27 novembre 2009
Prologue
Vous vous levez
sans certitude, un lendemain d’hiver, et il ne fait pas froid. Il ne fera plus
froid. Ce pourrait, cela, être une publicité honteuse, pour un indispensable
duvet d’oie transgénique, une succulente boisson chaude, hydratante, point trop
laxative, un panégyrique éclatant, louant jusqu’à la déraison les mérites d’une
religion nouvelle, estampillée temple solaire, ou bien une réclame tapageuse et
cruelle, pour des caissons à UV, cercueil moire et bleuté où il fait bon
s’allonger nu, pour se transformer en créature de rêve provisoire.
Il n’en est
rien.
Point de
confort bleu ouaté, de rayon X.
- Ce n’est pas aujourd’hui que nous
monnayerons le styx.
Je voulais,
m’a-t-il dit, que tu saches que le beaujolais nouveau est arrivé. Je lui ai
répondu que le Querelle nouveau, lui aussi, bien qu’hors saison, est à la porte
qui attend, l’air absent, mû par des volontés de silence et de confession. Il
marche d’un pas moins décidé mais n’a plus la tête dans les étoiles. C’est
qu’il se repasse - sans cesse - la chronique d’un décès. Son monde, ébranlé,
n’a cependant changé en rien et pourtant tout, absolument tout, est différent.
Il se lève, et n’attend pas. Il se dit qu’il doit se créer un monde, à tout
prix, puisqu’il le faut, qu’à défaut d’écrire des histoires, il faut les vivre
: c’est ainsi qu’il s’efface de la nuit, battu par le vent, un tapis de
feuilles mortes, c’est ainsi qu’il s’évapore dans un long baiser chargé de
nicotine. Tout doux. Trop doux.
Fatigué, enfin,
à bout de souffle, il rayonne dans ce bal à n’en plus finir, ce bal de chacals,
hors le temps et hors la vie, qui le relie à son passé, déterré pour
l’occasion, au milieu d’hommes nouveaux, incliné sur la promesse d’un nouvel
amour qui sent la finitude, amour dont il ramasse les fruits, car tout verger
suppose cueillette : chaque fruit de chaque arbre est menacé par son corbeau,
la vie, ses infâmes coups de becs tranchants. Mais il s’en fiche : il cueille
les yeux fermés, peu importe les vanités qu’impose le monde, parce que son but
n’est pas de se nourrir, mais d’oublier. Chaque bouchée, comme chaque pas, est
une avancée vers quelque chose d’indéfini et de flou qui sent la liberté - et
le renoncement : une femme absente est là plus que jamais qui guette, se
manifeste dans le détail, jusqu’au plus insensé ; et quelque chose, j’ai bien
dit quelque chose, murmure qu’elle ne sera plus jamais là, et frappe au coeur.
C’est indicible.
- Cela
fait un mois, aujourd’hui, que maman est morte.
17 août 2009
L'Homme Bulbe
- Je ne
répondrai rien à cela. En échange, cher journal, je peux te raconter une petite
histoire, où tu trouveras, n’ayons pas peur des mots, un vague ferment de candeur.
Et de l’agacement. Beaucoup d’agacement.
Il est gras
comme un bulbe, victime du sommeil de la marmotte, monté sur du 48. Ceci n’est
pas une énigme, ceci est un stagiaire, un stagiaire de sexe masculin cette
fois-ci, que j’ai dans les pattes depuis 3 semaines et qui, je ne le cache pas,
m’exaspère : non pas qu’il ait un mauvais fond, malgré cette homophobie que je
lui ai détectée face à ce facteur un peu factrice qui vient nous déposer chaque
jour des enveloppes qui, de même que lui, n’ont rien de vierge, ce même facteur
qui ne manque pas de nous imposer son impressionnante collection de lunettes de
soleil « faciès de mouche »…
… Fin de la
digression, j’en reviens à mon mouton : un stagiaire, donc, qui n’a pas un
mauvais fond, gras comme un cochon et mou comme cacochyme alors qu’il n’a que
18 ans : ne devrait-il pas être vigoureux, plein de sève, dynamique ? Son
excuse est de venir d’une île magique où tout est lent, le temps comme suspendu
: la vie, paraît-il, y est merveilleuse. Nous, les français, nous sommes bien
trop stressés, beaucoup trop rapides, speedés, pour ne pas dire fous. - Je
penche toutefois pour l’hypothèse du cholestérol, vu la forme peu subtile de
bouteille d’Orangina dessinée avec aplomb sa rondeur de poire au-dessus de sa
ceinture, bombonne de chair relâchée que son unique chemise blanche tente de
voiler tant bien que mal.
