31 août 2009
Teufel
Les démons
évitent de lorgner sur l’écran délétère, aux ondes point mystiques, d’idiotes
fictions sirupeuses qui pourtant les concernent : un renard tout gonflé
d’ego et terriblement maladroit s’en prend à une garce vêtue de noir pour
appartenir au pays des prunes et dédaigner son pelage plus crépu que soyeux. Il
lui lance cet ultimatum : on se voit pour parler de nous samedi ou dimanche,
lundi, ce sera trop tard. Certains trentenaires déguisent sur leur carte
d’identité une immaturité féroce qui les condamne face à la vie. C’est
pathétique - et délicieux.
La garce, quant
à elle, n’est point ébranlée par ces circonstances qui feraient pâlir toute la
Côte Ouest, vous imaginez bien : elle a trouvé, sans même s’en rendre
compte, la fameuse télécommande, seule capable de suspendre ce film ridicule qu’elle
regardait et dont elle était à la fois l’actrice principale, et la désolante
figurante, tout comme Marie et son célèbre poupon manufacturé par les hommes.
Synesthésie,
levée de rideau et apparence d’un garçon qui boit des jus de pissenlit, qu’on
appose à ce labyrinthe de chair par trop connu ; point de prière,
d’invocation, c’est un bus de métal qui le transporte, par l’immense avenue
dessinée d’un vent frais. La ville des lumières, ouverte, expose son obscurité,
cette architecture parallèle qui ouvre une nouvelle vie, de nouvelles
perceptions, et, dans ce décorum oublié, la résurrection d’une appartenance
certaine : liberté et rémission, dans un même mouvement.
Un ange levé
vers le ciel, ailes écartelées ; une descente au caveau se prépare, comme
un complot ourdi par d’étranges boissons vertes, ne distillant plus leurs
poisons ; tu es nouveau ici, je ne t’ai jamais vu, tu as des yeux
superbes. Ce sont les paroles prononcées par un diable cornu aux rides
altières, mâchoire carrée, qui mène l'ange courbé sous la voûte de pierre, dans une forêt
de néons violets qu'il ne voit même plus.
28 août 2009
Absurd
Certains
préfèrent suicider leurs facultés devant un écran un télévision. Sélectionner sur
un programme l’arme de sa mort cérébrale n’est désormais plus un luxe : on abat
des arbres pour cela. Et les ondes nous assaillent, qu’on le veuille ou non.
Pour qui ne regarde pas la télévision, ou du moins n’en est point captif,
l’absence de fiction laisse place à la vie, dans ce qu’elle a de plus laid :
point de maquillage, ni d’effets spéciaux, juste une vague lenteur, un dégoût
profond qui s’insinue dans chaque chose, une fatigue intense qui distille peu à
peu ses poisons ; l’attente d’un dénouement n’est pas prévue au programme.
Voilà une approche égocentrique : n’est-ce point là mon journal, après tout ?
Passons ! Je
m’allonge, nonchalant, sur mon canapé, abîmé par quelques coïts douteux, dans
le noir s'il vous plaît, me munissant de l’épaisse télécommande, pour choisir
ma station, dans l’ombre du bâtard, sinistrement abandonné, qui ne mérite plus
d’être mastiqué et qu’une certaine gêne, vis-à-vis du gâchis, m’empêche de jeter. Je m’arrête sur ce film, Absurd,
qui m’évoque vaguement quelque chose : serait-ce son titre universel, ou bien
son synopsis, qui éveille en moi l’idée que ce film-là pourrait m’apporter
quelque chose, qu’il me faut absolument le visionner. Au pire, j’aurais passé
une heure quarante-sept en compagnie de quelque chose de vaguement familier, nonobstant
les décors.
Absurde, donc.
Un film avec
Nicolaï, produit par 2 de tension production.
