28 août 2009
Absurd
Certains
préfèrent suicider leurs facultés devant un écran un télévision. Sélectionner sur
un programme l’arme de sa mort cérébrale n’est désormais plus un luxe : on abat
des arbres pour cela. Et les ondes nous assaillent, qu’on le veuille ou non.
Pour qui ne regarde pas la télévision, ou du moins n’en est point captif,
l’absence de fiction laisse place à la vie, dans ce qu’elle a de plus laid :
point de maquillage, ni d’effets spéciaux, juste une vague lenteur, un dégoût
profond qui s’insinue dans chaque chose, une fatigue intense qui distille peu à
peu ses poisons ; l’attente d’un dénouement n’est pas prévue au programme.
Voilà une approche égocentrique : n’est-ce point là mon journal, après tout ?
Passons ! Je
m’allonge, nonchalant, sur mon canapé, abîmé par quelques coïts douteux, dans
le noir s'il vous plaît, me munissant de l’épaisse télécommande, pour choisir
ma station, dans l’ombre du bâtard, sinistrement abandonné, qui ne mérite plus
d’être mastiqué et qu’une certaine gêne, vis-à-vis du gâchis, m’empêche de jeter. Je m’arrête sur ce film, Absurd,
qui m’évoque vaguement quelque chose : serait-ce son titre universel, ou bien
son synopsis, qui éveille en moi l’idée que ce film-là pourrait m’apporter
quelque chose, qu’il me faut absolument le visionner. Au pire, j’aurais passé
une heure quarante-sept en compagnie de quelque chose de vaguement familier, nonobstant
les décors.
Absurde, donc.
Un film avec
Nicolaï, produit par 2 de tension production.
Synopsis :
Des horaires
tournants et l’absence de jours de congé consécutifs pendant des semaines ont
conduit Nicolaï à accepter de travailler 8 jours de suite, pour un total de 67
heures 30, gagnant ainsi trois jours de repos consécutifs : de quoi monter voir
sa mère, cancéreuse récidiviste victime, récemment, de quelques complications :
égarée pendant 24 heures alors qu’elle devait passer son IRM, elle a été
transfusée de toute urgence, quant à son programme d’irradiation, il est
reconduit par sessions, plus courtes, d’une ou deux séances : les prunes sont
devenues myrtilles, à défaut de disparaître. Désormais elle va mieux bien
qu’affaiblie, dans son appartement aux odeurs âcres et violentes, sur lequel
les fées du ménage ne se penchent plus. Elle porte désormais ce collier que son
fils dévoré par la fatigue - et la culpabilité - lui a offert, un collier avec
« ses » couleurs. Ce fils indigne est tellement fatigué qu’il a peine à aligner
trois mots et somnole à ses côtés. Le soir venu, il reçoit sur son portable un
texto de son petit ami qui, tragédien de basse extraction, le gavant de « je
t’aime » qu’il ne pense sans doute pas, lui apprend ceci, abstraction faite des
fautes d’orthographe qui jalonnent sa prosaïque prose : « n'ayant pas de copain
je suis triste je pleure tous les soirs dans mon lit. Je pense bientôt en
chercher un... ». Un parfum d’absurdité
et de dégoût entoure Nicolaï qui, finalement, ne tardera pas à s’éveiller de
cette torpeur atavique dans laquelle il s’était plongé des mois durant :
retrouvant enfouis en lui des pouvoirs qu’il le soupçonnait plus, il invoquera,
muni d’une kyrielle de bougies phalliques, Querelle, un démon sournois quelque peu humain, et gentiment malsain.