Ce stagiaire
mollasson ne retient rien de ce que je lui dis, de ce que je lui apprends :
chacune des informations disséquées, disséminées avec soin pour ne point
l’encombrer, informations qu’il ne prend pas la peine de noter malgré mes
nombreux conseils et que je répète chaque jour, transite moins dans son cerveau
que les quantités de nourritures impressionnantes qu’il semble ingurgiter et
qui semblent, elles, stagner dans son bide. Ne retenant rien, il cumule - à la
vitesse de la lumière cette fois - les bêtises, les erreurs, erreurs que je
dois évidemment rattraper, et que je rattrape avec lui, pour qu’il apprenne :
en vain, cela ne sert strictement à rien, puisque Stagiaire numéro 2 reproduit
avec une précision quasi chirurgicale les mêmes erreurs et, comble de la
mauvaise foi, m’assure que je ne lui ai rien montré, ni expliqué. J’en suis
venu à me poser cette question : souhaite-t-il vraiment apprendre ce métier ou
bien n’est-il qu’un visiteur, un touriste envoyé par une école tout aussi consciencieuse
? J’ai appris ces derniers jours que ces professeurs estampillés éducation
nationale, vivant également dans l’île merveilleuse, n’appelleront jamais et
n’assurent aucun suivi concernant le devenir de leurs charmantes recrues :
atteindre le téléphone, c’est sans doute pour eux une épreuve digne de fort
Boyard !
Sa présence est
pesante, d’autant qu’il ne parle que de filles : celle-ci est bonne, celle-ci
est belle, magnifique. Tout sourire niais, il commente le physique des
clientes, qu’il reluque l’écume à sa bouche, sans aucune discrétion ; ou bien appelle-t-il,
sans demander la permission, sa copine, avec le téléphone des chefs de service,
évidemment en vacances ; ce que je lui interdis, tout comme ces longues
sessions sauvages sur internet, dans le bureau d’à côté, où il se cache lorsque
je suis occupé. Sommes-nous donc chez mémé ?
Il fallait donc
que je sois dur avec lui, que je lui enseigne les limites, les différences
entre un stagiaire et un employé, le vocabulaire professionnel que son lycée ne
lui a sans doute pas retransmis, le bon sens commun qui régit la communication
humaine (diantre, j’adore ça et m’appelle plus NiKo, compris face de bulbe ?)
et enfin, cerise sur le gâteau, que je lui impose des succédanés de punitions
pour qu’il effectue sur le maigre travail que je lui donne, afin de le vérifier
sans faire des heures supplémentaires, étant donné les catastrophes qu’il est à
même de générer. Sous mon joug, il n’a pas le droit de manger ou de partir tant
que son travail n’est pas fini, cette loi a pour but de le motiver à gérer ses
priorités et exécuter plusieurs choses à la fois, ce dont il est incapable.
