QUERELLE

Journal intime, mais non confidentiel, de Nicolas Raviere, où il est question de toute autre chose, parfois, que de simples querelles.

30 décembre 2009

L'Ambivalence des Succubes

Comme nous savions que c’était bientôt la fin, la fin inéluctable de mon aliénant contrat, les naïades de la propreté m’ont invité moi, après la fête du personnel, où l’une d’entre elle, dans la salle verte striée de fleurs abjectes, s’est frotté contre mon sexe mou et éreinté, pendant que l’autre mimait un morceau saugrenu, mais vertigineux, au pipeau, une flûte imaginaire, tandis que défilaient, à la queue leu leu, une quantité de tubes décédés - et cependant immortels - des années 80. Un grand cru pour déhancher nos culs.

Nous rîmes à nous décrocher la mâchoire, sous les nappes de synthés pâteuses et enlevés, les voix ringardes et sensuelles comme des boîtes de cassoulet, oh nous rîmes tant que les avances forcenées à mon endroit, qu’elles fussent réelles ou ordonnées par un abus de spiritueux, me firent accepter l’invitation dans l’antre de l’une d’entre elle, la plus raisonnée, d’une gentillesse certaine : nos boîtes de chocolat sous le bras, partant dans la nuit, esquivant toutefois le traquenard d’une soirée en discothèque, nous nous séparâmes, à l’aube d’une nouvelle traite de blanche, où un homme point tout à fait homme serait violenté par des femmes démoniaques, carburant au rosé et au nem. 

Je n’ai pas trouvé, la semaine suivante, l’entrée de l’immeuble : j’ai fait le tour entier de l’imposant blockhaus, pour trouver une porte suspecte, légèrement entrouverte, pour enfin monter à tâtons dans l’escalier, espérant qu’une porte d’entrée s’ouvre, dévoilant l’appartement que j’étais censé quêter, car il n’y avait point d’indications tangibles, sur la boîte aux lettres de la gente demoiselle ; je fus saisi, pénétrant la salle à manger, de l’accueil sympathique et courtois qui m’était réservé, heureux de passer une soirée avec ces femmes que j’ai côtoyées chaque jour, quelques minutes précieuses, dérobées à ma fonction, puis, effrayé, le temps et l’alcool faisant son œuvre, du dérapage incontrôlé de la soirée, où il me semblait parfois, par jeu, devenir un morceau de viande pour deux de ces femmes, qui tournaient autour du fécès qui leur était présenté, avec toute la dévotion et l’acharnement d’une mouche.

Ces femmes ne savaient visiblement pas - et elles étaient bien les seules, sur mon lieu de travail - que j’étais membre du grand bâtiment d’argent et, comme l’une d’entre elle m’aimait bien, deux autres, entre deux verres de rosé, me capturent et me saisirent les bras, pendant que l’autre s’acharnait, mante religieuse, à me dévorer le cou, copieusement, me déboîtant la carotide par sa succion forcenée : jamais suçon ne fut si douloureux, si violet, de quoi marquer au fer rouge plus d’une semaine ma peau blanchâtre ; et celle-ci, cette succube, démone d’une morgue, s’est assise sur moi, sur moi, qui riais, effaré, effrayé ; on me força ensuite à danser, devant une webcam camé à la pixeline, sur l’écran de laquelle un homme bedonnant et anglais nous observait et me disait, groggy de désir, « how lucky you are » ; on se frotta à moi langoureusement, à m’en déboîter les hanches.

J’étais, présentement, à cette soirée, une femme au milieu d’hommes en rut, une femme livrée en pâture à des bêtes sauvages, une créature gracile et sans défense, vaguement docile, qui subissait, jambes serrées sur le sofa, les assauts forcenés d’un karaoké chinois qui vrillait mes tympans, tant les voix puissantes tintaient comme des cloches fêlées, à l’allure des bulles de ma coupe à moitié, vide à moitié pleine ; et c’est mon sexe que je protégeais des caresses violentes, comme des coups, qui fusaient à l’entrecuisse et point ma croupe : quel monde étrange, comme inversé ! Alors, je me suis réfugié, par dépit mais aussi par envie, dans les bras de la plus douce, celle qui me laissait tranquille, mais riait de ma sulfureuse agression. Car, au risque de passer pour misogyne, ou quelqu’un qui apprécie les normes relatives aux rôles que nous sommes censés jouer et ce que nous sommes censés refléter dans cette société mutagène qui nous dissocie chaque jour un peu plus, les femmes, à mon sens, ne peuvent qu’être douce et sensuelle, lors même que forte, avec un caractère plus fort que tout, si ce n’est que la mort, qui, des femmes, est évidemment la plus despotique. Douce et sensuelle donc. Ou alors, qu’elle s’achète des poils.