25 août 2009
Le Mausolée d'Astradyne
Au prise dès le
matin avec ce bâtard caoutchouteux qui ne satisfait pas à ma gourmandise,
victime de cette mise en bouche douteuse, je me remémore la soirée de la veille
: une panne de courant, car la nuit est vite tombée, l’emprunt de bougies au
bar d’en face et la descente à tâtons dans les sous-sols, à la recherche du
fameux disjoncteur, parmi une armada de boutons et disjoncteurs divers ;
j’avais senti, dans le noir, par delà une porte qui d’ordinaire est toujours
fermée et des pans de métal, une présence curieuse, sans doute étais-je animé
par une forme de paranoïa inconsciente, la création d’un mythe façonné de
toutes pièces, en express, par cette pseudo culture dont on nous abreuve, et
qui nous gouverne à notre insu :
J’étais passé
par là, la veille, avec notre nouvelle stagiaire, afin de lui faire visiter les
recoins les plus sombres, comme à la recherche d’un trésor, sous forme de billes
glacées ; elle avait dit que c’était là un décor de film d’horreur, et les
portes, avec hublots, ce genre de porte, soi-disant qu’elles existent dans tous
les films de ce genre. C’était, pour reprendre ces mots, « vraiment flippant ».
J’imagine pour ma part qu’il est possible de dénicher dans ce genre de lieu
bien des bâtards - et des cafards -, dans un quelconque placard, cela pour
animer et rassasier le désir de clients cafardeux.
Or
l’horreur commence à la maison
(N’est-ce
pas Claire ?)
Avec ce bâtard,
précisément. Qui reflète exactement le flétrissement d’une vie usuelle, qui
n’est point du domaine du rêve, régie par la dîme et le labeur et dont chaque
instant, chaque compartiment, s’est dévêtu de toute singularité : la fadeur
constante d’un plat de pâtes. N’importe quel ingrédient peut le relever, mais
les pâtes resteront toujours ce qu’elles sont : des pâtes. Fades.
Je cherche en
moi cet autre disjoncteur, pour faire péter les plombs, sauter l’installation,
faire dériver le courant, afin de me retrouver dans les ténèbres. Car je l’ai
dit, précisément, j’espère l’agresseur tapi au fond de moi. Celui-là seul est
capable de m’émouvoir, en créant bien des drames, des richesses, celui-là qui
n’est autre qu’un cadavre, dont l’Autre se repaît et qu’il moleste par des
critiques incessantes. Je devrais, sans doute, être heureux de savoir que
certains collectionnent les cancers comme d’autres des timbres, afin de pouvoir
diriger ma pensée sur quelque chose, ressentir quelques émotions par trop
violentes, souffrir, mais cette idée-là me dégoûte précisément. L’anesthésie au
déni, plus économique, est un suicide au gaz.
06 mai 2009
La Guerre des Robots
# 52 en phase
terminale, je retrouve la lumière du jour, retrouve en quelque sorte la vie là
où je l’avais laissé, au 27 avril, du moins, ce n’est pas faute d’essayer : ces
maudites prunes me restent toujours au travers de la gorge. Elles reviennent la
nuit, pour me hanter, me traquer, m’assaillir jusqu’au plus profond de mes
rêves lors même que je parviens, tout le jour, à les occulter, ne pensant plus
qu’elles existent, mobilisant les ressources insoupçonnées de mon esprit pour
ne pas déprimer, et voir la vie telle qu’elle se présente à moi, avec cette
parure funeste qui lui sied à ravir mais qui n’est point opaque. Je me lève, je
vaque à diverses occupations toutes plus prosaïques unes que les autres, essaie
tant bien que mal de m’endormir, la nuit venue, en prenant soin de m’égarer
dans d’interminables lectures, vaguement sulfureuses et malgré tout lénitives.
Ce matin, le
téléphone a sonné. C’était ma mère, ma mère qui m’annonçait encore, adepte plus
que jamais du comique à répétition, une bien mauvaise nouvelle : le décès de la
mère adoptive de Laurent, également née en juin 1945. Appel filtré que je
découvris - avec tristesse - une heure plus tard, tasse à la main, lèvres
imbibées d’un café trop léger, avant que de me visser sur les oreilles de quoi
voyager quelque temps, en musique, humblement moulé dans mon canapé - et à la
dérive. Je me suis dit, avant que de sombrer de nouveau dans le néant et la
mort, en effectuant un malencontreux transfert : et pourquoi ne pas faire
maintenant ce maudit houmous ?