Synopsis :
Des horaires
tournants et l’absence de jours de congé consécutifs pendant des semaines ont
conduit Nicolaï à accepter de travailler 8 jours de suite, pour un total de 67
heures 30, gagnant ainsi trois jours de repos consécutifs : de quoi monter voir
sa mère, cancéreuse récidiviste victime, récemment, de quelques complications :
égarée pendant 24 heures alors qu’elle devait passer son IRM, elle a été
transfusée de toute urgence, quant à son programme d’irradiation, il est
reconduit par sessions, plus courtes, d’une ou deux séances : les prunes sont
devenues myrtilles, à défaut de disparaître. Désormais elle va mieux bien
qu’affaiblie, dans son appartement aux odeurs âcres et violentes, sur lequel
les fées du ménage ne se penchent plus. Elle porte désormais ce collier que son
fils dévoré par la fatigue - et la culpabilité - lui a offert, un collier avec
« ses » couleurs. Ce fils indigne est tellement fatigué qu’il a peine à aligner
trois mots et somnole à ses côtés. Le soir venu, il reçoit sur son portable un
texto de son petit ami qui, tragédien de basse extraction, le gavant de « je
t’aime » qu’il ne pense sans doute pas, lui apprend ceci, abstraction faite des
fautes d’orthographe qui jalonnent sa prosaïque prose : « n'ayant pas de copain
je suis triste je pleure tous les soirs dans mon lit. Je pense bientôt en
chercher un... ». Un parfum d’absurdité
et de dégoût entoure Nicolaï qui, finalement, ne tardera pas à s’éveiller de
cette torpeur atavique dans laquelle il s’était plongé des mois durant :
retrouvant enfouis en lui des pouvoirs qu’il le soupçonnait plus, il invoquera,
muni d’une kyrielle de bougies phalliques, Querelle, un démon sournois quelque peu humain, et gentiment malsain.
14 février 2009
Mortelle Saint-Valentin / Autopsie d’une Rupture Contemporaine
Il est toujours question
d’établir la communication, que ce soit en amour, en amitié - simulacre ou
réalité. E m’envoyait un texto voici quelques semaines, posant cette question
existentielle qui agite désormais les mœurs de ces entités sociales brièvement
communicantes que nous sommes - ou pas : à ton avis, cela se fait de plaquer
quelqu’un par SMS ? Je lui répondis non sans humour qu’il était plus classe
d’envoyer un MMS.
Syndrome collégienne
puissance 12. Il est désormais facile de se débarrasser de ses fantômes, de ses
poubelles, et d’éviter toute sorte de recyclage malencontreux qui nous lierait
à du papier point trop blanc, ô combien rêche. Nous allons dans le sens d’une consommation aiguë au sein de
laquelle l’homme perd ses spécificités humaines pour devenir jeu, jouet et
objeu et donc, l’égal d’un produit que l’on achète, et donc que l’on consomme
et que l’on jette, une fois consommé, utilisé, épuisé, dont on se débarrasse,
donc, parfois sans prendre de détour, ou en disparaissant, lâchement, puisqu’il
n’est point, en matière de sentiment, d’option satisfait ou remboursé - une
fois, deux fois. A peine un service après vente.
Comme je savais qu’il
allait bientôt partir en vacances dans sa famille pour ne point rompre ses
coutumes, qu’il allait bientôt ne plus être disponible et qu’ainsi je ne
pourrais plus le voir, afin de lui expliquer, de vive voix, ce que je ressens,
cela, avec une précision quasi chirurgicale, une diplomatie qui, souvent, me
fait défaut, je ne pouvais attendre plus longtemps. Mentalement aliéné au
discours que je pourrais lui servir lorsque je le verrai, un discours tout
aussi calculé qu’honnête, concernant mes motifs, j’ai finalement choisi cette
option lamentable et courue et de faire, à contrecœur, de la technologie mon
allié dans cette épreuve ma foi cruelle mais nécessaire tant pour l’un que pour
l’autre.
J’envoyai donc cette
missive laconique et diplomate :
Pas de nouvelle. Nos
deux derniers rendez-vous (restaurant et théâtre) étaient plutôt ratés. Je
crois qu’il faut discuter.
Rentre a lyon le 22.