C’est avec cette femme d’une douceur agréable, véritable oasis dans cette cacophonie de râles et de gestes, que je me suis réfugié, posant ma tête sur son épaule, réchauffant ses mains froides, en les enfermant dans les miennes, en les frottant énergiquement, ce qui me semble être mon rôle ; ce qui, évidemment, ne me ressemble pas. Quand je l’ai pris dans mes bras, j’avais l’impression curieuse d’être puissant, solide, d’être ce qu’on appelle un homme - et non un garçon. C’est aussi avec elle que je suis resté coincé dans un ascenseur : le vilain fantasme ! Une situation qu’il m’aurait plu de connaître avec un homme, juste après une soirée, pour se découvrir un peu plus : il aurait été bon qu’un homme me pousse avec violence sur les boutons éteints, et procède dans le sens du sexe. Car c’est aux hommes de le faire.

 

11 novembre 2009

En attendant NiKo III

Acheter EX Nihilo Acheter L\'Enfance d\'une Garce

Voici la suite de mes rééditions sur Thebookedition, plateforme d'auto édition française. Ici, L'Enfance d'une Garce et EX Nihilo, respectivement mon second et troisième roman.

L'Enfance d'une Garce

Joséphine n’est pas une enfant comme les autres. Dès l’âge de quatre ans, elle a une étonnante conception du monde et des choses qui l’entourent : elle n’aime pas sa mère, ni les gens du village, elle parvient à faire renvoyer la bonne, déteste les autres petites filles avec qui elle refuse de jouer, torture son chien, ignore sa petite sœur, n’éprouve absolument aucune peur vis-à-vis de la terrible institutrice ; puis, un jour, poussée par la curiosité, elle découvre un nouvel univers en se liant d’amitié avec le nouveau voisin, Monsieur Arnauty, un professeur de piano que les gens du village méprisent et appellent « l’inverti ».

Le livre L\'Enfance d\'une Garce

EX Nihilo

EX Nihilo : rien ne naît de rien. Et pourtant... Point de départ : après huit ans d’absence, Christophe, ancien étudiant alcoolique et communiste, revient du Soudan. Il désire revoir Simon, à qui il n’a jamais donné signe de vie depuis... Simon ne se souvient qu’à peine de lui, mais peu à peu, au fil des heures et des coïncidences, l’histoire se reconstruit d’elle-même.

Après Disconite et L'Enfance d'une Garce , Nicolas Raviere explore de tout nouveaux concepts et univers pour ce troisième roman qui se passe cette fois-ci entre Lyon et Dijon et mélange habilement les genres narratifs (autobiographie, auto fiction, théâtre, ainsi qu'une version revisitée façon "gay" du célèbre conte "Le Petit Chaperon Rouge"...).

Le livre EX Nihilo

Toutes les rééditions de mes livres ici :

NICOLAS RAVIERE CHEZ THEBOOKEDITION

03 novembre 2009

En attendant NiKo II

Suite - et presque fin - des Rééditions :

Acheter Nuits Closes

NUITS CLOSES (nouvelles)

Du conte de fée à la backroom, de la forêt aux chambres d’hôtel, du Moyen Age à nos jours, autour d’un piano ou d’une musique techno, de l’ouverture d’une boite de nuit à la fermeture d’un squat, de l’histoire vraie à une curieuse mise en scène pour une télé réalité sordide, prétextant un curieux concours de danse, de la rencontre furtive dans un tramway à l’amour Absolu, de la présence à l’absence, et, forcément, du rire aux larmes, 21 histoires gays et plus encore de garçons à enclore dans la nuit.

Le livre Nuits Closes


Résumés des 21 nouvelles qui composent le recueil Nuits Closes :


La nuit close : Ou la vision schématique d’une nuit de drague en boite.


*


La peau de Karim : Karim, un adolescent de la banlieue parisienne, se refuse de vivre son homosexualité.


Le fils du Boulanger : Michael, le fils du boulanger, habite dans un village de trois cents habitants, auquel il cache, comme à sa famille, son homosexualité, jusqu’au jour où sa sœur, trop curieuse, découvre son secret.


Transparence : Alexandre, un garçon que personne n’a jamais regardé, absolument transparent, tente sa chance dans un lieu de drague pour tester son potentiel de séduction.