Je cuisine
beaucoup ces temps-ci : une façon d’occuper l’esprit quelques heures en
poursuivant un but terriblement vain, mais peu critiquable puisque lié à un
besoin primaire et essentiel (se nourrir), et celui, beaucoup plus superficiel,
de renouer quelque peu avec mes origines. Je pense en effet beaucoup à la mort
de mon père, qui m’avait indifféré à l’époque. L’idée que je puisse être
orphelin, quelque peu ancrée ces jours derniers, me paraît insoutenable.
C’est ainsi que
je sortis, avec un optimisme inébranlable, tous les ingrédients nécessaires à
la préparation de ce mezzés ainsi que ce charmant robot vert pomme et
ésotérique, un peu magicien, offert par des amis à ma dernière et unique pendaison
de crémaillère, robot qui, contre toute attente, ouvrit en moins de temps qu’il
n’en faut, à l’encontre de ma personne décidément motivée, les plus franches
hostilités : quelques secondes après l’avoir sorti du placard - où je ne cache
pas l’avoir retenu prisonnier pendant de longs mois - voici qu’il m’entailla le
pouce avec la lame aiguisée de son hachoir, cela, malgré toutes les précautions
que j’avais prises.
Versant, après
avoir asséché à maintes reprises, mon doigt du liquide purpurin qui n’avait de
cesse de couler, la première partie des ingrédients dans le bol de ce malicieux
robot, comprenant les inévitables pois chiches, je ne parvenais pas à tourner
le bouton de mise sous tension, afin que le hachoir maniaque sévisse à nouveau
et réduise en purée toutes ces boules idiotes et saturées de protéines. En
vain. Je commençais donc à m’énerver, à tourner ce bouton de plus en plus fort,
jusqu’à le briser, me retrouvant avec deux rondelles de plastiques vertes dans
les mains. Je n’avais cependant pas dit mon dernier mot et voilà que je commençais
à triturer les entrailles blanches de ce maudit robot avec un couteau bien
pointu, avec un manche en plastique, histoire d’éviter une improbable
électrocution. N’avais-je pas déjà les cheveux en l’air, ce matin ?
Bien que le
robot fut planté en plein cœur, le hachoir se mit à fonctionner contre toute
attente et moi, satisfait de cette savoureuse victoire, je le débranchais, afin
incorporer les autres ingrédients dans la bouilli de pois chiches : l’ail, le
tahin (ou tahina), l’huile d’olive et la coriandre. Seulement voilà, je ne
parvins plus à le faire fonctionner, m’escrimant toujours plus dans cette lutte
absurde contre cette machine stupide vis-à-vis de laquelle je me suis mis à
éprouver une haine farouche - et des plus pathétiques - alors que j’y plantais
toujours plus vivement le couteau, pour renoncer, une heure plus tard : je
mangerais demain cette sorte de purée de pois chiche avec mes pitas, avec
l’idée que le brownie, qui d’après la légende est un gâteau raté, n’en est pas
moins délicieux. Quant au fameux robot, j’ai regardé lesquels de ses membres je
pourrais conserver, me décidant à jeter, à dessein, son cadavre vert paume,
cela, malgré la valeur sentimentale attenante à sa vaillante carcasse, pour le
remplacer un jour, puisqu’à l’instar de toute chose, il sera sans doute
possible de le remplacer, LUI. On a si peu de pouvoir, finalement.
08 mars 2009
L’Emploi du Temps : 2 - samedi
10 : 00
Réveil.
Petit déjeuner déséquilibré
(Thé, Café, jus d’abricot, jus de carotte, madeleines, compotes de pommes,
gâteaux à l’épeautre, yaourts au soja, galettes de riz, miel).
Discussion.
[Salle de bain / lecture] x
2.
12 : 00
Place Bellecour.
Direction le Vieux-Lyon.
Visite express des rues et
monuments :
Cathédrale Saint Jean
Tour Rose
Traboules (...)
Puis : ficelle direction
Minimes, Amphithéâtre Gallo Romain
Puis : ficelle direction
Fourvière [Basilique, vue de Lyon, descente en mode manuel].
14 : 45
Repas dans un point de
restauration végétarien.
Rejoindre F place des
Terreaux.
