QUERELLE + querelles = Querelle(S)

Au singulier comme au pluriel, Querelle, c'est le journal intime, mais non confidentiel, de Nicolas Raviere, où il est question de toute autre chose, parfois, que de simples querelles.

11 novembre 2009

En attendant NiKo III

Acheter EX Nihilo Acheter L\'Enfance d\'une Garce

Voici la suite de mes rééditions sur Thebookedition, plateforme d'auto édition française. Ici, L'Enfance d'une Garce et EX Nihilo, respectivement mon second et troisième roman.

L'Enfance d'une Garce

Joséphine n’est pas une enfant comme les autres. Dès l’âge de quatre ans, elle a une étonnante conception du monde et des choses qui l’entourent : elle n’aime pas sa mère, ni les gens du village, elle parvient à faire renvoyer la bonne, déteste les autres petites filles avec qui elle refuse de jouer, torture son chien, ignore sa petite sœur, n’éprouve absolument aucune peur vis-à-vis de la terrible institutrice ; puis, un jour, poussée par la curiosité, elle découvre un nouvel univers en se liant d’amitié avec le nouveau voisin, Monsieur Arnauty, un professeur de piano que les gens du village méprisent et appellent « l’inverti ».

Le livre L\'Enfance d\'une Garce

EX Nihilo

EX Nihilo : rien ne naît de rien. Et pourtant... Point de départ : après huit ans d’absence, Christophe, ancien étudiant alcoolique et communiste, revient du Soudan. Il désire revoir Simon, à qui il n’a jamais donné signe de vie depuis... Simon ne se souvient qu’à peine de lui, mais peu à peu, au fil des heures et des coïncidences, l’histoire se reconstruit d’elle-même.

Après Disconite et l'Enfance d'une Garce, Nicolas Raviere explore de tout nouveaux concepts et univers pour ce troisième roman qui se passe cette fois-ci entre Lyon et Dijon et mélange habilement les genres narratifs (autobiographie, auto fiction, théâtre, ainsi qu'une version revisitée façon "gay" du célèbre conte "Le Petit Chaperon Rouge"...).

Le livre EX Nihilo

Toutes les rééditions de mes livres ici :

NICOLAS RAVIERE CHEZ THEBOOKEDITION

23 septembre 2009

7 Orifices

Tata Jacqueline, une invention virtuelle débile moins lourde que la Bible et cependant plus évidente m’a conjuré de ne point me mettre à la plongée sous-marine, et de ne point côtoyer le grand café des requins blancs, aussi me dois-je de renoncer à sonder mes abysses, sous peine de m’y noyer. Ou pas. Telle est la pulsion de mort, qui chaque jour combat son avatar, qui la façonne.

Foin des cercles vicieux : j’ai trop parlé de cela de par le passé et Lui, que j’ai frôlé de mon corps, n’a point effleuré ma plume acérée : parler de l’homme avec qui l’on partage quelque chose serait, d’après mon expérience ridicule, condamner le bonheur possible entre ces entités complices, de même que parler du futur roman le voue à ne point naître - il est impossible, en outre, de se prévoir une destinée.

Et puis, si j’ai dit que nous étions tête-bêrche, lui and me, j’ai menti, je l’avoue ; l’écriture n’est-elle pas mensonge, la littérature un palimpseste ? L’écriture n’est-elle pas une pollution, une émanation de l’esprit filtré par une confluence d’espoir et de cynisme, un entrelacs de points de vues, une construction plus qu’un constat ?

- La bouche, quoi qu'il en soit, n’est qu’un orifice

Sa bouche est un gouffre mou.

La maladie s’y dessine, insidieuse, au bord de l’orifice ; certains clients qui ne viennent pas sont victimes de la grippe à la mode, qui d’un coup les démode. Un client a même disparu dans l’Orifice du temps.
Depuis hier, m’a avoué la secrétaire, nous n’avons pas réussi à le joindre. Il a disparu.
Nicolas Raviere a disparu lui aussi, ses amants sont calcinés, dans la fosse sceptique de ses pensées. Ses amours renaissent certaines nuits, comme des fantômes, le frôlent dans des rêves tragiques, sans queue ni tête, sans orifices.

L’envie de plaquer la salope sur la photocopieuse est réelle cependant, mais anecdotique.