Il suffit qu’un
client vienne à lui alors qu’il s’occupe de quelque chose pour qu’il ignore
totalement l’individu en face de lui, le temps de mener sa tâche à terme ( - il
doit penser que le client a le temps ou bien qu’il est venu avec une tente, un
sac de couchage et peut se permettre de camper devant nous, et moi donc, au
taquet, d’interrompre la conversation avec mon client afin de lui dire de
s’occuper du sien, de client), sinon, si le jour n’est pas blanc, mais noir, il
abandonne complètement sa tâche sur son bureau, pour de nouveau s’adonner au
solitaire, une fois le client parti, me transformant ainsi en une sorte de
milice : je dois le surveiller à chaque instant, quand il est question de
travail, puisque je vérifie chacune des choses qu’il fait, pratiquant par la
même le jeu des 7 erreurs : le bulbe ne fait rien correctement. Il est même
étonnant qu’il sache écrire son nom sans faire de faute vu qu’il n’est pas
capable de classer un dossier dans la bonne pochette ! Evidemment, tout le
monde en rie, de ce stagiaire qu’ils appellent « 2 de tens », mais plus les
jours passent et plus, de mon côté, la drôlerie laisse place à des envies de
violences ! Comment ai-je réussi à tenir tant de temps en cette désastreuse
compagnie, qui sabote même mes efforts et dont je suis, bien malgré moi,
le seul responsable !
Parfois, il se
retire sans prévenir : il va se goinfrer de viennoiseries dans un coin sombre,
l’occasion d’une escapade gourmande d’une vingtaine de minutes. Il s’est même
endormi un jour à table, devant les employés : l’information, succulente, ne
tarda pas à circuler. C’est évidemment lorsqu’il s’absente de cette façon qu’un
collègue a besoin de lui pour une basse besogne et me réclame cette aide ma foi
fort dispensable ; à chaque fois qu’il revient, je lui demande de me dire où il
va. A quoi bon ? Ce légume trouve toujours le moyen de traîner du pied quelque
part, avec cette chemise tâchée qu’il refuse de changer, et ce mot invisible,
BOULET, dessiné sur son front à l’encre fantôme.
Pour être au
calme, lorsque mes envies de meurtres menacent de se matérialiser et que
j’imagine non sans délectation un usage différent à chacun des outils qui
jonchent mon bureau, je l’envoie faire des « courses » : d’un pas
lent plus que mesuré, il met une heure à faire le tour du pâté de
maisons : cela me permet de respirer un instant, sans devoir subir sa
présence lourde et ses blagues qui le sont tout autant. Désireux de ne point
trop s’éloigner, malgré les bancs qui jonchent le trajet imposé, il a inventé
des horaires fallacieux à certaines banques, pour ne plus se déplacer si loin. A
moins qu’il n’ait confondu les banques susdites avec d’autres commerçants…
Or, toujours,
sa présence, écrasante, agaçante, me pèse et m’empêche de travailler aussi
consciencieusement que d’ordinaire, par un étrange processus de contamination :
ainsi m’arrive-t-il de lui demander de descendre les bouteilles vides en bas :
il est censé se saisir d’un bac en plastique rempli de ce que mes amis
appellent communément des « cadavres ». Il semblerait qu’au lieu de
se saisir de ce bac, il descende les bouteilles une à une, vu le temps qu’il
met à effectuer cette besogne et, croyez-le, ce n’est pas une expédition. Il
existe même un ascenseur !
Sans doute
pense-t-il ainsi, le bougre, qu’il mérite son salaire, parce qu’il met beaucoup
plus de temps à travailler que nous pour chacune des tâches qu’il entreprend,
et point de son plein gré, car ce légume, contrairement à moult stagiaires bien
plus efficaces, consciencieux, volontaires et autonomes, guettant l’heure, est
rémunéré ! Il a par ailleurs aperçu cette enveloppe sur laquelle est
inscrit son nom, laquelle enveloppe contient un chèque que la comptable nous a
laissé et que nous sommes chargés de lui remettre, au 23 août, le jour de son
départ. Cette maudite enveloppe, je ne te cacherai pas, mon cher journal, que
j’ai envie de la déchirer ou du moins, de la faire disparaître !
- Des petites
flammes de désir, bien vivaces celles-ci, se sont allumées dans ses yeux pour
la première fois, lorsqu’il l’a aperçue !