Achat d’une paire de
chaussures pour Laurent.
Visite de Saint-Nizier et
du centre.
Escale d’une heure
(INTERMINABLE) au Virgin Megastore. Nous achetons tous les trois des choses qui
ne servent à rien :
F achète des mugs et
un étui cigarette.
Laurent achète un
double CD Lounge
Et moi des badges
(???)
Puis Opéra / Hôtel de
ville.
Stagnation sur les pentes
de la Croix Rousse.
Escale d’une heure à Etat
d’Esprit (Note pour moi-même : cette librairie a vraiment changé depuis qu’Isabelle est
partie : le fonds s’est considérablement appauvri et l’on feuillette désormais
les livres sur fond de discussion mondaine, fréquence radio potin.)
F, lassé de regarder les
hommes nus dans l’arrière-salle, nous attend dehors.
Laurent et un grand brun
échangent des regards, entre deux feuilletages. [Personnellement, je ne vois rien car :]
De mon côté, je m'efforce de me plonger dans des synopsis alors que noyé dans les discussions fleuves du
libraire.
Nous achetons :
Laurent : Maupin - Une Voix
dans la Nuit / Un autre roman du même tonneau, auteur américain.
Moi : Hervé Guibert - les
Lubies d’Arthur / Antonin Arthaud - Héliogabale ou l’anarchiste couronné.
18 : 30
On rentre chez moi, avec F,
discussion, musique.
19 : 45
Je décide qu’il nous serait
utile de faire des courses pour manger. J’invite F, qui monopolise la
conversation. Il fait toujours ça, s’emparer de la nouveauté. Ca me permet de
me reposer un peu et de n’avoir rien à dire. F et Laurent n’ont de cesse de
parler de films genre les Bronzés, se marrent sur des répliques à mon sens
ésotériques. Je n’ai jamais compris cet engouement général sur ce genre de
films. Plus le temps passe et plus je suis déconnecté, en mode automatique.
20 : 30
Retour des courses. Discussions
autour d’un verre. On met le disque Lounge de Laurent puis, très vite, à
l’unanimité, je choisis la musique.
21 : 30
M, le mec de F, ainsi que
son frère, se joignent à nous. On passe un bon moment à rire de tout et
n’importe quoi. Retour inévitable sur les Bronzés et consorts, je suis largué. Charles
Volner et Martini sont mes nouveaux meilleurs amis.
Entre 23 : 30 et minuit.
M et son frère, ainsi que F, s’en
retournent dans la nuit.
15 février 2009
Fin de Partie / Le Magasin des Suicidés
Il est indécent de
s’exposer ainsi, tout comme il serait indécent d’envoyer par la poste un étron,
sans omettre d’indiquer l’adresse du destinateur - et déliquescent d’imaginer
les inférences qu’un potentiel lecteur pourrait concevoir, à la lecture de tels
billets puisque, fragmentaire, le journal n’expose pas chaque recoin d’une
pièce ni même chaque breloque exposée sur chaque meuble, les sillons, les
fissures. Les ratures. Chacune des querelles décortiquées, en un long
plaidoyer, une lamentation.
Il m’importe peu de passer
pour cette sorte de monstre qui se livre à un rituel qui ne lui appartient pas
en propre et qu’il n’a point vécu, cela, malgré des accointances qui vont dans
le sens d’une communication éclair - blitzkrieg. Je ressens cependant le poids
de cette lâcheté, que je ne cautionne pas, comme l’ombre d’une culpabilité qui
cherche à prendre vie lors même que léger, hors ce fardeau qui enrayait des
semaines durant mon imagination. Je me sens de nouveau libre de mes pensées,
désormais plus fantasmatiques, de ma garde-robe, puisque mes choix étaient
préjudiciables, puisqu’il fallait avant
tout être conventionnel, et non trop classique, non costumé. Cravate et
cravache prohibée. New Rock interdite pour le fun. Et la noirceur se répand peu
à peu, infuse. Et la rancœur disparaît. Je peux me condamner à être moi. Et
attendre celui qui acceptera ce que je suis vraiment, et totalement, qui me
comprendra, et préférera entendre ma voix, que passer l’aspirateur parce qu’il
est, dans certains univers, un ordre pour chaque chose…
… s’il vient.