On honore moins les morts que les culs.

Un jour peut-être je comprendrais le lien qui m’unit à ces existences confuses, qui cherchent en moi quelque chose de saint alors que tout en moi respire la pourriture, le fécès ; un jour, sans doute, je vengerais cette fortuite disparition du temps, ce trou noir qui m’a absorbé, parce que je suis une arme, une arme en mouvement, qui n’a pas trouvé son point d’impact, mais prend conscience, peu à peu, de sa puissance.

- Mon cul !

22 septembre 2009

Formol

Les vêtements sont carcans et sculptures ; la peau ne respire pas mais l’être se dessine. Tu es mal dessiné, un brouillon, une caricature, un trait grossier dissimulant un cœur d’or - et de pierre. Et tu t’avances vers moi, avec des idées de coït. Moi qui suis mal dessiné, un autre modèle, plus fantaisiste, longiligne, légèrement clouté. Je n’ai fait que sourire. Une femme, dont on a retiré de l’utérus une masse informe d’un kilogramme avait dit, voici quelques années, à mon sujet que Nicolas - ce cher Nicolas - était piquant comme une châtaigne mais que son cœur, son cœur était moelleux et tendre. Moelleux, sans doute, comme une paire de fesses.

Il faisait froid et j’étais fatigué, j’étais avec cet autre qui, pour se vendre, ne parle que de ses actions ; celui-ci me plaît, ce mélange passif aggressif, mais les confessions, tête bêche sur un banc, sur les quais du Rhône, by night, ont eu raison de mes envies, m’inculquant, par des voies mystérieuses, le goût d’en savoir plus, de le connaître mieux, d’être, tout simplement, avec lui, sans doute parce qu’il s’agit encore d’une possible impasse. Il me fallait l’embrasser, lui caresser le cou, plonger mes yeux dans les siens. De jeunes papillons de nuit, rutilant, crachotant du mollard nicotineux, nous ont demandé si nous étions homosexuels ; j’ai répondu à cela : une fois par semaine. Mais non pratiquant.

Le temps ne me permet plus de me rendre dans ces lieux de cultes que j’ai fréquentés, autrefois, avec l’assiduité implacable et dévote d’une grenouille de bénitier ; de ces dionysies absurdes, je ne conserve que de vagues souvenirs, putrescences érotiques, badineries sournoises, lutineries passionnantes, plié que je suis aux labeurs absurdes d’une vie systématique et lancinante, où se dessinent, à la craie, d’étranges amitiés, d’heureuses complicités. Le fantasme, plus que jamais présent, me domine et, plaqué sur cette vie artificielle que je brode et que je subis, je sens que je suis prêt à éclater, d’un moment à l’autre, de même qu’une bombe ; il est toujours en moi, plus que jamais, cette pulsion de mort, cette attirance pour le sordide qui macère et dont les voix, entrelacs convulsif de métal et violons, se chevauchent, me rappellent au Drame. Combien de temps resterais-je en apnée ?

 

31 août 2009

Teufel

Les démons évitent de lorgner sur l’écran délétère, aux ondes point mystiques, d’idiotes fictions sirupeuses qui pourtant les concernent : un renard tout gonflé d’ego et terriblement maladroit s’en prend à une garce vêtue de noir pour appartenir au pays des prunes et dédaigner son pelage plus crépu que soyeux. Il lui lance cet ultimatum : on se voit pour parler de nous samedi ou dimanche, lundi, ce sera trop tard. Certains trentenaires déguisent sur leur carte d’identité une immaturité féroce qui les condamne face à la vie. C’est pathétique - et délicieux.

La garce, quant à elle, n’est point ébranlée par ces circonstances qui feraient pâlir toute la Côte Ouest, vous imaginez bien : elle a trouvé, sans même s’en rendre compte, la fameuse télécommande, seule capable de suspendre ce film ridicule qu’elle regardait et dont elle était à la fois l’actrice principale, et la désolante figurante, tout comme Marie et son célèbre poupon manufacturé par les hommes.

Synesthésie, levée de rideau et apparence d’un garçon qui boit des jus de pissenlit, qu’on appose à ce labyrinthe de chair par trop connu ; point de prière, d’invocation, c’est un bus de métal qui le transporte, par l’immense avenue dessinée d’un vent frais. La ville des lumières, ouverte, expose son obscurité, cette architecture parallèle qui ouvre une nouvelle vie, de nouvelles perceptions, et, dans ce décorum oublié, la résurrection d’une appartenance certaine : liberté et rémission, dans un même mouvement.