09 août 2009
Cher Nicolas
C’était
toujours toi qui écrivais, sur ces pages, et cela, depuis des années. Toujours
avec cette régularité mathématique, tu revenais à moi, Nicolas, comme à chaque
soir l’homme marié pénètre son séjour et embrasse sa femme, ou la dédaigne - et
puis, tu t’es tu. Cloîtré dans le silence, tu n’écris plus ; tu disais
autrefois, il y a peu, avouons-le, que ne plus écrire une ligne reviendrait,
étrange équation, à ne plus exister : était-ce là un constat d’un genre commun,
une prétention de plus ?
Ce n’était
point, cependant, une réalité : tu es toujours au monde, aux mêmes endroits,
aux mêmes heures et il te plaît parfois de croiser certains regards qui te sont
donnés au temps, des coïncidences qui deviennent autant de rendez-vous, alors que la
mémoire de ton SMS sature de « je t’aime », une ritournelle pop. Ton petit ami,
tu ne le vois pas aussi souvent qu’il l’aimerait et, comme il te l’a si
gentiment fait comprendre : vous vous entendez bien mieux en station couchée que
debout.
Si moi je
n’écris pas, de par ma nature de journal, de chose inanimée et point pensante,
de réceptacle alchimique, de même qu’une conscience, je te surveille chaque
jour ; je te poursuis : chacun de tes mouvements, de tes gestes, chacune de tes
paroles, cet acharnement que tu mets à travailler, cette énergie que tu puises
au-delà des possibles de ton corps, ne m’échappent pas un seul instant ;
parfois je me dis que tu parviens à fuir en te créant une nouvelle réalité et
que tu y parviens fort bien : plus le temps passe et moins tu l’appelles. Et
c’est bientôt la fin.
Ton esprit est
captif du labeur : ce n’est plus un homme que tu caches dans ce corps
maigrissant, ni même un enfant, mais une grande usine relationnelle, un rouleau
compresseur en expansion, une ébauche de dictateur. Tu sais très bien que cette
construction puissante, en béton, n’est qu’une apparence de colosse, un mirage
que le vent ferait ployer bien vite, de même qu’un château de cartes, un
château de sable, ou même, n'ayons pas peur des mots, un simple château : t’avouer ceci t’aidera-t-il ou
bien continueras-tu de marcher sur cette route que t’évertues à tracer, par
habitude, et avec poigne ?
Je ne puis me
résoudre à te quitter : tu m’as nourri toutes ces années d’un millier de pages
et je n’existe plus pour toi. Suis-je cadavre ? Suis-je fantôme ?
M’oublieras-tu comme tu as oublié tous ces garçons, les uns après les autres,
tous ces corps qui n’étaient que des cocktails, martini et tomates cerises, ou
serais-je celui que tu as abandonné, mais que tu aimeras toujours, sans doute parce qu’il
t’a fermé sa porte ad vitam ? Mon cher Nicolas, tu as toujours su fermer
les fenêtres. Le moins que l’on puisse dire, c’est que tu excelles dans cet
art, mais, mon pauvre garçon, tu n’as toujours pas appris à ouvrir les portes !
05 juillet 2009
Le Chaînon
Comme il est de
coutume que les faits s’enchaînent, par un mystérieux procédé que d’aucuns
qualifieraient de destin, ou hasard, alias fortuna et que certains jours
ou bien certains soirs, cette conjecture apparaisse d’une manière bien plus
nette, comme un clin d’œil forcené, rictus oculaire, d’une force qui nous
dépasse, je livre ici, mon cher journal, une série d’anecdotes pour un billet
fort dispensable, dont, je l’espère, tu comprendras le sens caché, qui tourne
autour du titre que je lui ai désigné, à savoir Mort Subite, et que j’ai
décidé de bannir, pour des raisons qui ne participent pas de la fantaisie. Tu
devrais savoir, depuis le temps, que dans ces confessions, l’important n’est
pas ce que je dis, mais ce que je laisse entendre, ou bien ce que je cache, que
l’essentiel n’est pas dans le récit, cette apparence de peau de chagrin. J’aime
à la fois et je méprise l’idée que tu ne saisisses pas cette unité crée,
au-delà du dire. Une canne, ne l’oublie pas, aide les aveugles à se guider, les
vieillards à marcher mais elle peut très bien servir à les battre.