Resto raté? 25 janv nickel sauf urgence! Par contre Lundi 2/02 rezog et theatre
: à chié. Jtai trouvé pa kom dhab..tu devais resté dormir..
J’envoyai ensuite, sur un
autre support, sans doute plus noble mais tout aussi ridicule et inhumain -
collégien - le message suivant, d’une concision extrême et n’évoquant pas le
quart de ce que j’aurais aimé dire, sur sa vision binaire du monde en bien et
mal et noir et blanc, sa radinerie, sa maniaquerie et son absence flagrant de
gravité :
C'est sans doute mieux
ainsi. Comme je te l'ai dit dans mon SMS je voulais te parler en face à face
mais jusqu'au 22 février, ça fait long à attendre pour te voir et te parler
enfin, alors que ça me travaille beaucoup. Je pense qu'il est mieux pour chacun
d’entre nous qu'on arrête là, je ne sais pas de ton côté, mais je ne me sens
plus à l'aise avec toi, une accumulation de choses négatives depuis le début.
C'est pas pour être méchant mais je te trouve trop prosaïque, j'ai l'impression
que du coup on a rien à se dire comme à notre dernière soirée, par exemple,
j'ai aimé la pièce et j'aurais adoré en parler plus, tu vois, mais on est
clairement pas sur la même longueur d'onde. On dit que les différences
permettent de nous enrichir, encore faut-il qu'il n'y ait pas un gouffre entre
deux personnes. Je suis désolé si je te peine. Prends soin de toi et fais
attention. J'espère que les crêpes de ta cousine seront bonnes.
Je me sens sale.
Sale mais libre.
Me méfierai-je de la magie,
des sorts puissants qui ne sont, au final, que des philtres vains, qui nous
saoulent jusqu’à la lie, nous promettant à nous, pauvres créatures, des
lendemains de soifs inhumaines - et d’eau, et d’absolu ? C’est encore un
combat que je perds avec moi-même, un morceau de foi en mes idéaux que je
soudoie à ma raison, laquelle m’invective sans cesse et m’enferme, peu à peu,
dans cette cellule d’amertume qui me fait cracher sur ce mur. Je tacherai
toutefois de garder comme souvenir mille et une lumières, cette main fébrile
qui attrape la mienne, place Bellecour, ce sourire des premières fois, avant
que la casserole de lait discount ne déborde, provoquant un cri de murène, une
stridence qui, depuis, ne m’a plus quitté.
09 janvier 2009
Les Ruelles
Le lendemain,
dimanche, lors de cette récidive criminelle, tu m’as raconté parmi tant
d’autres histoires, avant d’aller voir un spectacle de Guignol tout
spécialement concocté par la troupe des Zonzons, mon tout premier Guignol « pour
de vrai », cette rencontre anodine - elles le sont toutes - avec ce garçon que
tu as fait fuir, en l’embrassant ; délice boétien que cette narration dont je
n’ai rien manqué et dont j’ai pu, à loisir, imaginer, dans mon cerveau
liquoreux, jusque dans les moindres détails :
Tout d'abord,
la ruelle, sombre et cruelle, ceinte de murs décrépis aux affiches douteuses :
concerts alternatifs pour concerto lancinant, tristesse vague d’une ruelle
ignorée même des chats, des chats pelés et de ceux, moins discrets, au pelage
plus doux. De même qu’après chaque édition - ou devrais-je dire représentation - de la fête des lumières dans
la sublime ville des quenelles et de Querelle, des détritus vaguement
alimentaires jonchent immanquablement la chaussée, de sorte que, pour le
rejoindre, tu manquerais de trébucher. Une vieille femme avec un corps de
poisson et qui boit comme un homme vous reluque du coin de sa fenêtre, l’œil
glauque et vicieux.
