11 novembre 2009
En attendant NiKo III
Voici la suite de mes rééditions sur Thebookedition, plateforme d'auto édition française. Ici, L'Enfance d'une Garce et EX Nihilo, respectivement mon second et troisième roman.
L'Enfance d'une Garce
Joséphine n’est pas une enfant comme les autres. Dès l’âge de quatre ans, elle a une étonnante conception du monde et des choses qui l’entourent : elle n’aime pas sa mère, ni les gens du village, elle parvient à faire renvoyer la bonne, déteste les autres petites filles avec qui elle refuse de jouer, torture son chien, ignore sa petite sœur, n’éprouve absolument aucune peur vis-à-vis de la terrible institutrice ; puis, un jour, poussée par la curiosité, elle découvre un nouvel univers en se liant d’amitié avec le nouveau voisin, Monsieur Arnauty, un professeur de piano que les gens du village méprisent et appellent « l’inverti ».
EX Nihilo
EX Nihilo : rien ne naît de rien. Et pourtant... Point de départ : après huit ans d’absence, Christophe, ancien étudiant alcoolique et communiste, revient du Soudan. Il désire revoir Simon, à qui il n’a jamais donné signe de vie depuis... Simon ne se souvient qu’à peine de lui, mais peu à peu, au fil des heures et des coïncidences, l’histoire se reconstruit d’elle-même.
Après Disconite et l'Enfance d'une Garce, Nicolas Raviere explore de tout nouveaux concepts et univers pour ce troisième roman qui se passe cette fois-ci entre Lyon et Dijon et mélange habilement les genres narratifs (autobiographie, auto fiction, théâtre, ainsi qu'une version revisitée façon "gay" du célèbre conte "Le Petit Chaperon Rouge"...).
Toutes les rééditions de mes livres ici :
NICOLAS RAVIERE CHEZ THEBOOKEDITION
23 septembre 2009
7 Orifices
Tata
Jacqueline, une invention virtuelle débile moins lourde que la Bible et
cependant plus évidente m’a conjuré de ne point me mettre à la plongée
sous-marine, et de ne point côtoyer le grand café des requins blancs, aussi me
dois-je de renoncer à sonder mes abysses, sous peine de m’y noyer. Ou pas.
Telle est la pulsion de mort, qui chaque jour combat son avatar, qui la
façonne.
Foin des
cercles vicieux : j’ai trop parlé de cela de par le passé et Lui, que j’ai
frôlé de mon corps, n’a point effleuré ma plume acérée : parler de l’homme avec
qui l’on partage quelque chose serait, d’après mon expérience ridicule,
condamner le bonheur possible entre ces entités complices, de même que parler
du futur roman le voue à ne point naître - il est impossible, en outre, de se
prévoir une destinée.
Et puis, si
j’ai dit que nous étions tête-bêrche, lui and me, j’ai menti, je l’avoue ;
l’écriture n’est-elle pas mensonge, la littérature un palimpseste ? L’écriture
n’est-elle pas une pollution, une émanation de l’esprit filtré par une
confluence d’espoir et de cynisme, un entrelacs de points de vues, une
construction plus qu’un constat ?
- La bouche,
quoi qu'il en soit, n’est qu’un orifice
Sa bouche
est un gouffre mou.
La maladie s’y
dessine, insidieuse, au bord de l’orifice ; certains clients qui ne viennent
pas sont victimes de la grippe à la mode, qui d’un coup les démode. Un client a
même disparu dans l’Orifice du temps.
Depuis hier,
m’a avoué la secrétaire, nous n’avons pas réussi à le joindre. Il a disparu.
Nicolas Raviere
a disparu lui aussi, ses amants sont calcinés, dans la fosse sceptique de ses
pensées. Ses amours renaissent certaines nuits, comme des fantômes, le frôlent
dans des rêves tragiques, sans queue ni tête, sans orifices.
L’envie de
plaquer la salope sur la photocopieuse est réelle cependant, mais anecdotique.
On honore moins
les morts que les culs.
Un jour
peut-être je comprendrais le lien qui m’unit à ces existences confuses, qui
cherchent en moi quelque chose de saint alors que tout en moi respire la
pourriture, le fécès ; un jour, sans doute, je vengerais cette fortuite
disparition du temps, ce trou noir qui m’a absorbé, parce que je suis une arme,
une arme en mouvement, qui n’a pas trouvé son point d’impact, mais prend
conscience, peu à peu, de sa puissance.