Un ange levé vers le ciel, ailes écartelées ; une descente au caveau se prépare, comme un complot ourdi par d’étranges boissons vertes, ne distillant plus leurs poisons ; tu es nouveau ici, je ne t’ai jamais vu, tu as des yeux superbes. Ce sont les paroles prononcées par un diable cornu aux rides altières, mâchoire carrée, qui mène l'ange courbé sous la voûte de pierre, dans une forêt de néons violets qu'il ne voit même plus.

 

22 juin 2009

Contre Ariane

Mon inconscient, accointance inéluctable, se charge de me rappeler quand vient la nuit que ma mère peut mourir, représentant des théâtres obscurs où elle trépasse sous mes yeux, puisque je n’y pense pas si souvent, le jour, à elle, sa maladie, après de longues semaines d’angoisse, passées à m’en extraire : je l’appelle désormais tous les deux jours, mais le boulot monopolise, le renard hypnotise, et ce roman que j’ai envie d’écrire, et qui menace de ne jamais naître, ne germe qu’en idée dans ma caboche, squatte en permanence la ram libre de mon cerveau déliquescent d’homme pressé : ce n’est jamais assez !

Moi, dans tout cela, j’en oublie de prendre ce temps qui m’est si cher, pour moi, pour ne me consacrer qu’à mon humble personne, détaché des confluences sociales et flatulences mondaines : déréliction, introspection, procrastination. Néanmoins, j’ai le plaisir de trouver à la dérobée quelques instants à accorder à la masturbation, mécanique sexuelle des danaïdes, irrigation, pompe du cœur. Et quelques minutes à accorder à mon journal, qui n’est plus que sa propre parodie, sous une immense paradière laissant filtrer le ciel, les étoiles, et la nuit, les semences d’une métaphysique douteuse qui frôle le quotidien.

Le bonheur me va, comme il va à chacun d’entre nous, mortel, nous conférant, l’espace d’un temps plus ou moins défini, une grâce divine, une force sereine, de grandes illusions qui voilent vaguement la noirceur du monde qui nous entoure, ce chemin sinueux qui n’est que finitude : les fleuves ne se jettent-ils pas dans la mer ? Le bonheur me retient, salopard, quand je transite par la gare, de m’y arrêter tout à fait, pour acheter un aller et retour pour le pays des prunes, ce pays où le temps et la vie ne sont pas suspendus. Je hais cette mécanique, et l’égoïsme qu’elle sous-entend.


08 juin 2009

L'Ange Creux

J’ai rêvé, cette nuit, que je devisais avec Marlène Dietrich autour d’un Thé au jasmin, dans un camp gitan. Nous étions seuls. De son cigare échevelé s’échappaient des veloutes d’encens, lesquelles traçaient dans l’air des paroles énigmatiques, poèmes graciles aux promesses d’ailleurs, et des silhouettes de fées, qui s’allongeaient jusqu’à lécher la surface laiteuse et ronde de la lune. Elle me dit, de sa voix si suave : vous n’êtes pas encore né, vous ne voyez pas avec le cœur. Vous pensez trop, jeune homme et la pensée n’est rien. La lune ne pense pas, elle, (elle la désigna d’un geste lancinant) et c’est pour cela qu’elle existe.

Elle s’empara délicatement de ma main, comme pour me dire la bonne aventure, le regard vif, concentré sur les sillons, puis soupira, et soupira encore, jusqu’à s’esclaffer, d’une voix gutturale : c’est d’un ennui !

Elle qui ne ressemblait plus, dans ce décor onirique et burlesque, qu’à une parodie d’elle-même, une caricature modelée avec tendresse par un travesti singeur, maquillé par une guenon, à l’aide d’une truelle effroyable - ou d’un bâton de sourcier - fut saisi d’une convulsion étrange, si violente qu’elle imprima sur son visage et blanc et empourpré un rictus qui me fit frémir d’angoisse, cela même après le réveil.