[Nous avons validé la
rupture numéro 89. Veuillez passer à la caisse centrale pour échanger votre
article. Nous n’acceptons plus les chèques et les cartes bleus ne sont
acceptées qu’à partir de 33 euros. Nous vous rappelons enfin que le magasin
n’est pas ouvert le dimanche.]
14 février 2009
Mortelle Saint-Valentin / Autopsie d’une Rupture Contemporaine
Il est toujours question
d’établir la communication, que ce soit en amour, en amitié - simulacre ou
réalité. E m’envoyait un texto voici quelques semaines, posant cette question
existentielle qui agite désormais les mœurs de ces entités sociales brièvement
communicantes que nous sommes - ou pas : à ton avis, cela se fait de plaquer
quelqu’un par SMS ? Je lui répondis non sans humour qu’il était plus classe
d’envoyer un MMS.
Syndrome collégienne
puissance 12. Il est désormais facile de se débarrasser de ses fantômes, de ses
poubelles, et d’éviter toute sorte de recyclage malencontreux qui nous lierait
à du papier point trop blanc, ô combien rêche. Nous allons dans le sens d’une consommation aiguë au sein de
laquelle l’homme perd ses spécificités humaines pour devenir jeu, jouet et
objeu et donc, l’égal d’un produit que l’on achète, et donc que l’on consomme
et que l’on jette, une fois consommé, utilisé, épuisé, dont on se débarrasse,
donc, parfois sans prendre de détour, ou en disparaissant, lâchement, puisqu’il
n’est point, en matière de sentiment, d’option satisfait ou remboursé - une
fois, deux fois. A peine un service après vente.
Comme je savais qu’il
allait bientôt partir en vacances dans sa famille pour ne point rompre ses
coutumes, qu’il allait bientôt ne plus être disponible et qu’ainsi je ne
pourrais plus le voir, afin de lui expliquer, de vive voix, ce que je ressens,
cela, avec une précision quasi chirurgicale, une diplomatie qui, souvent, me
fait défaut, je ne pouvais attendre plus longtemps. Mentalement aliéné au
discours que je pourrais lui servir lorsque je le verrai, un discours tout
aussi calculé qu’honnête, concernant mes motifs, j’ai finalement choisi cette
option lamentable et courue et de faire, à contrecœur, de la technologie mon
allié dans cette épreuve ma foi cruelle mais nécessaire tant pour l’un que pour
l’autre.
J’envoyai donc cette
missive laconique et diplomate :
Pas de nouvelle. Nos
deux derniers rendez-vous (restaurant et théâtre) étaient plutôt ratés. Je
crois qu’il faut discuter.
Rentre a lyon le 22.
Resto raté? 25 janv nickel sauf urgence! Par contre Lundi 2/02 rezog et theatre
: à chié. Jtai trouvé pa kom dhab..tu devais resté dormir..
J’envoyai ensuite, sur un
autre support, sans doute plus noble mais tout aussi ridicule et inhumain -
collégien - le message suivant, d’une concision extrême et n’évoquant pas le
quart de ce que j’aurais aimé dire, sur sa vision binaire du monde en bien et
mal et noir et blanc, sa radinerie, sa maniaquerie et son absence flagrant de
gravité :
C'est sans doute mieux
ainsi. Comme je te l'ai dit dans mon SMS je voulais te parler en face à face
mais jusqu'au 22 février, ça fait long à attendre pour te voir et te parler
enfin, alors que ça me travaille beaucoup. Je pense qu'il est mieux pour chacun
d’entre nous qu'on arrête là, je ne sais pas de ton côté, mais je ne me sens
plus à l'aise avec toi, une accumulation de choses négatives depuis le début.