Voilà pour le
décorum. Lui, ce garçon né d’une fenêtre de conversation soi-disant virtuelle,
j’ai du mal à me l’imaginer. Je sais seulement que tu aimes les hommes point
trop grands, de type eurasien, ni trop jeune, ni trop vieux mais à point, au
pire la trentaine à peine sonnée puisque c’est un glas supposé dans le monde
guignolesque de tataland. Je sais également que tu les aimes les garçons, ni
trop mince ni trop gras… et d’ailleurs point gras du tout. Les cheveux peuvent
être blonds ou bruns, pour toi, cela n’a aucune espèce d’importance, aussi je
lui choisis un cheveu châtain. Pour ce qui est des yeux, je lui offre deux
pupilles marron, car je le veux des plus classique, commun. Tout cela n’est
plus très poétique mais…
Voici que ce
garçon s’enfonce dans cette ruelle, sans crier gare, alors que vous discutiez
des choses de la vie : amours lâches d’une jeunesse infinie, labeurs effrénés,
promotions canapés, histoires d’eaux, dans un sauna profond et bleu comme
l’Enfer. Et tu le suis, sans trop savoir pourquoi, ne te doutant pas de son
cruel dessin : aussitôt tu le rejoins qu’il appose à tes lèvres les siennes, te
volant, par ce geste doux et assassin, un baiser, un seul baiser, qui lie vos
salives et vos langues sous les regards aqueux et torves de cette vieille que
j’imagine toujours, au garde-à-vous, au troisième étang, suspendu au baiser
sodomite qu’elle découvre avec horreur.
Mais voilà que
déjà il se retire ! Ses lèvres quittent les tiennes si soudainement et à
jamais. Car tu ne le reverras plus jamais. Quelle sinistre histoire d’amour
pour un soir d’automne… N’étais-tu pas inquiet, alors, de me voir à l’affût des
ruelles, lorgnant les espaces vides qu’offraient des rues étroites, des
passages douteux, étrécis, ouvrant quelques splendides portes, entrebâillées à
tout hasard, découvrant des cours silencieuses, épargnées comme mon âme par les
lumières vives de la vie, tandis que la fête aux milles lueurs bat son plein,
déchirant la ville de rayons ? Peut-être qu’en mon âme et conscience je me
réjouissais déjà, moi, de t’abandonner…
Découvrez Radiohead!
19 décembre 2008
Cellulose
Etre le
confident de quelqu’un c’est tout d’abord connaître beaucoup de lui, des
morceaux, des pans entiers, ce n’est pas voir la tarte dans son ensemble mais
part après part, contenance et proportion, aussi savais-je de lui, de ses
obsessions, plus que le nécessaire : ses inclinations pour un autre garçon
invisible et farceur, sans visage, ainsi que ses problèmes de santé. L’idée que
je me suis formé de lui, en mon conscient et mon inconscient, balancée par
trois photographies qui n’incitaient pas mon imagination, s’est retrouvée
malmenée par la vision d’un garçon dynamique, souriant et débonnaire, avec un
petit sourire charmant à faire ressusciter Garcimore. Saura-t-il sortir un
lapin de son chapeau, un lapin avec un grand couteau, pour étancher ma soif
éperdue et dantesque d’étonnement ? Car j’ai besoin de magie en cet instant, un
besoin cruel de magie, d’autant que le temps est gris, la pluie n’ayant cesse
de se déverser, au loin du tunnel crade et luxueux, où les lumières de fêtes,
allumées, donnent la sensation d’un semblant de jour.
Mais voilà qu’il
repart au quart de tour : quelques secondes après notre poignée de main,
il me détaille de vive voix sa maladie, et fais l’inventaire d’autres maladies,
que je crains plus que tout, pour ne les avoir jamais contractées ; il voit, ce
me semble, mon visage blêmir, ma silhouette costumée s’éloigner de la sienne,
malgré ce grand sourire d’enfant qu’il grave sur son visage, évoquant les
publicités pour les chocolats kinder, sourire qui me charme tout autant que ses
mots m’effraient. Ces maladies qui défient ton imagination sont à la mode, je
le sais, elles peuvent très bien t’atteindre. Voilà qui est charmant. Pensez :
si un jour, ce niais de Cupidon grandit un peu, ou bien finit par être gagné
par un pessimisme au goût citron, aigri au point d’en avoir le vertige, il
pourrait bien, plutôt que de lancer des flèches d’amour dans des cœurs qui ne
le méritent point, viser droit la cervelle des quidams, droit le corps des
hommes, pour répandre un nombre incalculable de maladies plus ou moins
délicieuses. Ne sommes nous pas tous à peu près égaux, face à la maladie, en
tant que corps périssable ?