- Mon cul !
22 septembre 2009
Formol
Les vêtements
sont carcans et sculptures ; la peau ne respire pas mais l’être se dessine. Tu
es mal dessiné, un brouillon, une caricature, un trait grossier dissimulant un
cœur d’or - et de pierre. Et tu t’avances vers moi, avec des idées de coït. Moi
qui suis mal dessiné, un autre modèle, plus fantaisiste, longiligne, légèrement
clouté. Je n’ai fait que sourire. Une femme, dont on a retiré de l’utérus une
masse informe d’un kilogramme avait dit, voici quelques années, à mon sujet que
Nicolas - ce cher Nicolas - était piquant comme une châtaigne mais
que son cœur, son cœur était moelleux et tendre. Moelleux, sans
doute, comme une paire de fesses.
Il faisait
froid et j’étais fatigué, j’étais avec cet autre qui, pour se vendre, ne parle
que de ses actions ; celui-ci me plaît, ce mélange passif aggressif, mais les
confessions, tête bêche sur un banc, sur les quais du Rhône, by night, ont eu
raison de mes envies, m’inculquant, par des voies mystérieuses, le goût d’en
savoir plus, de le connaître mieux, d’être, tout simplement, avec lui, sans
doute parce qu’il s’agit encore d’une possible impasse. Il me fallait
l’embrasser, lui caresser le cou, plonger mes yeux dans les siens. De jeunes
papillons de nuit, rutilant, crachotant du mollard nicotineux, nous ont demandé
si nous étions homosexuels ; j’ai répondu à cela : une fois par semaine. Mais
non pratiquant.
Le temps ne me
permet plus de me rendre dans ces lieux de cultes que j’ai fréquentés,
autrefois, avec l’assiduité implacable et dévote d’une grenouille de bénitier ;
de ces dionysies absurdes, je ne conserve que de vagues souvenirs, putrescences
érotiques, badineries sournoises, lutineries passionnantes, plié que je suis
aux labeurs absurdes d’une vie systématique et lancinante, où se dessinent, à
la craie, d’étranges amitiés, d’heureuses complicités. Le fantasme, plus que
jamais présent, me domine et, plaqué sur cette vie artificielle que je brode et
que je subis, je sens que je suis prêt à éclater, d’un moment à l’autre, de
même qu’une bombe ; il est toujours en moi, plus que jamais, cette pulsion de
mort, cette attirance pour le sordide qui macère et dont les voix, entrelacs
convulsif de métal et violons, se chevauchent, me rappellent au Drame. Combien
de temps resterais-je en apnée ?
31 août 2009
Teufel
Les démons
évitent de lorgner sur l’écran délétère, aux ondes point mystiques, d’idiotes
fictions sirupeuses qui pourtant les concernent : un renard tout gonflé
d’ego et terriblement maladroit s’en prend à une garce vêtue de noir pour
appartenir au pays des prunes et dédaigner son pelage plus crépu que soyeux. Il
lui lance cet ultimatum : on se voit pour parler de nous samedi ou dimanche,
lundi, ce sera trop tard. Certains trentenaires déguisent sur leur carte
d’identité une immaturité féroce qui les condamne face à la vie. C’est
pathétique - et délicieux.
La garce, quant
à elle, n’est point ébranlée par ces circonstances qui feraient pâlir toute la
Côte Ouest, vous imaginez bien : elle a trouvé, sans même s’en rendre
compte, la fameuse télécommande, seule capable de suspendre ce film ridicule qu’elle
regardait et dont elle était à la fois l’actrice principale, et la désolante
figurante, tout comme Marie et son célèbre poupon manufacturé par les hommes.
Synesthésie,
levée de rideau et apparence d’un garçon qui boit des jus de pissenlit, qu’on
appose à ce labyrinthe de chair par trop connu ; point de prière,
d’invocation, c’est un bus de métal qui le transporte, par l’immense avenue
dessinée d’un vent frais. La ville des lumières, ouverte, expose son obscurité,
cette architecture parallèle qui ouvre une nouvelle vie, de nouvelles
perceptions, et, dans ce décorum oublié, la résurrection d’une appartenance
certaine : liberté et rémission, dans un même mouvement.