Ce n’était point le vent frais, qui caressait mon épaule, ma nuque, ni même le visage simiesque de la pleine lune, captivant les enfants et les fous, qui provoquèrent chez moi ce frisson intense et glacé, alors qu’une à une, dans l’obscurité moirée de la nuit, s’allumaient les caravanes. Elle reprit la parole d’une voix terreuse, déformée, aux frontières de l’humain, sous les traits d’une autre, Sadako blonde aux yeux blancs, ensanglantés, telle un Œdipe enfin conscient de l’horrible vérité, une Claire Fisher transfigurée, pour m’interroger avec cette esquisse d’énigme dont je cherche depuis le sens, qui m’est inavoué :

Savez-vous, Nicolas, que les anges sont creux ?

29 mai 2009

Welcome to Zanzibar

Tu entres dans l’ère concrète où les mots, sous couvert d’inférences, évoquent des réalités nouvelles, dessinent des nuances aux drames et aux bonheurs, élargissent les frontières des mondes connus et inconnus, fracturent l’unité du Totem. 

Je ne me fais plus de souci pour elle, disait la voix. Elle un petit ami, gentil, serviable, une nouvelle télévision. Je ne fais plus de souci pour elle, et advienne que pourra !

Cela n’est point un délire, tout juste un reflet à peine déformé de la réalité, dont on le discerne la vérité qu’au travers d’une lame subjective, un jugement des cinq sens, qu’accompagnent, purulents, certains automatismes fortuits de la pensée. Tout cela paraît un peu obscur, mais fais un effort, concentre-toi et prends-moi par la main.

Welcome to Zanzibar

La dernière fois que j’ai saisi une main qui m’était tendue, je me suis retrouvé enfermé entre quatre murs, derrière une porte coulissante, à conjurer, fracassant le pseudo totem qui m’avait lié au vain serment, non reconduit, jouant une partition nouvelle et cependant innée. Comme j’avais la tête dure, pour ne point ployer aux extrémités, par l’étreinte du Cyclope !

Une heure après, des anges essoufflés tournaient autour du panneau Exit. Surprenant : j’ai posé un instant ma main sur son épaule, froissant le blanc textile, gagnant l’halitueuse épaule et condamnant la vie, rejoignant les murs crèmes, par la découpe habile du matin, suspendu au soleil miteux de l’aube.

Il fallait fêter cet anniversaire, anniversaire de chair, à la façon des rois, des reines et des esclaves, se perdre dans les affres d’une tradition nouvelle, un rite factice et factuel, délictuel : créer, en quelque sorte, sa propre mythologie.

***

POSTER BOY

Trois silhouettes se dessinent, au grand café des requins blancs, dans la moiteur silencieuse et abyssale d’un été sulfureux, dont les formes évoquent, lignes droites et longilignes, des hommes fins, rompus aux mécaniques physiques.

***

[Je me fiche bien que tu ne comprennes pas, journal, ce que je cherche à exprimer, précisément, dans cet égarement vaguement consenti, ni même la finalité de ces quelques paragraphes. Les seuls pouvoirs qui te sont investis sont les miettes que je t’ai confiées, ta mission n’est qu’un leurre, une impuissance à conjurer ; à moins que tu ne sois le reflet de Zanzibar, auquel cas tout s’annule. Je ne te l’ai jamais dit, mais tu le sais pour être moi, Nicolas : tout a commencé par une partie de cartes, voici plus de vingt ans.]

 

 

28 avril 2009

Orange

Ils portaient ces t-shirts orange, pour fourrager dans le végétal qu’accrochait le textile saillant, allant droit devant, l’un après l’autre, sans se connaître et cependant similaires : ils portaient un bas de jogging marine dans lequel se lovait un sexe à l’affût. L’un s’en fut à droite, le second par la gauche. Quant à moi je rebroussais chemin. J’avais emporté Nicolas Pages avec moi, juste au cas où et recevais du ciel, des arbres, d’infimes gouttes d’eau, sur mes épaules et les pages, sur mes cheveux. J’en sentais parfois, du bout des doigts, réflexe indigent, l’odeur naturelle fade et fantôme, puis m’allongeais plus loin, plaquais mon dos contre un arbre, regardant les oranges et mûrir et flétrir, s’évanouir. Je savais que je pouvais soupeser ces fruits, que l’on venait de m’offrir si gracieusement, comme cela, un peu par hasard, et croquer dedans, à l’affût d’hypothétiques vitamines, mais je n’aime pas la couleur orange - et moins encore le bleu marine.