Voici donc le
récit concernant cette soirée, mardi dernier, juste après que ne sonne les 22
heures fatidiques de la grande libération des pingouins endimanchés :
Je quitte le
boulot en retard, discutant jusqu’à 22 heures 30 avec le veilleur qui me
raconte, entre autre joyeuseté, cette histoire du gay au généreux pourboires
(Digression : cette histoire, curieusement, ne me motive pas pour m’occuper de
la clientèle gay, que je renvoie systématiquement, si possible, à mes
collègues, pour des raisons qui échappent à ma raison), et, quand je rentre par
la nuit ni froide ni obscure, je croise un client anglais perdu, recherchant
Fourvière, pour un concert, et, tout sourire, j’essaye de l’aider dans la
langue de Shakespeare, avec mon accent cent pour cent reblochon.
A cause de la
grève, processus social collectif le plus égoïste qui soit, nul n’est besoin de
préciser que le métro est fermé : j’explique au client, dans la langue de
Shakespeare, avec accent reblochon, comment louer un velov, invention lyonnaise
à la fois indispensable et inutile, puisqu’il me semble qu’il semble procéder
de la sorte, nonobstant l’heure tardive, et découvre avec lui ce merveilleux
système tactile, lui indiquant de nouveau la route du rock avec son plan
estampillé Office du Tourisme, toujours dans la langue de Shakespeare, et
toujours avec mon accent reblochon, sans me déparer de cet entrain inébranlable
qui m’est désormais familier, et c’est alors qu’il m’invite, le bougre, à aller
avec lui à son fameux concert des nuits de Fourvière, afin d’écouter les
braillements virils de cette chère Patti à la voix pâteuse.
Pour ne pas
transformer Fourvière en fourre vierge, je réponds non, prétextant une fatigue
intense qui n’est point un mythe, et je file sans plus attendre par la ville
des lumières, direction mon logis, privé également de tramway, pour rencontrer,
sur le grand boulevard, une ancienne collègue que j’apprécie beaucoup, victime
elle aussi de l’égocentrisme social, avec laquelle j’ai devisé sur une terrasse
éloignée de tout, dans une rue sans passage, semblable à des milliers de rues,
et nous nous sommes fait juter dessus en pleine conversation « je fais fuir
les hommes, j’arrête le carnage et je vrille au boulot » par une mamie
noctambule, qui, incontinente de l’arrosoir, arrosait à l’envi son maudit
géranium, aux alentours de minuit.
J’imagine
parfois ainsi la vie, comme une suite d’anneaux, qui, alignés les uns après les
autres, forment une chaîne, dont le fermoir serait l’inévitable mort, l’état de
poussière.
30 juin 2009
Melting Pop
Un homme sur le
toit change les tuiles, point les miennes qui suis dans la tuile : c’est ainsi
que l’on dit, n’est-ce pas ? Le fric, c’est chic, quand on en a. Ou pas. C’est
dingue, les considérations matérielles qui viennent se greffer sur nos
préoccupations dès lors qu’on partage sa couche de façon périodique et qu’on
décide, avec ce coussin saveur doudou, de partager beaucoup de choses. Vivre
d’amour et d’eau fraîche, c’est là pure utopie : tu dois manger 5 fruits et
légumes par jour, idiote cacochyme, afin de survivre dans ce monde vitaminé !
L’amour subit
les variations du haut, et du bas. Une voyante médiumnique acharnée, payée 10 fois le SMIC, ne dirait pas mieux. Le
Haut et le Bas, tu prends ceci exactement comme tu le veux, en libre-service,
ou pas. Mister Renard est affairé par l’organisation chaotique et infiniment
pragmatique de son nouveau chez lui, si bien qu’il semble me mettre un peu de
côté : adieu collocation, c’est une nouvelle vie qui commence. Quant à moi,
n’ayant plus de temps pour moi, partagé entre l’incertain tandem Love et
Arbeit, j’ai la patience d’une vipère, le dynamisme anémié d’une victime de
ténia.