6X7 : Yannick D. recherche comme beaucoup le mec idéal. Comme tous, sa quête de la perfection passe par des impératifs, des critères de sélection plutôt drastiques. Le sien est unique, et mathématique : il aimera le mec qui, sans réfléchir, saura répondre sans même réfléchir à cette simple question mathématique : 6X7.


Premier soir : Ludovic découvre pour la première fois le monde des boites de nuit, en compagnie de ses deux meilleurs amis, Kevin et Romuald, deux joyeux drilles que rien n’arrête.


Dédalus : Ou la soirée d’un homme lambda dans un sex club labyrinthique. Trouvera-t-il la sortie de ce labyrinthe de Chair ?


Au château de MorteFleur : Il s’agit ni plus ni moins d’un conte relatant, ma foi, le parcours et les épreuves d’un prince dont la quête est de retrouver l’antédiluvienne princesse d’un royaume voisin, pour la réveiller avec un baiser, dans le plus grand respect de la légende… sauf que comme c’est un conte gay, ce n’est  donc pas tout à fait comme cela que cela doit se passer...


Le pianiste : Un jeune homme s’éprend de la musique d’un pianiste qui, dans l’appartement d’en face, le fait rêver avec les superbes mélodies qui, chaque soir, s’échappent de son piano. Aimera-t-il tout autant le pianiste ?


Le garçon parfumé à la menthe : Dans le tramway, chaque matin, le narrateur aperçoit le troublant garçon parfumé à la menthe, lequel a transformé sa vie par sa simple présence. Mais un jour, sans crier gare, celui-ci disparaît…


Pharien et Antorfas : Du destin tragique de deux chevaliers du Moyen Age, épris l’un pour l’autre et négligeant leur Dame.


*


Histoire d’un morpion : Tribulations et considérations d’un morpion.


*


Le sorcier et la vierge de Fer : Un homme solitaire, célibataire depuis bien trop longtemps, en rencontre un autre qu’il décide de séduire en utilisant la sorcellerie.


Une si séduisante réalité virtuelle… : Julio, un gay esseulé, découvre, en achetant un ordinateur et en se reliant à internet, un nouveau monde qui le captive puis le happe.



Jeunesse Eternelle : Une nouvelle crème révolutionnaire permet à quiconque de retrouver son aspect d’antan, la jeunesse absolue, et parfaite. La promesse en sera-t-elle tenue ?


La Fabrique de mecs : Mec maker est un site révolutionnaire qui permet de commander un mec créé sur mesure. Antoine, séduit par le concept, commande lui aussi son homme idéal, qu’il fabrique lui-même de toute pièce, étape par étape.


Arrêt sur image : Deux jeunes hommes se rencontrent dans un parc et tombent amoureux l’un de l’autre.


Dance or Die : Cette nouvelle nous plonge dans une étrange émission de télé réalité dont l’alternative est des plus simple… il s’agit de danser ou… de mourir.


Le Manège de Chair : Après avoir pensé faire le deuil de sa mère, morte il y a deux mois, un homme décide à nouveau de sortir et conjurer cet ennui, ce profond mal-être qu’il ressent. Rencontrant un homme dans une boite de nuit, il devient une sorte d’objet sexuel inactif, englué dans des faits qu’il ne maîtrise plus, alors que cinq hommes profitent de son corps.


Rupture : Xavier et Yanis se séparent, et cette séparation, qu’ils vivent d’une façon différente l’un et l’autre, n’est pas sans conséquences sur leurs modes de vie.

*

Notre Drame des Fleurs : Les derniers instants de Notre Drame des Fleurs, prostitué.

22 octobre 2009

En attendant NiKo

Acheter Disconite Acheter Les Protubérances

Masculin et féminin, premier et cinquième roman, Disconite et Les Protubérances, sous un nouveau format plus pratique, de meilleure qualité, moins cher, grâce à Thebookedition, plateforme d'auto édition française. Et ce qui ne gâte rien, les frais de ports sont nettement moins élevés que sur Lulu, et la livraison très rapide, puisqu'ils sont basés à Lille.

Les Protubérances :

Emilie, onze ans, surdouée, passe le baccalauréat cette année. Mais c’est sans compter sur une tragédie qui mine son existence : des protubérances mammaires poussent sur son corps, qui n’a de cesse de s’allonger… Seulement voilà, Emilie refuse de grandir, pire encore : de devenir une femme. C’est alors qu’elle entame une véritable croisade contre sa féminité.