17 avril 2009

La Valse des Urodèles

Ce n’est pas possible, tout simplement impossible, que de l’imaginer CELA, sur ton lit de framboise, nous dévêtir jusqu’à la couenne, nous assembler jusqu’à la graisse, par la glue de nos sexes ; ne le sais-tu pas ? Ce besoin d’évasion que j’ai, présentement, ne le permet pas ; c’est ce que désire pourtant mon corps, toujours rebelle, enclave noueuse et tendue vers ce nulle part : des continents dont la carte n’est plus à inventer. Pures et vaines siamoiseries.

Toi et les autres, sous papier calque, êtes strictement identiques, partageant le Rite, qu’on pourrait appeler le rite du soleil, une parade nuptiale aux codes par trop établis, que les médias nous renvoient à tout instant, avec l’élégance d’un poison et que la vie, par simple instinct de mimésis, nous propose, de même que des fruits, rayon primeur, à chaque instant, à chaque regard. Puis, à la dérobade, on se suit par le cul comme des chiens gravissant le bitume.

A cela, je préfère le tranchant d’un poème, la vague rectiligne d’une lame, un crachat chaud et doux, spongieux, une main tétanisée, blême sur un corps endormi. Un regard qui dématérialise tout. Le Prisme. L’Emotion. L’Océan, prisonnier de l’œuf irisé.

1 / Comme hier. Il m’a donné un grand instant de bonheur, qu’il serait vain de reconduire, parce qu’il faut laisser aux enfants le privilège du Sacré.

2 / J’ai photographié la scène, avec mon appareil photo spectral, qu’il n’a point vu, puisqu’il n’existe matériellement pas, dont il n’a pas d’idée de ce qu’il peut être puissant, parce qu’il empêche présentement son heureux propriétaire de poursuivre certains récits, de les continuer, pour les achever, sens propre et figuré : les histoires qui s’inventent et les souvenirs qui prennent corps ne doivent-ils pas générer une sensation de merveilleux - totale et inaliénable - afin de sublimer un quotidien médiocre, dans lequel on s’efforce, risible combat, de trouver toujours plus de petits bonheurs insignifiants, que l’on se plait à énumérer, à qui veut les entendre ?

3 / Il m’a donné ceci : anecdote # 43 [Qu’il serait bon que la technique du copié collé fonctionne, parfois, dans la vie, afin de créer des symétries reposantes, de parfaits petits îlots dont on connaît chaque recoin. Bullshit.]

Soirée clandestine après fermeture, dans le noir estaminet, nous bûmes des liqueurs du passé, sous l’égide du Chanoine pour rejoindre, timides sous l’absence des étoiles, quelques enfants qui, place Bellecour, tournoyaient, paisibles, dans le vent, sous le regard d’une mère placide. Puis, nous quittâmes ce lieu, pour un autre, où ces jeux miniatures nous appartenaient tout à fait : défier la gravité, oser la contorsion et taper du cul jusqu’à rejoindre les étoiles. Mais le ciel était vide - quand bien même ! Et je suis reparti, dans la nuit, d’un pas lourd - et léger.

*** 

Je laisse un silence plus profond qu’une ecchymose sur la peau de ces nouvelles rencontres, constatant la déflagration lente des amours possibles et impossibles ; je ne sais que regarder les fleurs, les contempler, jamais ne les respire et je n’ose, d’un geste ô combien précis, ou terriblement saccadé, en couper la tige, pour m’en emparer ; ne sont-elles pas, de toute façon, destinées à mourir ?

05 avril 2009

Beth

Explorons une dernière fois le monde des rêves, si tu le veux bien, avant que de fermer la porte, et de disparaître à loisir dans l’aurore laiteuse - ou l’empire silencieux - et accidenté - de la nuit.

Je n’écris plus de rêves ici, pourtant, ce n’est pas faute d’en faire, ou d’en subir, chaque nuit qui se passe, en marge du quotidien : des petits contes atroces pour enfants attardés, des farandoles de monstres et des douceurs nacrées. Importantes, ces douceurs, tu n’as pas idée !