Le boulot,
c’est intense : je sens mes cheveux se délier de ma tête un à un, mon appétit
de disparaître, syndrome casper, et donc, tu l’as deviné : je n’écris plus
parce que le temps manque et ce manque est cruel. Je ne le dirai jamais assez.
Merci Bergson pour l’élaboration point trop fastidieuse de ta théorie concernant
le temps subjectif, et de ne point avoir fourni d’antidote certain, afin de le
manipuler à notre guise, l’ennui n’étant pas une arme, quand on est assailli.
Enfin, que dire
d’autre pour fignoler ce tableau de platitude : j’ai subi cette visite médicale
de routine, dans un centre de médecine préventive : quid du CAP médecine ? Je
me suis cependant fait palper l’aine, détection d’une prune hypothétique chez
un sujet de trente ans. Vous fumez ? Sans doute la seule question médicale
pertinente. La visite médicale des trois jours était bien plus productive - et
couillue : malaxage intensif des testicules, souplesse testée en tenue d’Adam,
le médecin reluquant le croupion d’une possible recrue. Un charmant garçon
m’avait également proposé de goûter son saucisson : ce n’est point là métaphore. Bien des
choses se perdent, en ce monde. Même ce satané stéthoscope n’est plus si froid !
22 juin 2009
Contre Ariane
Mon
inconscient, accointance inéluctable, se charge de me rappeler quand vient la
nuit que ma mère peut mourir, représentant des théâtres obscurs où elle
trépasse sous mes yeux, puisque je n’y pense pas si souvent, le jour, à elle,
sa maladie, après de longues semaines d’angoisse, passées à m’en extraire : je
l’appelle désormais tous les deux jours, mais le boulot monopolise, le renard
hypnotise, et ce roman que j’ai envie d’écrire, et qui menace de ne jamais
naître, ne germe qu’en idée dans ma caboche, squatte en permanence la ram libre
de mon cerveau déliquescent d’homme pressé : ce n’est jamais assez !
Moi, dans tout
cela, j’en oublie de prendre ce temps qui m’est si cher, pour moi, pour ne me
consacrer qu’à mon humble personne, détaché des confluences sociales et
flatulences mondaines : déréliction, introspection, procrastination. Néanmoins,
j’ai le plaisir de trouver à la dérobée quelques instants à accorder à la
masturbation, mécanique sexuelle des danaïdes, irrigation, pompe du cœur. Et quelques minutes à accorder à mon journal,
qui n’est plus que sa propre parodie, sous une immense paradière laissant
filtrer le ciel, les étoiles, et la nuit, les semences d’une métaphysique
douteuse qui frôle le quotidien.
Le bonheur me
va, comme il va à chacun d’entre nous, mortel, nous conférant, l’espace d’un
temps plus ou moins défini, une grâce divine, une force sereine, de grandes
illusions qui voilent vaguement la noirceur du monde qui nous entoure, ce
chemin sinueux qui n’est que finitude : les fleuves ne se jettent-ils pas dans
la mer ? Le bonheur me retient, salopard, quand je transite par la gare, de m’y
arrêter tout à fait, pour acheter un aller et retour pour le pays des prunes,
ce pays où le temps et la vie ne sont pas suspendus. Je hais cette mécanique,
et l’égoïsme qu’elle sous-entend.
15 juin 2009
L'Odeur du Télégramme
Fracture en
ce blog de béton. Stop.
Je voulais
acheter un parfum pour maman, pour la fête des Mères, mais je me suis dit que
Poison n’était pas très indiqué, me confiait ma sœur ces jours derniers, et
quant à moi, ce que je n’ai pas dit, c’est mon attachement fortuit et déraisonné à ce garçon avec qui je
passe le plus clair de mon temps libre. En effet, cela va faire un mois que le
loup et le renard se sont acoquinés ; c’est bien simple, ces deux-là ne se
quittent plus. Il n’est désormais plus question d’être étonné, ou d’être
étonnant. C’est hors-saison, et hors raison.