Enfin K se
rétracte, voyant cette distance que je prends, reconnaissant les phobies que je
draine sur l’internet : il se souvient (avec émotion ?) de nos premières
discussions sur l’alimentation et me balance, sourire toujours plus large, une
formule hasardeuse du genre : je le reconnais bien, le Nicolas du net,
qu’un rire farceur, à la Garcimore, pourrait ponctuer. Je me dis pour ma part
que l’animal est bien plus mignon que sur les photos, avec son petit côté peluche,
parce que j’adore les têtes à bisous et donc je me dis - à tord ou à raison - qu’il
y a moyen de passer un bon moment en sa compagnie, si bien sûr il ne me fait
pas un listing complet de toutes les maladies qu’il a contractées depuis la
sortie, en fanfare, de l’utérus de sa génitrice. Nous recherchons, avec un
enthousiasme qui semble partagé, un bar, un bar qui nous convienne afin de
faire connaissance loin des écrans farfelus et lumineux qui déforment, à
l’envi, la réalité.
Découvrez Stereolab!
17 décembre 2008
Nucléon
Je repense à
lui et je me dis : meeerd, sans doute est-ce mieux de rester au stade du
fantasme. Laisser ce garçon où il est et quelque autre comme une entité du
dire, avec tout le mystère qui s’enveloppe autour. Partir dans la nuit a été
l’ouverture de bien des fantasmes saisissants, violents et cruels, parfois
foutrement amusants, dont je me suis avidement délecté, les soirs d’ennui. Mais
je ne devrais pas parler de ça. Je me trompe dans la chronologie délimitée par
le canon du journal intime, lequel impose ce diktat à chaque jour sa peine
et ce qui pourrait être de l’ordre du roman tel que le conçoivent la plupart
des maisons d’édition et des lecteurs qui n’y connaissent strictement rien en
littérature : une narration fluide dans le temps, spermicide.
Il m’est d’avis
que les canons sont faits pour exploser, ou faire exploser. Doit-on
systématiquement se fourrer dans des cases trop étroites pour nous ? Nous ne
sommes pourtant plus à l’école, nous n’avons plus nos parents pour nous moucher
le nez quand celui-ci coule à torrent, pour lacer nos chaussures crevées, nous
glisser dans la main un billet ou quelques menues piécettes, espérant peut-être
un gramme de reconnaissance ou pire : un silence qui vaut de l’or. Meeerd, je
pars en vrille. Meeerd et reremerde.
Nucléon.
Tu sais ce que c’est qu’un nucléon, idiote
?
Bon, je vais te
parler du nucléonage. Ce n’est pas une surprise.
Suite à une
incision minutieuse, est insérée dans l’organe sexuel de l’huître, répondant au
nom fort poétique de gonade, un nucléon, accompagné d’un morceau de manteau d’huître
(qui n’est point de fourrure) le plus magnifique possible, cela est nécessaire
car plus ce morceau de manteau est beau plus la perle sera admirable. Les
cellules épithéliales se chargeront évidemment du reste, cela coule de source,
en devenant catalyseur du sac de perle (je précise que je n’ai rien fumé).
Voilà qui n’est strictement pas passionnant d’autant qu’il ne s’agit que d’une
énième métaphore, que seul saura décrypter le lecteur averti, celui qui jour
après jour pose ses yeux vitreux sur cet amoncellement de mots sans queue ni
tête.
J’ai donc,
suite à une opération fantasmée, victime assourdissante car consentante, fait
l’acquisition non pas d’un baladeur 8 gigas, nouvelle prison confortable et
sonore, mais d’un nucléon, placé à l’incision de mon cœur au niveau du
compartiment 528 latitude 53, à l’instant précis où j’écris ce message. Qu’en
était-il, cependant, à l’heure de mon rendez-vous ? Je ne saurais le dire.