Ne t’attends pas, pour ce dernier rêve, à quelques instants oniriques cousus par cette voix dont tu es coutumier, puisque cette voix, éreintée, désormais ne chante plus, ne porte plus, c’est à peine si elle murmure, susurre. Mais procédons :

Je suis allé dans ce sanctuaire - éreinté lui aussi - qu’est l’United Café. Pénétrant ce lieu par une porte qui, dans le monde du rêve, n’existe pas, je me retrouve dans une salle fictive, reliée au célébrissime Couloir. Là, sous des éclairages violents comme des couteaux, des corps nus d’hommes musclés et décharnés s’enlacent, mécaniques douteuses ; et devant moi se tient Beth, cette amie que je n’ai pas revue depuis l’université, ma meilleure amie d’antan, complice de tant d’instants, avec qui je suis brouillé depuis 8 ans - et à jamais - pour des histoires qui cependant ne méritent pas que se fâchent deux adultes - péché d'orgueil n’est-il pas malédiction ?

Son visage n’a pas changé, toujours aussi poupin, des petites oreilles de Bouddha, des lunettes évoquant des papillons l’armature, cependant que le verre n’a rien de léger, formant deux petits bocaux. Elle est nue, et visiblement enceinte. Sa peau fatiguée, relâchée, grise et friable, lui donne un air de vieille  femme surannée sur laquelle on aurait collé une tête joviale et débonnaire, comme pour créer une chimère douteuse, un oxymoron de chair incarné dans le monde brut et physique.

Je l’appelle : Beth !
Elle me regarde d’un air bovin, point trop lucide, mais j’y vois fort bien, pour la connaître parfaitement, qu’elle me reconnaît, cela bien que j’ai changé, vieilli moi aussi, épaissi tout autant qu’elle, et qu’elle ne souhaite vraiment pas me parler. La Garce !
Avec une conviction des plus écœurante, j’essaye tant bien que mal d’établir un possible dialogue :

On est plus des enfants, Beth. On est pas obligé de se parler à nouveau, mais je tenais à toi, alors j’aimerais que tu me racontes ce que tu as fait tout ce temps.

Elle ne répond en rien à cette requête mais je vois bien dans son œil torve que cela l’intéresse, peut-être, de me livrer des parcelles de sa vie. Néanmoins, elle se tourne vers un homme nu, sur un banc, un homme terriblement jeune, aux cheveux blancs - et point albinos - avec un corps de craie, rectiligne et franc, une verge très peu innervée, si dure qu’elle semble soudée à son nombril, et blanche comme le calcaire. Beth ne tarde pas à se saisir de ses deux testicules, bonbons lisses comme des joues de bébé, qu’elle malaxe mollement entre ses doigts grêles et tordus. 

Je rejoins pour ma part le couloir, où une forêt de créatures pailletées aux allures diaprées, fardées comme des créatures de clip vidéo, m’empêchent d’avancer.
Viens avec nous, Nicolas,
 qu’elles me disent. Viens avec nous.
Le regard droit, sans prétendre les voir, je force le passage en m’élançant dans cette forêt décharnée et mouvante, griffé, molesté, par des ongles de démons, et cela jusqu’au sang : de légères piqûres, ni plus ni moins. Et je m’élance toujours. Et j’entends :

Allez, de toutes les connasses, tu es la pire, alors viens nous rejoindre.

J’arrive devant le vestiaire qui, dans le monde réel, se situe à l’entrée et qui, dans le monde du rêve, est exactement au même endroit c'est-à-dire : la porte de sortie. Je découvre que je porte une de ces besaces modernes qui, voici quelques années, étaient réservées aux homosexuels, besace que j’ouvre, pour en sortir ma sempiternelle veste, que curieusement je ne porte pas en pareille occasion.

La fille du vestiaire me dit : « Ca fera trois euros.
- Trois euros ? C’est pas deux, d’habitude ?
Il y a deux choses.
- Ca devrait faire 4 alors.
Mais c’est trois. C’est ainsi, c’est comme ça, et pas autrement.
- J’aime trop le chiffre trois pour le sacrifier ainsi »

Sans trop savoir pourquoi, je repose ma veste dans le sac, que je remets ainsi qu’une pièce de deux euros, dans les mains de cette jeune fille fort aimable, pour ensuite quitter à jamais les lieux, par la porte de métal.

Et me réveiller.

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