« Rien de pire ne pouvait m’arriver : me scrutant devant la glace, à l’âge de onze ans, j’ai vu mon corps s’agrandir, comme un élastique. Et deux petites boules informes sont apparues au dessus de mes côtes. Deux petites boules roses et grêles. Le désastre était pour le moins éminent. Alors, j’évitais de trop me regarder nue. »

Le livre Les Protubérances

Disconite :

Mélénas, Mélunos et Mélonis, trois amis inséparables, passent tout leur temps libre ensemble depuis des années. Ils partagent tout : les sorties, les secrets, les alcools, une seule et même voiture, leurs sous-vêtements et, bien sûr, leurs amants. Parfois, en discothèque, l’ambiance, les sons, les visages, l’alcool, et autres substances, souvent quelque chose de bien plus profond encore, poussent ces trois amis au crime, frisson singulier, exaltant.


Le livre Disconite

29 septembre 2009

L'Excursion [Interlude]

L’odeur du vestiaire est puissante à décimer des orchidées, mais une fois de longues minutes passées dans cette anarchie sportive, elle devient entêtante et pousse à l’envie d’une volupté sans fard. Les pas, mus par une curiosité hormonale, sont inexorablement guidés vers les douches collectives, source et sanctuaire des fantasmes les plus évidents et cependant déserte : on imagine que les joueurs sont passés par là, qu’ils ont frotté, avec une tendresse pour le moins virile, la surface musculeuse de leurs corps sculptés, sous l’œil placide ou l’œillade dérobée de leurs congénères : parviennent-ils, parfois, à réprimer certains désirs ? / Car rien n’est moins discret qu’une bandaison. / L’odeur désagréable qui m’avait sauté à la gorge, elle s’empare de mon corps, de mes sensations ; je m’en imprègne jusqu’à la moelle. En filigrane, dans l’imagination, des fantômes se dessinent, aux corps point transparents. Leur peau, ceinte de muscles bandés, est perlée, merveilleuse transparence, d’un harem de gouttes d’eau. Dans ce rêve éveillé, tu peux, de ta langue, éclater cette infinité de bulles. Mais les douches sont tristes, livides, désertes sous la lumière artificielle : le carrelage désuet, placardé partout comme une prison d’ivoire, vaguement crasseux, n’est que la monstration évidente d’une invit’ au viol, ce qui te renvoie, pauvre conne, à ta propre solitude.

14 septembre 2009

Les Corps Blancs

La white party était grandiose : je n’y étais pas. Je visionnais cette fiction douteuse, un peu du genre à émoustiller John Waters, et rigolait, lové dans mon sofa, presque nu, presque indécent, presque conscient de cette attente un peu sordide, maintenant que certains mécanismes sociaux, mis en branle par des accointances fantomatiques, se sont enclenchés et que l’écriture, cette salope amovible, m’est revenue, après m’avoir été confisquée par mes propres démons ; c’est un second corps qui fond en moi, avec toute la passion d’un premier amour.

Sous un soleil déclinant, dardé au crépuscule sous l’œil d’hommes dénudés, papiers glacés, les visages vieillissent, les corps ne sont plus si fermes mais les regards pétillent ; les invitations se font et se défont avec un certain maniérisme ; on sent là plus insidieusement le sexe, qui n’est point mentionné, caché, et qui suscite plus encore d’envie, de même que Dieu n’est pas visible et cumule les fidèles. Devrais-je te mettre en garde et te dire ce que tu sais déjà : l’imagination est une lame cruelle, meurtrière, qui n’est bonne qu’à te pénétrer, pour te laisser tel un cadavre, vide de toute substance ? Ta gueule.

[ A l’heure où les SMS deviennent des missives, les cœurs conquis déchantent déjà, processus cruel ; tout ça, c’est comme les fleurs, nous sommes incapables de fleurir une saison entière. ]

Je voulais, la nuit dernière, m’endormir avec une peluche, étreindre cette boule de poil synthétique, plaquer mon visage contre la surface de son corps, une coutume qui m’est étrangère, mais le sommeil m’a saisi avant que je ne m’en empare, a fait de moi son esclave, pour quelques rêves étranges, dérangeants, intermèdes violents. A six heures du matin, diable cornu m’a envoyé par satellite un message, m’appelant « joli lapin », mais je n’ai point trouvé chez moi de carottes, seulement deux longs navets, longs comme des missiles. Malgré mes efforts, je ne parviens pas à être ordinaire. C’est avec entrain que je cherche l’antidote sous ces formes les plus pures - de la poudre à perlimpinpin ?