Seule certitude : je regardais d’un œil distrait, l’esprit ailleurs, quelques
bijoux, passage du printemps, quand je vis arriver K, emmitouflé dans un
manteau gris perle, la gorge bardée d’une écharpe beige, le visage blanc barré
d’un sourire large d’enfant à qui l’on remet quelques piécettes et moi, évidemment,
je lui ai tendu la main.
Découvrez Portishead!
15 décembre 2008
Grand 8
Donner
rendez-vous ailleurs / fréquence perturbée / rejoins-moi devant les étalages
de livres - tu ne sais pas ce que je feuillette, un livre délicieusement
pornographique, d’aucuns dirait sans orthographe - je te sens déjà qui vibres
contre ma cuisse oui c’est toi tu m’appelles, je sens les soubresauts
convulsifs d’insectes à l’agonie d’un boîtier rectiligne enfiché dans la poche
de mon costume - cet écrin réparti dans le tissu de mon pantalon est une
invention tant ingénieuse qu’inutile, certes ! - créer une secousse non
pas sismique et point orgasmique mais douce et terriblement commune qu’elle en
est spectaculaire. J’entends alors ta voix ta voix véritable dix fois moins virile
que celle de ton répondeur | sur le mien de répondeur || c’est magique
aujourd’hui la communication, oui tu devines bien qu’avec ces satanées
vibrations - alors que j’avais commandé à la technologie l’immonde sonnerie
numéro twenty - je n’étais pas assez rapide surtout que détenant ce livre
vaguement pornographique entre mes mains qui ne glissent plus nulle part sur le
corps d’improbables garçons mains qui ne glissent qu’en rêve peut-être vers des
contrées inexplorées continents soumis mais réprouvés mais ta voix quand même
n’est plus la même n’est pas du tout la même absolument (j’en suis certain) et
c’est bizarre cela car c’est comme d’entendre l’espace de quelques secondes une
autre personne émasculée une autre virilité et c’est pas normal non plus que je
sois en mode vibreur j’ai dû encore tripoté à la sauvette un bouton qu’il ne
faut pas j’ai dû encore faire quelque chose qu’il ne faut pas je ne fais que
cela faire des choses qu’il ne faut pas oui tout à fait et personne n’est là
pour me punir, je monte sur le grand 8 à toute allure et je fais n’importe quoi
en somme j’improvise : c’est ainsi qu’il est d’usage dans cette faramineuse
déroute de convenir d’un autre rendez-vous : tout de suite, maintenant, à
mi-chemin, sous le passage du printemps et puis
meeerd
Découvrez Daft Punk!
10 décembre 2008
Blog Blog Blog
Magie de ce
journal : il suffit que j’affirme haut et fort quelque chose pour que son
contraire arrive au galop. Pure ironie du sort : voilà que les rendez-vous
dans les bars, que j’évite d’ordinaire si soigneusement, pour les maudire,
deviennent, fatalement, des moments fascinants, l’ouverture de possibles que je
ne saurais concevoir parce que je ne conçois plus grand-chose, mu par un
pessimisme amer comme un citron.
J’ai donné mes
chances au lapin, comme des petits défis lancés au gré du vent, défis qu’il n’a
pas su relever. Je l’ai donc passé à la trappe ensuite, ce petit lapin, et non à
la moulinette : nul question de faire un civet d’icelui, d’en caresser le poil,
jusqu’au bout de la queue. J’ai décidé, un soir d’ennui lancinant, le regard
perdu dans le lointain que découpait la vitre embuée du tramway (soyons
poétique et urbain), de rencontrer un blogueur que j’ai suivi un temps,
longtemps, avec une assiduité vaguement obsessionnelle : j’allais quotidiennement
me perdre sur ses pages gluantes de solitude et de foutre, devisant en moi-même
sur les désirs qu’il exprimait chaque jour, fantasmant même, à mes heures
perdues, sur sa personne, que je me dessinais en moi, faute d’avoir une
photographie pour canaliser mon imaginaire. Ce serait, depuis 2004, le second
blogueur que je rencontre, le premier que je choisis de rencontrer, sans que le
hasard - ou plutôt la malchance - ne soit pour quelque chose à cette possible
déroute.