C'est pas pour être méchant mais je te trouve trop prosaïque, j'ai l'impression
que du coup on a rien à se dire comme à notre dernière soirée, par exemple,
j'ai aimé la pièce et j'aurais adoré en parler plus, tu vois, mais on est
clairement pas sur la même longueur d'onde. On dit que les différences
permettent de nous enrichir, encore faut-il qu'il n'y ait pas un gouffre entre
deux personnes. Je suis désolé si je te peine. Prends soin de toi et fais
attention. J'espère que les crêpes de ta cousine seront bonnes.
Je me sens sale.
Sale mais libre.
Me méfierai-je de la magie,
des sorts puissants qui ne sont, au final, que des philtres vains, qui nous
saoulent jusqu’à la lie, nous promettant à nous, pauvres créatures, des
lendemains de soifs inhumaines - et d’eau, et d’absolu ? C’est encore un
combat que je perds avec moi-même, un morceau de foi en mes idéaux que je
soudoie à ma raison, laquelle m’invective sans cesse et m’enferme, peu à peu,
dans cette cellule d’amertume qui me fait cracher sur ce mur. Je tacherai
toutefois de garder comme souvenir mille et une lumières, cette main fébrile
qui attrape la mienne, place Bellecour, ce sourire des premières fois, avant
que la casserole de lait discount ne déborde, provoquant un cri de murène, une
stridence qui, depuis, ne m’a plus quitté.
03 février 2009
La Terreur des Trois (Interlude - 1)
Confession :
J’ai une
relation très particulière avec le téléphone, je l’avoue, puisque dès qu’il
sonne, je ne peux m’empêcher de penser que quelqu’un désire me joindre non pas
pour s’enquérir de mes nouvelles, me proposer de boire un verre afin de
partager quelques anecdotes croustillantes ou viciées, d’aller dans un
restaurant pour partager un bon repas, de sortir jusqu’au bout de la nuit dans
les tripots les plus reculés et les plus sordides de Lyon (et j’en passe), mais
pour profiter du peu d’empathie et d’altruisme qu’il me reste pour établir une
éternelle liste de malheurs « labeur et (absence de) conjoint »,
liste sans arrêt remixée que je me dois de subir - et je me sens si las, si
fatigué, en définitive si peu enclin au courage, que je laisse le téléphone
sonner perpétuellement : quelle que soit l’heure, je ne prends plus la peine
de décrocher, par peur de ne pouvoir raccrocher. Puis, je laisse quelques jours
passer, et, enfin, je consulte les messages fantômes. Car il n’y a rien. Aucun
message. Du vent. C’est comme si, finalement, le téléphone n’avait pas sonné. 1
minute n’est jamais suffisante au monologue, et les psys sont trop beaucoup
trop chers.
Découvrez Lydia Lunch!
25 janvier 2009
Drame Chocolat
Il me dit
souvent des choses comme « suis lavé et la soupe cuit ».
Moi, mon âme
est délavée. Second rendez-vous, procédurier, je me pointe dans cette rue dans
laquelle j’ai failli habiter - je me répète je sais mais ça me permet de
remplir à ras bord de querelles Querelle et comme ça se suit, les trois
lecteurs qui se battent en duel ici n’auront pas besoin de pointer leur cher
mulot sur les cent lignes du bas et de perdre ainsi leurs yeux glauques et
nébuleux dans la syntaxe farfelue que j’impose parfois, diarrhée verbale,
logorrhée.
Suis lavé et la
soupe cuit, qu’il me dit. Enième rendez-vous. Maniaque, maniaque. Je veux un
chocolat chaud, un bon chocolat chaud. N’achetant jamais de lait, j’en profite.
C’est cela que je veux, et non l’infusion que tu m’as promise la dernière fois.
Ne me chicane pas. Comme j’ai le micro-ondes en horreur, je lui demande
gentiment à lui, mon petit K, petit Koala, de le faire chauffer à l’ancienne
dans une casserole. Cela me rassure de le voir verser l’épaisseur blanche dans
cette mini cuve de métal au manche phallique. C’est rassurant, han han.