Un ange levé
vers le ciel, ailes écartelées ; une descente au caveau se prépare, comme
un complot ourdi par d’étranges boissons vertes, ne distillant plus leurs
poisons ; tu es nouveau ici, je ne t’ai jamais vu, tu as des yeux
superbes. Ce sont les paroles prononcées par un diable cornu aux rides
altières, mâchoire carrée, qui mène l'ange courbé sous la voûte de pierre, dans une forêt
de néons violets qu'il ne voit même plus.
22 juin 2009
Contre Ariane
Mon
inconscient, accointance inéluctable, se charge de me rappeler quand vient la
nuit que ma mère peut mourir, représentant des théâtres obscurs où elle
trépasse sous mes yeux, puisque je n’y pense pas si souvent, le jour, à elle,
sa maladie, après de longues semaines d’angoisse, passées à m’en extraire : je
l’appelle désormais tous les deux jours, mais le boulot monopolise, le renard
hypnotise, et ce roman que j’ai envie d’écrire, et qui menace de ne jamais
naître, ne germe qu’en idée dans ma caboche, squatte en permanence la ram libre
de mon cerveau déliquescent d’homme pressé : ce n’est jamais assez !
Moi, dans tout
cela, j’en oublie de prendre ce temps qui m’est si cher, pour moi, pour ne me
consacrer qu’à mon humble personne, détaché des confluences sociales et
flatulences mondaines : déréliction, introspection, procrastination. Néanmoins,
j’ai le plaisir de trouver à la dérobée quelques instants à accorder à la
masturbation, mécanique sexuelle des danaïdes, irrigation, pompe du cœur. Et quelques minutes à accorder à mon journal,
qui n’est plus que sa propre parodie, sous une immense paradière laissant
filtrer le ciel, les étoiles, et la nuit, les semences d’une métaphysique
douteuse qui frôle le quotidien.
Le bonheur me
va, comme il va à chacun d’entre nous, mortel, nous conférant, l’espace d’un
temps plus ou moins défini, une grâce divine, une force sereine, de grandes
illusions qui voilent vaguement la noirceur du monde qui nous entoure, ce
chemin sinueux qui n’est que finitude : les fleuves ne se jettent-ils pas dans
la mer ? Le bonheur me retient, salopard, quand je transite par la gare, de m’y
arrêter tout à fait, pour acheter un aller et retour pour le pays des prunes,
ce pays où le temps et la vie ne sont pas suspendus. Je hais cette mécanique,
et l’égoïsme qu’elle sous-entend.
08 juin 2009
L'Ange Creux
J’ai rêvé, cette nuit, que je devisais avec Marlène Dietrich
autour d’un Thé au jasmin, dans un camp gitan. Nous étions seuls. De son cigare
échevelé s’échappaient des veloutes d’encens, lesquelles traçaient dans l’air
des paroles énigmatiques, poèmes graciles aux promesses d’ailleurs, et des
silhouettes de fées, qui s’allongeaient jusqu’à lécher la surface laiteuse et
ronde de la lune. Elle me dit, de sa voix si suave : vous n’êtes pas encore né,
vous ne voyez pas avec le cœur. Vous pensez trop, jeune homme et la pensée
n’est rien. La lune ne pense pas, elle, (elle la désigna d’un geste lancinant)
et c’est pour cela qu’elle existe.
Elle s’empara
délicatement de ma main, comme pour me dire la bonne aventure, le regard vif, concentré
sur les sillons, puis soupira, et soupira encore, jusqu’à s’esclaffer, d’une
voix gutturale : c’est d’un ennui !
Elle qui ne
ressemblait plus, dans ce décor onirique et burlesque, qu’à une parodie
d’elle-même, une caricature modelée avec tendresse par un travesti singeur,
maquillé par une guenon, à l’aide d’une truelle effroyable - ou d’un bâton de
sourcier - fut saisi d’une convulsion étrange, si violente qu’elle imprima sur
son visage et blanc et empourpré un rictus qui me fit frémir d’angoisse, cela même
après le réveil.