Nous avons
trois points « commun » : celui, évident, d’aimer les hommes, celui, qui ne
nous a point rapproché, d’avoir des parents cancéreux, et, enfin, étrange
coïncidence, celui de partager le même nom de famille, nonobstant la syllepse.
J’ai très peu
parlé de lui, que j’ai rencontré voici trois mois, dans un cimetière, le
cimetière de la Guillotière : c’est en ce lieu éminemment silencieux, que
d’aucuns qualifient de morbide, parce qu’ils sont coincés dans leurs schémas
pathétiques et clichés nauséabonds, que nous nous sommes rencontrés, sous
l’égide du Miracle de la Rose. Sans doute m’est-il important, pour que j’omette
de raconter nos périples, et ce que je ressens. Lui, l’opposé, garçon en
négatif, n’a de cesse de nous photographier, sous toutes les lumières, à bout
de bras, se constituant un album qui m’effraie tout à fait.
Toutefois :
Nous nous
sommes enlacés, à la confluence, sur la pointe de la Presqu’île, là où le Rhône
et la Saône se rencontrent, se mélangent et ne deviennent qu’un. Ce n’était pas
prémédité.
Nous passons
des heures à ne voir que nous ; le monde comme arrêté.
Nous sommes
deux à nous inquiéter de la disparition d’un muffin dans l’affable séjour :
serait-ce un coup de la vilaine boulangère ?
Nous souhaitons
nous dire des choses, mais nous les réprimons ; sans doute nos yeux parlent à
la place de nos lèvres, selon leur brillance, l’intensité, parmi la douceur, et
la morsure.
Nous refoulons
l’aquarium.
Hier enfin, nous nous sommes adonnés, malgré nous, à la télépathie.
10 juin 2009
Ange et Dragon : prêt à gerber
Les anges ne
sont pas les seuls à être creux et dans le monde, il est bien des dragons à
affronter, lesquels fondent parfois sur vous comme un rapace, pour vous arracher
les yeux, un peu de raison, un soupçon de self control. Vous comprenez
Nicolas, vous nous représentez, il va falloir désormais ne porter que des
chemises blanches, des chemises blanches vous comprenez, parce que là, là
franchement, vos chemises, c’est d’un triste, d’un triiiiste, on se croirait à
un enterrement. S’il le faut, je vous paye des chemises blanches. Ce
que le Dragon veut, il faut l’exécuter, sous peine d’être exécuté, guillotiné
par des propos exacerbés, des engueulades prêtes à gerber, dégobillages
caféinés Le féal deviendra la barbie de cette gente dame le temps d’une séance
de shopping éclair, tout comme les dames en roses, fournies par un couturier
défoncé à la camomille : serait-il bon de devenir une sorte de Ken
improbable à exhiber sous la lumière violente, artificielle, d’une vitrine par trop
étoilé, un garçon prêt pour la noce, placardé dans une jolie boiboite ? Et,
dans tout cela, ma bonne dame, un peu de moi de mourir, sourire après sourire,
attendant le prochaine lubie de l’ogresse mère, reine du kitch et du classe
clinquant : des cravates vertes, des chaussures en croco, des lunettes
vintages ou bien un costume nouvelle génération, spécialement conçu pour me
ridiculiser. Qu’il est bon de travailler de nouveau !
06 juin 2009
Chroniques du Lutin
On peut
s’emballer vite, très vite : on ne choisit pas. On réprime, mais on se sent
bien, on ne réprime pas et dis-moi, toi, tu réprimes ? Et si tu réprimes, tu
réprimes quoi ? Je reprise, je reprise mon cœur ; /
on sent très
bien que l’appel au vote des écolos indépendants avec sa tété de veau et la
tête de Francis Lalanne - dont le nom n’est point intégré au correcteur
orthographique le plus répandu sur la terre - n’est plus un motif suffisant à rire, quand on est léger, et grave d’un
sentiment auquel on ne croit plus, dont l’ébauche submerge avec la puissance
d’un raz de marée / - Salade de pommes au curry !
