner un
petit air supérieur, se créer un mythe, un côté irrémédiablement sexy, à la
façon d’une star, mais d’une star prisunic, plus ou moins accessible selon les
heures du jour - et de la nuit. Ben ouais ma minette, faut créer le désir,
déployer l’artillerie lourde. Moi, face à cette créature improbable, sérieux,
je me sens complètement largué, mais alors totalement dépassé !
Mais quand même
! Qu’il était délicieux de la voir sautiller dans l’eau, telle une nymphe
groggy par Dieu sait quelle liqueur, afin d’éviter un rocher aussi petit qu’un
pigeon et faire plouf plouf, des gouttes d’eau éclatant sur sa peau plastifiée,
s’écrasant sur le cellophane et le jus de carotte à pouf, délicieux de la voir
sautiller comme un petit cabri tout fragile, ô combien riquiqui, nonobstant
l’achalandage de muscles, de viande, son visage stupide n’exprimant que néant
et vide.


