Ce n’était
point le vent frais, qui caressait mon épaule, ma nuque, ni même le visage
simiesque de la pleine lune, captivant les enfants et les fous, qui provoquèrent
chez moi ce frisson intense et glacé, alors qu’une à une, dans l’obscurité moirée
de la nuit, s’allumaient les caravanes. Elle reprit la parole d’une voix terreuse, déformée, aux frontières de
l’humain, sous les traits d’une autre, Sadako blonde aux yeux blancs,
ensanglantés, telle un Œdipe enfin conscient de l’horrible vérité, une Claire
Fisher transfigurée, pour m’interroger avec cette esquisse d’énigme dont je
cherche depuis le sens, qui m’est inavoué :
Savez-vous,
Nicolas, que les anges sont creux ?
29 mai 2009
Welcome to Zanzibar
Tu entres dans
l’ère concrète où les mots, sous couvert d’inférences, évoquent des réalités
nouvelles, dessinent des nuances aux drames et aux bonheurs, élargissent les
frontières des mondes connus et inconnus, fracturent l’unité du Totem.
Je ne me
fais plus de souci pour elle, disait la voix. Elle un petit ami, gentil,
serviable, une nouvelle télévision. Je ne fais plus de souci pour elle, et
advienne que pourra !
Cela n’est
point un délire, tout juste un reflet à peine déformé de la réalité, dont on le
discerne la vérité qu’au travers d’une lame subjective, un jugement des cinq
sens, qu’accompagnent, purulents, certains automatismes fortuits de la pensée.
Tout cela paraît un peu obscur, mais fais un effort, concentre-toi et
prends-moi par la main.
Welcome to Zanzibar
La dernière
fois que j’ai saisi une main qui m’était tendue, je me suis retrouvé enfermé
entre quatre murs, derrière une porte coulissante, à conjurer, fracassant le
pseudo totem qui m’avait lié au vain serment, non reconduit, jouant une
partition nouvelle et cependant innée. Comme j’avais la tête dure, pour ne
point ployer aux extrémités, par l’étreinte du Cyclope !
Une heure
après, des anges essoufflés tournaient autour du panneau Exit. Surprenant :
j’ai posé un instant ma main sur son épaule, froissant le blanc textile,
gagnant l’halitueuse épaule et condamnant la vie, rejoignant les murs crèmes,
par la découpe habile du matin, suspendu au soleil miteux de l’aube.
Il fallait
fêter cet anniversaire, anniversaire de chair, à la façon des rois, des reines
et des esclaves, se perdre dans les affres d’une tradition nouvelle, un rite
factice et factuel, délictuel : créer, en quelque sorte, sa propre mythologie.
***
POSTER BOY
Trois silhouettes
se dessinent, au grand café des requins blancs, dans la moiteur silencieuse et
abyssale d’un été sulfureux, dont les formes évoquent, lignes droites et
longilignes, des hommes fins, rompus aux mécaniques physiques.
***
[Je me fiche
bien que tu ne comprennes pas, journal, ce que je cherche à exprimer,
précisément, dans cet égarement vaguement consenti, ni même la finalité de ces
quelques paragraphes. Les seuls pouvoirs qui te sont investis sont les miettes
que je t’ai confiées, ta mission n’est qu’un leurre, une impuissance à conjurer
; à moins que tu ne sois le reflet de Zanzibar, auquel cas tout s’annule. Je ne
te l’ai jamais dit, mais tu le sais pour être moi, Nicolas : tout a commencé
par une partie de cartes, voici plus de vingt ans.]
28 avril 2009
Orange
Ils portaient
ces t-shirts orange, pour fourrager dans le végétal qu’accrochait le textile
saillant, allant droit devant, l’un après l’autre, sans se connaître et
cependant similaires : ils portaient un bas de jogging marine dans lequel se
lovait un sexe à l’affût. L’un s’en fut à droite, le second par la gauche. Quant
à moi je rebroussais chemin. J’avais emporté Nicolas Pages avec moi, juste au
cas où et recevais du ciel, des arbres, d’infimes gouttes d’eau, sur mes
épaules et les pages, sur mes cheveux. J’en sentais parfois, du bout des doigts,
réflexe indigent, l’odeur naturelle fade et fantôme, puis m’allongeais plus
loin, plaquais mon dos contre un arbre, regardant les oranges et mûrir et
flétrir, s’évanouir. Je savais que je pouvais soupeser ces fruits, que l’on
venait de m’offrir si gracieusement, comme cela, un peu par hasard, et croquer
dedans, à l’affût d’hypothétiques vitamines, mais je n’aime pas la couleur
orange - et moins encore le bleu marine.