Je lui ai donc
proposé, moi qui ne propose jamais rien, me contentant toujours d’attendre, de
boire un verre en ma compagnie, cela malgré cette boule d’angoisse jaillissant
dans mon ventre, vous savez ce genre de sensation oppressante qu’il est souvent
possible de ressentir le matin d’un examen, ou bien avant que de se plier aux
simulacres pathétiques d’un entretien d’embauche qui n’en finit plus. On la
ressent aussi, cette putain d'appréhension, quand on rencontre quelqu’un que
l’on admire, que l’on a pas encore rencontré, chair, os, sang (et sperme ?).
Moi, j’avais peur de n’être pas à la hauteur, de frôler le zéro pointé, de
faire perdre son temps à ce Zorro du stylo, mais peur, également - cela peut se
concevoir - du passage des mots au concret, que ce super Zorro ne soit qu’un
zigoto parmi tant d’autres, rien d’autre qu’un agité du stylo, qu’on se regarde lui et moi
en chien de faïence, que l’on se réfugie, faute de mieux, dans le confort ouaté
de nos blogs respectifs, histoire de s’accrocher à ce que nous sommes vraiment -
ou pas !
04 novembre 2008
Drame sous les Pixels
Ce rêve, comme
tous mes rêves - comme tous les rêves, du reste - n’est que le miroir à peine
déformé de la réalité. J’avoue l’avoir fait suite à ma rencontre avec le
funambule, non pas cette rencontre que nous attendions, lui et moi, le moment
fatidique au cours duquel les deux entités semi virtuelles que nous sommes
censés représenter l’un pour l’autre apparaîtraient simultanément dans un même
champ de vision, soumises à cette proxémique qui induit drames et
attouchements. Nous n’étions que suspendus, acrobates du nihilisme, par les pixels
grouillants et délavés de nos deux caméras.
C’est la
conséquence logique d’un processus, d’un processus inhérent à
l’évolution : pour les choses, pour les êtres, pour les histoires. D’abord, il est venu me parler, voici plus de six mois, nous avons discutés des heures et des heures, puis
nous nous sommes écris, des courriels, des petits courriels et puis des SMS et
puis nous nous sommes appelés, nous avons entendus nos voix, nos rires et puis,
évoluant l’un vers l’autre, nous nous sommes vus, par caméra interposée. D’abord
lui, qui s’est découvert le premier, plus sûr de lui qu’il ne le prétend, de
ses atouts, de sa jeunesse et puis moi, avec cette envie de faire plaisir, de
céder à son désir de me voir dans cette avant-première peu confortable, moi qui
m’efforçais de trouver le meilleur angle sans savoir que, glacé par l’effroi de
ne pas plaire, j’aurais l’impact visqueux d’une limace, la joie statique d’un
geôlier, la grâce apathique d’un escargot !
Drame, sous les
pixels :
J’étais
tellement effrayé à l’idée de ne pas séduire que je me suis projeté dans une
contemplation des plus acides, à ne regarder plus que moi, et moi seul,
immobile et perdu, fixant sans relâche le bleu de mon œil percé d’une éclatante
lumière artificielle et baveuse, le rouge évident de mon pull, ce visage
statufié, inexpressif et cet œil toujours plus bleu qui glissait parfois sur la
fenêtre du haut, pour le voir lui, bien moins mobile, ayant moins de mobiles,
en voie de se statufier.
La
retransmission de ce programme est un échec, un échec parmi tant d’autres, une
émission qui n’est pas diffusable et qui ne sera jamais rediffusée : on
oubliera cette image d’un garçon optimiste qui s’est perdu, à trop se
surveiller lui-même, jusqu’à en perde son naturel. On oubliera cet arrêt sur
l’image du funambule, qui annonce son prochain voyage, ainsi qu’une douche pour
se laver, peut-être, de ses fictifs péchés, avant que son doigt ne se décide à
clore l’image, afin que les lumières s’éteignent enfin, que l’obscurité puisse à nouveau régner en maître. Ton lit t’appelle désormais, Nicolas, et les papiers, les
petits papiers, comme des cercueils, t’inventent un nouveau cimetière.