On se plonge
dans l’action : la chasse aux prunes est ouverte, le boulot me revient après
des vacances improductives sous le sceau du chômage, panégyrique d’une
procrastination vaine, et quelque peu pixellisée et puis, il va falloir voter,
ce dimanche, pour que le monde soit meilleur mais il n’en sera rien. La
promesse politique est le nouveau Dieu. Mein Gott ! Travail, famille,
patrie. Tout ce qui sublime l’amour, et annihile l’individualisme, l’ego.
Mais bon !
Je me noie dans
les ritournelles des années 80, festoie dans le synthétique.
Je suis la
petite fée de la poudre bicarbonate de soude.
Une autre fée
qui boit aussi du vin va m’apprendre à créer mes propres produits d’entretien,
d’hygiène et cosmétique naturels et écologiques - je vais de plus en plus loin
dans mes lubies, pense à certains exils qui me conviendraient mieux que ce pays
aux paillettes insalubres. J’ai la tête partout, qui n’est point vissée sur mes
épaules, comme il est d’usage de le croire.
Mais quoi ?
J’imagine que l’objet à peine consommé de mon désir pourrait me retenir ici,
qu’il collerait jusqu’à la fusion son corps velu sur le mien, ou bien qu’il me
dévorerait vivant : quoi qu'il en soit, il me sera impossible de raconter tout
ça, sans s’exposer à son courroux, du moins son incompréhension, si d’aventure
je lui conte fleurette de l’existence d’un certain Nicolas Raviere, écrivain
raté, avorté, ou de Querelle, carnetier chimérique qu’un quidam inexpérimenté
prendrait pour un schizophrène de première zone, option petit collage au
Vinatier. Lui, ce n’est pas un littéraire. Il est éminemment terrien. Il communique
avec votre serviteur es nihilisme de ses toilettes, ordinateur portable vissé
sur les genoux, attendant, paisible, la venue du Grand Anaconda !
21 mai 2009
Yellow Munch
Il avançait
comme une tente, couverture jaune dressée au sommet de son crâne, pieds sales
et nus, sur l’asphalte fumant, et s’arrêta en face de moi, à quelques
centimètres de mon visage, pour me demander, à moi, et non à ce garçon que je
fréquente beaucoup ces derniers jours, de l’argent, de lui en donner, de
l’argent, s’il vous plait - mais dans ses yeux, lovés dans son visage
maigrichon et cramoisi, brillaient à l’emphase des pépites de haine.
Ils s’arrêtent
souvent, ces derniers temps, en face de moi, à quelques centimètres, lorsque je
ne me déplace pas, pour me regarder droit dans les yeux, et me demander,
sinistre rengaine, de l’argent, de l’argent, s’il vous plait. Je dis
non, bredouillant parfois, stupidement, des motifs réels pour justifier mon
avarice - et cela n’y manque jamais : l’insulte tombe, comme un couperet.
Connard, fils de pute, race de merde (…) ; de quoi préparer de longues listes
sucrées, à partager entre copines, à l’heure du thé.
Mais lui,
triangle jaune et mouvant, il n’a rien dit du tout : ses yeux, toujours aussi
tranchants, parlaient pour lui. Il s’est contenté seulement, sans même bouger,
de me donner un baiser, un baiser sonore, un baiser de guerre, au final
missile, tonitruant comme un claquement de fouet, au son de ventouse mortuaire.
Moi qui ne pensais pas avoir de sitôt peur de mes semblables, je fus saisi
d’angoisse, l’espace de ce baiser maudit, à l’aperture munchéenne : il m’a
laissé comme un goût amer, dans le crâne, ce baiser de la mort.
