17 avril 2009
La Valse des Urodèles
Ce n’est pas possible, tout
simplement impossible, que de l’imaginer CELA, sur ton lit de framboise, nous
dévêtir jusqu’à la couenne, nous assembler jusqu’à la graisse, par la glue de
nos sexes ; ne le sais-tu pas ? Ce besoin d’évasion que j’ai, présentement, ne
le permet pas ; c’est ce que désire pourtant mon corps, toujours rebelle, enclave
noueuse et tendue vers ce nulle part : des continents dont la carte n’est plus
à inventer. Pures et vaines
siamoiseries.
Toi et les autres, sous
papier calque, êtes strictement identiques, partageant le Rite, qu’on pourrait
appeler le rite du soleil, une parade nuptiale aux codes par trop établis, que
les médias nous renvoient à tout instant, avec l’élégance d’un poison et que la
vie, par simple instinct de mimésis, nous propose, de même que des fruits,
rayon primeur, à chaque instant, à chaque regard. Puis, à la dérobade, on se
suit par le cul comme des chiens gravissant le bitume.
A cela, je préfère le
tranchant d’un poème, la vague rectiligne d’une lame, un crachat chaud et doux,
spongieux, une main tétanisée, blême sur un corps endormi. Un regard qui dématérialise
tout. Le Prisme. L’Emotion. L’Océan, prisonnier de l’œuf irisé.
1 / Comme hier. Il m’a
donné un grand instant de bonheur, qu’il serait vain de reconduire, parce
qu’il faut laisser aux enfants le privilège du Sacré.
2 / J’ai photographié la scène,
avec mon appareil photo spectral, qu’il n’a point vu, puisqu’il n’existe
matériellement pas, dont il n’a pas d’idée de ce qu’il peut être puissant,
parce qu’il empêche présentement son heureux propriétaire de poursuivre
certains récits, de les continuer, pour les achever, sens propre et figuré :
les histoires qui s’inventent et les souvenirs qui prennent corps ne
doivent-ils pas générer une sensation de merveilleux - totale et inaliénable - afin de sublimer un
quotidien médiocre, dans lequel on s’efforce, risible combat, de trouver
toujours plus de petits bonheurs insignifiants, que l’on se plait à énumérer, à
qui veut les entendre ?
3 / Il m’a donné ceci : anecdote # 43
[Qu’il serait bon que la technique du copié collé fonctionne, parfois, dans la
vie, afin de créer des symétries reposantes, de parfaits petits îlots dont on
connaît chaque recoin. Bullshit.]
Soirée
clandestine après fermeture, dans le noir estaminet, nous bûmes des liqueurs du
passé, sous l’égide du Chanoine pour rejoindre, timides sous l’absence des
étoiles, quelques enfants qui, place Bellecour, tournoyaient, paisibles, dans
le vent, sous le regard d’une mère placide. Puis, nous quittâmes ce lieu, pour
un autre, où ces jeux miniatures nous appartenaient tout à fait : défier la
gravité, oser la contorsion et taper du cul jusqu’à rejoindre les étoiles. Mais
le ciel était vide - quand bien même ! Et je suis reparti, dans la nuit, d’un
pas lourd - et léger.
***
Je laisse un
silence plus profond qu’une ecchymose sur la peau de ces nouvelles rencontres,
constatant la déflagration lente des amours possibles et impossibles ; je
ne sais que regarder les fleurs, les contempler, jamais ne les respire et je
n’ose, d’un geste ô combien précis, ou terriblement saccadé, en couper la tige,
pour m’en emparer ; ne sont-elles pas, de toute façon, destinées à
mourir ?
05 avril 2009
Beth
Explorons une dernière fois
le monde des rêves, si tu le veux bien, avant que de fermer la porte, et de
disparaître à loisir dans l’aurore laiteuse - ou l’empire silencieux - et
accidenté - de la nuit.
Je n’écris plus de rêves
ici, pourtant, ce n’est pas faute d’en faire, ou d’en subir, chaque nuit qui se
passe, en marge du quotidien : des petits contes atroces pour enfants attardés,
des farandoles de monstres et des douceurs nacrées. Importantes, ces douceurs,
tu n’as pas idée !