04 septembre 2009

Animal Junkie

- Quel est déjà ton prénom, ton prénom, mon beau, aux yeux effarants ? Moi je suis animal Junkie et je t’invite à cette fête sans queue ni tête, un soir au bord du lac. Tu viendras, dis, tu viendras ?

- J’ai de l’aube en tête, et des idées de poésie. Ma mère est de nouveau au pays des prunes, avec une voix de fillette. J’ai lancé des bonbons sur ma nouvelle stagiaire, une jeune fille trop déterminée et jolie, qui pose pour de la lingerie, avec aplomb, devant des cheminées, sur des peaux de bêtes, la peau nacrée, bardée de filaments de dentelles noires.

- Mais ton prénom, dis-moi ton prénom, je l’ai oublié.

- Je me souviens de ton haleine mentholée et déjà j’ai envie d’oublier cet instant où tu posais tes mains sur mes cuisses, d’un frôlement maintenu, terriblement féminin. J’en aime un autre, et cet autre : c’est moi.

- C’est sans doute le propre de l’homosexuel, de s’aimer, ou de se bannir.

- Ou les deux à la fois, c’est sans doute la même chose, probablement, mais, ce n’est pas du tout ça. Ce n’est jamais vraiment ça. Tu sais, animal junkie, il y a cet homme sauvage avec qui j’imagine des coïts sur ma table basse, qui te ressemble un peu, et ce garçon délavé, un jeune poussin que j’aimerais briser à loisir, et dont la chair semble si tendre qu’elle est un crime - pour un végétarien. Il m’a donné comme un joyau un clin d’œil malicieux, et il est à portée.

- Cela ne me dit pas ton prénom.

- Il est comme l’amour, mon cher animal Junkie : à réinventer.

31 août 2009

Teufel

Les démons évitent de lorgner sur l’écran délétère, aux ondes point mystiques, d’idiotes fictions sirupeuses qui pourtant les concernent : un renard tout gonflé d’ego et terriblement maladroit s’en prend à une garce vêtue de noir pour appartenir au pays des prunes et dédaigner son pelage plus crépu que soyeux. Il lui lance cet ultimatum : on se voit pour parler de nous samedi ou dimanche, lundi, ce sera trop tard. Certains trentenaires déguisent sur leur carte d’identité une immaturité féroce qui les condamne face à la vie. C’est pathétique - et délicieux.

La garce, quant à elle, n’est point ébranlée par ces circonstances qui feraient pâlir toute la Côte Ouest, vous imaginez bien : elle a trouvé, sans même s’en rendre compte, la fameuse télécommande, seule capable de suspendre ce film ridicule qu’elle regardait et dont elle était à la fois l’actrice principale, et la désolante figurante, tout comme Marie et son célèbre poupon manufacturé par les hommes.

Synesthésie, levée de rideau et apparence d’un garçon qui boit des jus de pissenlit, qu’on appose à ce labyrinthe de chair par trop connu ; point de prière, d’invocation, c’est un bus de métal qui le transporte, par l’immense avenue dessinée d’un vent frais. La ville des lumières, ouverte, expose son obscurité, cette architecture parallèle qui ouvre une nouvelle vie, de nouvelles perceptions, et, dans ce décorum oublié, la résurrection d’une appartenance certaine : liberté et rémission, dans un même mouvement.

Un ange levé vers le ciel, ailes écartelées ; une descente au caveau se prépare, comme un complot ourdi par d’étranges boissons vertes, ne distillant plus leurs poisons ; tu es nouveau ici, je ne t’ai jamais vu, tu as des yeux superbes. Ce sont les paroles prononcées par un diable cornu aux rides altières, mâchoire carrée, qui mène l'ange courbé sous la voûte de pierre, dans une forêt de néons violets qu'il ne voit même plus.

 

04 juin 2009

Lutins

Perdu dans le 8, si grand, dans des rues dédales, sans bus apparent, en plein dimanche, après un sommeil à l’arraché chez l’ami des telletubies, usé jusqu’à la moelle par le poker, les shooters, les cocktails, les potins de classe non sirupeuse, les gages et les chansons, le ventre gonflé de maïs, et de pommes au curry, je regagnais péniblement, veine sucrée quand tu nous tiens, suant à grandes eaux, mon domicile enfin réhabilité.