Découvrez Brendan Perry!
27 octobre 2008
Dream 442
Je devrais
prendre le vol à destination de l’amour, prévu pour novembre, et sans bouger,
sans même aller sur Paris, prendre le vol et l’envol, peut-être m’y résigner,
laisser à moi venir les nuages, me laisser envahir doucement, espérant être
surpris par cette rencontre, espérant fusionner. Ne pas penser au crash
éventuel : nos regards qui se croisent et c’est l’hécatombe, nos corps qui
toisent et chutent dans la tombe, nos rires qui dégoisent une différence
notable, l’effet explosif d’une bombe.
*
J’ai rêvé
que tu venais à moi dans une tunique blanche et un halo de lumière, à l’image
d’un saint photosynthétique et éblouissant. Tu me tendais tes mains, tes
bras, avec amour ; tout cela de toi venait jusqu’à moi. Tu n’avais pas besoin
de dire « viens » pour que je vienne à
toi, moi seul cependant comptais les pas qui me séparaient de toi. Alors que je
marchais pour te rejoindre, pour m’affranchir de ces quelques mètres pénibles,
pour te saisir enfin, j’ai vu, par delà ton épaule, un petit singe dans un
arbre mort, un petit singe farceur, qui jouait de la cymbale, dans le silence
de ce jour morne et décharné. Le petit singe jouait, jouait, jouait, n’ayant de
cesse de me larguer, rythmait de silence ma marche et mes yeux, mes yeux ne
pouvaient plus le quitter : il hypnotisait mon corps, mes sens, tandis que mon
âme fonçait droit sur toi, l’Ange, hors de contrôle. Tu m’as arrêté, d’un geste
bref. Sans doute, je m’apprêtais à te piétiner les pieds, que tu avais nus, couverts de tâches brunes - de l’encre du
journal, une insidieuse poussière, des cendres d’encens, nul ne le sait.
Je plongeais
dans tes yeux sombres, tu plongeais dans les miens. Lentement, tu apposas sur le
souffle de mon cœur ta main douce et légère puis, tu me confias ces paroles :
« Il bat
beaucoup trop vite, Nicolas, ton cœur. »
Mais ce
n’était pas ta voix, c’était la voix de quelqu’un d’autre, d’un autre homme,
plus caverneuse, plus masculine, moins malicieuse, en outre-tombe : il
semblait qu’un écho s’y projetait, résonnant contre les parois de ton palais,
contre chacune de tes dents, l’infernal instrument de ma destruction. J’y
discernais, me concentrant sur ce timbre de voix si particulier, ne te
regardant plus car perdu dans ce seul sens que je monopolisais, les yeux
irrémédiablement clos, le système nerveux disloqué, le rire sibyllin et ludique
d’un petit singe farouche et malicieux. Mes yeux s’ouvrirent alors, pour découvrir un décor vide : ni
arbre, ni singe. Et toi, toi qui
pourtant te ressemblais trait pour trait, et qui n’étais pas toi, mais quelque
chose d’autre, t’étais transformé en cette momie que je me suis surpris à serrer
fort contre moi, si fort, que tu t'es effrité dans mes mains jusqu'à tomber en cendres
- et moi avec.
*
Je ne pense pas
si souvent à lui, je le jure, mais parfois, c’est idiot, il m’arrive de
m’emparer de mon cellulaire pour regarder si j’ai un message de lui, un SMS, ce
qui est impossible. Purement impossible. Il pourrait cependant m’envoyer un
courriel, d’un cybercafé, à l’autre bout de la planète, un petit mail qui
dirait « Bonjour, Nicolas, tout va bien ici dans la cité des Anges ».
Mais ça, franchement, je ne regarde même
pas.
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