Ne t’attends pas, pour ce
dernier rêve, à quelques instants oniriques cousus par cette voix dont tu es
coutumier, puisque cette voix, éreintée, désormais ne chante plus, ne porte
plus, c’est à peine si elle murmure, susurre. Mais procédons :
Je suis allé dans ce
sanctuaire - éreinté lui aussi - qu’est l’United Café. Pénétrant ce lieu par
une porte qui, dans le monde du rêve, n’existe pas, je me retrouve dans une
salle fictive, reliée au célébrissime Couloir. Là, sous des éclairages violents
comme des couteaux, des corps nus d’hommes musclés et décharnés s’enlacent,
mécaniques douteuses ; et devant moi se tient Beth, cette amie que je n’ai
pas revue depuis l’université, ma meilleure amie d’antan, complice de tant
d’instants, avec qui je suis brouillé depuis 8 ans - et à jamais - pour des
histoires qui cependant ne méritent pas que se fâchent deux adultes - péché d'orgueil
n’est-il pas malédiction ?
Son visage n’a pas changé,
toujours aussi poupin, des petites oreilles de Bouddha, des lunettes évoquant
des papillons l’armature, cependant que le verre n’a rien de léger, formant
deux petits bocaux. Elle est nue, et visiblement enceinte. Sa peau fatiguée,
relâchée, grise et friable, lui donne un air de vieille femme surannée sur laquelle
on aurait collé une tête joviale et débonnaire, comme pour créer une chimère
douteuse, un oxymoron de chair incarné dans le monde brut et physique.
Je l’appelle : Beth !
Elle me regarde d’un air
bovin, point trop lucide, mais j’y vois fort bien, pour la connaître
parfaitement, qu’elle me reconnaît, cela bien que j’ai changé, vieilli moi
aussi, épaissi tout autant qu’elle, et qu’elle ne souhaite vraiment pas me
parler. La Garce !
Avec une conviction des
plus écœurante, j’essaye tant bien que mal d’établir un possible dialogue :
On est plus des enfants,
Beth. On est pas obligé de se parler à nouveau, mais je tenais à toi, alors
j’aimerais que tu me racontes ce que tu as fait tout ce temps.
Elle ne répond en rien à
cette requête mais je vois bien dans son œil torve que cela l’intéresse,
peut-être, de me livrer des parcelles de sa vie. Néanmoins, elle se tourne vers
un homme nu, sur un banc, un homme terriblement jeune, aux cheveux blancs - et
point albinos - avec un corps de craie, rectiligne et franc, une verge très peu
innervée, si dure qu’elle semble soudée à son nombril, et blanche comme le
calcaire. Beth ne tarde pas à se saisir de ses deux testicules, bonbons lisses
comme des joues de bébé, qu’elle malaxe mollement entre ses doigts grêles et
tordus.
Je rejoins pour ma part le
couloir, où une forêt de créatures pailletées aux allures diaprées, fardées
comme des créatures de clip vidéo, m’empêchent d’avancer.
Viens avec nous,
Nicolas, qu’elles me disent. Viens
avec nous.
Le regard droit, sans
prétendre les voir, je force le passage en m’élançant dans cette forêt
décharnée et mouvante, griffé, molesté, par des ongles de démons, et cela
jusqu’au sang : de légères piqûres, ni plus ni moins. Et je m’élance toujours.
Et j’entends :
Allez, de toutes les
connasses, tu es la pire, alors viens nous rejoindre.
J’arrive devant le
vestiaire qui, dans le monde réel, se situe à l’entrée et qui, dans le monde du
rêve, est exactement au même endroit c'est-à-dire : la porte de sortie. Je
découvre que je porte une de ces besaces modernes qui, voici quelques années,
étaient réservées aux homosexuels, besace que j’ouvre, pour en sortir ma
sempiternelle veste, que curieusement je ne porte pas en pareille occasion.
La fille du vestiaire me
dit : « Ca fera trois euros.
- Trois euros ? C’est
pas deux, d’habitude ?
Il y a deux choses.
- Ca devrait faire 4
alors.
Mais c’est trois. C’est
ainsi, c’est comme ça, et pas autrement.
- J’aime trop le chiffre
trois pour le sacrifier ainsi »
Sans trop savoir pourquoi,
je repose ma veste dans le sac, que je remets ainsi qu’une pièce de deux euros,
dans les mains de cette jeune fille fort aimable, pour ensuite quitter à jamais
les lieux, par la porte de métal.
Et me réveiller.
…