Les distractions, fussent-elles festives, joyeuses, ne me détournaient point de lui, que j’ai rejoint, par delà la géographie, par delà les câbles, dans cette fenêtre toute petite, où les mots se suivent et se ressemblent, où les rêves sont grands. Je porte dans le cou, 7 par 3, le stigmate de sa passion et sa conquête et me surprends à penser, pessimiste, réaliste, que l’embryon d’histoire pourrait cesser, tout comme l’histoire des continents, régis par les lancinances inéluctables de la tectonique, qui œuvre dans le silence absolu des terres, et avec certitude.

- On pourrait s’aimer, dis, tu crois, on pourrait s’aimer, un peu, beaucoup, passionnément ?

Mais à la folie - sûrement pas : la folie, c’est couru, ne se suffit pas à elle-même. Si je pouvais pénétrer par la pensée l’enceinte de la tienne et savoir ce qui s’y trame, au-delà de ce que tu penses de mes cheveux, que tu trouves clairsemés, de mon corps, qui n’est point suffisamment musclé à ton goût, de mon intelligence farfelue, de ma culture, dont tu n’as pas idée des bizarreries, de ce que tu sais de ma vie et surtout, de ce que tu en ignores, je saurais le tracé même de tes augures, et pourrais l’épouser, créant ainsi de tous nouveaux stigmates.

Mais bon…
Nous lutinons
.

 

10 mai 2009

Alambic des Limbes

Dieu nous a abandonnés mais, dans son infinie mansuétude, il nous a laissé la Boisson. Alors, je bois plus que de raison, pour conjurer. Je n’ai guère opposé résistance à ces gens sympathiques dont l’entreprise était, sous la houlette de mes désirs les plus bas, de confire mon foie avec des cocktails de plus en plus puissants, variés et assassins, bien décidé à retrouver un peu de foi par ces temps sombres. Je me suis senti moins vain, parce que j’ai fait rire avec quelques répliques cinglantes et j’ai régalé ce beau monde d’une salade de riz aux noix, parfumée à la figue, salade que j’avais préparée dans ce silence culinaire que je m’impose souvent, quand je ne bois pas. Oh oui, je sais, je bois plus que de raison.

J’ai retrouvé des lieux nocturnes que je n’envisageais plus, si sombres, si noirs, à mesure que je déraillais, déprimant ceux que je touchais de paroles idiotes et sirupeuses, succube à sentiments, bisounours gothique au pas lourd et métallique. Juché, vautour sans ailes, à la croix du bar noir, statufié, je me gargarisais avec cette bouteille de vodka, versais à torrent cette eau génétiquement modifiée dans mon verre ; j’attendais ce mec qui m’avait promis de revenir d’ici quinze minutes, raccompagnant son amie, ce mec dans les yeux duquel je me suis noyé, délimitant un instant d’éternité dans l’amande de son ove pétillant. Il était si mignon que j’ai fait l’effort de sortir quelques phrases en Allemand. Ben quoi ? Il m’avait laissé son verre, ses cigarettes, son briquet - point sa carte de crédit - en guise de garantie, car, une heure plus tard, ce joli cœur n’était toujours pas revenu. Il m’est désormais possible de lui inventer toutes les histoires, une mythologie, ou bien, à loisir, quelques drames plus ou moins sanguinolents. Mais je buvais, buvais encore, sans doute faut-il penser aux bouteilles vides, au recyclage pour aider la recherche contre le cancer et nous délivrer à jamais des prunes, des raisins, voire des pèches. Ne l’ai-je pas déjà dit : Dieu nous a abandonnés. Et oui, tu ne le sais sans doute pas, mais je vide toutes ces bouteilles pour toi, maman.

Ainsi, je m’enfonçais, je m’enfonçais encore et encore jusqu’à craquer, jusqu’à pleurer, jusqu’à me vider de pleurs, des larmes pour être bien, et d’un somptueux vomi au sucre de curry que j’ai offert avec toute la générosité dont sont capables mes entrailles à ma ville d’élection, avant que de m’écrouler enfin, masse informe chié par l’Inexistant sur le bitume. Je n’imaginais pas qu’un ange, sans aile lui aussi, veillerait sur moi. Il m’a relevé et m’a fait gravir sept étages, pour m’aliter dans un canapé où j’ai pu m’évanouir tout à fait. Il n’était jamais très loin, puisqu’il fabriquait une armée de bouteilles. Oui, je le sais, je bois plus que de raison mais c’est ainsi que je me suis réparé, sans même utiliser un couteau. Les libertés les plus illusoires ne sont-elles pas, après tout, celles que nous nous inventons ?

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