Mais voilà le
truc le problème dans cette histoire du cinquième rendez-vous (déjà !) tout
aussi raté que le 4 au final, c’est que nos baisers s’améliorent et que du coup
l’épais jus de vache déborde de la cuve en champignon de mousse et c’est
tonitruant. Telle une rombière, K se met à gueuler, vrillant mes oreilles de
ses plus beaux aigus, un peu sorcière, en phase d’incantation. Mari non repu,
je claironne que ce n’est point ma faute, quand il m’incrimine, parce que je
n’ai pas choisi le micro-ondes comme ultime mode de cuisson. Un comble ! Est-ce
ma faute s’il aime tant mes baisers ?
De toute
façon, murmurai-je, ton chocolat est dégueulasse ; le discount n’est pas la
solution à tout. Question
existentielle : qu’attendre de quelqu’un qui pense que les livres sont trop
chers ? La la lère. On se déchire comme deux folles pour des conneries et
toi, tout à l’heure, tu vas récurer ta maudite casserole. La La lère. On a plus
de trente ans et on se chiffonne comme des écolières. Ca ne m’amuse même pas. La
la lère. À vrai dire, je m’en fiche. Rond de sorcières : tu as ouvert le bal et
je n’ai qu’une envie c’est de prendre mes cliques et mes claques, d’évacuer
sans plus attendre ton clic clac. Aussi me raccompagnes-tu dans ce dédale
bétonné, jusqu’au métropolitain. Toute cette soirée de merde parce que tu
devais me chercher au métropolitain, que j’ai attendu 20 minutes, dehors, et
toi, tu étais descendu, pour m’y attendre, 20 minutes, dedans. Le temps qu’il
faut pour apprendre à se connaître. Magie du cellulaire : nous nous sommes
retrouvés, pour nous déchirer comme des victimes d’une télé-réalité sordide qui
aurait honte de nous. Sommes-nous finalement faits pour nous comprendre? Je lui
offre cependant, prenant congé de lui, la petite papillote bleue que je m’étais
décidé à lui offrir, avant, pensant que c’était là sa préférée. Il s’en empare,
en me disant sèchement : « c’est les vertes que je préfère. »
Mon expérience
sinueuse et dramatique en matière de relation de couple, simulacre ou réelle,
me le fait dire :
Le bonheur
ne peut être que domestique ou bien ne sera pas.
Découvrez Blondie!
14 décembre 2008
Le Chorégraphe
J’avais promis
un verre, cependant, à ce garçon vaguement convalescent qui a fait de moi, ces
derniers mois, son confident virtuel. De cette promesse insoluble, je ne
pouvais me défaire. Aussi, quand il a fini par me dire : ce sera ce jeudi,
je n’ai pu répondre que oui, lui donnant rendez-vous devant l’office,
comme de coutume, le temps d’arriver par le métro, un sac en travers de ma
cravate, bouffon des temps modernes.
Avant que ne
sonne l’heure fatidique de la rencontre, j’ai décidé de me contredire une fois
de plus en achetant l’un de ces gadgets terriblement pratiques en cas de
voyage, gadget que je maudis, parce qu’il autorise ce paradoxe déshumanisant :
s’isoler des autres, de la rumeur maussade et bruyante du quotidien, dans ces
lieux mêmes où l’humain grouille, la ruche, l’angoissante fourmilière.
Que vis-je, en chemin
de Planète Uranus, hallucination en plein jour, marchant mollement au milieu de
ces corps anonymes noyés sous de chaudes et ternes étoffes ? Ce cher Franck,
goguenard, parmi la multitude : l’œil torve et bovin de l’alcoolisé, il
avançait droit devant lui en compagnie d’une femme aussi sensuelle qu’une
carpe. J’avoue avoir soigneusement évité toute malencontreuse collision,
obliquant derechef sur un musculeux au visage maussade et dangereux, m’excusant
passablement de l’avoir heurté, remerciant copieusement ma vue panoramique de
m’avoir sauvé de cet énième faux pas, me faufilant hors les Cordeliers, lieu
maudit, pour rejoindre la planète Uranus. Je me suis promis d’éviter tant que
faire se peut les Cordeliers : Y rencontrerais-je Franck une troisième fois ?
Me reconnaîtra-t-il ? Me dira-t-il : toi, tu m’as lâchement abandonné un soir
de pluie, brandissant son phallus mou et veineux dans sa main rugueuse de
bûcheron ? A mon tour, maintenant, de te faire disparaître !
Quand je suis
ressorti de ce grand Bazar technologique, en possession de ce nouveau gadget vaguement salvateur,
qu’il me faudra bourrer de rock, de trip, de hop et de chansons délicieuses et
mielleuses, pour m’isoler un peu plus de mes semblables et des musiques
lamentables qu’ils affligent à leurs chers congénères, les écoutant à volume
démentiel, branchant des hauts parleurs, ceints d’une multitude d’utérus de
fourmis, j’ai constaté qu’une lourde pluie s’écrasait sur mon visage, perlant
dans ma chevelure plastifiée, perturbant mes certitudes d’abeille, la
chorégraphie même que m’impose le quotidien.
Découvrez Morcheeba!
08 novembre 2008
Anatomie d'une Citrouille
Flanqué d’un
épais et long manteau marron, d’un haut de prisonnier, prenant ses quartiers, M
ne tarda pas à claironner, souriant comme à son habitude, terriblement joyeux :
je t’ai ramené une spécialité de chez moi. D’un geste vif et convaincu,
il sortit, en bon magicien, d’un petit sac en plastique opaque, une prometteuse
bouteille de Clairette de Die. J’aurais pu m’attendre à un lapin, saisi par les
oreilles comme une paire de ciseaux, extrait béatement d’un chapeau noir : je n’étais
point déçu.
Sans plus
attendre, nous nous attablâmes, afin de siroter cette liqueur de mûre infâme
que je lui ai promise, aux saveurs de néant, pérorant sur les possibles de la
soirée ; jusqu’à ce que je me décide à ouvrir enfin la fameuse bouteille de
Clairette, ne sachant pas que, de cette soirée, elle sonnerait le glas.
Coup d’envoi :
Sans trop
réfléchir, sans même regarder ce que je fais, en mode machinal, je coince la
bouteille entre mes cuisses. Ma main, qui n’est point veuve, ne tarde pas à
enserrer le bouchon, qu’elle soulève prestement. Rebel, le bouchon s’en échappe, fusée de
bois, décollage éminent : en moins d’une seconde, il vient heurter, à l’allure
d’une balle, mes narines, qui s’engourdissent, et le sang monte et descend, je
sens mon nez mourir et racornir, tétanisé. Et donc le sang redescend.
Mais le bouchon
poursuit sa course, éclatant, gong puissant, contre le plafond, tel un pétard,
avant que de retomber, roulant sur le parquet avec la frénésie d’une souris
décapitée.
Alors, je promène
mes doigts aux alentours de mes narines : un liquide fade et vermillon en colore
le derme, que je récolte dans un mouchoir en papier, par petites tâches claires et fluides
; je me fabrique quelques instants un bouchon de papier pour la narine qui
semble le plus saigner, que j’enlève aussitôt. Il n'y a pas d’âge pour jouer avec
son propre sang.
Du coup,
j’invente à l’anarchique un Rorschach de ma substance avec ce même mouchoir que
je déplie comme un accordéon : des petits papillons de sang naissent sur le
papier froissé, s’alignent étrangement. Je les dépose avec soin, une feinte
nostalgie, dans ma poubelle, au-dessus des détritus.
Quelque temps
plus tard, après cette esquisse enfantine d’hémorragie, nous avons relevé sur
internet le trajet pour nous rendre à Pérouges, le gravant dans nos têtes, avec
le dessein invisible - qui sait - de se perdre dans la nuit, au fin fond de
l’Ain, d’y découvrir des fantômes et, peut-être, un petit cimetière, qu’un
gardien négligent (un fossoyeur, un criminel, une créature paranormale ?) aurait
omis de fermer, laissant la porte de celui-ci entrouverte : une porte
entrebâillée qui appelle le pas, une porte ouverte pour l’imagination.
Or, arrivant à
la voiture de M, qu’il avait garé dans la longue rue silencieuse, parallèle à
la mienne, nous constatâmes avec surprise que les portières en étaient
ouvertes…
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